LOGINAdrien, chirurgien marié à une femme puissante, mène une vie impeccable et froide. Sa rencontre avec Jade, une artiste libre et sensuelle, est un coup de foudre physique et immédiat. Leur liaison s'enflamme dans le secret : rendez-vous fiévreux, mensonges nécessaires, désir incontrôlable. Chaque instant volé est une transgression qui les consume autant qu'il les fait vivre. Mais ce qui n'était pour eux qu'un refuge charnel bascule quand l'attirance se mue en sentiment profond. Leur passion torride menace alors de tout emporter : carrières, réputations et l'ordre parfait de leurs vies respectives. Pris entre le feu du désir et la peur de perdre, ils devront choisir entre la raison ou l'incendie de leur amour. C'est l'histoire d'un amour clandestin,né dans la passion pure, qui devient une lutte entre le désir qui consume tout et les vies qu'il menace de réduire en cendres.
View MoreJADE
Le vernissage de la Fondation Moréac baigne dans une lumière dorée et un bruit de cristal. Je me fonds mal dans ce décor. Ma robe noire, simple, est une armure contre le luxe ostentatoire qui m'entoure. Je suis là pour une œuvre, une seule. « Érosion n°7 ». Une masse de béton fissuré d’où jaillit du cuivre vivide. On me présente, l'artiste prometteuse. Les sourires sont des masques, les compliments, des cartes de visite échangées.
Et puis, je le vois.
Il est adossé au mur, légèrement en retrait, observant la foule comme s’il étudiait un spécimen rare et légèrement décevant. Costume sombre, coupé à la perfection. Une gravité qui semble peser sur ses épaules, l’air de porter un poids invisible. Son regard croise le mien une seconde, un éclair gris et direct, avant de se détourner. Un inconnu. Un de plus. Mais quelque chose dans son isolement, dans cette intensité silencieuse, accroche mon regard et refuse de le lâcher.
L'orage gronde au-dehors, promesse d’un déluge. La conversation autour de moi tourne à l’insipide. Je m’échappe, cherchant l’air moins conditionné du jardin d’hiver. C’est là qu’il me rejoint, sans un mot, venant se poster près de la baie vitrée, à moins d’un mètre. La tension entre nous est palpable, un champ magnétique absurde né de ce seul regard échangé.
— Votre sculpture, commence-t-il sans préambule, la voix plus grave, plus usée que ne le laissait supposer son apparence lisse. Elle dérange.
Je tourne la tête vers lui, surprise qu’il ait parlé, qu’il ait remarqué l’œuvre, qu’il soit là.
— C’est son but. Montrer la beauté de ce qui se brise.
— Le béton ne se brise pas par beauté, rétorque-t-il, les yeux fixés sur la pluie qui commence à fouetter les vitres. Il se fissure sous la pression. C’est un échec de structure.
— Ou une libération de force contenue, lançai-je, le défi dans la voix, piquée par son ton définitif.
Nos regards s’accrochent enfin. Son iris est d’un gris ardoise, intense. Il y a là une intelligence froide, mais aussi une lassitude profonde, une fissure justement, à peine visible. L’orage éclate enfin. Des trombes d’eau s’abattent sur les vitres, isolant soudain notre bulle de silence du bruit du monde.
La panne est soudaine, totale. Les lumières s’éteignent, plongeant la serre dans une pénombre bleutée, seulement déchirée par les éclairs. Un murmure de surprise monte de la galerie principale. Ici, plus un bruit. Juste le tambourinement violent de la pluie et notre respiration, trop perceptible.
— On dirait que nous sommes pris au piège, murmure-t-il, et je perçois une pointe d’ironie dans sa voix.
Il n’a pas bougé, mais l’espace entre nous semble avoir rétréci, aspiré par l’obscurité. Je peux sentir le léger parfum de son savon, une odeur propre et coupante, citron et pierre. L’électricité dans l’air n’est plus seulement celle de la tempête.
— Ça ne vous dérange pas ? Le noir ? dis-je, pour dire quelque chose, pour rompre le sortilège qui s’épaississait.
— Je travaille dans la lumière la plus crue qui soit. Le noir… c’est un changement. Un soulagement, parfois.
Un éclair zèbre le ciel, illuminant son visage en une fraction de seconde. Des traits fermes, une mâchoire tendue. Désirable, malgré tout. Ou à cause de tout. À cause de ce silence, de cette gravité, de cette façon de se tenir à distance tout en étant irrésistiblement présent. La rationalité, le contrôle qu’il dégage, tout en moi veut les faire craquer.
Je ne sais pas qui fait le premier pas. Peut-être est-ce moi, poussée par un vent fou. Peut-être est-ce lui, cédant à une faille soudaine. Nos bouches se rencontrent dans la pénombre avec une violence qui me coupe le souffle. Ce n’est pas un baiser, c’est une collision. Un exutoire à tout ce qui n’a pas été dit depuis cinq minutes. Ses mains se referment sur mes hanches, l’emprise sûre et chaude d’un homme qui sait ce qu’il veut, même dans l’égarement. Je m’accroche à ses épaules, sentant la force contenue sous la laine fine de son costume. Le goût de lui est café, nuit, et une amertume étrangement excitante.
Nous nous séparons aussi brutalement, haletants, quand les lumières clignotent et reviennent avec un bourdonnement assourdissant. Le monde extérieur, lisse et doré, nous assaille à nouveau. Nous nous écartons l’un de l’autre, deux étrangers. Un masque de contrôle glacé retombe sur ses traits, juste une faille dans son regard, un désordre infime dans sa parfaite chevelure trahissant la folie de l’instant.
— Ceci… n’aurait pas dû arriver, dit-il d’une voix rauque, comme s’il se l’adressait à lui-même.
— Mais c’est arrivé, soufflé-je, le cœur battant à tout rompre, les lèvres encore brûlantes.
Il me jette un dernier regard, chargé d’un millier d’avertissements et d’une promesse sombre qui fait frémir mon ventre, puis tourne les talons et disparaît dans la foule qui recommence à papoter, ignorante.
Je reste là, le dos contre la vitre froide, le goût de l’inconnu encore sur mes lèvres, le tambour de la pluie en écho à mon pouls affolé. Je viens d’embrasser un homme dont je ne sais même pas le nom. Je viens d’allumer un incendie avec un parfait inconnu. Et je ne sais absolument pas si je veux en connaître davantage, ou fuir à toutes jambes.
ElisaCinq ans. Cinq ans déjà depuis ce jour où tout a basculé, où ma vie a failli s'effondrer, où j'ai failli tout perdre. Cinq ans que Gabriel est parti, qu'il a trouvé sa voie en Asie, qu'il construit des écoles et des ponts dans des villages reculés. Cinq ans que Julien et moi reconstruisons notre amour, brique par brique, geste par geste, mot par mot.Ce matin, la cuisine est baignée de la lumière dorée de l'automne. Les feuilles des arbres du jardin se parent de pourpre et d'or, le vent est doux, chargé de parfums de terre et de champignons. La table de la cuisine, cette table qui a été le témoin de mes fautes, est recouverte d'une nappe propre. Les bols du petit-déjeuner sont disposés, les crêpes dorent dans la poêle, le chocolat chaud fume dans les tasses.Julien est assis à sa place habituelle, ses lunettes perchées sur le bout du nez, le journal ouvert devant lui. Il a un peu grisonné aux tempes, quelques rides supplémentaires se sont creusées au coin de ses yeux. Mais il es
GabrielLe chantier est en pleine effervescence. Les ouvriers s'activent, les poutres de bambou s'élèvent vers le ciel, les murs de torchis prennent forme sous les mains expertes des villageois. La nouvelle école sort de terre, jour après jour, comme une promesse qui se réalise. Dans quelques semaines, les enfants de ce village reculé auront enfin un toit pour apprendre, des murs pour les protéger de la mousson, des fenêtres pour laisser entrer la lumière.Je suis là, au milieu du chantier, les mains pleines de boue, le visage brûlé par le soleil, les vêtements trempés de sueur. Je ne ressemble plus à l'architecte new-yorkais que j'étais il y a un an. J'ai maigri, j'ai noirci, j'ai vieilli. Mais pour la première fois de ma vie, je me sens à ma place. Utile. Vivant. Apaisé.— Gabriel ! Tu rêves ou tu travailles ?La voix est joyeuse, taquine, pleine d'une énergie communicative. Je me retourne, et je la vois qui arrive, un casque de chantier vissé sur la tête, un grand sourire aux lèvre
JulienUn an. Un an que mon frère est parti, qu'il a disparu de nos vies sans laisser de trace, sans donner de nouvelles. Un an que j'essaie de lui pardonner, que j'essaie de comprendre son geste, que j'essaie d'accepter l'inacceptable.La lettre qu'il m'avait laissée avant de partir, je l'ai lue et relue des dizaines de fois. Je la connais par cœur, chaque mot, chaque phrase, chaque respiration entre les lignes. Il n'y demandait pas pardon, il n'essayait pas de se justifier. Il reconnaissait sa faute, son immaturité, son égoïsme. Il me confiait Elisa, me demandait de prendre soin d'elle, de l'aimer comme elle méritait d'être aimée. Cette lettre, je l'ai détestée et chérie tour à tour. Elle était à la fois une blessure et un baume, une accusation et une absolution.Et aujourd'hui, un an plus tard, une nouvelle lettre arrive.Je la tiens entre mes mains, cette enveloppe blanche au timbre exotique, à l'écriture fine et penchée que je reconnaîtrais entre mille. Mon cœur bat trop vite, me
Après, nous restons allongés l'un contre l'autre, silencieux, apaisés. Sa main caresse mes cheveux, mon dos, mes hanches. Je sens son cœur battre contre ma poitrine, son souffle régulier sur ma nuque. La chambre est plongée dans l'obscurité, seulement éclairée par la lueur pâle de la lune qui filtre à travers les rideaux.— Merci, murmure-t-il dans le silence. Merci d'avoir eu la patience d'attendre. Merci d'avoir respecté mon rythme. Merci d'être restée.— Je n'avais nulle part où aller. Ma place est ici, auprès de toi. Elle l'a toujours été. J'ai juste mis du temps à m'en rendre compte.Il dépose un baiser sur mon front, un baiser doux et tendre, un baiser de gratitude et d'amour. Et dans ce geste simple, dans ce silence partagé, je sens que nous avons franchi une nouvelle étape. La plus importante peut-être. Celle de l'intimité retrouvée, celle du corps qui pardonne, celle du désir qui renaît.ElisaUn an. Un an déjà depuis que Gabriel est reparti, depuis que j'ai fait le choix de r
Je parle pendant deux heures.Je raconte les premiers mois avec Claire, l'enthousiasme, la certitude d'avoir trouvé la bonne. Je raconte le mariage, les projets, la maison qu'on a achetée. Je raconte l'installation dans le quotidien, les habitudes, les petits mensonges qu'on se fait à soi-même pour
Léo Elle tourne le dos. Elle marche vers la fenêtre. Ses épaules sont droites, incroyablement droites. Elle regarde dehors. La rue. Les immeubles. La vie qui continue, indifférente.— Tu sais ce qui me rend le plus malade ?— ...— Ce n'est pas que tu ne m'aimes plus. Ce n'est pas que tu aies renc
LéoJe la regarde. Elle est si jeune. Vingt-neuf ans. Sa vie est devant elle, un champ immense et vierge. Je n’ai pas le droit de le labourer avec mes ruines.— Tu devrais partir.Les mots sortent de ma bouche, mais ils ne sont pas à moi. Ils viennent d’ailleurs, d’un endroit ancien et lâche que je
LéoÀ midi, je suis dans mon bureau. Les volets sont à demi tirés. La lumière zèbre la pièce de bandes parallèles. Mon téléphone est sur le bureau, face contre verre. Je le retourne.J’ai besoin de te voir. Maintenant. – Franck.Je réponds. À l’hôpital. Bureau 417.Il arrive à treize heures. Il n’a






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