MasukChapitre 73SofiaL'aile privée du manoir est un monde à part, un cocon de silence et de chaleur que je n'aurais jamais imaginé trouver derrière les murs austères de cette forteresse. Les pièces sont plus petites que dans le corps principal, plus intimes, avec des tapis épais, des rideaux de lin clair, des cheminées qui crépitent du matin au soir. Adrian a fait déplacer ses affaires ici, et moi les miennes, et nous avons passé une journée entière à ranger, à choisir ensemble la place des livres, des tableaux, des objets. Un vrai couple. Pour la première fois, j'ai l'impression d'avoir un foyer.Ce matin, comme chaque matin depuis une semaine, je me réveille avec l'odeur du café et du pain grillé qui monte jusqu'à notre chambre. Je m'étire, les draps de satin glissent sur ma peau, et je souris avant même d'ouvrir les yeux. Adrian n'est plus à côté de moi, mais je sais où le trouver. Je descends pieds nus, enveloppée dans ma robe de chambre, et je le découvre dans la petite cuisine de l
Chapitre 73SofiaLe soleil perce à peine les rideaux de l'aile privée, dessinant des rais de lumière pâle sur le parquet ciré. Je m'étire lentement, étonnée de ne plus ressentir cette boule d'angoisse qui me nouait l'estomac chaque matin. À mes côtés, la place d'Adrian est vide, mais les draps gardent encore sa chaleur, et son parfum flotte dans l'air, un mélange de santal et de cuir qui m'apaise. Je me lève, enfile une robe de chambre en soie grise, et traverse la pièce jusqu'à la fenêtre. Le parc s'étend sous la lumière froide de décembre, les cyprès scintillent de givre, et malgré la tension qui persiste au-dehors, je me sens étrangement en sécurité.Cette aile privée, Adrian l'a fait aménager pour nous. Pour notre foyer. Le mot réson
Chapitre 72AdrianLe feu n'est pas encore totalement éteint quand j'arrive sur le site de l'explosion. Les camions de pompiers bloquent la rue, leurs gyrophares bleus et rouges tournoyant dans la fumée noire, leurs lances arrosant les dernières flammes qui s'élèvent des poutres effondrées. L'odeur de brûlé est insoutenable, un mélange de plastique fondu, d'essence et de bois calciné qui prend à la gorge. Je descends de voiture, enfile un casque qu'un secouriste me tend, et m'avance vers les décombres.— Patron, il ne fallait pas venir, dit Marcus en me rejoignant, le visage noirci, la voix rauque. Le bâtiment peut encore s'effondrer.— Je dois voir de mes propres yeux.Je contourne les flaques d'eau mêlée de cendres, enjambe des câbles arrachés, é
Chapitre 71SofiaLe ciel est en feu. Depuis la fenêtre de la chambre, je regarde les flammes s'élever au-dessus des toits, orange et noires, dévorant l'entrepôt du groupe Black avec une avidité de monstre affamé. L'air lui-même semble vibrer, chargé de l'odeur âcre du plastique brûlé et du métal tordu. Je serre mes bras autour de moi, incapable de détacher les yeux de ce brasier qui illumine la nuit comme un soleil vengeur.Adrian est parti il y a une heure, prévenu en pleine nuit, le visage fermé, les mâchoires serrées. Il m'a ordonné de rester au manoir, de ne pas sortir, de ne pas regarder les informations. Mais je n'ai pas pu résister. La télévision allumée dans le salon diffuse en boucle les images de l'incendie, et le bandeau rouge qui défile en bas de l'é
Chapitre 70AdrianLa nuit est tombée depuis longtemps quand je reçois l'appel. Un de mes hommes, posté en surveillance devant l'hôtel où Vanessa a été relogée après son expulsion du manoir. Sa voix est tendue.— Patron, elle sort. Seule. Sans garde du corps.— Suis-la. Discrètement.Je reste dans mon bureau, le téléphone collé à l'oreille, les yeux rivés sur l'écran de l'ordinateur où défilent les images des caméras de surveillance du quartier. Vanessa monte dans un taxi, traverse la ville, descend dans une rue sombre, à l'écart des artères éclairées. Elle se glisse dans un immeuble désaffecté, une ancienne imprimerie aux vitres brisées. Je perds sa trace visuelle, mais mon homme co
Chapitre 69SofiaLe silence du manoir s'étire après le départ des journalistes, un silence que je ne savais plus écouter sans cette boule d'angoisse qui me serrait la gorge. Debout près de la fenêtre de ma chambre, j'observe les dernières voitures s'éloigner dans l'allée, leurs phares balayant la nuit. Vanessa est partie. Son mensonge a éclaté devant le monde entier, et c'est Adrian qui a tout dévoilé, sans hésiter, sans trembler, pour moi. Pour mon honneur. Pour nous.Je repense à son visage quand il a brandi les preuves. Cette colère froide, cette détermination absolue. Il n'a jamais douté, il n'a jamais reculé. Pendant que je m'enfermais dans la peur et les larmes, il préparait déjà la riposte. Il m'a choisie, encore une fois, sans même avoir besoin de prononce







