Se connecterL'héritière du milliardaire Le jour de son vingt-et-unième anniversaire, Sofia Carter apprend qu'elle est l'unique héritière de la fortune de Nathan Black, un milliardaire qu'elle n'a jamais rencontré. À peine la nouvelle éclate, quelqu'un tente de la tuer. Pour découvrir qui veut sa mort, elle n'a d'autre choix que de faire confiance au plus dangereux des hommes.
Voir plusChapitre 1
Sofia
Le glaçage au beurre de cacahuète fond sur ma langue quand on frappe à la porte. Je repose ma fourchette, le cœur soudain plus léger. Vingt-et-un ans. J'ai survécu à vingt-et-un ans dans cette maison où chaque sourire est un calcul. Autour de la table, ma tante Patricia découpe le gâteau avec une précision chirurgicale, mon oncle Martin essuie une tache invisible sur la nappe, mes cousins échangent des regards qui m'excluent depuis l'enfance. Mais ce soir, je m'en fiche. J'ai économisé assez pour partir, pour louer ce studio près de l'université, pour ne plus jamais baisser les yeux devant leurs remarques cinglantes.
Le bruit des jointures contre le bois résonne une seconde fois. Martin se lève avec sa lenteur pesante, ses pantoufles raclant le carrelage. Un pressentiment étrange me traverse. Mes doigts se crispent sur la nappe.
Martin revient, et il n'est pas seul. Derrière lui marche un homme en costume anthracite, le dos droit comme une lame, une mallette en cuir noir à la main. Ses yeux gris balaient la pièce avec une efficacité clinique. Patricia se fige, son couteau suspendu.
— Mademoiselle Sofia Carter ?
Sa voix est un velours grave. J'acquiesce, la bouche sèche.
— Je suis Maître Dumont. J'ai le regret de vous informer que M. Nathan Black est décédé. Il vous a désignée comme son unique héritière.
Les mots flottent dans l'air, absurdes. Nathan Black. J'ai entendu ce nom dans les magazines, aux informations. Mais héritière ? Moi ?
— Il doit y avoir une erreur.
— Il n'y a aucune erreur. L'intégralité de sa succession vous revient.
— Vous mentez.
La voix de Patricia claque comme un fouet. Elle s'est levée, les jointures blanches, le visage tordu de rage.
— Madame, je vous assure que les documents sont en règle.
— Vous mentez ! Elle ne connaît pas cet homme. C'est une petite rien du tout, une orpheline que nous avons recueillie par charité. C'est une arnaque, ou alors c'est elle qui a manigancé tout ça.
Ses mots s'abattent sur moi comme des pierres. Je voudrais répondre, mais l'air s'est épaissi, les larmes me montent aux yeux.
— Regardez-la, crache Patricia. Regardez cette comédienne. Elle va pleurer maintenant. Elle a toujours su manipuler les gens. Mais je ne suis pas dupe. Tu es exactement comme ta mère.
Sa mère. L'insulte ultime. Ma mère, morte quand j'avais six ans, dont je ne possède qu'une photo cachée sous mon oreiller.
— Patricia, assez, tente Martin d'une voix faible.
— Assez ? Pendant quinze ans j'ai nourri cette fille, je l'ai supportée sous mon toit, et voilà comment elle me remercie ? En montant une escroquerie ?
Sa main part avant que je ne la voie venir. La gifle claque, ma tête bascule, ma joue s'embrase. Le silence qui suit est pire que la douleur. Martin détourne le regard.
— Dehors. Prends tes affaires et dehors. Je ne veux plus te voir.
Je monte l'escalier, mécaniquement. La chambre sous les toits sent la poussière. Les cartons de Noël s'empilent contre le mur. Je n'ai pas grand-chose à prendre. Quelques vêtements dans un sac de sport. La photo de ma mère. Une boîte à musique.
Quand je redescends, Maître Dumont me tend une carte.
— Mon cabinet vous attend demain à dix heures. Ne manquez pas ce rendez-vous.
La porte claque derrière moi. Le froid de novembre traverse mon pull trop fin. La rue est déserte, les lampadaires projettent des flaques orange sur le bitume mouillé. Je n'ai nulle part où aller.
Alors je marche. Sans but, serrant contre moi le sac qui contient toute ma vie. Les mots de Patricia tournent en boucle. Nathan Black. Un milliardaire. Mon héritage. Pourquoi moi ? Qu'est-ce qui lie une étudiante sans famille à l'un des hommes les plus riches du pays ? Et pourquoi ma mère ne m'a jamais parlé de lui ?
Chapitre 31SofiaLes hommes armés ouvrent le feu sans sommation. Une pluie de balles déchire l'air glacé du crépuscule et fait exploser les vitres de la berline en une cascade de verre brisé qui scintille dans la lumière des phares comme une pluie de diamants mortels. Je hurle, un cri primal qui monte du fond de mes entrailles, et je me recroqueville sur mon siège, les mains plaquées sur mes oreilles, le cœur battant si fort que je crois qu'il va exploser dans ma poitrine et que je vais mourir là, recroquevillée sur le cuir froid de la banquette arrière.Le bruit est assourdissant, un tonnerre continu qui vibre dans mes os, qui fait trembler la carrosserie, qui transforme l'habitacle de la voiture en un piège mortel dont je ne peux pas m'échapper. Des éclats de verre pleuvent sur mes cheveux, sur mes épaules nu
Chapitre 30AdrianNous quittons le domaine Black en fin d'après-midi, la berline noire glissant sur l'allée de gravier bordée de cyprès centenaires dont les cimes effilées se balancent sous un vent du nord qui annonce l'arrivée de l'hiver. Le ciel est bas, lourd de nuages gris et menaçants qui s'accumulent au-dessus des collines comme une armée silencieuse attendant l'ordre de fondre sur la vallée. La lumière déclinante du crépuscule jette des ombres allongées sur le bitume de la route qui serpente entre les bois, et les phares de la voiture percent à peine la brume qui commence à s'élever des champs humides.Sofia est assise à côté de moi, silencieuse, le visage tourné vers la fenêtre, les mains posées sur ses genoux comme deux oiseaux fatigués qui se sont posés là pour reprendre des forces. Elle porte une robe simple, bleu marine, dont le tissu sobre souligne la pâleur de sa peau et la tristesse de ses yeux noisette qui regardent défiler le paysage sans vraiment le voir. La récepti
Chapitre 29SofiaEn rangeant les affaires de Nathan Black, conservées dans une malle en cuir que Maître Dumont m'a fait parvenir avec ses derniers effets personnels, je découvre un médaillon ancien glissé dans la doublure déchirée d'un vieux carnet de notes. La malle est arrivée ce matin, déposée dans le hall du manoir par deux hommes en uniforme qui l'ont portée avec des gestes presque religieux, comme s'ils transportaient un cercueil. Elle est restée toute la journée dans un coin de ma chambre, fermée, mystérieuse, lourde de secrets, et c'est seulement maintenant, à la tombée de la nuit, que j'ai trouvé le courage de l'ouvrir.À l'intérieur, il y a des lettres, des dossiers, des papiers administratifs jaunis par le temps. Des photos de Nathan à différentes époques de sa vie, jeune homme souriant sur une plage, homme mûr en costume devant un building en construction, vieillard fatigué mais digne dans un jardin que je ne reconnais pas. Il y a aussi des objets personnels, une montre à
Chapitre 28AdrianL'aube se lève à peine sur le manoir quand Marcus frappe à la porte de mon bureau. Il ne prend même pas la peine de s'asseoir, ne cherche pas à masquer son agitation derrière son habituel flegme professionnel. Il reste debout devant mon bureau en acajou, le visage grave, les traits tirés par une nuit blanche, une nouvelle chemise cartonnée serrée entre ses doigts comme s'il craignait qu'elle ne s'envole. La lumière grise du petit matin filtre à travers les fenêtres et dessine des ombres allongées sur le parquet ciré. Dehors, le parc est noyé dans une brume épaisse qui avale les arbres et les statues, donnant au paysage une apparence fantomatique, irréelle.— On a identifié le commanditaire de la première tentative d'assassinat, annonce-t-il sans préambule, sa voix rauque trahissant la fatigue et la tension. Celle devant le cabinet du notaire. On sait qui a envoyé la voiture contre Sofia.Je me lève brusquement, mon fauteuil roulant en arrière sur le parquet ciré ave












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