Masuk— Élise... Le prénom échappa à Naïa dans un souffle. Je restai immobile devant la fenêtre, incapable de détourner les yeux de la femme qui se tenait derrière la grille. Élise. Elle n'avait pas tellement changé. Enfin... pas complètement. Son visage semblait plus fermé qu'autrefois. Ses traits étaient plus durs, son regard beaucoup moins chaleureux. Pourtant, je reconnaissais cette expression. C'était bien elle. La femme que j'avais considérée comme une sœur. Celle avec qui j'avais grandi. Celle qui avait partagé une partie de mon enfance avec moi. Et qui, aujourd'hui, se tenait devant notre maison avec une enveloppe portant mon prénom. Je me tournai vers les autres. — Pourquoi est-elle ici ? Personne ne répondit. Noah était complètement figé. Je le regardai. — Tu la connais ? Il hocha lentement la tête. — Oui. Ma gorge se serra. — Depuis quand ? Il baissa les yeux. — Depuis longtemps. Cette simple réponse me fit plus mal que je ne voulai
— Fermez les portes ! Le cri de Victor me fit sursauter. Avant même que je puisse réagir, Adrian passa un bras autour de ma taille et me ramena contre lui. Alexandre et Nathan coururent vers l'entrée. Mais Noah était déjà là. Juste devant la maison. Il posa ses deux mains contre la vitre. Nos regards se croisèrent. Pendant quelques secondes, tout le reste disparut. Les armes. Les hommes cachés dans le jardin. Les secrets qui s'accumulaient autour de nous. Je ne voyais plus que son visage. Mon visage. Nous avions les mêmes yeux, la même forme de lèvres et cette petite fossette au coin de la joue. C'était presque irréel. Comme si, après vingt-six années de séparation, je me retrouvais soudain devant une version masculine de moi-même. Naïa s'avança lentement. Ses lèvres tremblaient. — Noah... Il tourna la tête vers elle. Son expression se crispa. — Maman. Naïa porta une main à sa bouche. Puis, sans réfléchir, elle courut vers la porte. — Naïa, attends ! cria Adrian
— Celui qui le poursuit viendra avec lui. La phrase de Victor refusait de quitter mon esprit. Je fixai la porte quelques secondes, puis tournai lentement la tête vers Adrian. — Qui poursuit Noah ? Victor resta silencieux. — Victor ! Il tressaillit et baissa les yeux. — Je ne sais pas. Je m'approchai de lui. — Tu sais quelque chose. Il passa nerveusement une main sur son visage. Son regard fuyait le mien. — Oui... Sa voix se brisa légèrement. — Mais si je te le dis, tu ne voudras plus rester ici. Adrian se plaça aussitôt devant moi, comme pour me protéger de ce que Victor s'apprêtait à révéler. — Nous ne partirons pas tant que nous ne saurons pas ce qui se passe. Victor leva les yeux vers lui. Un sourire sans joie passa sur ses lèvres. — C'est justement ce que je craignais. Un bip provenant de l'ordinateur nous interrompit. Thomas était toujours penché devant l'écran. — Le transfert est encore actif. Alexandre se tourna vers lui. — Tu peux l'arrêter ? — Non. —
— Mon… jumeau ? Le mot resta coincé entre nous. Je regardai Naïa, comme si je cherchais sur son visage une explication qui pourrait rendre tout cela moins absurde. — Tu viens vraiment de dire que Noah est mon jumeau ? Elle hocha lentement la tête. Ses larmes continuaient de couler sans qu’elle cherche à les essuyer. — Oui. Je fis un pas en arrière. Ma tête tournait. — Alors pourquoi personne ne m’a jamais parlé de lui ? Naïa baissa les yeux. Elle semblait incapable de soutenir mon regard. — Parce qu’on m’a dit qu’il était mort. Derrière elle, Gabriel ferma les yeux. — Nous le pensions tous. Je me retournai vers lui. — Tous ? Ma voix monta malgré moi. — Vous étiez tous au courant ? Personne ne répondit. Ce silence suffit à faire exploser ce qui restait de mon calme. — J’ai grandi en pensant être fille unique ! Ma voix tremblait. — Toute ma vie, je me suis demandé pourquoi ma mère refusait de me parler de mon père. Pourquoi certains souvenirs de mon enfance sembla
Je restais devant le mur, incapable de détacher mes yeux du message qui venait d’apparaître. « LE PREMIER HÉRITIER N’ÉTAIT PAS NAËLLE. » Je relus la phrase. Une fois. Puis une deuxième. Ma poitrine se serra. Le premier héritier… Ce n’était pas moi. Alors qui était-ce ? — Victor… Ma voix sortit à peine. Je déglutis avant de reprendre : — Qu’est-ce que tu viens de dire ? Victor ne répondit pas. Il semblait ne même plus m’entendre. Son regard était fixé sur le petit bracelet posé dans le berceau. Ses lèvres tremblaient légèrement et son visage était devenu si pâle qu’on aurait dit qu’il venait de voir un fantôme. Adrian s’approcha de lui. — Tu connais ce bracelet ? Victor ferma lentement les yeux. — Oui. Un silence pesant s’installa. Adrian ne le quitta pas des yeux. — À qui appartient-il ? Victor resta muet. Alors Adrian lui saisit le bras. — À qui appartient ce bracelet ? Cette fois, Victor releva les yeux vers son fils. Il avait l'air épuisé. — À un enfant
Le chiffre continuait de descendre.00:00:59.Puis :00:00:58.Personne ne bougeait.J'avais l'impression que le moindre mouvement pouvait déclencher quelque chose d'irréversible.Je regardai Adrian.Il paraissait étrangement calme. Trop calme.Mais je connaissais mon mari. Je voyais la tension dans sa mâchoire, ses doigts légèrement crispés. Il avait peur.Pas pour lui.Pour nous.— Adrian…Il tourna doucement la tête vers moi.— Ne t'inquiète pas.Je secouai la tête.— Tu me mens.Un petit sourire passa sur ses lèvres.— Oui.Cette simple réponse me fit monter les larmes aux yeux.— Je ne veux pas te perdre.Il s'approcha et posa délicatement sa main contre ma joue.Sa paume était chaude.— Tu ne me perdras pas.Derrière lui, Alexandre fixait toujours le panneau de contrôle.Soudain, il baissa les yeux vers son poignet.Sa marque brillait beaucoup plus fort que celle d'Adrian.— C'est moi.Tout le monde se retourna vers lui.Adrian fronça les sourcils.— Quoi ?Alexandre leva son br







