Mag-log in
Il y a vingt-cinq ans...
La pluie tombait depuis des heures sur la ville. Les rues étaient presque désertes et les lampadaires diffusaient une faible lumière à travers le rideau d'eau. Tout semblait calme. Trop calme.
Julien Moreau sortit de son bureau en verrouillant la porte derrière lui. Il resta quelques secondes immobile sur le seuil, les yeux perdus dans la nuit. Il tenait une vieille chemise cartonnée contre sa poitrine. À l'intérieur se trouvaient des dizaines de documents qu'il avait mis des mois à rassembler.
Ses mains tremblaient légèrement.
Il baissa les yeux vers la chemise et souffla enfin.
— Je t'ai eu...
Ces mots étaient à peine audibles.
Pendant des mois, il avait fouillé les comptes de l'entreprise, comparé des factures, vérifié des contrats et interrogé discrètement plusieurs employés. Plus d'une fois, il avait cru abandonner. Mais ce soir, tous les morceaux du puzzle s'assemblaient enfin.
Quelqu'un volait l'entreprise.
Pire encore...
Le coupable était une personne en qui ils avaient tous confiance.
Julien sentit un mélange de soulagement et d'angoisse lui serrer la poitrine. Il savait que cette découverte pouvait tout changer. Mais il savait aussi qu'elle pouvait lui coûter très cher.
Il descendit les marches du bâtiment d'un pas rapide. Le vent froid lui fouetta le visage. Il remonta le col de son manteau et chercha ses clés dans sa poche.
Un peu plus loin, une berline noire était garée dans l'ombre.
Le moteur tournait discrètement.
À travers les vitres teintées, impossible de distinguer le conducteur.
Julien ne remarqua rien.
Son téléphone vibra.
Le nom de Victor Delcourt apparut sur l'écran.
Un sourire fatigué éclaira son visage.
Il décrocha.
— Enfin ! lança Victor avec un rire nerveux. Ça fait une heure que j'essaie de te joindre. Tu vas bien ?
Julien laissa échapper un petit soupir.
— Oui... enfin, je crois.
— Alors ? Tu as trouvé quelque chose ?
Julien regarda la chemise qu'il tenait toujours contre lui.
Ses doigts se crispèrent.
— Oui. J'ai trouvé toute la vérité.
Un silence s'installa.
— Tu es sérieux ? demanda Victor d'une voix plus basse.
— Plus que jamais. Quelqu'un nous vole depuis des années. J'ai les preuves. Cette fois, personne ne pourra nier.
Victor resta silencieux quelques secondes.
— Ne rentre pas chez toi. Viens directement au bureau. On regardera tout ensemble.
Julien esquissa un sourire.
— J'arrive. Dans dix minutes, tout sera terminé.
Au même instant, un bruit de moteur déchira le silence.
Julien fronça les sourcils.
Il tourna lentement la tête.
Deux phares jaillirent de l'obscurité.
La berline noire roulait droit vers lui.
D'abord lentement.
Puis de plus en plus vite.
Son sourire disparut.
Son cœur rata un battement.
Ce n'était pas un conducteur distrait.
Cette voiture le visait.
— Julien ? cria Victor au téléphone. Julien, qu'est-ce qui se passe ?
Julien recula d'un pas.
La voiture accéléra brusquement.
Il voulut courir.
Ses jambes refusèrent de répondre assez vite.
Le choc fut brutal.
Son corps fut projeté plusieurs mètres plus loin.
Le téléphone glissa de sa main.
La chemise s'ouvrit sous la violence de l'impact. Les feuilles s'éparpillèrent dans la rue, balayées par la pluie et le vent.
Pendant une seconde, tout redevint silencieux.
Puis la berline reprit de la vitesse et disparut dans la nuit, sans même freiner.
À l'autre bout du téléphone, Victor continuait de crier.
— Julien ! Réponds-moi ! Julien !
Mais il n'y eut plus aucune réponse.
Le lendemain, les journaux parlèrent d'un tragique accident de la circulation.
L'affaire fut rapidement classée.
Aucune enquête sérieuse ne fut menée.
Les preuves avaient disparu.
Le meurtrier aussi.
Pour tout le monde, Julien Moreau avait simplement eu la malchance de croiser une voiture lancée à pleine vitesse.
Mais ce n'était pas la vérité.
Julien Moreau avait été réduit au silence parce qu'il avait découvert un secret que quelqu'un était prêt à protéger à n'importe quel prix.
Et vingt-cinq ans plus tard, ce même secret allait refaire surface... en entraînant deux familles dans une histoire où l'amour, la haine et la vengeance seraient plus dangereux que jamais.
Naëlle relut la phrase inscrite au bas du document. Une fois. Puis encore une fois, comme si les mots pouvaient changer si elle les regardait assez longtemps. « Si Élise découvre un jour la vérité, ne lui révélez jamais qui était sa mère. » Elle sentit sa gorge se serrer. Elle avait grandi aux côtés d'Élise. Elles avaient partagé tant de choses : les repas en famille, les disputes pour des broutilles, les confidences murmurées tard dans la nuit et ces moments où l'une avait dû consoler l'autre. Même lorsqu'elles n'étaient pas d'accord, Naëlle n'avait jamais imaginé que sa sœur adoptive puisse avoir un passé aussi mystérieux. Elle releva lentement la tête vers Gabriel. — Tu connais la mère d'Élise ? Il ne répondit pas tout de suite. Naëlle fronça les sourcils. — Gabriel, je te parle ! Il passa une main sur son visage avant de se décider à répondre. — Je ne sais pas qui est sa mère biologique. En revanche, je connais la personne qui a fait disparaître son dossier. N
— L'homme qui t'a fait disparaître n'était pas Antoine Delcourt. C'était ton propre père.Les mots d'Henri résonnèrent dans la pièce.Mathis ne bougea pas. Il avait entendu la phrase, pourtant son esprit refusait de l'accepter. Ses poignets étaient toujours attachés, la corde lui entamait la peau, mais il n'y prêtait presque plus attention.Son regard restait fixé sur Gabriel.Cet homme avait passé des années à chercher des réponses. Il venait de risquer sa vie pour le retrouver. Et maintenant, il prétendait avoir ignoré jusqu'à son existence.Mathis avait besoin de comprendre. Même si la vérité devait lui faire encore plus mal.— Dis quelque chose, murmura-t-il.Gabriel avait le visage défait. Il semblait chercher les mots justes, mais aucun ne venait.— Mathis, je te jure que je n'ai jamais voulu te faire de mal.— Ce n'est pas ce que je t'ai demandé !Sa voix éclata dans la pièce. Il sentit sa gorge se serrer et dut reprendre son souffle avant de continuer.— Est-ce que tu savais q
Mathis resta figé devant la page, incapable d'en détacher les yeux. Il connaissait cette écriture. Il l'avait vue sur les documents que Damien signait lorsqu'il était enfant, sur les cartes d'anniversaire qu'il conservait encore dans un tiroir et même sur son premier contrat de travail, reçu à l'âge de dix-huit ans. Il reconnaissait jusqu'à la manière dont le nom était souligné. Gabriel Renaud. — Non, murmura-t-il. Samuel Delcourt s'accroupit devant lui. — Tu reconnais sa signature ? — Je reconnais celle de Gabriel. Mais ça ne prouve rien. — Tu as raison. Une signature peut être falsifiée. Sauf que celle-ci a été authentifiée trois fois par des experts. Elle figure sur le document qui autorise ton transfert de la clinique Sainte-Hélène vers la famille Renaud. Mathis releva brusquement la tête. — Transféré ? J'étais un bébé ! — Tu étais surtout un problème dont plusieurs personnes voulaient se débarrasser. Samuel tourna la page. Une deuxième signature appara
Mathis resta les yeux rivés sur la page. Il avait beau essayer de se convaincre qu'il se trompait, il n'arrivait pas à détacher son regard de cette signature.Il connaissait cette écriture.Il l'avait vue des centaines de fois en grandissant. Sur les documents que Damien signait, sur les cartes d'anniversaire qu'il conservait encore dans un tiroir, et même sur son premier contrat de travail, lorsqu'il avait eu dix-huit ans.Il aurait reconnu cette façon de tracer les lettres entre mille. Même le trait sous le nom était le même.Gabriel Renaud.— Non, souffla-t-il.Samuel Delcourt s'accroupit devant lui pour se mettre à sa hauteur.— Tu reconnais sa signature ?Mathis releva les yeux vers lui.— Je reconnais celle de Gabriel. Ça ne veut pas dire que le document est vrai.— C'est exact. Une signature peut être imitée. Sauf que celle-ci a été examinée et authentifiée trois fois par des experts. Elle apparaît sur l'acte qui autorise ton transfert de la clinique Sainte-Hélène vers la famil
— Adrian, écoute-moi bien. Quelqu'un est entré dans notre chambre.La voix de Naëlle tremblait au bout du fil.Adrian s'éloigna d'Isabelle et des documents qui recouvraient la table de la clinique. À l'autre bout de la pièce, Alexandre leva les yeux vers lui, remarquant immédiatement son changement d'expression.— Où es-tu exactement ?— Dans notre chambre. J'ai essayé d'appeler Thomas, mais il est avec Gabriel. Adrian… l'échographie que j'ai trouvée n'est pas celle de notre bébé.Il ferma les yeux un bref instant.Lorsqu'il les rouvrit, son visage s'était durci.— Ne touche plus à rien. J'arrive.— Attends, il y a autre chose.Il entendit le froissement d'une feuille, puis le silence de Naëlle. Elle devait être en train de relire le message inscrit au dos de la photographie.— Quelqu'un a écrit que notre premier enfant n'a jamais été le nôtre.Adrian se raidit.À quelques pas de lui, Alexandre avait entendu chaque mot.— Qu'est-ce qu'elle raconte ? demanda-t-il.Adrian lui fit signe
— Ce n'est pas celui que j'ai retrouvé.Je fixai Gabriel, incapable de comprendre ce qu'il venait de dire.— Tu veux dire que Mathis n'est pas ton fils ?Il secoua aussitôt la tête, puis passa une main sur son visage. Il avait l'air aussi perdu que moi.— Je ne sais plus quoi croire.Il reprit son téléphone et agrandit la photographie qu'Adrian venait de lui envoyer.Les trois noms apparurent de nouveau sur l'écran.Adrian Delcourt.Alexandre Delcourt.Mathis Renaud.Juste en dessous, une mention avait été ajoutée : Vérification de filiation en attente.Thomas se pencha pour examiner l'image.— Ces documents ne prouvent rien pour le moment. Nous devons retrouver les registres originaux avant de tirer des conclusions.Je me tournai vers lui.— Et si les résultats des tests ADN avaient été falsifiés eux aussi ?Il réfléchit quelques secondes avant de répondre.— Dans ce cas, il faudra retrouver les échantillons utilisés lors des premières analyses. On peut modifier un acte de naissance,







