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Chapitre 2

Penulis: Persephone
last update Tanggal publikasi: 2026-03-24 22:58:45

UN MARIAGE MORT

Le regard de Victor se posa brusquement sur elle. Ses sourcils se froncèrent légèrement, mais son visage demeurait un masque froid. « Qu’as-tu dit ? »

Geneviève leva les papiers qu’elle tenait à la main et les lui tendit. « Voici une copie de l’accord de divorce. J’ai déjà déposé les papiers au tribunal pour demander l’annulation du mariage. Puisqu’on n’a jamais vraiment vécu comme un couple, le mariage peut être annulé. Si tu ne t’y opposes pas, ça sera réglé en une semaine. »

Ses lèvres se courbèrent, sans le moindre sourire. Une incrédulité mêlée de mécontentement traversa ses traits alors que sa mâchoire se contractait. D’un geste vif, il arracha les papiers de sa main, les yeux plantés dans les siens, un regard dur, sans ciller.

« As-tu fini de jouer la petite épouse docile ? » lâcha-t-il. « C’est ça ton vrai visage maintenant ? Tu me sors un divorce comme ça ? T’as perdu la tête ou quoi ? »

Mais Geneviève ne broncha pas. Elle le fixa avec le même calme impassible, les yeux clairs, le ton posé.

« Je ne cherche pas d’ennuis. Et je ne fais pas un caprice. » Sa voix était posée, mais ferme. « J’ai déjà signé. Tu peux vérifier si tu veux. »

Ses yeux se posèrent sur les documents, parcourant chaque page. Son expression passa de l’incrédulité à un défi tranchant et glacial lorsqu’il aperçut enfin sa signature, datée du jour même.

Pendant qu’il feuilletait les pages, Geneviève retira doucement son alliance de son doigt et la déposa sur la table d’appoint près du canapé. « C’est l’anneau que tu m’as offert le jour de notre mariage », dit-elle doucement, en redressant les épaules. « Je m’en vais. Prends soin de toi, Victor. »

La mâchoire de Victor se contracta, le muscle frémissant tandis que ses yeux s’embrasaient d’une fureur contenue. Mais elle n’attendit pas sa réaction. Elle saisit sa valise et passa devant lui, son calme composé contrastant avec la tempête qui couvait dans ses yeux.

Il ne se retourna pas pour la regarder. Il resta figé sur place, son poing se resserrant sur les papiers de divorce jusqu’à les froisser dans sa main. Derrière lui, la lourde porte s’ouvrit, puis se referma avec un claquement sonore qui résonna à travers la demeure. Le bruit des roulettes de sa valise raclant le pavé dehors semblait se répercuter dans le silence qu’elle laissait derrière elle.

Mme Maisel se précipita en avant, la panique inondant ses traits. Son regard allait et venait entre la porte et Victor. « Monsieur Hale ! Pourquoi vous la rattrapez pas ? Dites-lui de rester ! »

Mais l’expression de Victor s’était déjà figée en une indifférence glaciale. Sa voix était basse, sèche, et chargée d’acier.

« Ce n’est pas nécessaire. » Ses lèvres s’incurvèrent en un rictus cruel et confiant. « Elle reviendra d’elle-même avant même d’avoir franchi ces grilles. »

Mme Maisel se figea, le cœur serré. Elle le regarda avec incrédulité, son anxiété grandissant, mais son regard perçant réduisit ses protestations au silence. Elle jeta un œil vers la porte, puis vers la fenêtre, tandis que Victor se tenait droit, silencieux, la mâchoire rigide.

D’autres femmes de ménage sortirent de la cuisine et se regroupèrent près de la fenêtre, chuchotant en regardant Geneviève traîner sa valise dans l’allée.

Elles échangèrent des regards inquiets, les yeux toujours fixés sur l’allée, comme si les paroles de Victor pouvaient se réaliser.

Les lèvres de Victor se courbèrent en un sourire narquois tandis qu’il attendait, la respiration calme, la confiance gravée dans chacun de ses traits.

La maisonnée resta immobile, les yeux fixés sur l’entrée.

Mais le silence s’étira.

Mme Maisel serra les mains l’une contre l’autre, son inquiétude grandissant à chaque seconde qui passait. Sa panique s’accrut lorsque Geneviève disparut par les grandes grilles sans se retourner.

Sa poitrine se serra tandis qu’elle se tourna finalement vers lui. « Monsieur Hale… Madame n’est pas revenue », dit-elle, la voix teintée de panique. Ses mains se tordirent l’une dans l’autre tandis que sa peur se déversait dans ses mots.

« Qu’elle parte ! » rugit-il. Le calme de Victor se fissura, sa fureur déformant son visage. Il jeta brutalement les papiers de divorce au sol.

« Elle va aller où, hein ? Des années sous mon toit, avec le titre de Mme Hale… Tu crois vraiment qu’elle peut tout laisser comme ça ?! »

Mme Maisel tressaillit à son éclat et reporta son regard vers la fenêtre. Son cœur se serra en voyant Geneviève disparaître derrière les grilles de la demeure, sa valise traînant derrière elle.

Sans un regard en arrière, Geneviève s’effaça dans la nuit enneigée.

Le soleil se leva, froid et blême, sur la demeure des Hale. Le silence à l’intérieur était plus lourd qu’à l’accoutumée. Autour de la longue table, les femmes de ménage disposaient le petit-déjeuner avec une rigueur presque mécanique, un malaise transparaissant pourtant dans leurs gestes.

Victor descendit enfin de son bureau, les épaules droites, son costume impeccablement repassé. Il s’assit en bout de table avec une grâce mesurée, comme si rien ne s’était produit.

Mme Maisel s’empressa de lui servir le café, puis le reste du petit-déjeuner. Victor souleva la tasse avec un calme étudié, mais son regard restait glacé.

« Elle n’est toujours pas rentrée ? »

« Non, Monsieur Hale », répondit Mme Maisel d’une voix basse et mal à l’aise.

Les lèvres de Victor se courbèrent en une ligne sèche.

« Qui lui a appris à faire des caprices ? »

Mme Maisel hésita. « Monsieur… peut-être devriez-vous l’appeler ? »

Les yeux de Victor se posèrent sur elle, impassibles.

« Si elle veut souffrir dehors, qu’elle souffre. Qu’elle gèle dans les rues. Elle finira bien par revenir. »

Il planta sa fourchette dans l’omelette, en prit une bouchée qu’il mâcha lentement. Il attrapa ensuite son téléphone, le regarda un instant sans expression, puis reposa la fourchette avec un claquement sec.

« Pourquoi mon téléphone n’était-il pas chargé hier soir ? Et qui a préparé mes vêtements ce matin ? Maisel, d’habitude tu fais bien ton travail. Qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui ? »

Mme Maisel baissa les yeux, le regard fuyant.

Son visage s’assombrit sous le mécontentement, tandis que son regard glissa vers les autres femmes de ménage.

« Même cette omelette est dégoûtante. Vous avez oublié comment travailler en une seule nuit ? »

Mme Maisel déglutit nerveusement avant de répondre.

« Monsieur… ce n’est pas nous. D’habitude… c’est Madame qui s’en occupe. »

La fourchette de Victor s’immobilisa.

« Comment ça ? »

« Depuis votre mariage, Madame se levait avant l’aube. Elle préparait tout elle-même. Aucun de nous n’entrait dans votre chambre. »

Un silence tomba immédiatement.

Les mots s’enfoncèrent en Victor comme une masse lourde. Son expression vacilla un instant, et sa main se referma sur la fourchette, le métal ployant sous la force.

« Il y a des dizaines de femmes de ménage ici. Pourquoi ferait-elle tout cela elle-même ? »

Mme Maisel inspira légèrement avant de reprendre.

« Monsieur Hale… avez-vous oublié ? Lorsque vous l’avez épousée, Madame ne savait rien des tâches ménagères. Mais, dès la première semaine après votre mariage, une des femmes de ménage avait égaré vos dossiers, et vous vous étiez emporté contre elle… puis contre Madame aussi. »

Un souvenir remonta brutalement en lui, sa propre voix froide et tranchante, et le silence de Geneviève.

Sa main se referma sur la fourchette.

« À quoi ça sert d’épouser une femme qui ne sait même pas où ranger un dossier ? »

La voix de Mme Maisel se fit plus basse. « Depuis ce jour, Madame a refusé toute aide. Elle faisait tout elle-même, pour vous. »

Un trouble fugitif passa dans les yeux de Victor, mais il fut aussitôt écrasé sous une rigidité retrouvée.

« Elle a fait ses choix. Si elle veut revenir, elle le fera d’elle-même. »

***

Au Luxe, des lumières aveuglantes balayaient le bar, la musique battant comme un cœur affolé. L’air était épais de fumée, de parfum et de rires ivres.

Victor était assis dans un coin du canapé en cuir, un verre à la main. Il buvait sans relâche, mais l’alcool ne calmait rien. Sa veste avait été abandonnée, sa cravate desserrée. Son alliance brillait sous les néons tandis qu’il la faisait tourner lentement sur son doigt.

Gabriel Kennedy le remarqua le premier. Grand, décontracté, légèrement ivre, il s’approcha et s’assit à côté de lui. « Qu’est-ce qui t’arrive ? En semaine, tu ne mets jamais les pieds ici. »

Victor ne répondit pas et vida son verre.

En face de lui, Neil Harrington était avachi sur le canapé, une femme accrochée à son bras. Mince, aux traits acérés, les cheveux noirs plaqués en arrière, il avait un charme calculateur qui attirait naturellement l’attention. Son sourire narquois s’élargit. « Tiens, quelle surprise. Victor, laisser sa précieuse femme à la maison pour une soirée dehors ? C’est vraiment pas ton genre. »

Les doigts de Victor se resserrèrent sur son verre, mais il resta silencieux.

Gabriel rit. « Précieuse ? Plutôt stupide. Je n’oublierai jamais cet événement d’entreprise. Tu te souviens, Victor ? Elle ne boit jamais, mais elle a bu à ta place toute la soirée puisque tu ne touches pas à l’alcool. »

Il éclata de rire. « Elle était à deux doigts de s’effondrer. J’ai cru qu’elle allait y passer. Quelle femme fait ça ? »

Le rire des deux hommes couvrit la musique.

Victor vida un autre verre. Ses yeux s’assombrirent, ses phalanges blanchissant.

Le rire de Neil s’éteignit tandis qu’il fronçait les sourcils, étudiant son ami. Sa voix se fit plus basse, plus sérieuse. « Pourquoi tu bois comme ça ? »

Victor posa son verre. « Il ne s’est rien passé. Geneviève est juste rentrée chez ses parents. »

Neil s’arrêta net. « De quoi tu parles ? »

Victor se crispa. « T’es sourd ? »

Le sourire de Neil disparut. « Vic… ses parents sont morts la semaine dernière dans un accident de voiture. »

Il marqua une pause, scrutant le visage de Victor. « Elle n’en a pas où retourner. La banque l’a saisie il y a des mois pour couvrir les dettes de sa famille. »

La main de Victor glissa de son verre. Son visage se figea. « Quoi ? »

Neil le fixa. « Comment tu peux être son mari sans savoir ça ? »

Pour la première fois, Victor resta sans voix.

Gabriel ricana. « Une veuve mariée… pas étonnant qu’on l’appelle comme ça aux soirées. Mariée à un nom, pas à un homme. »

Victor le fixa, le choc se transformant en quelque chose de plus sombre.

Gabriel continua, insouciant. « Un mariage mort. Une veuve mariée au fantôme d’un mari. »

Ses doigts glissèrent vers son alliance, le métal froid sous ses doigts, tandis que son corps se raidissait dans un choc silencieux.

Neil brisa enfin le silence, tentant de détendre l’atmosphère. « Bon, on est là pour boire. Oublie ça ce soir. »

Victor leva mécaniquement son verre. Mais son visage resta pâle, figé dans le choc.

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