로그인La Prisonnière du Bal Masqué Chaque année, la Camorra de Velasca organise un bal masqué où se négocient les alliances et se préparent les trahisons. C'est là que Lorenzo De Santis choisit de frapper. Six mois plus tôt, la famille Valente a fait assassiner sa sœur lors d'une transaction qui a mal tourné. Depuis, Lorenzo ne dort plus. Il élabore une vengeance théâtrale, à la hauteur de sa rage. Pendant le bal, il fait kidnapper Rosa Valente, la sœur de son ennemi, et l'enferme dans une aile secrète de son palais. Mais ce que Lorenzo ignore, c'est que Rosa n'est pas la cible qu'il croit. Elle est la fille cachée, illégitime, la honte des Valente. Elle n'a aucune valeur stratégique. Pourtant, au lieu de supplier, elle lui propose un marché : elle connaît tous les secrets de son frère et peut l'aider à le détruire, en échange de sa propre liberté. Lorenzo accepte. Mais en découvrant l'intelligence et le courage de cette femme que son clan a sacrifiée, il comprend que la véritable vengeance n'est pas de faire couler le sang, mais de libérer un cœur prisonnier. Et que le sien, justement, est en train de se rendre.
더 보기Chapitre 1
Lorenzo
J'ajuste mon masque de faucon devant le miroir sans tain, et mon reflet me renvoie l'image d'un prédateur qui n'a plus rien à perdre.
Les plumes d'acier brun qui ornent le bord du masque luisent sous la faible lueur des bougies, chaque rémige taillée dans un métal si fin qu'elle semble vibrer au moindre de mes mouvements. Mes yeux, derrière les fentes étroites, sont deux braises éteintes. Six mois de nuits blanches, six mois à répéter dans ma tête le bruit de la détonation, six mois à voir le corps de Bianca s'affaisser sur le bitume comme une poupée brisée. La douleur s'est transformée, elle n'est plus cette plaie vive qui saigne au moindre souffle. Elle est devenue un outil. Une lame que j'aiguise chaque jour.
Ce soir, je frapperai les Valente au cœur.
Mon costume est celui d'un seigneur de la Renaissance, velours noir sur pourpoint de soie sombre, les manches fendues laissant voir le blanc cassé de ma chemise. J'ai voulu l'élégance absolue, parce que la vengeance se doit d'être belle. Elle se doit d'être mémorable. Matteo Valente ne doit pas seulement perdre sa sœur, il doit perdre la face devant tous ses pairs, devant la Camorra réunie. Et quand il saura que Rosa a disparu, qu'elle est prisonnière dans mon palais, il comprendra que son pouvoir n'est qu'une illusion. Je peux le toucher où je veux. Quand je veux.
Le masque me gratte l'arête du nez. Je l'ignore.
— Les hommes sont en place, murmure Marco derrière moi.
Je le vois dans le reflet, debout dans l'embrasure de la porte, son propre masque d'Arlequin déjà fixé sur son visage carré. Il est nerveux, je le connais. Ses doigts tambourinent contre sa cuisse, un tic qu'il a depuis l'adolescence. Mais ses yeux sont solides. Fidèles.
— Tous ? demandé-je sans me retourner.
— Tous. Les issues sont surveillées. Dès qu'elle s'éloigne du groupe, on la prend.
Je hoche lentement la tête. Mes doigts effleurent la crosse de mon revolver, caché sous ma veste, contre ma hanche. L'acier est froid, rassurant. Je ne compte pas m'en servir, pas ce soir. Un coup de feu attire trop l'attention. Non, ce soir sera une affaire de silence. De discrétion. De mains gantées qui s'abattent sur une bouche surprise.
— Elle ressemble à quoi ? je demande, bien que je connaisse déjà la réponse.
Marco hésite une seconde, ce qui est étrange. Il n'hésite jamais.
— J'ai vu une photo. Brune, les yeux clairs. Assez petite. Frêle, presque. On dit qu'elle vit reclus dans l'aile sud du palais Valente.
— Parce qu'elle est illégitime, je complète. La honte de la famille.
— Oui. Matteo ne la sort jamais. Le bal de ce soir est une exception. Il a besoin de montrer l'unité du clan, paraît-il.
Je ricane, un son bref et sans joie. L'unité des Valente. Une plaisanterie. Le vieux Alfonso les a élevés dans le mensonge et la compétition, et depuis sa mort, ses fils se déchirent comme des chiens affamés. Matteo tient le pouvoir par la peur, pas par le respect. Il a besoin de Rosa ce soir pour faire joli, pour montrer que rien ne manque à sa maison. Quelle ironie. C'est précisément parce qu'il l'expose qu'il va la perdre.
— Alors allons-y, dis-je en prenant mon masque à deux mains pour le caler définitivement. Je veux être dans la salle avant minuit.
Marco s'efface pour me laisser passer. Je traverse les longs couloirs de mon palais, ceux que j'ai parcourus des milliers de fois en rêvant de cette nuit. Les murs sont couverts de tapisseries sombres, des chasses à courre où des cerfs aux yeux de verre fuient des meutes de chiens noirs. Le parquet craque par endroits, un bruit familier qui me murmure que je suis chez moi, que je suis le maître ici. Pourtant, ce soir, je me sens étranger à moi-même. Je ne suis plus Lorenzo, le fils cadet, le diplomate, celui qu'on disait trop doux pour la Camorra. Je suis un instrument. Je suis la main qui serre.
La nuit est froide. Dehors, le ciel est dégagé, parsemé d'étoiles cruelles qui ressemblent à des éclats de verre. Le vent soulève le bord de ma cape, et je la retiens d'un geste impatient. Marco me rejoint, puis deux autres de mes hommes, Costanzo et Rino, vêtus en laquais. Ils portent des plateaux d'argent vides, juste pour se fondre dans le décor. Leurs regards croisent le mien, brefs, professionnels. Personne ne parle.
La voiture nous attend au bas des marches, une berline noire aux vitres teintées dont le moteur ronronne comme une bête patiente. Je monte à l'arrière, seul. Marco s'installe devant, à côté du chauffeur. Il se retourne à peine pour me dire :
— Le bal a commencé il y a une heure. Les Valente sont arrivés les premiers, comme d'habitude. Matteo portait du rouge. Sa femme est en argent.
— Je me fiche de sa femme, Marco.
— Je sais. C'est juste pour que vous ayez le décor.
Le décor. Je ferme les yeux un instant, et je vois Bianca. Elle a vingt-trois ans, elle porte une robe jaune qu'elle a cousue elle-même, elle rit en courant vers moi pour me rendre cette montre ridicule. La seconde d'avant, elle était vivante. La seconde d'après, elle ne comprenait plus pourquoi le monde basculait. Je n'étais pas là. Je n'ai pas pu la rattraper. Je n'ai pas pu crier assez fort pour arrêter la balle.
Mais ce soir, je rattrape quelque chose. Je rattrape leur sang.
La voiture s'arrête devant le palais des fêtes, une bâtisse du XVIIIe siècle aux colonnes de marbre blanc qu'on a louée pour l'occasion. Les invités descendent par grappes, leurs costumes étincelants sous les flambeaux. Des rires, des baisers volés sur des joues masquées, des chuchotements complices. Je traverse le perron sans regarder personne, Marco sur mes talons. Un majordome nous accueille, inspecte nos invitations d'un œil expert. Je lui adresse un sourire froid, et il s'efface.
Et soudain, je suis dans la salle.
Le bruit m'assaille d'abord, la rumeur épaisse de deux cents personnes qui parlent, rient, trinquent. L'orchestre joue un morceau rapide au piano, et des couples tournoient sous les lustres de cristal, leurs masques colorés comme des ailes de papillons exotiques. Je reconnais des visages, malgré les déguisements : Tino Rizzuto en doge de Venise, la comtesse Sforza en nonne libertine, les frères Albani en soldats romains. Et là, au fond, entouré d'une cour obséquieuse, Matteo Valente.
Je le reconnais à sa taille, à sa façon de bomber le torse, à son masque d'argent. Il tient une coupe de champagne, il parle fort, il touche l'épaule des gens comme s'il leur faisait une faveur. Son rire porte, gras et assuré. C'est l'homme qui a tué ma sœur. Pas de ses mains, mais de son ordre, de son dédain, de son incapacité à considérer la vie des autres comme sacrée.
La haine me monte à la gorge, âcre comme du fiel. Je dois serrer les mâchoires pour ne pas traverser la salle et l'abattre devant tout le monde. Ce ne serait pas élégant. Ce ne serait pas assez long. La mort serait trop douce pour lui. Non, il faut qu'il souffre. Il faut qu'il attende, qu'il doute, qu'il imagine les pires horreurs pour Rosa. Et quand la peur aura rongé son orgueil, quand il sera à genoux, alors je déciderai.
Mes yeux balaient la salle. Je cherche une femme brune, frêle, reclus. Je cherche celle qui porte dans ses veines le même sang que mon ennemi. Je cherche la prisonnière du bal masqué.
L'orchestre attaque une valse lente, et les lumières s'adoucissent. Je commence à avancer entre les invités, saluant ici et là sans m'arrêter. Marco me suit à distance, ses doigts cessant enfin de tambouriner.
Je ne la vois pas encore, mais elle est là. Quelque part, dans cette foule qui danse sur le tombeau de Bianca. Et quand mes doigts se refermeront sur son bras, quand je l'entraînerai dans l'ombre, tout basculera.
Ce soir, je frappe les Valente au cœur.
Mon poing se serre sur le revers de ma veste, là où la montre en or de ma sœur repose dans une poche cousue main. Je l'ai gardée. Je ne la quitte jamais. Son tic-tac, contre ma poitrine, est le seul battement de cœur qui me reste.
Je vais te venger, Bianca. Je te le jure.
Sous mon masque de faucon, mes lèvres remuent en silence. Et je prie, pour la première fois depuis six mois, je prie qu'elle me voit. Qu'elle sache. Qu'elle soit fière.
Puis j'efface toute émotion de mon visage. Je redeviens le prédateur. Je redeviens la lame.
Et j'avance.
Chapitre 4RosaOn frappe à ma porte, et mon cœur cesse de battre pendant une seconde entière.Le bruit est à peine audible, trois petits coups espacés, le code que nous avons inventé il y a des années, Maria et moi, quand j'étais encore une enfant qui avait peur du noir et des ombres qui dansaient sur les murs. Trois coups, pause, trois coups. Sa signature. Je pose le livre que je prétendais lire je n'ai pas tourné une page depuis des heures, trop occupée à écouter les battements de mon propre cœur et je me lève si brusquement que ma chaise de bois bascule et s'écrase sur le plancher avec un bruit de tonnerre.Je n'ai pas besoin de regarder par la fenêtre pour savoir que le bal a commencé. Je le sens. Les vibrations de la musique traversent les murs épais du palais, les rires étouffés des invités filtrent par les couloirs, et l'air lui-même semble plus léger, chargé de champagne et de promesses. Dehors, dans la lumière des lustres, la Camorra danse, complote, trahit. Et lui, il est l
Chapitre 3LorenzoLe bal bat son plein, et la rumeur de la fête m'enveloppe comme une seconde peau trop chaude, trop parfumée, trop vivante.Je suis au cœur de la salle, immobile au milieu du tourbillon des masques, et pourtant personne ne me regarde. C'est l'avantage du costume de velours noir, du masque de faucon aux plumes d'acier brun. Je suis l'ombre que la lumière oublie, le corbeau posé sur un lustre, celui qui observe sans être vu. Autour de moi, des couples tournent, des rires éclatent, des voix se font plus douces pour chuchoter des secrets que je n'ai pas besoin d'entendre pour deviner.L'orchestre joue une valse lente, presque langoureuse, et les violons glissent sur les cordes comme des doigts sur une peau nue. Les archets montent et descendent, et la musique se répand dans la salle comme un fluide épais, enivrant, qui ralentit le temps et aiguise les sens. Les lustres de cristal projetent des milliers d'éclats lumineux sur les parquets cirés, et chaque pas, chaque frois
Chapitre 2RosaJe regarde le bal depuis ma fenêtre, comme je regarde toutes les choses de ma vie : de loin, en silence, les doigts serrés sur l'appui en pierre froide.La lumière jaillit des grandes fenêtres du palais Valente, là-bas, derrière les jardins intérieurs que je n'ai pas le droit de traverser quand il y a du monde. Je distingue les silhouettes danser derrière les vitres, des ombres mouvantes aux couleurs claires, des masques qui scintillent sous les lustres. Le rire étouffé d'une femme me parvient par bouffées, porté par la brise humide de la nuit. Cela ressemble à un monde dont j'ai toujours été exclue. Un monde qui ignore jusqu'à mon souffle.Je ne suis pas invitée. Je ne suis jamais invitée.Derrière moi, la chambre est petite, presque monacale. Une couverture grise sur un lit étroit, une chaise en bois au dossier droit, une cruche d'eau sur une commode ébréchée. Pas de fleurs, pas de tableaux, pas de miroirs. Les Valente préfèrent que je ne voie pas mon visage, peut-êt
Chapitre 1LorenzoJ'ajuste mon masque de faucon devant le miroir sans tain, et mon reflet me renvoie l'image d'un prédateur qui n'a plus rien à perdre.Les plumes d'acier brun qui ornent le bord du masque luisent sous la faible lueur des bougies, chaque rémige taillée dans un métal si fin qu'elle semble vibrer au moindre de mes mouvements. Mes yeux, derrière les fentes étroites, sont deux braises éteintes. Six mois de nuits blanches, six mois à répéter dans ma tête le bruit de la détonation, six mois à voir le corps de Bianca s'affaisser sur le bitume comme une poupée brisée. La douleur s'est transformée, elle n'est plus cette plaie vive qui saigne au moindre souffle. Elle est devenue un outil. Une lame que j'aiguise chaque jour.Ce soir, je frapperai les Valente au cœur.Mon costume est celui d'un seigneur de la Renaissance, velours noir sur pourpoint de soie sombre, les manches fendues laissant voir le blanc cassé de ma chemise. J'ai voulu l'élégance absolue, parce que la vengeance






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