ログインÉlodie a ouvert les yeux au petit matin. Le soleil filtrait à peine à travers les grands rideaux de la chambre. Par réflexe, elle a étendu le bras, mais sa main n'a rencontré que des draps lisses. La place d'à côté était désespérément vide, et le tissu était froid. Raphaël n'était pas rentré toute la nuit. Elle est restée un long moment immobile, le regard fixé au plafond, sentant une lourdeur familière lui peser sur la poitrine. Puis, elle a pris une grande inspiration, a refoulé cette pointe de douleur au fond d'elle et s'est levée. Après une douche rapide, elle a enfilé un jean et un pull léger, puis est descendue.Dans la salle à manger, la table était dressée pour deux. Le grand-père était déjà parti de bonne heure pour régler des affaires au siège du groupe. La grand-mère l'attendait seule, assise devant son café, l'air soucieux. En voyant Élodie entrer sans Raphaël, le visage de la vieille dame s'est assombri.— Il n'est pas là ?, a demandé la grand-mère, le ton déjà agacé.— N
Dès que la porte s'est refermée, Raphaël a lâché Camille. Son but était simple : l'ouvrir la portière de la berline blanche, la pousser dedans et en finir. Pas question qu'Élodie regarde par la fenêtre et se fasse des idées.— Monte, Camille. Le chauffeur te ramène, a-t-il dit d'un ton sec.Mais Camille n'avait pas l'intention de se faire jeter comme ça. Au lieu de monter, elle s’est retournée d'un coup et s'est collée contre lui en agrippant sa veste. Elle a mis tout son poids sur son torse, la tête dans son cou, en soupirant.— Raphaël, s’il te plaît… Ne me repousse pas, a-t-elle murmuré, en faisant semblant d'être ivre. Tu n'as d'yeux que pour elle en ce moment. Moi, je me tue à la tâche pour toi, et tu me traites comme un chien devant tes grands-parents.Raphaël commençait vraiment à s'énerver. Ce parfum fort et ces jérémiades en pleine nuit le gonflaient. Il lui a attrapé les poignets pour la décoller de lui.— Camille, lâche-moi et monte. Tu es bourrée, tu racontes n'importe quo
En arrivant dans la salle à manger, Élodie a tout de suite capté le topo. Camille s'était déjà installée, tranquille, juste à la droite de Raphaël. En voyant Élodie approcher, elle a joué la surprise de s'être mise là par mégarde, une main posée sur la bouche.— Oh, Élodie… Désolée, j'ai complètement zappé que c'était ta place habitualle !, a-t-elle sorti avec un petit sourire désolé qui sonnait faux, en faisant mine de reculer sa chaise de deux centimètres. C’est bête, mais j’ai tellement l’habitude de me mettre là quand on bosse tard avec Raphaël au salonje n’ai même pas réfléchi… Attends, je me pousse, prends ma place.Élodie l’a regardée, profondément blasée par son petit numéro de sainte-nitouche. Elle n'avait aucune envie de s'abaisser à une guerre de territoire pour une malheureuse chaise de salle à manger.— C’est bon, reste là où tu es. Ça m'est complètement égal, a-t-elle coupé court.Élodie a contourné la table et s'est installée de l'autre côté, juste à côté de la grand-mè
Une fois Raphaël monté, la grand-mère ignora royalement la présence de Camille. Elle n'en avait que pour Élodie, lui tapotant doucement la main pour prendre de ses nouvelles.— Alors, ma petite, dis-moi tout. Qu’est-ce qui t'occupe tant en ce moment ? Tu sais, j'ai une idée... La semaine prochaine, Paris va devenir étouffant. Ça te dirait de m'accompagner quelques jours en Suisse ? On s'installerait au chalet, au calme, loin de toute cette agitation.Élodie lui offrit un sourire sincère, touchée par l'attention.— C’est vraiment adorable, Grand-mère, mais je ne vais pas pouvoir. C’est l’anniversaire de maman la semaine prochaine. Je dois rentrer un peu plus tôt pour tout préparer et passer du temps avec elle.— Oh, mais c’est une merveilleux !, s'exclama la vieille dame, les yeux brillants. Ça fait des années que je n’ai pas vu ta maman. Il faut absolument marquer le coup. Je veux lui offrir un vrai beau cadeau pour son anniversaire.— Ne vous dérangez pas pour ça, Grand-mère, elle se
Le trajet se fit dans un silence de plomb. Élodie gardait le visage tourné vers la vitre, les yeux fixés sur le paysage qui défilait sans rien voir. Les éclats de voix de la joaillerie lui prenaient encore la tête, et l’idée que Camille se soit servie dans leus caisses pendant deux ans pour s’acheter une conduite la dégoûtait profondément.À côté d’elle, Raphaël n'en menait pas large. Il sentait bien qu’il avait merdé sur toute la ligne avec cette histoire. Pour une fois, le grand patron d'industrie baissait d’un ton, presque penaud. Cherchant une porte de sortie pour détendre l’atmosphère, il posa prudemment sa main sur la sienne.— Élo… Je suis désolé pour ce qui s'est passé. Je n'étais vraiment pas au courant pour les comptes, je vais régler ça personnellement. Viens, on va plutôt voir Grand-mère au domaine. Ses derniers examens sont parfaits, les médecins disent qu'elle est en pleine forme. Ça te fera du bien de passer un moment avec elle.Élodie ne prit même pas la peine de retir
Raphaël repoussa le bras de la femme d'un geste sec. Emportée par l'élan, elle perdit l'équilibre sur ses talons et s'effondra lourdement sur le marbre de la joaillerie. Elle ouvrit la bouche, prête à hurler, mais les mots se bloquèrent net dans sa gorge dès qu'elle leva les yeux.En découvrant le visage de Raphaël, sa fureur se mua en une panique totale. Elle se redressa tant bien que mal sur les genoux, lissant nerveusement sa veste beige, le regard fuyant.— Monsieur... Monsieur Dubois !, bafouilla-t-elle, la voix tremblante, cherchant à se rattraper. Je... je vous demande pardon. Je ne savais pas que vous étiez là. Quelle idiote... Si j'avais su que vous veniez récupérer la bague de Camille en personne, je ne me serais jamais permise d'intervenir. Camille m'a simplement dit de passer pour faire vite…Raphaël ne desserra pas les dents. Mais cette femme, aveuglée par son habitude de courber l'échine devant le patron, prit ce silence de mort pour une approbation. Pensant qu'il était







