LOGINLe bruit résonna dans toute la pièce.
- Refusez.
La jeune femme parut surprise.
- Monsieur... les profits...
- Je me moque des profits.
Son regard parcourut lentement l'assemblée.
- Tant que je dirigerai cette organisation, nous ne toucherons jamais aux femmes, aux enfants, ni aux innocents.
Personne n'osa répondre. Tous savaient que cette règle existait depuis qu'Adrian avait pris la tête de l'empire Blackwood. Celui qui la violait disparaissait définitivement de l'organisation. Quelques minutes plus tard, la réunion touchait à sa fin. Avant de
quitter la salle, Adrian s'arrêta.- Une dernière chose.
Tous relevèrent la tête.
- La loyauté est la seule richesse que l'on ne peut pas acheter. Si l'un d'entre vous me trahit, je le
découvrirai.Son regard balaya chacun des visages présents.
- Et ce jour-là, aucun endroit au monde ne pourra le
protéger.Il quitta la pièce dans un silence absolu.
Une fois la porte refermée, plusieurs collaborateurs échangèrent un regard. L'un d'eux souffla discrètement :- On comprend pourquoi le monde entier le
surnomme... le Roi Noir.Mais aucun n'osa prononcer ces mots plus fort.
Même entre ces murs, le respect qu'inspirait Adrian Blackwood était plus puissant que la peur. La réunion terminée, Adrian quitta le bâtiment principal pour rejoindre une demeure plus ancienne, située à l'écart de la propriété. Contrairement au siège moderne de l'organisation, cette maison avait conservé son charme d'autrefois. Les murs de pierre, la grande bibliothèque et les tableaux anciens témoignaient de plusieurs générations de la famille Blackwood.À peine entra-t-il qu'une voix grave l'accueillit.- Tu es rentré plus tôt que prévu.
Adrian esquissa un léger sourire.
- La mission est terminée.
Assis près de la cheminée, Richard Blackwood referma le livre qu'il était en train de lire.
Malgré ses cheveux grisonnants, son regard n'avait rien perdu de son intensité. Pendant des décennies, il avait dirigé l'empire Blackwood avant de transmettre le pouvoir à son fils.- Assieds-toi.
Adrian prit place dans le fauteuil en face de lui.
Richard servit deux verres de whisky.-Les affaires ?
-Sous contrôle.
- L'Italie ?
- Le contrat est conclu.
Richard hocha lentement la tête.
- Comme toujours.
Un silence confortable s'installa entre eux.
Ils n'avaient jamais eu besoin de parler beaucoup pour se comprendre. Après quelques instants,Richard observa attentivement son fils.
- Tu portes encore tout sur tes épaules.
Adrian esquissa un faible sourire.
- C'est le prix de cette vie.
- Non.
Richard secoua la tête.
- C'est le prix que tu as choisi de payer.
Adrian ne répondit pas.
Son père poursuivit d'une voix plus douce.- Depuis que tu diriges l'organisation, tu refuses les trafics les plus lucratifs. Tu protèges ceux qui ne peuvent pas se défendre. Tu imposes des règles que
beaucoup considèrent comme des faiblesses.- Ce ne sont pas des faiblesses.
- Je le sais.
Richard prit une gorgée de son verre.
- C'est précisément ce qui fait de toi un meilleur
dirigeant que je ne l'ai jamais été.Adrian baissa légèrement les yeux.
Les compliments de son père étaient rares. Lorsqu'ils arrivaient, ils avaient toujours du poids. Richard se leva et s'approcha de la fenêtre.- Tu sais... il y a une chose qui n'a jamais changé.
Adrian leva les yeux vers lui.- Laquelle ?
Richard resta silencieux quelques secondes.
- Chaque fois que tu reviens d'une mission, tu regardes la même direction.
Adrian fronça légèrement les sourcils.
- Tu crois que je ne l'ai pas remarqué ?
Un léger sourire fatigué apparut sur le visage de Richard.
- Treize ans ont passé...
Il se tourna vers son fils.
- Et pourtant, tu penses encore à cette petite fille...
Elena Carter.
Adrian demeura immobile. Il ne confirma pas. Il ne nia pas non plus. Son silence suffisait à répondre.Richard soupira doucement.
- Je me demande parfois si cette promesse ne te coûtera pas plus cher que toutes les guerres que tu as menées.
Adrian fixa les flammes de la cheminée.
Cette fois encore, il ne trouva rien à répondre. Adrian quitta la demeure familiale sans un mot. La nuit était tombée sur la propriété des Blackwood. Il marcha lentement jusqu'au balcon de son bureau, dominant les jardins éclairés par quelques lampadaires. Au loin, le bruit du vent agitait les arbres, mais rien ne semblait pouvoir troubler son calme.Pourtant, les paroles de son père continuaient de résonner dans son esprit. Tu penses encore à cette petite fille...Il ferma les yeux quelques instants. Treize années. Treize années durant lesquelles il avait bâti un empire, remporté des guerres, écrasé ses ennemis et gagné le respect des organisations les plus puissantes. Pourtant, une seule nuit refusait de disparaître de sa mémoire. La pluie. Les coups de feu. Une forêt plongée dans l'obscurité. Une enfant recroquevillée derrière un rocher, les joues couvertes de larmes. Et ce médaillon serré contre son cœur. Adrian rouvrit lentement les yeux. Il se souvenait parfaitement de l'ordre qu'il avait reçu ce soir-là. Retrouver la fille. Récupérer le médaillon. Ne laisser aucun survivant. Il avait désobéi. Pour la première fois de sa vie, il avait ignoré un ordre direct. Ce choix lui avait coûté la confiance de plusieurs alliés et déclenché une guerre silencieuse qui n'avait jamais réellement pris fin. Malgré tout, il ne l'avait jamais regretté. Un léger bruit derrière lui le tira de ses pensées. Son bras droit, Victor Hayes, venait d'entrer dans le bureau.- Monsieur.
Adrian se retourna.
- Qu'y a-t-il ?
- Les rapports de la journée sont prêts à être signés.
Adrian prit les dossiers que Victor lui tendait et les parcourut rapidement.
- Rien d'urgent ?
- Non, monsieur.
Il y eut un court silence.
Victor semblait hésiter.- Quelque chose ne va pas ? demanda Adrian.
- Non... je pensais simplement que vous devriez vous reposer un peu.
Adrian esquissa un sourire presque imperceptible.
- Les rois ne se reposent jamais, Victor.
Son collaborateur baissa légèrement la tête.
- Comme vous voudrez.
Il quitta le bureau en refermant doucement la porte derrière lui.Adrian resta seul. Son regard glissa machinalement vers le coffre-fort encastré dans le mur, derrière une bibliothèque. Il demeura immobile quelques secondes. Puis il s'en approcha lentement.
Sa main s'arrêta devant le clavier électronique. Sans encore l'ouvrir, il fixa le coffre d'un air pensif. Il savait parfaitement ce qu'il contenait. Et il savait aussi qu'il était peut-être temps de vérifier que tout allait bien. Adrian posa sa main sur le lecteur biométrique. Un léger bip retentit. Quelques secondes plus tard, la porte blindée du coffre-fort s'ouvrit lentement. À l'intérieur étaient rangés plusieurs dossiers classés par ordre de priorité. Sans hésiter, Adrian saisit celui portant une simple inscription noire. CARTER Il le déposa sur son bureau et l'ouvrit. À l'intérieur se trouvaient des photographies, des rapports et quelques notes rédigées à la main. La première photo représentait Elena devant son université, un sac sur l'épaule et un sourire discret aux lèvres. La suivante la montrait en compagnie de son oncle, Michael, à la terrasse d'un café. Puis venaient d'autres clichés : Elena à la bibliothèque, Elena aidant une personne âgée à traverser une rue, Elena quittant son stage auprès de la brigade criminelle. Adrian observa chaque photographie avec une attention particulière. Un léger sourire apparut au coin de ses lèvres.- Tu es devenue exactement la femme qu'ils
espéraient que tu sois...Il tourna une nouvelle page.
Le dernier rapport datait de la veille. Elena Carter, 25 ans ,Étudiante en Master 2 de criminologie – Stagiaire à la brigade criminelle. État de la surveillance : Aucun danger immédiat. À cet instant, quelqu'un frappa à la porte.- Entrez.
Victor pénétra dans le bureau.
- Monsieur, le rapport mensuel est terminé.
Son regard tomba brièvement sur le dossier ouvert.
- Tout est normal ?
Adrian referma lentement le dossier.
- Oui.
Victor hésita.
- Souhaitez-vous que nous poursuivions la surveillance habituelle ?
Adrian se leva et se dirigea vers la baie vitrée qui dominait la propriété. Il contempla quelques instants
l'obscurité avant de répondre.- Oui.
- Les mêmes consignes ?
- Personne ne doit l'approcher.
Victor hocha la tête.
-Bien, monsieur.
Alors qu'il s'apprêtait à quitter la pièce, Adrian reprit la parole.
- Victor.
- Oui ?
- Si un jour sa vie est de nouveau menacée...
Il marqua une courte pause.
- Peu importe les conséquences.
Victor comprit immédiatement.
- Nous interviendrons.
Adrian secoua lentement la tête.
- Non.
Il garda les yeux fixés sur la nuit.
Cette fois... j'irai moi-même.
Victor inclina respectueusement la tête avant de quitter le bureau. Le silence revint. Adrian rouvrit une dernière fois le dossier Carter. Son regard s'arrêta sur la photographie d'Elena. Treize années avaient passé. Pourtant, il revoyait encore la petite fille tremblante qu'il avait laissée derrière ce rocher, un médaillon serré contre son cœur. Il referma doucement le dossier.
- Je t'ai promis que tu vivrais...
Sa voix n'était qu'un murmure.
- Et tant que je respirerai... personne ne brisera
cette promesse.Au loin, l'orage commençait à gronder.
Sans le savoir, Elena Carter s'apprêtait à entrer dans un monde dont elle ignorait encore l'existence. Et lorsque leurs chemins se croiseraient enfin, plus rien ne serait jamais comme avant. A suivre le chapitre 4Chapitre 20 Le silence était devenu insupportable. Elena se tenait au milieu du tunnel, le médaillon serré dans son poing. En face d’elle, Richard maintenait son arme contre la tempe d’Adrian. Daniel, Alexander et Michael étaient immobiles. Personne n’osait faire le moindre mouvement. Richard fixa Elena.– Tu négocies avec moi ?– Oui.Un léger sourire apparut sur les lèvres de Richard.– Tu as beaucoup changé depuis la dernière fois que je t’ai vue.Elena fronça les sourcils.– Vous m’avez déjà vue ?Richard ne répondit pas.Adrian tourna légèrement la tête.– Elena, ne l’écoute pas.– Tais-toi.Richard appuya davantage son arme contre lui.– Je veux la vérité.– Tu l’auras.Elena désigna Adrian du regard.– Mais vous le libérez d’abord.Richard eut un rire bref.– Tu crois vraiment être en position de négocier ?– Non.Elle leva légèrement le médaillon.– Mais vous êtes en position de perdre ce que vous cherchez depuis vingt-cinq ans.Le sourire de Richard disparut.Elena comprit q
Chapitre 19Le silence qui suivit les paroles d’Alexander fut assourdissant. Adrian ne bougeait plus. Son regard était fixé sur son grand-père.– Tu mens.Alexander ne détourna pas les yeux.– J’aimerais.Adrian serra son arme.– Mon père n’est pas le Roi Noir.– Tu as passé ta vie à croire qu’il était simplement ton père.Alexander fit un pas vers lui.– Mais Richard Blackwood a toujours été bien plus que cela.Daniel baissa les yeux.Elena le regarda.– Papa… tu savais ?Daniel hocha lentement la tête.– Oui.Adrian se tourna brusquement vers lui.– Depuis combien de temps ?– Depuis le jour où j’ai commencé à travailler pour lui.– Et tu ne m’as jamais rien dit ?– Je voulais te protéger.Adrian eut un rire froid.– Tout le monde veut me protéger.Il regarda Elena.– Et pendant ce temps, tout le monde me ment.Elena sentit son cœur se serrer.Elle comprenait parfaitement ce qu’il ressentait.Elle aussi venait de découvrir que les personnes qu’elle aimait lui avaient caché des vérit
Chapitre 18La lettre tremblait entre les doigts d’Elena. Elle relut plusieurs fois la dernière phrase. Ne fais confiance à aucun Blackwood. Puis elle leva les yeux vers Adrian.– Vous avez quelque chose à me dire ?Adrian resta silencieux.– Adrian ?– Ton père connaissait beaucoup de choses sur ma famille.– Ce n’est pas une réponse.– Je sais.Elena se leva.– Alors donnez-moi la vraie.Adrian la fixa quelques secondes.– Je n’ai jamais voulu te faire du mal.– Ce n’est toujours pas une réponse.– Non.Il s’approcha lentement.– Mais c’est la seule chose dont je sois absolument certain.Elena recula.– Mon père m’a demandé de ne faire confiance à aucun Blackwood.– Ton père avait ses raisons.– Et vous, vous en avez aussi ?Adrian ne répondit pas.Avant qu’Elena puisse insister, une porte s’ouvrit brusquement au bout du couloir.Victor apparut.– Monsieur.Adrian se tourna.– Daniel est réveillé.Elena oublia immédiatement leur conversation.– Je peux le voir ?– Oui.Elle se préci
Chapitre 17 Elena resta figée devant l’enveloppe. Ses mains tremblaient.POUR ELENA, À OUVRIR À SES VINGT-CINQ ANS.Elle reconnut immédiatement l’écriture.C’était celle de son père. Treize années avaient passé depuis la nuit où elle l’avait perdu. Et pourtant, elle aurait reconnu cette écriture entre mille.– C’est lui…Adrian regarda l’enveloppe.– Tu es certaine ?Elena hocha lentement la tête.– Oui.Elle la prit avec précaution.Mais au moment où elle voulut l’ouvrir, Daniel murmura faiblement :– Non…Elena se retourna.Son père avait rouvert les yeux.– Papa ?Daniel tenta de se redresser.Adrian l’aida.– Cette lettre…Il reprit difficilement son souffle.– Tu ne dois pas la lire ici.Elena fronça les sourcils.– Pourquoi ?– Parce que si elle tombe entre leurs mains…Il s’arrêta.– Tout le monde mourra.Elena sentit son cœur se serrer.– Qu’est-ce que tu as écrit dedans ?Daniel regarda Adrian.– Il doit être avec toi lorsque tu la liras.Adrian fronça les sourcils.– Pourquo
Chapitre 16Le claquement de la porte métallique résonna dans le tunnel. Elena sursauta. Elle se retourna immédiatement.– Nous sommes enfermés.Adrian s’approcha de la porte et posa une main dessus. Il examina rapidement le mécanisme.– Elle est blindée.Damien éclata de rire.– Tu ne vas quand même pas me dire que le grand Adrian Blackwood est incapable d’ouvrir une simple porte ?Adrian se retourna lentement.– Tu parles beaucoup.– Et toi, pas assez.Damien pointa son arme vers Elena.– Le médaillon.Daniel se plaça immédiatement devant sa fille.– Non.– Daniel…Damien sourit.– Treize ans caché dans l’ombre et tu recommences exactement la même erreur.Daniel serra les poings.– Tu ne l’auras jamais.– Alors elle mourra avec le secret.Adrian leva son arme.– Tu vas baisser la tienne.Damien ricana.– Tu crois vraiment que je vais avoir peur de toi ici ?– Non.Adrian fit un pas en avant.– Je veux simplement te donner une dernière chance de repartir vivant.Le sourire de Damien
Chapitre 15 Le monde d’Elena venait de s’arrêter. Elle fixait l’homme devant elle. Son visage avait changé. Il était plus marqué. Ses cheveux étaient devenus légèrement grisonnants. Une cicatrice traversait sa joue. Mais ses yeux. Ces yeux-là, elle les aurait reconnus entre mille.– Papa…Le mot sortit à peine de ses lèvres. L’homme ne bougea pas. Puis son regard se remplit de larmes.– Elena.Elle fit un pas vers lui.Adrian lui attrapa immédiatement le bras.– Attends.Elena se retourna.– Lâchez-moi.– Nous ne savons pas encore qui il est.L’homme sourit tristement.– Toujours aussi méfiant, Adrian.Le Roi Noir se figea.– Si tu es vraiment Daniel Carter…– Je le suis.Elena regarda son père.– Mais tu es mort.Daniel baissa les yeux.– C’est ce que tout le monde devait croire.Elle sentit les larmes couler.– Pourquoi ?Daniel s’approcha lentement.– Parce que si mes ennemis avaient su que j’étais vivant, ils t’auraient retrouvée bien avant tes vingt-cinq ans.Elena secoua la têt







