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CHAPITRE 9 — L’effacement

Author: L'encre
last update publish date: 2026-09-28 19:38:46

Le téléphone tremblait dans la main de Nina. Les mots qu’elle venait de prononcer résonnaient dans l’immense salon vide, lourds, irrévocables.

— Oui, monsieur le directeur. C’est définitif. Je refuse le rôle principal pour cette saison.

À l’autre bout de la ligne, le silence fut étourdissant, suivi d’une incompréhension totale. Mais Nina raccrocha avant d’entendre les supplications. Elle ferma les yeux, sentant physiquement une part d’elle-même se détacher et mourir.

Depuis le canapé de velours, Adrian l’observait. Il se leva, s’approcha avec une lenteur infinie et l’enveloppa dans ses bras, enfouissant son visage dans son cou.

— Je suis si fier de toi, murmura-t-il, ses lèvres frôlant sa peau. Tu as choisi notre vie. Tu m’as protégé.

L’illusion de paix vola en éclats deux heures plus tard.

La porte de l’appartement claqua avec une violence inouïe. Inès traversa l’entrée comme une tempête, le visage rouge de colère, les yeux brillants d’une rage désespérée. Elle venait de croiser le directeur de la troupe.

— Dis-moi que c’est une blague, cracha-t-elle, ignorant la présence d’Adrian qui s’éclipsa discrètement dans le bureau en refermant la porte sans un mot. Giselle, Nina ? Le rôle pour lequel tu saignes depuis trois ans ? Tu l’as refusé ?

Nina croisa les bras, tentant de garder contenance face au volcan qui lui faisait face.

— J’ai besoin de me reposer, Inès. Adrian a raison, cette pression m’épuise. Je dois me recentrer sur mon mariage…

— Ton mariage ? hurla Inès, la voix brisée par l’horreur. Il est en train de t’effacer ! Nina, écoute-moi. J’ai engagé un détective. Élise a abandonné le violon, Camille a fermé sa galerie. Il fait exactement la même chose avec toi ! C’est une méthode. Il vous coupe de ce qui vous fait briller pour mieux vous éteindre !

Nina accusa le coup. Mais la manipulation d’Adrian avait déjà tissé sa toile, épaisse, impénétrable. Elle repensa aux paroles toxiques de Camille lors du mariage. À cette femme qui, selon Adrian, voulait tout détruire.

— Tu es allée fouiller dans son passé ? siffla Nina, blessée, la voix tremblante. Tu écoutes les délires d’une ex-femme jalouse au lieu de me soutenir ? Il m’aime, Inès. Et je l’aime. Si tu ne peux pas l’accepter, alors peut-être que tu n’as plus ta place ici.

Les mots tombèrent comme des couperets. Inès se figea. La colère quitta brusquement son visage, remplacée par une tristesse insondable. Ses épaules s’affaissèrent.

— Tu ne te rends même pas compte que tu parles avec ses mots, souffla Inès, des larmes silencieuses coulant sur ses joues. Tu es déjà en train de disparaître.

Elle fit demi-tour et sortit, refermant la porte dans un silence de mort.

Seule au milieu du salon, Nina sentit ses jambes flancher. Le vide laissé par le départ de sa sœur la frappait de plein fouet. L’angoisse lui nouait l’estomac. Pour la première fois depuis des mois, un doute infime, vicieux, s’insinua dans son esprit. Et si Inès avait raison ?

Grelottante, elle se réfugia dans la salle de bain pour échapper à ses propres pensées. Elle ouvrit le robinet, aspergea son visage d’eau froide. Le marbre sous ses mains était glacial. En cherchant une serviette, elle ouvrit machinalement la porte de l’armoire à pharmacie.

Son regard fut attiré par un petit flacon en verre ambré, repoussé tout au fond, derrière des boîtes de paracétamol.

Il n’y avait aucune étiquette. Aucun nom. Juste des petites pilules blanches, parfaitement lisses.

Nina fronça les sourcils, faisant tourner le flacon entre ses doigts. L’étrangeté de l’objet détonnait avec l’organisation millimétrée de leur appartement.

La porte de la salle de bain s’ouvrit sans un bruit. Adrian se tenait dans l’encadrement, le regard baissé sur les petites pilules. Son expression était d’une douceur absolue, d’une bienveillance qui balayait d’un revers de main la moindre suspicion.

— Je vois que tu as trouvé ta surprise, dit-il en s’approchant pour lui caresser tendrement la joue. Ton médecin m’a dit que tu étais anémiée à cause du stress de ces derniers jours. J’ai fait préparer ces « vitamines » sur mesure pour toi, mon amour. Pour que tu retrouves toutes tes forces.

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