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Chapitre 7 — La proie et le prédateur

Author: Déesse
last update Last Updated: 2025-08-15 01:17:11

SÉLIA

La fatigue m’envahit comme une vague chaude et épaisse, alourdissant mes paupières malgré l’odeur entêtante qui flotte dans l’air, un mélange d’encens et de cire chaude, adouci par la fragrance plus subtile de draps lavés récemment, et le tissu fluide de ma robe glisse sur ma peau à chaque respiration tandis que les oreillers m’absorbent, profonds et moelleux, comme si ce lit avait été conçu pour avaler les défenses de ceux qui s’y abandonnent

Je sens mon corps céder malgré ma vigilance, les bruits du palais, assourdis, se dissolvent dans un silence velouté et mes pensées se perdent, dérivant comme des feuilles sur un courant lent, je me laisse glisser, consciente que je sombre dans un sommeil fragile, celui où l’on reste encore à demi consciente, prête à bondir

Je ne sais pas combien de temps s’écoule, assez pour que la frontière entre rêve et réalité devienne poreuse, d’abord un froissement lointain presque imaginaire, puis un souffle, et enfin… une caresse

Lente, délibérée, sur mes cheveux

Mes sens, engourdis par le repos, s’éveillent avant mon esprit, les doigts suivent la ligne de ma tempe, descendent vers ma nuque, s’attardent sur une mèche qu’ils enroulent, comme pour en éprouver la douceur, ce n’est pas le geste brusque d’un geôlier, ni la maladresse d’un serviteur, c’est la main d’un homme sûr de lui, qui prend, qui jauge, qui choisit

Mes yeux s’ouvrent

Il est là

Aussi près que le battement d’un cil, son visage envahit tout mon champ de vision, ses yeux noirs, profonds, me cernent comme une ombre, ses traits sont parfaits, découpés dans une maîtrise qui a l’éclat du marbre poli, mais de près il y a autre chose, une chaleur sauvage qui pulse sous cette beauté froide, une beauté dangereuse

— Vous… murmuré-je dans un souffle, incapable de cacher la surprise dans ma voix

— Moi, répond-il, sa voix basse glissant comme une lame dans le velours

LE ROI , Lucian Aurel

Je la contemple, et je sens mon souffle s’alourdir, elle est plus belle encore que dans le souvenir que j’avais gardé d’elle au moment où on l’a arrachée à la salle d’interrogatoire, la lumière des chandeliers joue sur sa peau, s’attarde sur le creux de sa gorge, souligne la douceur de ses lèvres, ses cheveux défaits s’étalent autour d’elle, sombres comme une nuit sans lune

Je me penche, son odeur me frappe d’abord, pas celle des parfums de cour, trop sucrés, trop apprêtés, non, un parfum plus discret, plus vrai, savon simple, chaleur de peau, et en arrière-plan… une note sauvage qui m’atteint directement au ventre

Mon corps réagit avec une violence brutale, la tension s’accumule dans mon bas-ventre au point de devenir une douleur aiguë, elle est là, allongée, dans ce lit où je l’ai fait conduire, offerte par mon ordre, je pourrais prendre ce que je veux maintenant, mais je préfère savourer l’instant, goûter ce frisson d’attente qui rend la morsure plus exquise

Ma main se pose sur sa tempe, descend sur sa joue, effleure la commissure de ses lèvres, sa peau est chaude, elle frissonne, je veux prolonger ce contact, sentir sa chaleur se mêler à la mienne, l’amener à cet instant où elle cessera de lutter

— Vous tremblez, murmuré-je, un sourire effleurant mes lèvres

— Pas de peur, dis-je avant qu’elle ne réponde, mais je veux l’entendre me contredire

— Vous vous trompez, souffle-t-elle, ses yeux rivés aux miens, ce n’est pas vous qui me faites trembler

SÉLIA

Ses doigts glissent sur ma peau comme une promesse, mais aussi comme une menace voilée, mon souffle se bloque, je sens le poids de sa présence, cette chaleur contenue dans chaque geste, comme un prédateur qui prend le temps d’approcher sa proie

Il croit que je vais céder, que le vin, la robe douce, les oreillers, suffisent à m’acheter, que j’ai oublié les murs humides de ma cellule et le goût de l’air vicié

Sa main atteint ma clavicule

Je bouge d’un mouvement sec, précis, je me dérobe, comme une lame qui échappe à la prise

— Ne me touchez pas, dis-je d’une voix basse mais ferme

Ses yeux changent immédiatement, la noirceur s’y épaissit, le masque poli se fissure, laissant apparaître une colère froide

LE ROI , Lucian Aurel,

Elle ose, elle ose se soustraire à moi, ce n’est pas de la peur que je lis dans ses yeux, c’est un refus, un affront, et c’est pire encore que si elle tremblait

La colère monte en moi, lourde, inexorable, mais ce n’est pas une flamme qui consume, c’est un poison lent qui se mêle au désir, la frustration accentue la tension dans mon corps au point de me faire mal

— Savez-vous seulement à qui vous parlez, Sélia ? Ma voix est basse mais tranchante

— À un homme qui croit que tout s’achète, rétorque-t-elle

— Et vous pensez échapper à ce que je veux ?

— Je ne suis pas un objet, et vous ne m’aurez pas comme ça

Je pourrais la forcer, ici, maintenant, la réduire au silence par la simple brutalité de mon pouvoir, mais ce serait céder trop vite à la facilité, je veux plus que son corps, je veux sa reddition, je veux qu’elle vienne à moi, de son plein gré ou brisée, mais qu’elle vienne

Je me redresse, l’ombre de mon corps se projetant sur elle, mes yeux accrochent les siens, sans cligner, je veux qu’elle sente le poids de ma volonté

— Vous reviendrez sur vos mots, dis-je finalement, et je promets que le jour où vous me les reprendrez… vous serez à genoux

SÉLIA

Je le fixe aussi, et je sens qu’il mesure le défi, la colère est là, tapie, mais tant qu’elle existe, il n’est pas sûr de sa victoire, et tant qu’il doute, j’ai encore une carte à jouer

— Alors vous allez attendre longtemps, majesté, je souffle, ma voix teintée d’un mépris glacé

Il recule d’un pas, lentement, comme un fauve qui s’éloigne sans quitter sa proie des yeux, je sais qu’il reviendra, et je sais que la prochaine fois… il ne reculera pas

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