LOGINChapitre 66 : La femme âgéeNaïra ne dormit pas.Elle passa la nuit allongée, les yeux ouverts, le regard fixé sur le plafond de la tente. Lyra dormait à côté d'elle. Soren dormait de l'autre côté. Le village dormait. Tout était calme. Tout était silencieux. Tout était faux.Elle pensait à Brynn. À ses mots. À ses révélations. À tout.Elle ne savait pas si elle devait la croire. Elle ne savait pas si elle mentait. Elle ne savait pas si elle disait la vérité. Elle ne savait rien.Au matin, elle se leva. Elle prit Lyra. Elle la confia à Élyane. Elle embrassa Soren. Elle sortit.Elle trouva Brynn près du feu.La vieille femme était assise sur une souche. Elle tenait une tasse de tisane entre ses mains tremblantes. Elle regardait les flammes. Elle ne leva pas les yeux quand Naïra s'approcha.— Tu es venue.— Oui.— Assieds-toi.Naïra s'assit en face d'elle. Elle la regarda. Longuement. La vieille femme était maigre. Fragile. Presque transparente. Mais ses yeux bleus étaient vifs. Perçants
Chapitre 65 : Le retour de SiennaSienna était partie depuis quatre mois.Naïra ne l'avait pas oubliée. Mais elle n'y pensait plus tous les jours. Elle avait trop de choses à gérer. La meute. Lyra. La menace de Ragnar. La vie. La survie. Sienna était devenue un souvenir. Un visage. Une voix. Une loyauté.Puis elle revint.Elle arriva au crépuscule, à la tête d'un groupe de quinze loups. Des hommes. Des femmes. Des jeunes. Des vieux. Des éclopés. Des bannis. Des errants. Des sans-meute. Ils étaient sales. Fatigués. Affamés. Mais vivants.Les sentinelles les arrêtèrent à la lisière.— Qui êtes-vous ?— Sienna. Je suis de la meute. Je reviens.Les sentinelles la reconnurent. Elles la laissèrent passer. Elles firent entrer le groupe. Elles prévinrent Naïra.Naïra sortit de la tente. Elle tenait Lyra dans ses bras. Elle regarda Sienna s'approcher. Elle la trouva différente. Plus maigre. Plus dure. Plus vieille. Mais ses yeux étaient les mêmes. Verts. Vifs. Loyaux.— Tu es revenue.— Je t'a
Chapitre 64 : La préparationLe conseil se réunit le soir même.Pas dans la maison commune. Trop petite. Trop officielle. Dans la clairière. Là où les décisions graves se prenaient. Là où les vérités se disaient. Là où les vies se décidaient.Naïra convoqua les anciens. Ceux qui comptaient. Ceux qui avaient prouvé leur loyauté. Korren. Draven. Varya. Sienna. Élyane. Sa mère. Torin. Et Soren. Toujours Soren.Ils s'assirent en cercle. Pas de trône. Pas de hiérarchie. Juste des loups. Fatigués. Vivants. Déterminés.Naïra parla la première.— Vous savez pourquoi on est là.— Ragnar, dit Korren.— Oui. L'émissaire est venu. Il a proposé une alliance. Il a demandé Lyra. J'ai refusé. Il a menacé. Je l'ai chassé. Mais la menace est posée.— Qui est Ragnar ? demanda Draven.— Un ancien de Viktor, dit Sienna. Puis de Kael. Il était là quand ils sont tombés. Il a survécu. Il s'est caché. Il a attendu.— Attendu quoi ?— Le bon moment. Pour prendre le pouvoir.— Pourquoi maintenant ?— Parce que
Chapitre 63 : L'émissaireL'émissaire arriva trois jours après la guérison d'Ivar.Il s'appelait Aldric. Pas le même Aldric. Un autre. Un jeune loup d'une trentaine d'années, grand, large d'épaules, les cheveux bruns coupés court, les yeux gris clair, presque transparents. Il portait une cape de voyage usée et une ceinture où pendait une dague simple. Il n'avait pas l'air d'un guerrier. Il avait l'air d'un homme fatigué.Il se présenta aux sentinelles à l'entrée du village. Il dit qu'il venait de la part de sa meute. Il demanda à parler à la gardienne. Les sentinelles le fouillèrent. Pas d'armes cachées. Pas de poison. Pas de piège. Elles le conduisirent jusqu'à la maison commune.Naïra l'attendait.Elle était assise à la table. Soren à sa droite. Korren à sa gauche. Varya près de la porte. Draven dans l'ombre. Elle ne s'était pas préparée. Elle ne s'était pas habillée. Elle portait ses vêtements de tous les jours. Elle n'avait pas besoin de plus. Elle n'avait rien à prouver.L'émissa
Chapitre 62 : Trois moisTrois mois passèrent.Le village se reconstruisit. Pas complètement. Mais assez. Les cabanes brûlées furent remplacées. Les murs effondrés furent relevés. Les réserves furent reconstituées. La vie reprit son cours. Lente. Fragile. Vivante.Naïra se remit. Lentement. Péniblement. Varya l'avait prévenue : une naissance n'est pas une guérison. C'est un commencement. Un nouveau combat. Il fallait du temps. Du repos. De la patience. Naïra n'avait jamais été douée pour la patience. Mais elle apprit.Soren restait près d'elle. Il ne parlait pas beaucoup. Il ne demandait rien. Il ne jugeait pas. Il était là. Comme toujours. Comme avant. Comme si rien ne s'était brisé.Mais quelque chose s'était brisé. Quelque chose de silencieux. De presque invisible. Un petit fil qui s'était tendu, puis distendu, puis presque rompu. Ils ne se touchaient plus comme avant. Ils ne se parlaient plus comme avant. Ils ne riaient plus comme avant.Ils s'aimaient. Toujours. Mais différemment
Chapitre 61 : La naissanceL'accouchement commença au milieu de la nuit.Naïra se réveilla avec une douleur dans le ventre. Pas une douleur ordinaire. Pas une crampe. Pas une gêne. Quelque chose de plus profond. De plus intense. De plus vivant. Elle resta immobile un instant. Elle respira. Elle attendit. La douleur revint. Plus forte. Plus longue. Plus proche.Elle posa sa main sur son ventre. Elle sentit l'enfant bouger. Pas comme d'habitude. Pas doucement. Pas calmement. L'enfant se retournait. Se positionnait. Se préparait.— Soren.Il dormait à côté d'elle. Il ne l'entendit pas.— Soren.Il ouvrit les yeux. Il la regarda. Il vit son visage. Il comprit.— C'est maintenant ?— Oui.Il se leva. Il enfila sa tunique. Il sortit. Il courut jusqu'au dispensaire. Il réveilla Varya. Il réveilla la mère de Naïra. Il réveilla Élyane. Il réveilla tout le monde.Le village s'éveilla. Les feux s'allumèrent. Les voix montèrent. La vie. La vraie. La naissance.Varya arriva la première.Elle entra







