LOGINPendant vingt-trois ans, Naïra a vécu dans l’ombre de la meute de la Lune d’Argent. Recueillie bébé et privée de ses véritables origines, elle est considérée comme une louve faible, car son loup ne s’est jamais manifesté. Tout bascule lorsque l’ancien Alpha est mystérieusement assassiné dans la forêt. Son fils, Soren, devient alors le nouvel Alpha et jure de retrouver le meurtrier. Mais dès sa rencontre avec Naïra, son loup réagit étrangement : elle est sa destinée. Pourtant, leur lien semble différent de celui des âmes sœurs ordinaires. Alors que d’autres meurtres frappent la meute, les victimes semblent toutes avoir un lien avec le passé oublié de Naïra. Le conseil réclame son bannissement, tandis qu’Élyane, la Luna destinée à Soren, cherche à l’éliminer. Naïra découvre bientôt que son identité a été volontairement effacée des archives des meutes. Puis Maël, un mystérieux Alpha, affirme connaître ses véritables origines et révèle une vérité terrifiante : Naïra n’a jamais été abandonnée. Elle a été cachée. Mais pourquoi ? Qui cherche à faire disparaître ceux qui connaissent son passé ? Et quel secret le père de Soren a-t-il enterré pendant toutes ces années ? Alors que les meutes se rapprochent de la guerre, le véritable loup de Naïra commence enfin à s’éveiller. Et lorsqu’il ouvrira les yeux, le destin de tous les Alphas pourrait basculer.
View MoreChapitre 1 : Le sang de la Lune d’Argent
La nuit était tombée sur la forêt de la Lune d’Argent comme un linceul de soie noire. Pas un souffle de vent, pas un cri d’oiseau. Seulement le silence, épais, anormal, ce genre de silence qui précède les catastrophes et fait dresser les poils sur la nuque des loups les plus aguerris.
Naïra le sentit avant même de comprendre pourquoi.
Elle était assise au bord de la rivière, les pieds nus dans la mousse froide, les yeux fixés sur l’eau noire qui reflétait une lune pleine et blafarde. Depuis vingt-trois ans, elle venait ici chaque fois que la meute devenait trop lourde à porter. Trop de regards en biais. Trop de murmures dans son dos. Trop de cette pitié malsaine qu’on lui accordait comme on jette un os à un chien bâtard.
« La pauvre. Toujours pas de loup. »
« Tu crois qu’elle est stérile ? C’est pour ça qu’aucun Alpha ne la veut. »
« Chut. Elle pourrait entendre. »
Elle entendait. Toujours. Son ouïe était étrangement fine pour une louve sans loup. Mais ça, personne ne le remarquait. Personne ne remarquait rien la concernant, sauf pour la mépriser.
Naïra serra les poings. Ses ongles s’enfoncèrent dans ses paumes, et une douleur familière, presque réconfortante, monta le long de ses poignets. Elle aurait dû avoir un loup. Toutes les louves de son âge avaient déjà vécu leur première transformation, certaines même avaient trouvé leur âme sœur. Elle, non. Rien. Le vide. Un gouffre béant là où aurait dû rugir une bête.
— Pourquoi tu m’as abandonnée ? murmura-t-elle à la lune, comme si l’astre pouvait répondre.
La lune, évidemment, resta muette.
Un craquement.
Naïra se figea. Le bruit venait de derrière elle, à une trentaine de mètres, du côté des fourrés qui bordaient la clairière sacrée. Un pas lourd. Puis un autre. Trop lourd pour un chevreuil. Trop irrégulier pour un loup en chasse.
Elle se retourna lentement.
Et son sang se glaça.
L’odeur arriva avant l’image. Une odeur de fer, de terre retournée et de peur. Une odeur de mort.
Naïra se leva, les jambes tremblantes, et avança vers les fourrés malgré la terreur qui lui hurlait de fuir. Ses pieds nus écrasaient les feuilles mortes, chaque craquement résonnant comme un coup de tonnerre dans le silence. Elle écarta une branche basse.
Et elle le vit.
L’Alpha de la meute de la Lune d’Argent, Aldric Vorn, gisait au sol, le corps tordu dans une position impossible. Sa gorge avait été arrachée, mais ce n’était pas une morsure de loup ordinaire. Les marques étaient trop larges, trop profondes, comme si une créature bien plus grande, bien plus ancienne, s’était penchée sur lui. Du sang noirci imbibait la terre autour de lui, formant une flaque qui semblait presque vivante, pulsant sous la lumière de la lune.
Naïra porta la main à sa bouche pour étouffer un cri. Ses yeux brûlaient. Son cœur battait si fort qu’elle l’entendait dans ses tempes.
— Non… non, non, non…
Elle recula d’un pas. Puis un autre. Sa respiration devint saccadée, douloureuse. Elle connaissait Aldric. Il ne l’avait jamais traitée comme les autres. Il ne l’avait jamais regardée avec pitié. Parfois, quand leurs regards se croisaient, il avait cette expression étrange, comme s’il savait quelque chose qu’il ne pouvait pas dire. Comme s’il portait un secret trop lourd pour un seul homme.
Et maintenant, il était mort. assassiné.
Un bruit humide.
Naïra baissa les yeux.
Ses mains étaient couvertes de sang.
Elle n’avait pas touché le corps. Elle en était certaine. Elle n’avait pas bougé. Alors pourquoi… pourquoi ses doigts étaient-ils rouges ? Pourquoi ce liquide chaud coulait-il entre ses doigts, comme s’il venait d’elle ?
Un hurlement déchira la nuit.
Pas n’importe quel hurlement. Un cri de guerre. Un cri de deuil. Un cri de vengeance.
La meute arrivait.
Naïra n’eut pas le temps de fuir. Les loups surgirent de partout, émergeant de la forêt comme des spectres, leurs yeux luisant dans l’obscurité. À leur tête, un homme grand, large d’épaules, les cheveux noirs coupés court, les yeux d’un gris d’orage qui semblait pouvoir fendre la pierre. Soren Vorn. Le fils de l’Alpha. Le futur Alpha.
Il s’arrêta net en voyant le corps de son père. Quelque chose se brisa dans son regard. Une fissure si profonde, si violente, que Naïra la ressentit dans sa propre poitrine, comme un écho.
Puis il vit Naïra.
Et son visage se transforma.
— Toi, souffla-t-il, la voix rauque de douleur et de rage.
Naïra secoua la tête, les larmes roulant sur ses joues.
— Je… je ne l’ai pas tué. Je te jure. Je l’ai trouvé comme ça. Je…
— Ses mains sont couvertes de sang ! cria une voix dans la foule. C’est elle ! C’est toujours elle qui apporte le malheur !
Élyane.
Elle émergea de la masse des loups, belle comme une déesse vengeresse, ses longs cheveux blonds flottant dans la nuit, ses yeux bleus étincelants de haine. Elle désigna Naïra d’un doigt accusateur.
— Elle a toujours été une aberration. Une louve sans loup. Une créature contre nature. Et maintenant, elle a tué notre Alpha !
— Non ! s’écria Naïra. Non, je n’ai rien fait ! Je vous jure !
Mais les murmures enflaient, se transformaient en grondements, en menaces. La meute avançait vers elle, un cercle de crocs et de griffes qui se refermait inexorablement.
Soren leva la main. Le silence retomba, lourd, tendu.
Il s’approcha de Naïra. Chaque pas était une condamnation. Il s’arrêta à quelques centimètres d’elle, si près qu’elle pouvait sentir la chaleur de son corps, l’odeur de sa rage, la puissance brute de son loup qui bouillonnait sous sa peau.
— Pourquoi tes mains sont-elles couvertes de sang ? demanda-t-il, la voix glaciale.
Naïra baissa les yeux. Ses mains tremblaient. Le sang séchait sur sa peau, formant des croûtes sombres.
— Je ne sais pas, avoua-t-elle dans un souffle. Je ne sais pas.
Quelque chose vacilla dans le regard de Soren. Une hésitation. Une fissure dans sa colère. Il la regarda comme s’il la voyait pour la première fois. Comme si quelque chose en elle l’appelait, le tirait, le déchirait de l’intérieur.
Son loup.
Il le sentit gronder, s’agiter, hurler un mot qu’il refusait d’entendre.
Destinée.
Non. Pas elle. Pas maintenant. Pas comme ça.
Il recula brusquement, comme si elle l’avait brûlé.
— Emmenez-la, ordonna-t-il, la voix brisée. Enfermez-la. Nous déciderons de son sort à l’aube.
Des mains brutales s’emparèrent de Naïra. Elle se débattit, mais ses forces étaient dérisoires face à la puissance des guerriers. On la traîna à travers la forêt, sous les cris et les insultes, sous les regards haineux d’une meute qui avait déjà décidé qu’elle était coupable.
Élyane s’approcha d’elle alors qu’on la jetait dans la cellule souterraine. Un sourire cruel flottait sur ses lèvres.
— Tu aurais dû partir quand tu le pouvais, ma chérie, murmura-t-elle. Maintenant, tu vas payer pour tout.
La porte se referma dans un claquement sinistre. Naïra se retrouva seule, dans le noir, le froid, l’odeur de moisissure et de désespoir.
Elle tomba à genoux. Ses larmes coulaient librement, silencieuses, brûlantes. Elle fixa ses mains couvertes de sang.
— Qu’est-ce que je suis ? chuchota-t-elle.
Et à cet instant, quelque chose bougea.
Pas autour d’elle. En elle.
Une présence. Une conscience. Une bête.
Naïra hoqueta, se pliant en deux sous la douleur. Quelque chose remuait dans sa poitrine, dans ses os, dans son sang. Quelque chose d’immense. D’ancien. De terrifiant.
Une voix résonna dans son esprit. Grave. Puissante. Inhumaine.
« Enfin. »
Naïra ouvrit la bouche pour crier, mais aucun son ne sortit.
« Tu as attendu vingt-trois ans. Moi aussi. »
Ses yeux s’écarquillèrent. Son cœur s’arrêta une seconde, puis repartit à une vitesse folle.
« Qui… qui es-tu ? »
Un rire sombre, profond, résonna dans son crâne.
« Je suis ton loup. Et je me suis réveillé. »
La douleur explosa. Naïra hurla.
Et quelque part au-dessus d’elle, dans la nuit, la lune devint rouge.
Soren se tenait au bord de la forêt, les poings serrés, le regard fixé sur la porte de la cellule où Naïra était enfermée. Son loup hurlait, griffait, suppliait. Il voulait la rejoindre. Il voulait la protéger. Il voulait…
Non.
Il ferma les yeux. Son père était mort. Assassiné. Et tout accusait Naïra.
Mais pourquoi son loup refusait-il de la croire coupable ?
Pourquoi, quand il l’avait regardée, avait-il senti quelque chose se briser et se reconstruire en même temps ?
Un bruit le fit se retourner. Élyane s’approcha, son sourire trop doux, trop parfait.
— Tu as bien fait, Soren. Elle est dangereuse. Elle l’a toujours été.
Il ne répondit pas. Il ne pouvait pas. Parce qu’au fond de lui, une petite voix murmurait le contraire.
Et cette voix ressemblait étrangement à celle de son père.
Il rouvrit les yeux. La lune était rouge.
Son sang se glaça.
— Qu’est-ce que…?
Un hurlement déchira la nuit. Un hurlement qui ne ressemblait à aucun autre. Un hurlement qui venait de la cellule.
Le hurlement de Naïra.
Sauf que ce n’était pas un cri de douleur.
C’était un cri de naissance.
Et dans ce cri, Soren entendit quelque chose qui le terrifia plus que tout ce qu’il avait connu.
Il entendit le grondement d’un loup.
Un loup ancien. Un loup puissant. Un loup qui n’aurait jamais dû exister.
Et il comprit, avec une certitude absolue, que rien ne serait plus jamais pareil.
Naïra n’était pas une louve sans loup.
Naïra était la louve que tous les Alphas devraient craindre.
Chapitre 45 : L'étrangerTorin fut installé dans une cabane à l'écart du village.Pas une prison. Pas un cachot. Une cabane. Avec un lit. Un feu. De l'eau. De la nourriture. Mais isolée. À cinquante mètres des premières tentes. Assez loin pour que personne ne l'approche. Assez près pour qu'on puisse le surveiller.Naïra alla le voir le lendemain de son arrivée.Elle n'aurait pas dû. Varya le lui avait interdit. Mais Naïra n'écoutait pas les interdits. Pas quand il s'agissait de comprendre. Pas quand il s'agissait de décider.Elle poussa la porte. La cabane était sombre. Une seule lampe à huile éclairait le visage de Torin. Il était assis sur le lit, les genoux contre la poitrine, les yeux fixes. Jeune. Vingt ans, peut-être moins. Des cheveux blonds sales. Des yeux bleus éteints. Des cicatrices récentes sur les avant-bras. Des marques plus anciennes sur le cou.Il leva la tête quand elle entra.— Tu es la reine.— Je ne suis pas une reine.— On m'a dit que tu l'étais.— On t'a menti.—
Chapitre 44 : Les premières neigesLes premières neiges tombèrent trois jours après le départ d'Élyane.Naïra les vit arriver depuis la porte de la maison commune. De petits flocons fins, presque invisibles, qui se déposaient sur les pierres noircies et les toits à moitié reconstruits. Le village ressemblait à un champ de ruines recouvert de sucre. C'était beau. C'était faux.Elle ferma la porte. Elle se tourna vers la table.Sur la table, une carte. Grossière. Tracée à la main. Des points. Des lignes. Des noms. Les réserves. Les frontières. Les points d'eau. Les abris. Tout ce qu'il fallait pour passer l'hiver.— On a de quoi tenir quatre mois, dit Korren. Peut-être cinq si on rationne.— On rationne.— J'ai déjà commencé.— Bien.— Le problème, ce ne sont pas les vivres. Ce sont les loups.— Combien ?— Trop. On a accueilli les Réprouvés. Les survivants de la Lune d'Argent. Les ralliés de Kael. Les errants. On est passés de trois cents à presque deux mille.— Deux mille ?— Oui.— O
Chapitre 43 : Le deuil interditNaïra annonça sa décision le lendemain de la révélation de Varya.Elle convoqua la meute dans la clairière. Pas pour débattre. Pour informer. Elle se tenait droite, les mains le long du corps, le regard fixe. Soren était à côté d'elle. Il ne savait pas ce qu'elle allait dire. Elle ne lui avait rien dit. Elle avait passé la nuit à fixer le plafond de la tente, à retourner la fiole entre ses doigts, à écouter le vent. Au matin, elle s'était levée. Elle avait décidé.— Maël est parti, dit-elle. Il ne reviendra pas. Nous ne porterons pas son deuil.Un silence lourd accueillit ses mots. Les visages se figèrent. Korren fronça les sourcils. Draven croisa les bras. Varya baissa les yeux.— Quoi ? dit une voix dans la foule.— Vous avez entendu. Pas de deuil. Pas de veillée. Pas de chants. Pas de larmes.— C'est une plaisanterie ?— Non.— Pourquoi ?— Parce qu'on ne pleure pas ceux qui choisissent de nous quitter. On les honore en vivant.— C'est absurde.— C'e
Chapitre 42 : Le choix de MaëlLe retour prit quatre jours.Quatre jours de marche silencieuse, sous un ciel bas, dans un vent qui ne cessait pas. Naïra portait le manteau de Maël plié dans son sac. Elle ne l'avait pas lavé. Elle ne pouvait pas. Le sang séché était devenu une sorte de relique. Une preuve. Un adieu.Soren marchait à côté d'elle. Il ne parlait pas beaucoup. Il savait quand il fallait se taire. Il avait appris.Ils arrivèrent au village au coucher du soleil du quatrième jour.La meute les attendait.Pas toute la meute. Pas en rang. Pas en cérémonie. Mais il y avait du monde. Des visages qui se tournaient vers eux. Des murmures. Des questions. Où était Maël ? Pourquoi ils étaient partis seuls ? Qu'est-ce qu'ils avaient trouvé ?Naïra ne répondit à personne. Elle traversa le village sans s'arrêter. Elle alla jusqu'à la maison commune. Elle posa son sac. Elle s'assit.Soren entra derrière elle.— Tu veux que je prévienne les autres ?— Non. Je vais le faire. Mais pas tout d












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