LA LOUVE QUE L’ALPHA DEVRAIT CRAINDRE

LA LOUVE QUE L’ALPHA DEVRAIT CRAINDRE

last updateLast Updated : 2026-10-14
By:  Les Histoires d’OwenUpdated just now
Language: French
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Pendant vingt-trois ans, Naïra a vécu dans l’ombre de la meute de la Lune d’Argent. Recueillie bébé et privée de ses véritables origines, elle est considérée comme une louve faible, car son loup ne s’est jamais manifesté. Tout bascule lorsque l’ancien Alpha est mystérieusement assassiné dans la forêt. Son fils, Soren, devient alors le nouvel Alpha et jure de retrouver le meurtrier. Mais dès sa rencontre avec Naïra, son loup réagit étrangement : elle est sa destinée. Pourtant, leur lien semble différent de celui des âmes sœurs ordinaires. Alors que d’autres meurtres frappent la meute, les victimes semblent toutes avoir un lien avec le passé oublié de Naïra. Le conseil réclame son bannissement, tandis qu’Élyane, la Luna destinée à Soren, cherche à l’éliminer. Naïra découvre bientôt que son identité a été volontairement effacée des archives des meutes. Puis Maël, un mystérieux Alpha, affirme connaître ses véritables origines et révèle une vérité terrifiante : Naïra n’a jamais été abandonnée. Elle a été cachée. Mais pourquoi ? Qui cherche à faire disparaître ceux qui connaissent son passé ? Et quel secret le père de Soren a-t-il enterré pendant toutes ces années ? Alors que les meutes se rapprochent de la guerre, le véritable loup de Naïra commence enfin à s’éveiller. Et lorsqu’il ouvrira les yeux, le destin de tous les Alphas pourrait basculer.

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Chapter 1

Chapitre 1

Chapitre 1 : Le sang de la Lune d’Argent

La nuit était tombée sur la forêt de la Lune d’Argent comme un linceul de soie noire. Pas un souffle de vent, pas un cri d’oiseau. Seulement le silence, épais, anormal, ce genre de silence qui précède les catastrophes et fait dresser les poils sur la nuque des loups les plus aguerris.

Naïra le sentit avant même de comprendre pourquoi.

Elle était assise au bord de la rivière, les pieds nus dans la mousse froide, les yeux fixés sur l’eau noire qui reflétait une lune pleine et blafarde. Depuis vingt-trois ans, elle venait ici chaque fois que la meute devenait trop lourde à porter. Trop de regards en biais. Trop de murmures dans son dos. Trop de cette pitié malsaine qu’on lui accordait comme on jette un os à un chien bâtard.

« La pauvre. Toujours pas de loup. »

« Tu crois qu’elle est stérile ? C’est pour ça qu’aucun Alpha ne la veut. »

« Chut. Elle pourrait entendre. »

Elle entendait. Toujours. Son ouïe était étrangement fine pour une louve sans loup. Mais ça, personne ne le remarquait. Personne ne remarquait rien la concernant, sauf pour la mépriser.

Naïra serra les poings. Ses ongles s’enfoncèrent dans ses paumes, et une douleur familière, presque réconfortante, monta le long de ses poignets. Elle aurait dû avoir un loup. Toutes les louves de son âge avaient déjà vécu leur première transformation, certaines même avaient trouvé leur âme sœur. Elle, non. Rien. Le vide. Un gouffre béant là où aurait dû rugir une bête.

— Pourquoi tu m’as abandonnée ? murmura-t-elle à la lune, comme si l’astre pouvait répondre.

La lune, évidemment, resta muette.

Un craquement.

Naïra se figea. Le bruit venait de derrière elle, à une trentaine de mètres, du côté des fourrés qui bordaient la clairière sacrée. Un pas lourd. Puis un autre. Trop lourd pour un chevreuil. Trop irrégulier pour un loup en chasse.

Elle se retourna lentement.

Et son sang se glaça.

L’odeur arriva avant l’image. Une odeur de fer, de terre retournée et de peur. Une odeur de mort.

Naïra se leva, les jambes tremblantes, et avança vers les fourrés malgré la terreur qui lui hurlait de fuir. Ses pieds nus écrasaient les feuilles mortes, chaque craquement résonnant comme un coup de tonnerre dans le silence. Elle écarta une branche basse.

Et elle le vit.

L’Alpha de la meute de la Lune d’Argent, Aldric Vorn, gisait au sol, le corps tordu dans une position impossible. Sa gorge avait été arrachée, mais ce n’était pas une morsure de loup ordinaire. Les marques étaient trop larges, trop profondes, comme si une créature bien plus grande, bien plus ancienne, s’était penchée sur lui. Du sang noirci imbibait la terre autour de lui, formant une flaque qui semblait presque vivante, pulsant sous la lumière de la lune.

Naïra porta la main à sa bouche pour étouffer un cri. Ses yeux brûlaient. Son cœur battait si fort qu’elle l’entendait dans ses tempes.

— Non… non, non, non…

Elle recula d’un pas. Puis un autre. Sa respiration devint saccadée, douloureuse. Elle connaissait Aldric. Il ne l’avait jamais traitée comme les autres. Il ne l’avait jamais regardée avec pitié. Parfois, quand leurs regards se croisaient, il avait cette expression étrange, comme s’il savait quelque chose qu’il ne pouvait pas dire. Comme s’il portait un secret trop lourd pour un seul homme.

Et maintenant, il était mort. assassiné.

Un bruit humide.

Naïra baissa les yeux.

Ses mains étaient couvertes de sang.

Elle n’avait pas touché le corps. Elle en était certaine. Elle n’avait pas bougé. Alors pourquoi… pourquoi ses doigts étaient-ils rouges ? Pourquoi ce liquide chaud coulait-il entre ses doigts, comme s’il venait d’elle ?

Un hurlement déchira la nuit.

Pas n’importe quel hurlement. Un cri de guerre. Un cri de deuil. Un cri de vengeance.

La meute arrivait.

Naïra n’eut pas le temps de fuir. Les loups surgirent de partout, émergeant de la forêt comme des spectres, leurs yeux luisant dans l’obscurité. À leur tête, un homme grand, large d’épaules, les cheveux noirs coupés court, les yeux d’un gris d’orage qui semblait pouvoir fendre la pierre. Soren Vorn. Le fils de l’Alpha. Le futur Alpha.

Il s’arrêta net en voyant le corps de son père. Quelque chose se brisa dans son regard. Une fissure si profonde, si violente, que Naïra la ressentit dans sa propre poitrine, comme un écho.

Puis il vit Naïra.

Et son visage se transforma.

— Toi, souffla-t-il, la voix rauque de douleur et de rage.

Naïra secoua la tête, les larmes roulant sur ses joues.

— Je… je ne l’ai pas tué. Je te jure. Je l’ai trouvé comme ça. Je…

— Ses mains sont couvertes de sang ! cria une voix dans la foule. C’est elle ! C’est toujours elle qui apporte le malheur !

Élyane.

Elle émergea de la masse des loups, belle comme une déesse vengeresse, ses longs cheveux blonds flottant dans la nuit, ses yeux bleus étincelants de haine. Elle désigna Naïra d’un doigt accusateur.

— Elle a toujours été une aberration. Une louve sans loup. Une créature contre nature. Et maintenant, elle a tué notre Alpha !

— Non ! s’écria Naïra. Non, je n’ai rien fait ! Je vous jure !

Mais les murmures enflaient, se transformaient en grondements, en menaces. La meute avançait vers elle, un cercle de crocs et de griffes qui se refermait inexorablement.

Soren leva la main. Le silence retomba, lourd, tendu.

Il s’approcha de Naïra. Chaque pas était une condamnation. Il s’arrêta à quelques centimètres d’elle, si près qu’elle pouvait sentir la chaleur de son corps, l’odeur de sa rage, la puissance brute de son loup qui bouillonnait sous sa peau.

— Pourquoi tes mains sont-elles couvertes de sang ? demanda-t-il, la voix glaciale.

Naïra baissa les yeux. Ses mains tremblaient. Le sang séchait sur sa peau, formant des croûtes sombres.

— Je ne sais pas, avoua-t-elle dans un souffle. Je ne sais pas.

Quelque chose vacilla dans le regard de Soren. Une hésitation. Une fissure dans sa colère. Il la regarda comme s’il la voyait pour la première fois. Comme si quelque chose en elle l’appelait, le tirait, le déchirait de l’intérieur.

Son loup.

Il le sentit gronder, s’agiter, hurler un mot qu’il refusait d’entendre.

Destinée.

Non. Pas elle. Pas maintenant. Pas comme ça.

Il recula brusquement, comme si elle l’avait brûlé.

— Emmenez-la, ordonna-t-il, la voix brisée. Enfermez-la. Nous déciderons de son sort à l’aube.

Des mains brutales s’emparèrent de Naïra. Elle se débattit, mais ses forces étaient dérisoires face à la puissance des guerriers. On la traîna à travers la forêt, sous les cris et les insultes, sous les regards haineux d’une meute qui avait déjà décidé qu’elle était coupable.

Élyane s’approcha d’elle alors qu’on la jetait dans la cellule souterraine. Un sourire cruel flottait sur ses lèvres.

— Tu aurais dû partir quand tu le pouvais, ma chérie, murmura-t-elle. Maintenant, tu vas payer pour tout.

La porte se referma dans un claquement sinistre. Naïra se retrouva seule, dans le noir, le froid, l’odeur de moisissure et de désespoir.

Elle tomba à genoux. Ses larmes coulaient librement, silencieuses, brûlantes. Elle fixa ses mains couvertes de sang.

— Qu’est-ce que je suis ? chuchota-t-elle.

Et à cet instant, quelque chose bougea.

Pas autour d’elle. En elle.

Une présence. Une conscience. Une bête.

Naïra hoqueta, se pliant en deux sous la douleur. Quelque chose remuait dans sa poitrine, dans ses os, dans son sang. Quelque chose d’immense. D’ancien. De terrifiant.

Une voix résonna dans son esprit. Grave. Puissante. Inhumaine.

« Enfin. »

Naïra ouvrit la bouche pour crier, mais aucun son ne sortit.

« Tu as attendu vingt-trois ans. Moi aussi. »

Ses yeux s’écarquillèrent. Son cœur s’arrêta une seconde, puis repartit à une vitesse folle.

« Qui… qui es-tu ? »

Un rire sombre, profond, résonna dans son crâne.

« Je suis ton loup. Et je me suis réveillé. »

La douleur explosa. Naïra hurla.

Et quelque part au-dessus d’elle, dans la nuit, la lune devint rouge.

Soren se tenait au bord de la forêt, les poings serrés, le regard fixé sur la porte de la cellule où Naïra était enfermée. Son loup hurlait, griffait, suppliait. Il voulait la rejoindre. Il voulait la protéger. Il voulait…

Non.

Il ferma les yeux. Son père était mort. Assassiné. Et tout accusait Naïra.

Mais pourquoi son loup refusait-il de la croire coupable ?

Pourquoi, quand il l’avait regardée, avait-il senti quelque chose se briser et se reconstruire en même temps ?

Un bruit le fit se retourner. Élyane s’approcha, son sourire trop doux, trop parfait.

— Tu as bien fait, Soren. Elle est dangereuse. Elle l’a toujours été.

Il ne répondit pas. Il ne pouvait pas. Parce qu’au fond de lui, une petite voix murmurait le contraire.

Et cette voix ressemblait étrangement à celle de son père.

Il rouvrit les yeux. La lune était rouge.

Son sang se glaça.

— Qu’est-ce que…?

Un hurlement déchira la nuit. Un hurlement qui ne ressemblait à aucun autre. Un hurlement qui venait de la cellule.

Le hurlement de Naïra.

Sauf que ce n’était pas un cri de douleur.

C’était un cri de naissance.

Et dans ce cri, Soren entendit quelque chose qui le terrifia plus que tout ce qu’il avait connu.

Il entendit le grondement d’un loup.

Un loup ancien. Un loup puissant. Un loup qui n’aurait jamais dû exister.

Et il comprit, avec une certitude absolue, que rien ne serait plus jamais pareil.

Naïra n’était pas une louve sans loup.

Naïra était la louve que tous les Alphas devraient craindre.

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