LOGIN— AlexanderElle entre avec ce sourire qu'elle a quand elle ne sait pas ce qui l'attend, ce sourire ouvert, confiant, et je sens mon estomac se retourner, cette chose qui me dit que je vais tout gâcher, et je ne peux pas m'arrêter.— Tu voulais me voir?— Ferme la porte.Elle s'arrête, le sourire hésite, puis elle obéit, et elle revient vers moi, et je vois dans ses yeux cette question qui n'ose pas se poser.— Qu'est-ce qui se passe?Je reste debout derrière mon bureau, je ne bouge pas, je ne vais pas vers elle, et je sors la note, et je la pose entre nous, et je la regarde, et je sens cette chose qui me brûle la poitrine.— Ce que je vais te demander, je veux une réponse franche. Pas une réponse de femme qui a peur. Une réponse vraie.— Alexander, qu'est-ce qu'il y a?— Theo est-il mon fils?La question tombe, et je vois dans son visage cette chose qui se brise, cette chose qui ne s'attendait pas, qui ne s'attendait jamais, et je me dis que je viens de faire quelque chose que je ne
— AlexanderMon assistant pose le dossier sur mon bureau, ce dossier qui n'a rien à voir avec les comptes et les contrats, et il reste là, debout, les mains derrière le dos, cette posture qu'il prend quand il ne sait pas comment dire ce qu'il doit dire.— Qu'est-ce que c'est?— Une note, monsieur. Une note de renseignements. Sur Madame Sterling.Je lève les yeux du document que je lisais, et je sens cette chose se glisser dans ma poitrine, cette chose froide, cette chose qui ressemble à une lame.— Qui vous a demandé de faire ça?— Personne, monsieur. J'ai pensé que vous devriez savoir. Ce qui se dit.— Ce qui se dit où?Il hésite, ce qui ne lui ressemble pas, et je vois qu'il cherche ses mots, qu'il ne veut pas être celui qui apporte la mauvaise nouvelle, celui qui casse quelque chose.— Dans l'entourage de Madame votre mère. Et... ailleurs. Dans le personnel, dans les relations. On dit que Madame Sterling aurait... qu'elle aurait simulé la grossesse. Que le test ADN aurait été... ar
— TiffanyJ'ai commencé par les gens les plus faciles, ceux qui n'ont rien à perdre et qui aiment les histoires, et j'ai dit la chose sans la dire, avec des hésitations, des on-dit, cette façon de lancer une pierre et de retirer sa main avant qu'elle touche l'eau. J'ai commencé par une esthéticienne qui connaît toutes les femmes du club, une femme aux ongles trop longs qui boit mes paroles comme un vin trop sucré, et je lui ai parlé d'Ellie, de sa grossesse soudaine, de ce mariage qui n'avait ni annonce ni faire-part, de ce petit garçon qui ressemblait si peu à son père, et j'ai vu ses yeux s'allumer, cette lumière de celles qui savent qu'elles tiennent quelque chose.— Tu es sûre de ce que tu avances?— Je n'avance rien. Je répète ce que j'ai entendu. On dit que la grossesse était un moyen, un moyen comme un autre, et que le test ADN... enfin. On dit ce qu'on dit.Elle a hoché la tête, elle a fini de limer un ongle qu'elle limait depuis dix minutes, et j'ai su que c'était fait, que l
— BeatriceLa pluie tombait depuis le matin, cette pluie fine de novembre qui ne mouille pas mais qui glace, et j'ai traversé trois rues avant de trouver la porte, une porte sans enseigne, encastrée entre une boutique de montres anciennes et un cabinet d'avocats aux volets clos. L'endroit était exactement ce qu'elle avait promis : petit, sombre, sans vitrine, avec des tables de bois usé et des banquettes qui sentaient le cuir vieux et le café brûlé. Deux clients seulement, des hommes d'un certain âge qui lisaient leur journal sans lever la tête.Tiffany était déjà là. Elle occupait la table du fond, celle qui permet de voir la porte sans être vue, et je me dis qu'elle connaissait les lieux, qu'elle avait ses habitudes, qu'elle était de ces femmes qui savent toujours où se placer dans une pièce. Elle portait un manteau de cachemire beige, les cheveux lisses, et quand elle m'a vue, elle n'a pas souri, elle a seulement hoché la tête, ce geste d'égal à égal qui m'a déplu et qui m'a plu en
— TiffanyJe compose le numéro avec cette lenteur calculée qui précède les coups importants, chaque chiffre enfoncé comme si je pesais déjà le prix de ce que je vais dire, et quand la voix de Beatrice Sterling résonne à l'autre bout du fil, cette voix sèche et hautaine qui ne s'excuse jamais d'exister, je sens ma bouche s'étirer en un sourire que personne ne voit.— Beatrice. C'est Tiffany.Un silence. Pas un silence de surprise, un silence de calcul, cette pause où elle pèse déjà ce que je vaux, ce que je veux, ce que je peux lui apporter.— Tiffany. Quelle surprise.Sa voix ne dit rien de la surprise qu'elle prétend, elle dit seulement qu'elle attend, qu'elle évalue, qu'elle me laisse venir.— Je ne vais pas tourner autour du pot. Je t'appelle parce que nous avons un problème commun.— Un problème commun. Voilà une formulation intéressante.Je l'entends remuer des papiers, peut-être, ou changer de position, et je me dis qu'elle est dans son bureau, cette pièce où elle règne sur ses
— Ellie Il est là, dans l'embrasure de la porte, et je le regarde, et je ne sais pas quoi dire. Il a défendu. Devant tout le monde. Devant sa mère. Devant ces gens qui comptaient, qui jugeaient, qui décidaient. Il a dit ce qu'il n'avait jamais dit, ce que je n'attendais plus, ce que je ne pensais pas possible. Je me dis que je devrais être heureuse, que je devrais me réjouir, que c'est ce que j'attendais, mais je ne ressens rien de tout ça, je ressens cette chose qui me serre la poitrine, cette chose qui me fait mal, cette chose qui ne sait pas si elle doit croire ou se méfier. — Tu as défendu. Ma voix est faible, cassée, et je m'en veux de cette faiblesse, de ces larmes qui ont coulé, de ce visage que je ne contrôle pas. — Oui. — Devant ta mère. Devant tout le monde. — Oui. Je le regarde, et je sens cette chose dans ma poitrine, cette chose qui se serre, qui me fait mal, qui me fait du bien en même temps. — Pourquoi? Il hésite. Je vois dans son visage cette chose qui cherch







