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MEUTE CROCS-DE-NUIT
LUMA Ma sœur a ruiné ma vie, deux fois. D'abord, elle a volé les plans de bataille et s'est enfuie avec un autre loup. Ensuite ? Elle m'a laissée derrière pour payer à sa place. Aujourd'hui, je suis liée à un homme qui déteste mon visage parce qu'il ressemble trait pour trait au sien. Prisonnière dans son clan. Surveillée à chaque souffle. Je fixais les murs nus de ma chambre. Six mois. Six mois que j'étais enfermée dans ce chambre. Aucune sortie. Aucune entrée. Surveillée même quand j'allais aux toilettes. La seule fois où l'on m'avait laissée seule, je l'avais regretté. Mon compagnon par alliance, pas par choix, avait exigé que j'assiste à une réunion d'affaires. Il avait tant bu que j'avais fini par m'occuper de lui. Son odeur avait brouillé mon jugement. Cette nuit-là, j'avais perdu ma virginité. J'avais cru que, peut-être, il cesserait de me détester. Après tout, nous avions partagé quelque chose. Mais non. Quand il s'était réveillé le lendemain matin, ce n'était que jurons. « Tu es rusée et vicieuse, exactement comme ta sœur. Tu as vu une occasion et tu l'as saisie, n'est-ce pas ? » Je ne comprenais pas. J'avais secoué la tête, essayant de le faire voir la vérité. Mais il ne voulait rien entendre. Il continuait à maudire. Mon clan. Ma tribu. Ma famille. Et surtout, ma sœur rusée. Comment en étais-je arrivée là ? Ce n'était pas une erreur. C'était l'œuvre de ma sœur. Et j'en payais le prix chaque jour. Sa sœur. Ses frères. Son Bêta. Ses guerriers. Tout son meute manifestait sa haine quotidiennement. Les Omégas crachaient dans ma nourriture. Les gardes ricanaient à mon passage. J'étais un fantôme dont ils souhaitaient tous la disparition. Oh, Déesse. Comment en étais-je arrivée là ? Moi, Luma Emberheart, fille de l'Alpha de la meute Griffe-Corbeau, je n'aurais jamais imaginé finir ainsi. Mais ma sœur, Ina Emberheart, avait d'autres projets. ***** Il y a un an, ma vie était paisible. Je me préparais à intégrer l'académie des loups. Ina avait découvert son compagnon. Le puissant Alpha Tristan Whispering Wood, de la meute Crocs-de-Nuit. Nous étions tous enthousiastes. Nous préparions la cérémonie d'union. Mes parents rassemblaient les cadeaux de mariage. Tout le clan bourdonnait d'excitation. Mais Ina avait d'autres projets. Le jour du marquage, elle s'était enfuie. Non seulement avec les plans de bataille stratégiques des Crocs-de-Nuit, mais aussi avec un autre loup. Inconnu. Non identifié. Disparu. Comme ça, elle s'était volatilisée. Laissant notre famille dans le chaos. L'Alpha Tristan était furieux. Sans preuve, il avait envahi nos terres. Détruit des hectares de récoltes. Tué plusieurs de nos protecteurs. Étant une petite meute,nous ne pouvions pas riposter. Alors mon père s'était soumis. A genoux ,il avait supplié sans hésitation ,en m'offrant comme compagne d'alliance. J'étais anéantie. Je n'aurais jamais imaginé qu'un tel jour viendra. Mais je devais sauver pas seulement ma meute mais aussi ma famille. Alors j'ai accepté. Espérant apaiser l'Alpha. Espérant résoudre l'impossible. Mais l'Alpha Tristan n'était pas homme facile. Sa réputation impitoyable, sans cœur le précédait. Il avait exigé que mon clan lui fournisse sept cents Omégas. Sans permission, il a posté sept cents de ses propres protecteurs sur nos terres. Comme ça, ma meute avait été annexé. La meute Griffe-Corbeau était devenu le Clan Griffe-Corbeau. Je détestais tout de lui. Mais je devais rester respectueuse. La sécurité de mon peuple passait avant tout. Dès l'instant où j'étais montée dans sa voiture, il m'avait témoigné de la haine. Et à chaque faux pas, il n'hésitait pas à me rappeler. « Tu n'es pas différente de ta sœur, disait-il. Même visage. Même nature rusée. Ne crois pas que tu obtiendras ma pitié. » J'ignorais son comportement haineux. Je faisais de mon mieux pour aider lors des alliances officielles de la meute. J'avais enduré sa sœur me poussant dans un bassin d'argent liquide. Son frère me versant de l'eau bouillante sur la main. Les membres de sa meute riant du statut déchu de mon peuple. Assise ici dans ma chambre, je frissonnais à ces souvenirs. Comment ma vie aurait-elle été si Ina ne s'était pas enfuie ? Je n'eus pas le temps de répondre. La porte s'ouvrit. Mon compagnon entra. Vêtu d'un costume bleu nuit, il était beau. Plus que jamais. Sa peau brune luisait sous le soleil qui filtrait par la fenêtre. Ses cheveux noir de jais tombaient sur ses épaules. « Il est encore beau parce qu'il n'a pas encore ouvert sa bouche immonde », chuchota ma louve, Lumina. « Il semblerait, dit-il en serrant les dents, que même sous surveillance, tu trouves encore le moyen de faire ce que tu veux» « Je ne comprends pas. » Je me levai lentement. Il était proche. Je savais qu'il pouvait me faire du mal. « Ne joue pas cette carte avec moi. Où sont les plans que tu as pris ? Où sont-ils ? Produis-les avant que je t'étrangle. » « Je ne comprends pas ce que tu dis, Tristan. Quels plans ? » Il se rapprocha. Son odeur envahit mes narines. Mon cœur battait fort. « Tu es si douée pour jouer l'innocente. » Sa main se posa sur mon visage puis se referma sur mon cou. C'était la première fois qu'il me touchait depuis cette nuit-là. « Ne me provoque pas. Ces plans sont cruciaux pour la sécurité de ma meute. Sors-les. Maintenant ! » Il me poussa. Je tombai sur le lit. « Je ne sais même pas de quoi tu parles ! Comment aurais-je pu prendre quelque chose dans ton bureau alors que je ne sais même pas où il se trouve ? » Il me fixa un instant. Sa mâchoire se crispa. Puis il claqua des mains. Les portes s'ouvrirent. Deux protecteurs entrèrent. « Si tu ne veux pas parler, le donjon te fera parler. Je n'ai pas de temps à perdre avec toi ici. Plus vite tu parleras, plus vite tu serra libre. » « Mais — mais je n'ai rien fait ! » Je luttais pour comprendre. Que disait-il ? « Je t'en prie, Tristan. Je n'ai rien fait. Je le jure. Je n'ai rien pris. » Les protecteurs saisirent mes bras. On me traîna au loin. Ma voix s'évanouit. Personne ne s'en souciait. Les Omégas s'arrêtaient dans les couloirs. Ils riaient. Certains me crachaient même dessus. Les protecteurs n'attendirent pas que je me relève. On me traîna. Sans pitié. Mes genoux raclaient le sol de marbre. Puis le gravier. Puis le chemin vers le donjon silencieux et puant. Sans un mot de plus, on me jeta dans une cellule. Je tombai. Ma tête heurta le mur. Mes genoux saignaient. Mes paumes brûlaient. Puis je vomis. « Premier jour et tu vomis déjà ? » La sœur de Tristan, Rimena, apparut devant la cellule. « Regardez la petite princesse. Si délicate. » Pourquoi était-elle là ? Avait-elle pris les papiers ? Avant que je puisse parler, elle me coupa. « Tu as raison. J'ai pris les papiers. Mais qui te croirait ? » « Mais pourquoi ? » Ma voix était à peine audible. « Pourquoi ? » Elle rit. Applaudit. « Oh, pauvre Luma. Tu n'es rien qu'un déchet. Une vagabonde puante. Tu n'as pas ta place ici. Surtout pas avec mon frère. Je veux que tu partes. Et je ferai tout pour que ça arrive. » Elle partit. Je restai assise là , sidéré .Sur le sol poussiéreux. Respirant l'odeur nauséabonde des loups qui étaient passés ici avant moi. Déesse. Comment en étais-je arrivée là ?VALLÉE DE LA LUNE BLEUELUMA— Deviens mienne ?Que voulait-il dire par là ?J'avalai difficilement ma salive. Il me fixait en silence, et son expression amusée ne faisait qu'attiser ma colère. Ses mots flottaient entre nous, lourds, étouffants et impossibles à ignorer.— Tu n'as pas l'odeur d'une louve liée. Et même si tu l'es, cela ne peut être qu'un compagnon choisi qui ne se soucie pas de toi. C'est pour cela qu'il te laisse errer seule, exposée à des loups célibataires qui pourraient te faire du mal à tout moment.Je détournai le regard.Il avait vu juste.Pendant un instant, j'eus envie de lui dire la vérité. De lui parler du cachot, de la faim, de l'accouchement que j'avais vécu seule dans cette pièce glaciale.De lui dire que j'avais fui un monstre et que je ne retournerais jamais, au grand jamais, auprès de lui.Mais je ne pouvais pas.Et si Tristan était son ennemi ?Et s'il se servait de moi comme appât ?Et si mes petits et moi devenions les pions d'une guerre que nous n'a
VALLÉE DE LA LUNE BLEUEDEUX ANS PLUS TARDLUMADeux ans.Vingt-quatre mois à regarder constamment derrière moi, à surveiller chaque ombre et à sursauter au moindre coup frappé à la porte.Je regardais mes petits en silence tandis qu'ils finissaient enfin par s'endormir après une longue journée passée à courir partout pendant que je travaillais à la cuisine.Les boucles brunes de Hope s'étalaient sur son oreiller. La petite main d'Ash reposait sur le bras de sa sœur, la protégeant même dans son sommeil.Leur ressemblance avec leur père était encore subtile, mais bien visible.Pour l'instant, personne n'y prêtait attention.Mais combien de temps cela durerait-il ?— Pourquoi crois-tu que le Bêta Lorian te cherchait aujourd'hui ? Après tout, tu as tenu ta promesse. Tu as guéri le fils de l'Alpha.La voix de Lizzy interrompit mes pensées.Comme j'aurais aimé pouvoir lui répondre.L'Alpha Burner n'était pas le genre de personne avec qui je voulais garder contact. Sa réputation de bête san
MEUTE CROCS-DE-NUITTRISTANJusqu'à vingt pour cent des loups du clan des serres-corbeau avaient été envoyés au cachot pour de simples punitions qui auraient très bien pu être remplacées par des travaux forcés.Cinq gratte-ciel majeurs de leur clan avaient été détruits.Et trois grandes bases d'entraînement des protecteurs de la Meute Crocs-de-Nuit se dressaient désormais sur le territoire des serres-corbeau Pourtant, aucune des deux filles de l'Alpha n'avait fait le moindre geste pour venir voir leur père.Cela faisait deux mois qu'il vivait reclus.J'avais veillé à ce que chaque entrée et chaque sortie soient surveillées.Chaque route et frontière.Chaque voie de fuite possible Pourtant, aucune trace d'elles.On aurait dit que les filles de l'Alpha étaient tellement dépourvues de compassion qu'elles se fichaient de savoir si leur père mourait ou si leur meute était réduite en cendres.Ju
VALLÉE DE LA LUNE BLEUELUMAEnfin libre, mais seule dans la capitale, je me demandais comment j'avais bien pu en arriver là.Un mois plus tôt, lorsque je m'étais retrouvée devant les protecteurs aux portes du Sud, leur demandant mes papiers d'identité, j'avais cru que la Déesse m'avait abandonnée.Mes mains tremblaient et ma voix s'était brisée.J'étais certaine qu'ils allaient me chasser ou, pire encore, me livrer à Tristan.Mais je m'étais trompée.Dès que j'avais inventé une histoire sur une attaque de vagabonds et le vol de toutes mes affaires, je fus la bienvenue.La Déesse avait béni mes petits et moi.On me fournit de nouveaux papiers.Cette fois, je changeai le nom de ma meute.Luma Ravenclaw de la Vallée de la Lune Bleue.Je ne venais plus des meutes de l'Ouest, mais des vallées du Sud.La Vallée de la Lune Bleue, l'une des plus grandes villes de la capitale
MEUTE SERRE-DE-CORBEAUTRISTANDétruire la meute SERRE-DE-CORBEAU était la dernière chose que j'avais imaginée. Mais la femme qui était censée être ma Luna était restée silencieuse pendant deux mois. Deux putains de mois sans aucune nouvelle.Même les récompenses promises à ceux qui la retrouveraient n'avaient rien donné.Était-elle simplement doué a disparaître dans la nature, ou quelqu'un l'aidait-il ?— Sa sœur, peut-être ? suggéra Thunder.Peut-être Ou peut-être pas.Après tout, Ina n'était jamais réapparue après avoir fui avec son compagnon choisi. Même les menaces contre sa meute natale ne l'avaient pas poussée à rentrer chez elle. Je doutais donc qu'elle revienne maintenant pour aider Luma.Mes frères et sœurs m'avaient aidé dans les recherches, mais toutes les pistes s'étaient soldées par des impasses.Le plus agaçant n'était pourtant pas son silence.C'était le fait qu'elle avait dispa
MEUTE CROCS-DE-NUITLUMALa liberté pouvait-elle être plus douce ?Depuis deux mois maintenant, j'étais libre.Je courais à travers la nature sauvage, fuyant les protecteurs des meutes que je croisais sur mon chemin. Je me nourrissais du fruit de mes chasses et volais parfois de la nourriture dans les pièges tendus par les humains.Que la Déesse me pardonne pour ça.Mes mains étaient couvertes de cicatrices. La plante de mes pieds s'était durcie à force de marcher. Ma robe tenait à peine sur mon corps.Mais j'étais vivante, ainsi que mes petits. C'était tout ce dont j'avais besoin.Maintenant que mes petits étaient complètement formés, je ne pouvais plus me transformer en louve. Mon ventre était lourd, rond et impossible à dissimuler.Chasser était devenu presque impossible et chaque mouvement me demandait un effort que je n'avais plus la force de fournir.Il était temps pour ma louve et moi de







