INICIAR SESIÓN— GiuliaLes trois émissaires du Conseil sont assis face à moi dans la grande salle, et ils ont les mains moites, et l'un d'eux n'arrête pas de tripoter le bord de sa manche, et je les regarde, et je ne dis rien, et je les laisse mariner dans leur propre peur.— Nous venons au nom du Conseil, dit le plus âgé, un vampire maigre aux cheveux blancs. Nous venons négocier une paix définitive.— Je vous écoute.— Le Conseil est prêt à reconnaître votre autorité sur les territoires du nord. Il est prêt à discuter de toutes les questions en suspens. Il est prêt à faire des concessions.— Quelles concessions ?Les trois émissaires se regardent, et le plus jeune, un vampire aux yeux fuyants, prend la parole.— La reconnaissance des hybrides, par exemple. Le Conseil est prêt à envisager une forme de reconnaissance.— Une forme de reconnaissance, je répète, et ma voix est plate. Vous êtes prêts à envisager une forme de reconnaissance. C'est très généreu
— Giulia Le lendemain, je vais dans la clairière, seule, et je veux savoir ce que je suis devenue. Je me place au centre, les pieds dans la terre, les bras le long du corps, et je ferme les yeux, et je respire, et je sens la magie qui monte en moi, qui coule dans mes veines comme une rivière, qui afflue dans mes paumes, dans mes doigts, dans chaque parcelle de ma peau. J'ouvre les yeux, et je lève la main, et je trace un signe dans l'air, et l'air se fend, et un éclair de lumière pâle en sort, et il frappe un arbre, et l'arbre éclate, se fend en deux, tombe. Je reste immobile, et je regarde l'arbre tombé, et je sens la puissance qui bat en moi, et je sais que je pourrais tout détruire, tout briser, tout réduire en cendres. Je lève l'autre main, et je trace un autre signe, et cette fois, l'air se referme, et une lumière douce en sort, et elle enveloppe l'arbre tombé, et l'arbre se redresse, se recolle, reverdit.
— GiuliaJe rentre de la clairière avec de la terre plein les genoux et les paumes encore tremblantes, et Matteo m'attend devant la porte de notre chambre, adossé au chambranle, les bras croisés, le visage fermé.— Tu as passé la journée avec elle, dit-il.— J'ai passé la journée à apprendre. C'est différent.— C'est différent, il répète, et sa voix est plate, sans relief, ce qui chez lui veut dire que la colère est là, sous la surface, et qu'il la retient.Il s'écarte pour me laisser passer, et je rentre, et je m'assieds sur le bord du lit, et je retire mes bottes, et la boue tombe sur le plancher en mottes.— Dis ce que tu as à dire, Matteo.Il reste debout, et il me regarde, et ses yeux sombres sont pleins de quelque chose que je n'aime pas y voir : la peur.— Elle te manipule, dit-il. Elle te donne exactement ce que tu veux, au moment où tu en as besoin. Elle te parle de ta mère, elle te parle de prophétie, elle te parle de rôle, et toi,
— GiuliaMorrígane me trouve près du feu, le lendemain, et elle s'assied en face de moi, et elle ne dit rien pendant longtemps, et je finis par lever la tête.— Tu es venue me dire que j'ai bien fait ?— Non. Je suis venue te dire que ce que tu ressens, ce vide, c'est normal. C'est le prix.— Le prix de quoi ?— Le prix de la vengeance. On croit que tuer celui qui nous a fait du mal nous libérera. Mais la vengeance ne libère pas. Elle vide. Et on reste là, avec le vide, et on ne sait pas quoi en faire.Je regarde le feu, et les flammes dansent, et je sens la chaleur sur mon visage, et je me souviens de la chaleur du sang de Lorenzo sur ma langue, et je frissonne.— Je ne sais pas quoi faire, je dis. Je ne sais pas quoi faire de moi.— Alors laisse-moi t'aider. Laisse-moi te montrer le chemin.— Quel chemin ?Elle se penche en avant, et ses yeux gris captent la lumière du feu, et ils brillent comme deux braises.— Tu es l'héritièr
— GiuliaLes jours qui suivent, je les passe à attendre, et l'attente me ronge les ongles et me vide la tête, et je tourne en rond dans la grande salle, et Matteo me regarde faire sans rien dire, parce qu'il sait que rien de ce qu'il dirait ne m'apaiserait.Morrígane, elle, ne tourne pas en rond. Elle s'est installée dans une petite pièce à l'écart, et elle lit, elle écrit, elle observe, et parfois elle vient s'asseoir près de moi, et elle me parle de Lyanna, de leur enfance, des choses qu'elles faisaient ensemble, et sa voix est douce, et je m'y accroche comme à une branche.Le cinquième jour, au milieu de la nuit, j'entends des chevaux dans la cour, et je me lève d'un bond, et je suis dehors avant même d'avoir enfilé mes bottes, les pieds dans la neige, le froid qui me mord les chevilles.Silas descend de cheval, et il tient une corde, et au bout de la corde, les mains liées, les vêtements en lambeaux, le visage couvert de boue et de sang séché, il y a Lo
— GiuliaLe retour vers la meute se fait sous un ciel bas, chargé de neige qui ne tombe pas encore, et Morrígane chevauche à ma gauche, silencieuse, encapuchonnée, et les loups que nous croisons sur le chemin s'écartent, méfiants, les narines frémissantes.— Ils sentent le vampire, dit Matteo à voix basse.— Ils s'habitueront.— Ils ne s'habitueront pas en un jour.Nous arrivons aux portes de la meute au crépuscule, et Silas nous attend, et je vois tout de suite que quelque chose ne va pas ; sa mâchoire est serrée, ses poings sont fermés, et ses yeux vont de moi à Morrígane et de Morrígane à moi, comme s'il cherchait une explication.— Alpha, dit-il, et sa voix est rauque. Il faut que tu viennes. Tout de suite.— Qu'est-ce qui s'est passé ?— Dante. L'ancien Bêta. Il est mort.Je descends de cheval trop vite, mes bottes frappent le sol, la neige craque, et je suis Silas à travers la cour, Matteo sur mes talons, Morrígane qui suit sans un







