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Chapitre 5

Author: Miss L
Béatrice

Je pénètre dans la salle de sport et allume les lumières. Au moins, je songe d'abord à m'échauffer un peu. Je mets de la musique rock agressive à fond, saisis une corde à sauter et commence à bondir pour faire circuler mon sang et réchauffer mes muscles, laissant mes pensées négatives vagabonder librement. « Faible », « Orpheline », « Seule », « Remplacée », « Indésirable ». Une boucle sans fin. Chaque fois que la corde frappe le sol, un nouveau mot surgit.

Une fois bien en sueur, je me dirige vers le sac de frappe. Je vérifie mes mains bandées et commence notre échauffement habituel aux poings, puis je me mets à marteler le sac en ajoutant des coups de pied et des mouvements de tout le corps, jusqu'à ne plus sentir mes membres. Je m'arrête quand mon corps ne peut plus suivre et pose mon front contre le sac, haletante. Mon faible corps d'humaine n'a pas l'endurance naturelle de mes amis loups-garous. Une nouvelle vague d'agacement me submerge. « Pas assez puissante », me nargue ma voix intérieure.

Bernard s'approche de moi dans sa tenue de sport et me tend une bouteille d'eau. « Tu as évacué tout ça ? » Je ne savais pas qu'il était resté. Il est en sueur aussi, donc au moins je ne l'ai pas empêché de s'entraîner aujourd'hui en le forçant à me surveiller, encore une fois.

« Pour l'instant, mais c'est uniquement parce que je ne sens plus mes bras. » Je lève les yeux au ciel.

« Ça fait trois heures que tu t'acharnes, j'espère bien. Je ne t'ai jamais vue bouger comme ça. Tu deviens plus forte et plus rapide. Évidemment, ta colère est ton arme secrète. » Il me fait un clin d'œil, mais son amusement ne dure pas.

« Eh bien, c'est déjà bien si l'un d'entre vous l'a enfin remarqué. » Je plisse les yeux et prends une grande inspiration. « Désolée, tu ne méritais pas ça. Ce n'est pas contre toi, tu es juste ici. » Je m'assois sur le banc à côté du sac et il fait de même.

Du coin de l'œil, j'aperçois Théo et Jérôme qui s'approchent. Ils sont restés aussi ? Je gâche leur soirée et maintenant, je me sens un peu coupable. Ils devraient plutôt apprendre à connaître leur nouvelle Luna et passer du temps avec Jer.

« Je peux m'approcher sans risquer mes bijoux de famille ? » plaisante Théo en désignant son bien le plus précieux.

« La ferme. Tu ne risques rien. » Je lève les yeux au ciel et esquisse presque un sourire, presque.

« Mais toi, ça va aller ? » demande Bernard, et je ne peux que hausser les épaules.

« On ne s'est pas parlé depuis deux jours. On n'a jamais passé deux jours sans se parler. Et si elle lui interdisait de me voir, de me parler ou d'être ami avec moi ? Si elle me chassait de la maison de meute ? » Je bois une autre gorgée. « Je ne vais pas le forcer à choisir, parce qu'il ne me choisirait pas. Il ne pourrait pas me choisir, je le sais. Les compagnons sont uniques et pour la vie. » Je laisse couler mes larmes et tente de contenir la douleur et la panique, qui bouillonnent sous la surface depuis que Jérôme m'a sortie de cours.

« Il ne lui a même pas parlé de moi. Je sais que ça ne devrait pas être grave, mais je suis sa meilleure amie, une humaine qui vit sous son toit. Ce n'est pas banal du tout et il ne lui en a même pas parlé. On voyait la surprise sur son visage. Il n'a jamais eu honte de moi avant, mais ça n'a jamais eu d'importance non plus. Peut-être que sa meute est moins tolérante envers les humains. Et elle était furieuse que je l'aie enlacé, furieuse que je sois près de lui. Elle ne va jamais m'accepter dans leurs vies et je ne sais pas quoi faire. Je ne peux pas m'immiscer entre eux, mais je ne peux pas non plus rester là à le regarder s'éloigner peu à peu. Ça me détruirait. »

Bernard m'entoure de son bras et m'attire contre lui. Je pose ma tête sur son épaule, laissant simplement couler mes larmes, regardant devant moi sans vraiment voir. Jérôme s'assoit de l'autre côté et me prend la main, tandis que Théo s'agenouille devant moi.

« Béa, on va trouver une solution. Tu comptes pour lui, tu le sais. Un nouveau lien de compagnon peut être bouleversant et je suis sûr qu'il ne réfléchit pas clairement. » Théo me serre l'autre main.

« Ça, j'ai deviné toute seule. Mais que suis-je censée faire en attendant ? Je ne peux pas attendre éternellement qu'il se ressaisisse. Et vous finirez tous par trouver vos compagnes et faire pareil. » Une nouvelle vague de larmes coule. Je ferme les yeux et appuie ma tête contre le mur, essayant de les arrêter.

« On ne t'abandonnera jamais, tu le sais bien. » Jérôme se penche vers moi.

« Je pensais aussi que Jérémiah ne le ferait pas, et regarde comment cela se déroulait. » Je prends une profonde inspiration et expire lentement, ouvrant les yeux pour fixer le plafond. « Je dois juste m'entraîner davantage, me tenir occupée jusqu'à ce que je puisse partir d'ici, aller à l'université et mener une vie humaine normale. On savait tous que ça arriverait. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit si brutal et si douloureux. » Je vais me lever, mais Bernard me retient.

« Ce n'est pas définitif, laisse-lui du temps. Et arrête d'essayer de fuir. »

« Je vais essayer, mais je ne vais pas non plus rester là à me faire grogner dessus. Et je ne fuis pas, on avait tous besoin d'espace. »

Ce que je ne dis pas, c'est que je me prépare mentalement à couper les ponts avec eux tous, si cela peut leur faciliter la vie.

Je rentre simplement dans mes vêtements de sport trempés en les froissant. Je n'étais pas préparée, donc je n'ai pas d'affaires de douche avec moi, et mon apparence débraillée reflète bien mon état d'esprit actuel.

Les garçons insistent pour me raccompagner. J'essaie de ne pas m'en irriter, même si j'ai toujours l'impression d'être sous surveillance.

Copyright © 2024 by Miss L Writes and Ember Mantel Productions

Ils me laissent à la porte, ce qui est un soulagement. J'entre dans la cuisine par la porte-fenêtre donnant sur la cour. Je pensais être maligne et pouvoir me faufiler jusqu'à ma chambre sans être vue, mais je me trompais.

« Hé, Béatrice ! » Je sursaute et agrippe mon haut trempé, comme s'il pouvait ralentir mon cœur affolé, puis prends une profonde inspiration pour me ressaisir. « Où étais-tu ? J'étais inquiet. Tu es partie en courant, laissant ton téléphone et tout le reste ici. » Jérémiah bondit de son tabouret près de l'îlot central et s'avance vers moi. Est-il en colère contre moi ? Pourquoi a-t-il l'air en colère ? Il n'a aucun droit d'être en colère contre moi, parce que j'ai pris mes distances dans une situation stressante pour que tout le monde se calme.

Je l'ignore et vais au frigo prendre une bouteille d'eau. Je l'ouvre et bois longuement avant de me retourner pour lui répondre. Elle est ici avec lui. Je sens son parfum et je refuse d'avoir quoi que ce soit qui puisse être interprété comme une dispute avec lui devant elle. Je ne lui donnerai pas une raison de plus de lui dire de s'éloigner de moi.

« Je m'entraînais et j'avais une escorte de sentinelles avec moi. Tu n'as pas pensé à demander aux gars ? Ils auraient pu te dire où nous étions. Ou soyons honnêtes, tu es mon meilleur ami et tu devrais pouvoir deviner où j'irais pour évacuer la pression. » Je laisse percer mon irritation dans mes mots.

« Ils m'ont tous bloqué. J'ai cru qu'il était arrivé quelque chose. » Il se frotte le visage avant de me regarder à nouveau.

Je le regarde comme s'il était stupide, parce qu'il l'est en ce moment. Quelque chose est effectivement arrivé et il m'a complètement ignorée.

« Tu les connais mieux que ça. Si quelque chose n'allait vraiment pas, ils t'auraient contacté par le lien mental. D'ailleurs, si tu pensais vraiment qu'il était arrivé quelque chose, rester assis à attendre n'était pas très malin, Alpha. En fait, tu leur as confié la mission de me surveiller avant de partir, et comme ton esprit est totalement préoccupé ailleurs, ils semblent penser que cette mission n'est pas terminée. J'avais besoin de m'entraîner et j'étais à la salle de sport. Maintenant, j'ai besoin d'une douche. » Et de faire mes bagages, mais je garde ça pour moi. J'ai promis à Bernard de l'appeler pour qu'il vienne me chercher et que je reste chez lui. Heureusement, il n'a pas argumenté.

J'essaie de passer devant Jer, mais il m'attrape le poignet et m'arrête. Un nouveau grognement sourd s'élève de l'autre côté de l'îlot et je pince les lèvres, gardant mon visage détourné jusqu'à être sûre de pouvoir maîtriser mon expression. Je ne peux pas montrer d'irritation ou de manque de respect envers la future Luna.

« Béatrice, pourquoi tes mains saignent ? » demande-t-il doucement, mais sa propre irritation bouillonne sous la surface, à peine contenue.

J'arrête d'essayer de me dégager et regarde ma main, déconcertée, remarquant que mes phalanges ont saigné à travers les bandes que je n'ai pas pris la peine d'enlever. Aucun des autres gars n'a rien dit à ce sujet, mais je sais qu'ils l'ont remarqué aussi.

« Les bêtes, ils auraient pu me prévenir. » Ils savaient qu'il poserait la question. C'est pour ça qu'ils ne m'ont pas suivie à l'intérieur : ils savaient qu'il m'arrêterait. « J'ai frappé les sacs. Je ne l'avais même pas remarqué jusqu'à maintenant. » Je hausse les épaules avec un calme que je suis loin de ressentir. « Il faut vraiment que j'aille me nettoyer, je n'ai pas bien dormi ces derniers jours et ça commence à se faire sentir. Et évidemment, j'ai des blessures à panser aussi. »

Je le regarde enfin dans les yeux et un moment passe. J'essaie de libérer mon poignet, mais il serre plus fort. « Lâche-moi, Jer. » Je murmure. Ces mots sont chargés de tant de sens que les larmes me montent aux yeux, mais je ne détourne pas le regard. Il doit comprendre. C'est mon choix. Je dois m'éloigner maintenant, rapidement, plutôt que lentement et avec ressentiment.

Son visage s'assombrit et il me serre fort dans ses bras. Je l'enlace à mon tour, agrippant son t-shirt, car mes mains n'atteignent pas son immense taille, et laisse couler mes larmes qui trempent son vêtement. Si c'est la dernière fois que je peux le serrer dans mes bras, je veux en profiter pleinement. Je sens mon cœur se briser et battre la chamade. Je suis sûre qu'il le sent aussi.

Un grognement menaçant s'élève derrière lui et je réalise, pour la première fois, que ça ne m'effraie pas comme ça le devrait. Elle est sa compagne et future Luna, son grognement devrait me pétrifier, mais je trouve qu'il me ramène plutôt à la réalité, comme quelqu'un qui s'éclaircit la gorge.

Je range cette pensée dans le tiroir « à analyser demain » de mon esprit et hoche la tête contre sa poitrine, respirant profondément son odeur réconfortante avant de reculer. Je pose mes mains sur son torse ferme et le regarde dans les yeux.

« Jérémiah. Laisse. Moi. Partir. » Je le dis fermement, mais sans méchanceté. Il doit laisser faire. Elle a marqué son territoire, je ne suis pas la bienvenue ici et je suis une intruse. Je ne suis peut-être pas une louve-garou, mais je comprends ce qu'est la territorialité.

« Jamais », dit-il simplement. Ses bras se resserrent autour de ma taille, rendant tout ça plus difficile que nécessaire. Je serre la mâchoire et je dois retenir ces larmes. Elle ne me verra plus pleurer.

« Eh bien, ce n'est plus uniquement ta décision maintenant. Vous êtes un duo indissociable et tu dois consulter ta moitié avant de faire des promesses. » Je tapote deux fois sa poitrine, essayant d'adopter un ton léger et de montrer un sourire.

Un autre grognement suivi d'un souffle exaspéré. Elle est peut-être d'accord avec moi, mais comme je ne l'ai entendue prononcer que quelques mots en tout, je ne suis pas sûre.

Je me dégage de lui et cette fois, il me laisse m'écarter. « On se voit demain au lycée, j'imagine. Sauf si ce n'est plus ton truc maintenant. Je ne sais pas vraiment comment ça marche... Je suppose qu'on se croisera. » Je me frotte le front. Je divague maintenant et je ne sais même pas pourquoi je continue de parler. Nous n'avons jamais été mal à l'aise l'un avec l'autre, et c'est pourtant la situation maintenant.

Je vais dans le salon prendre mon sac là où je l'ai laissé tomber plus tôt. Mon téléphone est par terre à côté, abandonné négligemment. Personne ne l'a touché. Une nouvelle vague de tristesse m'envahit. Délaissée et ignorée comme mon téléphone. Non... je déteste tout ça.

Je saisis mes affaires et file dans ma chambre avant qu'une nouvelle vague de larmes ne me submerge. Je prends une douche vite. J'enfile un soutien-gorge de sport et mon jogging confortable. Par habitude, je tends la main vers le t-shirt de Jérémiah qui reste sur mon oreiller. Je m'arrête à mi-chemin en l'enfilant, prends une profonde inspiration et le retire. Je ferme les yeux, me ressaisis, le plie et le pose sur ma commode de l'autre côté de la pièce. Je dois apprendre à vivre sans lui.

Je prépare des vêtements de rechange pour le lycée demain et une tenue de sport pour l'entraînement. Je vais simplement passer le moins de temps possible ici jusqu'à ce qu'on trouve une solution.

Une fois prête, j'envoie un message à Bernard pour qu'il vienne me chercher.
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Comments (2)
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Olive-Laurna Dcs
c'est quand même dur ... il faut qu'il explique à sa chérie les choses. si c'est pas une peste, elle comprendra
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Azrael
Vivement la suite
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