MasukElle s’approche de la fenêtre, croise les bras, le regard perdu sur les jardins baignés de la lumière déclinante de l’après-midi.— Vous pensez toujours qu’il s’agit d’une personne au palais, dit-elle. Pas seulement une menace extérieure.— J’en suis de plus en plus convaincu, oui. Personne d’extérieur n’aurait pu obtenir un laissez-passer signé du sceau officiel du Conseil, ni connaître les détails exacts de l’organisation de la cérémonie.Un serviteur frappe à la porte, annonçant le retour de l’un des messagers envoyés par Rehn. Je l’invite à entrer ; il me tend un dossier fin, relié d’un simple cordon.— Le capitaine Rehn m’a chargé de vous remettre ceci immédiatement, Votre Altesse. La liste des personnes ayant eu accès au bureau du secrétariat cette semaine.Je le remercie, le congédie, et ouvre le dossier devant Élyra sans attendre.Une dizaine de noms, consignés avec les heures d’accès enregistrées par le garde posté en permanence devant le secrétariat général. Je parcours la
Point de vue de DARIAN— Le registre, dis-je en le posant sur la table devant le capitaine Rehn. Expliquez-moi ce que je suis en train de regarder.Rehn, responsable de la garde royale depuis près de quinze ans, fronce les sourcils en parcourant les lignes que je viens de lui indiquer.— C'est le registre des affectations, Votre Altesse. Chaque garde posté dans le palais y est consigné, avec l'heure de sa prise de service.— Je le sais, capitaine. Ce que je veux que vous m'expliquiez, c'est pourquoi les deux hommes affectés à l'aile princière hier soir ne sont pas les mêmes que ceux prévus initialement.Il se penche davantage, plisse les yeux.— Vous avez une raison, Votre Altesse. Selon le planning d'origine, c'était Torvin et Bek qui devaient prendre le poste. Mais le registre indique Sallow et Dreth.— Qui a autorisé ce changement ?— Je… je devrais vérifier, Votre Altesse. Normalement, aucun changement de dernière minute ne se fait sans mon approbation directe.— Alors vérifiez. M
Elle m’embrasse sur le front, comme elle le fait depuis toujours avant de me laisser seule pour la nuit, et quitte la pièce en refermant doucement la porte derrière elle.Je reste un long moment assise devant le miroir, observant mon propre reflet, cette femme en robe de nuit brodée, cette bague d’or à mon doigt, ce visage qui ressemble encore au mien mais qui appartient désormais, aux yeux de tout un royaume, à quelqu’un d’autre.C’est en me levant pour éteindre la dernière lampe que je remarque le désordre.Léger. Presque imperceptible, en fait, le genre de détail qu’on ne remarque que si l’on connaît parfaitement l’agencement d’une pièce, ce qui n’est absolument pas mon cas, puisque je n’ai découvert cette chambre qu’il y a quelques heures à peine. Et pourtant, quelque chose me dérange.Le tiroir de la commode, celui où j’ai rangé mes propres affaires personnelles apportées de Valthera, n’est pas complètement fermé. Une fraction de centimètre, à peine visible, mais suffisante pour
Point de vue de ÉLYRA— Non, dis-je.L’intendante du palais, une femme d’âge mûr au visage impassible nommée Dame Corvina, cligne des yeux, visiblement surprise que je conteste un arrangement qu’elle considère, de toute évidence, comme allant de soi.— Votre Altesse, les appartements princiers sont conçus pour accueillir le couple royal dans leur intégralité. Une seule chambre, un seul lit. C’est la tradition depuis…— Je me moque de la tradition, dis-je. Je veux une chambre séparée.— C’est… inhabituel, Votre Altesse.— Beaucoup de choses dans ma vie sont devenues inhabituelles ces dix derniers jours, Dame Corvina. Une de plus ne devrait pas trop bouleverser le palais.Nous nous trouvons dans le salon commun des appartements princiers, une pièce immense aux plafonds vertigineux, ornée de fresques représentant les grands mariages royaux d’Eldoria à travers les siècles, une ironie que je remarque à peine, tant je suis concentrée sur cette négociation improvisée. Darian, debout près de
Je n’ai pas le temps d’ajouter quoi que ce soit. Je me penche, l’embrasse, bref, presque chaste, un baiser purement protocolaire qui n’en est pas moins accompagné, malgré moi, d’une décharge d’électricité que je n’avais absolument pas anticipée.Un tonnerre d’applaudissements retentit dans la chapelle. Je me redresse, cherchant dans le regard d’Élyra une trace de ce que je viens de ressentir, mais elle a déjà recomposé son masque de froideur parfaite, tournée vers la foule qui célèbre une union qu’elle méprise autant que moi, quelques minutes plus tôt encore.C’est en balayant l’assemblée du regard, dans ce moment de célébration générale, que je remarque le mouvement.Une silhouette, au fond de la chapelle, près de la sortie latérale, un homme, vêtu sobrement, qui se détourne et quitte les lieux avant même que la bénédiction finale ne soit prononcée. Un détail qui n’aurait rien d’anormal, en soi, si ce n’était la précipitation avec laquelle il s’éclipse, comme s’il cherchait délibéré
Point de vue de DARIAN— Vous êtes pâle, Votre Altesse, dit le tailleur en resserrant une dernière fois le col de ma tunique cérémonielle. Un peu de vin, peut-être ?— Je vais bien.— Bien sûr, Votre Altesse.Lucian, assis sur le rebord de la fenêtre de mes appartements, ne fait rien pour masquer son amusement.— “Je vais bien”, répète-t-il. Trois mots que je n’ai jamais entendu quelqu’un prononcer avec autant de conviction juste avant de mentir.— Tu n’as rien de mieux à faire ce matin que de me regarder me préparer ?— Absolument rien, dit-il. C’est le mariage de mon frère. Je compte savourer chaque seconde.— Tu pourrais au moins essayer de paraître compatissant.— Je pourrais. Mais ce serait moins drôle.Le tailleur s’écarte enfin, satisfait de son travail, et quitte la pièce sur un dernier salut. Je reste seul avec Lucian, face au miroir, dans cet uniforme bleu et argent que je n’ai porté qu’une seule fois auparavant, lors du couronnement de mon père, un souvenir flou, lointain,







