Masuk« Nélia est facile. Elle rougit, elle baisse les yeux et elle fait tout ce qu’on lui demande. » Derrière la porte, j’entends Kaïs rire avec ses amis, juste quelques heures après avoir tremblé dans ses bras. J’avais pris sa jalousie pour du désir, ses ordres pour la preuve qu’il me voulait vraiment. J’avais oublié qu’un homme comme Kaïs Valmont pouvait choisir parmi les femmes les plus belles de Paris, et qu’il avait déjà une fiancée. Moi, sa nouvelle petite sœur par alliance. Celle qui ferait tout pour préserver le bonheur de sa mère après la mort de son père. Quatre ans plus tard, j’ai un travail, un compagnon et assez de distance pour prononcer le prénom de Kaïs sans trembler. Puis je le retrouve de l’autre côté d’une table, plus puissant qu’avant, le regard posé sur la main de l’homme qui partage désormais ma vie. Kaïs garde le silence sur notre passé. Il se contente de revenir partout où j’essaie de lui échapper. Dans le travail de mon compagnon. Aux réunions de famille. Devant la porte de mon appartement. Il se souvient de la façon dont mon corps réagissait à sa voix. Le mien aussi. J’ai fui parce que je croyais avoir été un jeu pour lui. Cette fois, Kaïs semble décidé à me montrer que je lui appartiens depuis le début.
Lihat lebih banyakNélia
*Bien arrivés à Deauville. Kaïs rentre lundi. Antoine a rempli le frigo pour vous. On t’embrasse.*
Le message de ma mère arrive pendant que je hisse ma dernière valise sur le lit.
Une photo suit. Maman rit face à la mer, la joue contre l’épaule d’Antoine. Le vent soulève ses cheveux et sa main repose sur le bras de son mari, avec cette confiance que je lui ai connue seulement sur les anciennes photos de mon père.
Papa est mort lorsque j’avais neuf ans. Après l’enterrement, ma mère a rangé ses costumes, repris son travail et appris à réparer seule le robinet de la cuisine. Elle préparait encore deux tasses de café chaque matin. La seconde refroidissait sur le plan de travail jusqu’à mon départ pour l’école.
Pendant des années, nous avons vécu à deux. Je remplissais les silences, elle disait que ma présence lui suffisait. J’ai fini par comprendre ce que cette phrase lui coûtait le jour où Antoine l’a fait rire dans notre cuisine. Un vrai rire, tête renversée, main sur la bouche. J’étais restée dans le couloir pour prolonger ce moment.
Onze mois plus tôt, je l’ai conduite jusqu’à l’autel.
Kaïs, le fils de mon beau-père est arrivé quelques minutes avant la cérémonie.
Je me trouvais près de ma mère lorsque l’agitation a gagné les derniers rangs. Toutes femmes se sont retournées pour lui. Même l’organisatrice du mariage a perdu le fil de sa phrase.
Il avançait dans l’allée, une veste noire sur l’épaule. Sa chemise blanche suivait la largeur de son torse et la ligne étroite de sa taille. Le soleil accrochait ses cheveux sombres, sa montre et la cicatrice qui coupait son sourcil gauche. Il possédait déjà ce visage publié dans les magazines financiers, sauf que les photos réduisaient tout : sa taille, ses épaules, la façon dont chaque regard venait naturellement à lui.
Antoine l’a serré contre lui. Kaïs a souri à son père et, durant cette seconde, sa froideur a disparu. Plusieurs femmes autour de moi ont souri aussi.
À vingt-trois ans, il dirigeait déjà la branche hôtelière du groupe Valmont. Il apparaissait aux ouvertures de palaces avec des actrices, des héritières, des mannequins dont les robes tenaient grâce à des miracles invisibles.
Ce jour-là, une grande blonde en satin vert occupait la chaise voisine de la sienne. Elle approchait sa bouche de son oreille chaque fois qu’elle lui parlait.
Après les vœux, le photographe a réuni les familles devant l’orangerie.
— Kaïs, voici Nélia, a dit Antoine.
Le regard de son fils s’est posé sur moi. J’avais choisi une robe rose trop sage, caché mes taches de rousseur sous une couche de fond de teint et attaché mes cheveux moi-même dans les toilettes.
— Je sais.
Sa voix m’a traversée plus sûrement que son sourire aurait pu le faire.
Le photographe nous a rapprochés. Kaïs a posé sa main au creux de mes reins. Sa paume couvrait presque toute la largeur de ma taille. Au moment du flash, j’ai tourné la tête vers lui.
Sur la photo, Kaïs regarde l’objectif. Moi, je le regarde comme toutes les autres femmes présentes ce jour-là.
J’avais rangé ce souvenir avec les choses inaccessibles.
À présent, je vais vivre trois mois dans la maison avec lui, manger à sa table et utiliser une salle de bains reliée à sa chambre. La rénovation de ma résidence universitaire a offert à ma mère un prétexte pour me garder près d’elle avant mon stage. J’ai accepté parce que son visage s’était éclairé. J’accepte beaucoup de choses pour cette lumière-là.
La chaleur accumulée sous les combles finit par rendre mon tee-shirt humide. Mes bras fatiguent, mes cheveux collent à ma nuque et la moitié de mes vêtements couvre encore le lit. J’emporte ma trousse jusqu’à la salle de bains pour me passer de l’eau sur le visage.
La porte reste entrouverte.
Je ralentis. Une respiration vient de l’intérieur.
Ma main pousse le battant.
Kaïs
Il se tient devant le lavabo, dos à moi.
L’eau brille sur ses épaules et descend le long de sa colonne. Son bras droit bouge devant lui. Je comprends seulement lorsque le miroir me rend le reste de son corps.
Ses doigts entourent sa queue.
Le mouvement de son poignet tire la peau sur toute sa longueur. Son ventre se creuse lorsqu’il remonte jusqu’au gland, gonflé et humide dans sa main. Il ferme les yeux. Ses hanches avancent légèrement, comme si son corps réclamait davantage que ce qu’il s’accorde.
Je reste dans l’ouverture.
Chaque détail arrive avec une précision affolante : les muscles de son dos qui roulent sous sa peau, la veine levée sur son avant-bras, ses cuisses puissantes, son sexe si épais que ses doigts le couvrent à peine. Son souffle accroche. Sa main accélère et son autre paume se plaque contre le marbre.
Une chaleur sourde gagne le bas de mon ventre.
Les paupières de aïs se soulèvent.
Ses yeux rencontrent les miens dans le miroir.
Son poignet ralentit. Son souffle continue de gonfler sa poitrine, sa main reste refermée autour de lui. La surprise traverse son visage, suivie d’une attention plus troublante encore. Il regarde mes joues, ma bouche entrouverte, puis le point où mes cuisses se pressent l’une contre l’autre.
Une ombre de sourire touche ses lèvres.
Je recule, heurte le chambranle et ramène la porte. Mon épaule frotte le mur du couloir pendant ma fuite.
Je prends une serviette dans ma chambre et descends jusqu’à la salle d’eau du rez-de-chaussée.
L’eau fraîche glisse sur mon visage, mon cou, mes seins. Le carrelage blanc suffit pourtant à ramener le miroir de l’étage. Son corps apparaît chaque fois que je ferme les paupières. Au bout de quelques minutes, ma peau frissonne tandis que la chaleur entre mes jambes demeure.
Je rejoins la salle à manger au coucher du soleil.
Kaïs occupe le bout de la table, vêtu d’une chemise sombre ouverte au col. Ses cheveux gardent encore une trace d’humidité. Un message s’affiche sur son téléphone : le prénom d’une femme suivi d’un cœur. Il retourne l’appareil avant de lever les yeux vers moi.
Je prends la chaise la plus éloignée. Kaïs attend que je remplisse mon verre.
— Rapproche-toi. J’ai horreur de parler à travers une table.
Je déplace mon assiette de deux places.
— Maman disait que tu rentrais lundi.
Son regard reste sur moi. Je baisse la tête vers mon assiette.
— Regarde-moi quand je te parle, Nélia.
J’obéis avant même d’y penser.
Kaïs observe ma réaction, puis s’appuie contre le dossier de sa chaise. Quelque chose vient de retenir son attention.
— Pour la salle de bains, frappe la prochaine fois.
Mes joues prennent feu.
— Pardon.
— Tu es restée assez longtemps pour rendre les excuses inutiles.
Mon verre manque mes lèvres. Kaïs récupère son téléphone et consulte le nouveau message qui vient d’apparaître. Une femme splendide sourit sur la vignette de profil.
Il ignore la notification.
Son regard revient vers moi.
NéliaJe décale mon billet pour dimanche et envoie le nouvel horaire à Noé. Il répond presque aussitôt qu’il m’attendra à la gare.Dans ma chambre, je remplis un sac pour Deauville, puis je pose ma grande valise sur le lit. La robe noire que Noé aime tient à peine de la place. J’ajoute des sous-vêtements, une trousse de maquillage et le pull laissé chez moi avant son départ.Kaïs rentre au moment où je cherche une deuxième paire de chaussures.Il s’arrête dans l’encadrement de la porte. Sa veste pend au bout de sa main, sa cravate a disparu et sa chemise ouverte laisse voir la naissance de ses pectoraux. Je replie le pull de Noé et le range au fond de la valise.— Tu pars ?— Deauville demain. Londres dimanche.Il entre dans la chambre et pose sa veste sur le fauteuil.— Je t’emmène à Deauville.Mes doigts restent sur le pull.— Je pensais que tu partais avec Sixtine.Kaïs tourne la tête vers moi. Je baisse les yeux et rabats un côté de la valise sur l’autre. La fermeture résiste parc
NéliaKaïs est très occupé depuis le début de la semaine. Nous nous croisons à peine. Il avait donc dit vrai lorsqu’il m’avait proposé de m’installer chez lui : il passe peu de temps à l’appartement.Son absence laisse pourtant un vide que je m’explique mal. Je mets cette sensation sur le compte des dernières semaines, du déménagement et de mon travail. Un week-end avec Noé me ferait sûrement du bien.À peine arrivée chez Noma, ma responsable m’annonce qu’une réunion vient d’être ajoutée à notre matinée. Elle récupère les derniers plans de l’hôtel et me demande de l’accompagner chez Valmont pour noter les modifications qui concerneront notre équipe.Lorsque nous entrons dans la salle, plusieurs personnes sont déjà installées. Je prends place à côté d’elle, ouvre le dossier de Noma et attends.Kaïs arrive quelques minutes plus tard avec une femme.Elle marche près de lui en consultant un document qu’ils tiennent entre eux. Leur conversation continue jusqu’à la table. Kaïs lui montre un
NéliaLa présentation reprend après le départ de Kaïs. Ma responsable répond aux dernières questions tandis que les membres du comité parcourent les budgets corrigés.Heureusement. Noma conserve le projet, avec quelques modifications à rendre la semaine suivante. Mon accès aux documents est rétabli avant même que nous quittions la salle.Dans l’ascenseur, ma responsable vérifie le dossier sur sa tablette.— On reprend lundi. Essaie de dormir un peu ce week-end.Mon téléphone récupère le réseau au rez-de-chaussée. Deux messages de Noé apparaissent.**Je rentre ce soir.**Je souris devant l’écran. Noé est un bon petit-ami, il prepare tout sans rien me dire. Pour une fois, cette manière de décider à ma place me fait plaisir.Quand je rentre chez Kaïs, je garde une robe blanche qui découvre mes épaules et marque ma taille sans être trop habillée pour un dîner. Je détache mes cheveux, arrange mon maquillage fatigué par la journée et change de boucles d’oreilles.Kaïs travaille dans le salo
NéliaLa serrure tourne derrière elle avant que je trouve quoi répondre.Kaïs entre, son téléphone encore à l’oreille. Il achève sa phrase en retirant ses clés, puis découvre sa mère au milieu du salon. Son regard passe sur moi, sur le tee-shirt qui m’arrive à mi-cuisse et sur les cartons ouverts près du canapé.Héloïse attend qu’il range son téléphone.— Tu étais au courant ?— C’est moi qui lui ai proposé de venir.Il pose sa veste sur une chaise et se dirige vers son bureau. Héloïse le suit, me laissant seule au milieu de mes vêtements. Une bretelle de soutien-gorge dépasse d’un carton. Je la pousse sous un pull avant leur retour.Kaïs remet à sa mère une chemise cartonnée. Elle vérifie la première page, referme le dossier et observe les plans de Noma étalés sur la table. Mon badge se trouve juste à côté.— La réunion de demain est avancée à neuf heures, annonce-t-elle.Kaïs prend un verre dans la cuisine.— Mon agenda est à jour.Héloïse glisse le dossier sous son bras. Elle s’arr


















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