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chapitre 2: Ce qu'ils attendent de moi

Author: Nanalie
last update Petsa ng paglalathala: 2026-06-20 09:36:16

Le troisième dimanche après l’enterrement, ma mère me demande de descendre.

Sa voix traverse la porte de ma chambre sans frapper, sèche, presque lasse, comme si prononcer mon prénom lui coûtait plus d’effort qu’autre chose.

- Lurie. Viens au salon.

Pas s’il te plaît. Pas quand tu auras une minute. Juste cet ordre bref, jeté dans le couloir avec l’autorité froide des jours où elle a déjà décidé pour moi.

Je reste immobile quelques secondes au bord de mon lit, les doigts posés sur la couverture froissée. Par la fenêtre, la lumière de fin d’après-midi glisse sur les toits voisins, terne et poussiéreuse. La maison, depuis la mort de ma sœur, semble vivre au ralenti, comme si chaque mur retenait son souffle. Même le parquet craque moins fort.

Je sais qu’on ne me fait pas venir pour me demander comment je vais.

Quand j'entre dans le salon, je comprends tout de suite que quelque chose se prépare.

Mon père est assis dans son fauteuil habituel, le dos très droit, les deux mains posées sur la canne qu’il n’utilise presque jamais mais qu’il aime tenir lorsqu’il veut donner à ses silences plus de poids. Ma mère se tient près de la fenêtre, les bras croisés si étroitement sur sa poitrine que ses jointures blanchissent. Mes trois frères occupent le reste de la pièce avec cette présence lourde des hommes venus assister à une décision, non à une conversation.

Et puis il a mon beau frère et sa famille.

Le veuf de ma sœur se tient près de la cheminée, Parfait, silencieux.

Il porte une chemise sombre dont les manches sont rabattues avec une précision impeccable. Ses traits n’ont rien perdu de leur netteté. Sa mâchoire est toujours aussi ferme, son port aussi calme, presque arrogant malgré le deuil. Pourtant, en regardant mieux, on distingue des ombres sous ses yeux, une fatigue tendue au coin de sa bouche, cette rigidité particulière de ceux qui se forcent à tenir debout quand tout s’est déjà effondré à l’intérieur.

Ses yeux se posent sur moi.

Pas avec chaleur.

Pas avec hostilité non plus.

Plutôt comme on évalue une variable imprévue dans un calcul déjà compliqué.

Je m'immobilise à l’entrée de la pièce.

- Pourquoi ce silence ?

Ma voix reste stable, mais je sens déjà une nervosité désagréable me glisser sous la peau.

Les beaux parents de nevia me regarde étrangement. Je ne comprends vraiment pas ce qui peut bien se passer.

Ma mère détourne les yeux la première. Ses lèvres se pincent , puis elle lisse machinalement le tissu de sa jupe, encore et encore, comme si ses mains avaient besoin de s’accrocher à quelque chose.

-Assieds-toi, a dit mon père.

-Je préfère rester debout.

Une ombre traverse son visage. Pas de la colère. Quelque chose de plus ancien, de plus habituel cette irritation contenue qu’il éprouve chaque fois que je ne joue pas docilement le rôle prévu.

L’aîné de mes frères soupire, le menton levé, déjà lassé avant même que la discussion ne commence.

-Ne complique pas les choses, Lurie.

Je tourne la tête vers lui.

-Je ne les complique pas. Je demande juste ce qu’il se passe.

Le silence devient lourd. On entend le tic-tac discret de l’horloge sur la commode, le froissement des rideaux dans un courant d’air, et au loin, un bref pleur de bébé.

Le bruit me traverse comme une aiguille.

Ma nièce. Elle était dans les bras de sa grand mère, la mère de son père. Tantine Eugénia se lève avec la petite dans les bras et se déplace pour bercer le bébé.

Ma mère ferme les yeux une seconde à peine, comme si ce simple lui rappelait tout ce qu’elle a perdu.

- Le bébé ne peut pas rester dans cette situation, fini t'elle par dire.

Un silence suit ses mots

Je fronce les sourcils.

-Quelle situation ?

Mon père me regarde droit dans les yeux puis dit:

- Hier , nous avons eu une réunion, nous avons pris une décision.

- Euh papa de je ne comprends toujours pas, de quelle décision vous parlez ? J'ai demandé

Cette fois, c’est le veuf de ma sœur qui répond. Sa voix est basse, régulière, polie au point d’en devenir presque tranchante.

-Ma fille a besoin de stabilité.

Je soutiens son regard.

-Et vous pensez que je peux faire quoi exactement ?

Aucune réponse immédiate.

Mes frères échangent un regard rapide. Mon père se racle la gorge, puis pose légèrement sa main sur le pommeau de sa canne. Ce petit geste, annonce toujours une phrase qu’il veut rendre incontestable.

-Ta sœur n’est plus là.

Comme si j'avais pu oublier

Ma gorge se serre, non pas de chagrin, mais d’agacement brutal. Je déteste la manière dont il utilise sa mort comme une ouverture dramatique, une clef destinée à me réduire au silence avant même d’entrer dans le vif du sujet.

- Pourquoi me dire quelque chose que je connais déjà ?

Ma mère me lance un regard sec.

-Un peu de respect.

Je laisse échapper un rire bref, sans joie.

-Du respect ? C’est maintenant que ça vous intéresse ?

Ses joues rosissent , elle me regarde comme si je sallissais la pièce.

Le deuxième de mes frères se penche en avant, les avant-bras appuyés sur ses genoux.

- On n’est pas là pour rouvrir les vieilles histoires.

- Comme c'est pratique, je murmure. Surtout pour ceux qui n’en ont jamais payé le prix.

Le veuf ne bouge pas. Seuls ses yeux changent légèrement , plus attentif. soudain, comme si cette fissure dans le vernis familial l’intéresse davantage que le reste.

Mon père reprend d’un ton plus dur :

-Il y a un enfant, Lurie.

- Un enfant qui vient de perdre sa mère.

-Je sais.

-Et qui a besoin d’une présence féminine constante.

Je le fixe un instant avant de demander, très lentement

- Vous êtes en train de me demander de faire la nounou ?

Le mot claque dans l’air avec une vulgarité volontaire.

Ma mère recule légèrement .

-Ne parle pas ainsi, insolente souffle t'elle.

-Alors dites les choses clairement.

Elle regarde mon père. Mon père regarde le veuf et oncle malie . Et cette simple circulation de regards me donne envie de quitter la pièce immédiatement, parce qu’elle disent déjà l’essentiel ,tout a été discuté avant mon arrivée. Ma présence ici n’est pas nécessaire à la décision. Seulement à sa mise en scène.

L'oncle malie le beau père de nevia croise les mains derrière son dos.

-Il ne s’agit pas d’être une nounou, mais de respecter la tradition de nos familles.

Je ne comprends toujours pas ce qu'ils veulent me dire

- Mon oncle, de quelle tradition parlez vous ? Et qu'est-ce que j'ai avoir avec ça ?

L'oncle malie échange un regard avec mon père.

-Il s’agit d’assurer la petite un environnement convenable. Dit mon père

- Je comprends, mais je ne vois toujours pas en quoi ça me concerne.

Cette fois, une tension visible traverse ses traits. Rien d’excessif. Juste un léger durcissement autour des yeux, un pli plus net entre ses sourcils. Il n’aime pas qu’on le force à sortir de sa maîtrise.

- Pour elle, a-t-il dit.

-Évidemment.

Mon frère Gérard, qui n’a pas encore parlé, se redresse contre le dossier du canapé.

- Tu pourras au moins écouter jusqu’au bout.

Je me tourne vers lui.

-Très bien. J’écoute.

Ma mère inspire profondément. J’ai vu sa poitrine se soulever sous son chemisier, ses doigts trembler avant de se refermer l’un sur l’autre. Quand elle reprend la parole, sa voix se faite plus douce, presque suppliante, ce qui chez elle me met toujours plus mal à l’aise que la froideur.

-Cet enfant a besoin d’une femme de confiance auprès d’elle. Quelqu’un de la famille. Quelqu’un qui puisse… prendre le relais.

Prendre le relais.

Les mots me donne la nausée.

Comme s’il s’agit d’un poste vacant. Comme si ma sœur avait seulement quitté une pièce en laissant sa place chaude derrière elle.

Je sens mes mâchoires se crisper.

- Vous me demandez de vivre chez lui ?

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