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Chapitre 3: La décision

Author: Nanalie
last update publish date: 2026-06-22 02:46:30

Un silence lourd tombe dans le salon.

L'air semble se figer autour de moi.

Ma mère détourne le regard, comme si ma question venait de révéler quelque chose qu’elle essaye d'éviter depuis longtemps.

- Ce n’est pas aussi simple… elle dit enfin.

Je la regarde fixement. L’information n’arrive pas à atteindre mon cerveau.

- Lurie… appelle mon père.

- Non, je réponds brusquement.

Je secoue la tête, une fois, puis une seconde, incapable de croire qu’ils osent me demander ça avec autant de naturel.

-Vous voulez m’envoyer dans la maison de ma sœur. Dormir dans ses couloirs. Respirer son parfum dans les draps, voir ses photos sur les murs, élever son enfant à sa place… et vous vous attendiez à quoi ? À ce que je dise oui avec gratitude ?

Mon frère aîné, Philippo, se lève brusquement.

-Ça suffit.

- Non, ça ne suffit pas, je lance en le fixant. Vous avez passé ma vie à me demander de comprendre, d’attendre, de céder, de faire des efforts pour le bien de la famille. Toujours moi. Toujours.

Mon cœur bat trop vite. Ma respiration s’accélère. Personne ne parle. Personne ne me coupe. Alors je continue.

-Vous voulez savoir la vérité ? Je ne dois rien à personne. Surtout pas à elle.

Le mot dépasse ma pensée avant même que je puisse le retenir.

Elle.

Pas ma sœur.

Juste elle.

Ma mère pâlit.

Le plus jeune de mes frères baisse les yeux. Mon père, lui, me regarde avec une dureté presque minérale. L’oncle Malie et la tante Eugénia, revenus avec le bébé qui dort dans ses bras, échangent un regard avant de me fixer comme si j’ai blasphémé.

Et le veuf lui, ne bronche pas.

Mais je vois quelque chose passer dans son regard. Une lueur brève. Pas de surprise. Plutôt la confirmation d’un soupçon.

- Tu parles d’une morte… murmure ma mère d’une voix étranglée.

Je me suis tournée vers elle.

- Une morte qui a passé sa vie à me tourmenter.

Ses lèvres tremblent de colère, plus que de peine .

-Tu mens.

Je souris sans douceur.

-Bien sûr. Comme toujours.

Mon père frappe le sol de sa canne une seule fois. Le son sec traverse la pièce comme un coup de feu.

- Assez.

Tout le monde se tait.

Il se lève lentement de son fauteuil. Malgré son âge, sa présence impose encore le silence. Son regard est rempli d'autorité .

-Il ne s’agit pas de tes ressentiments. Ni de jalousie. Il s’agit de respecter la tradition.

- La tradition ? je répète. En quoi cette tradition me concerne ?

Il me regarde avec une expression implacable.

-Dans notre famille, tu es celle qui doit prendre sa place.

Je sens mon sang battre dans mes tempes.

-Non… non, je ne veux pas. Vous n’avez pas le droit.

-La tradition stipule que Lux a le droit d’épouser la sœur cadette de sa femme si celle-ci ne peut plus remplir son devoir conjugal, et surtout si elle laisse un enfant en bas âge, explique mon père.

-Vous ne pouvez pas décider de ma vie à cause de votre tradition !

Son regard devient encore plus dur.

Puis il prononce la phrase qui fait tout basculer.

- Notre petite Hemera ne peut pas être élevée par une étrangère. Tu es sa mère maintenant. Et, dès que possible, tu épouseras Lux.

Le silence qui suit me coupe le souffle.

Pendant quelques secondes, je ne réussis pas à comprendre leurs mots. Pourtant ils sont là, clairs, mais irréels.

Je me tourne vers ma mère.

Elle pleure.

Pas de tristesse pure. Plutôt des larmes de résignation, comme si elle essaie de croire que cette douleur a un sens.

Mes frères regardent le sol.

Et lui…

Lui ne dit rien.

Debout près de la cheminée, il reste immobile. Mais son silence n'est ni refus ni une surprise. Il est… prêt.

Comme si cette décision existe déjà avant aujourd’hui.

Je le fixe.

- Vous saviez.

Il ne répond pas. Mais son silence n’a rien d’une approbation. C’était autre chose… quelque chose de plus lourd.

Quelque chose se brise en moi, net.

- Vous êtes tous fous.

Ma voix est basse. Trop calme.

-Ma sœur n’est même pas enterrée depuis un mois, et vous avez déjà décidé qui prendra sa place dans sa maison… dans sa vie ?

Ma mère laisse échapper un sanglot.

Mon père se raidit.

-Mesure tes paroles.

Je ne le regarde même plus.

Mes yeux sont fixés sur le veuf.

- Et vous… vous allez vraiment laisser faire ça ?

Il fait un pas en avant.

Pas pressé. Pas hésitant. Juste mesuré.

Son visage reste fermé, mais quelque chose a changé , une tension invisible dans sa posture.

Sa voix est calme, trop calme

-Tu crois que c’est ce que je veux ?

-Je crois surtout que vous n’avez pas dit non.

Il serre légèrement sa mâchoire, un geste bref, presque imperceptible.

Et dans ce silence, je comprends une chose terrible.

Le pire n’est pas leur décision, c'est que personne ici ne la trouve absurde.

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Comments (1)
goodnovel comment avatar
Dénonciateur Congo
La pauvre Lurie! de base, ses parents ont toujours préféré sa sœur, maintenant il veulent la sacrifier juste pour le bien de leur traditions.
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