LOGINEmma
Il me tend une liasse de documents. Épaisse. Impressionnante. Le genre de document que les avocats préparent. Le genre de document qui change une vie. Le genre de document que je n'aurais jamais imaginé signer. Un contrat de mariage. Prénuptial. Avec mon écriture. Ma signature. Mes paraphes. Partout. À chaque page. À chaque clause. Je reconnais mon écriture. Je reconnais ma signature. Je ne reconnais pas la femme qui a signé ça.
— C'est impossible.
— C'est pourtant ton écriture.
— Je ne me souviens pas.
— Tu étais consentante. Tu avais bu. Mais tu étais consentante.
— Comment vous pouvez en être sûr ?
— Parce que je te connais. Mieux que tu ne le crois.
Il me regarde. Ses yeux bleus. Encore. Toujours. Ils ne me lâchent pas. Ils me transpercent. Ils me fouillent. Ils me mettent à nu. Je feuillette le contrat. Les clauses défilent. Des paragraphes entiers. Des conditions. Des obligations. Des devoirs. Des droits. Je lis. Je relis. Je ne comprends pas tout. Mais je comprends l'essentiel. Je suis liée à lui. Pour un an. Renouvelable. Avec des clauses de confidentialité. Des clauses de protection. Des clauses de... non. Je ne veux pas lire ça. Je ne veux pas savoir.
— Qu'est-ce que c'est que ça ?
Je pointe une clause. Il se penche. Il lit. Il sourit. Ce sourire. Encore. Toujours.
— Ah. Ça. C'est la clause d'intimité.
— La clause d'intimité ?
— Oui. Tu as insisté pour qu'on la mette.
— J'ai insisté ?
— Oui. Tu as dit que si on devait faire semblant d'être mariés, autant que ce soit crédible. Complètement crédible.
— Et ça veut dire quoi ? Complètement crédible ?
— Ça veut dire que tu as accepté de partager mon lit. Pas seulement pour les apparences. Pour de vrai.
Je m'étouffe. Encore. Je m'étouffe de plus en plus souvent avec cet homme. Je m'étouffe de ses mots. De ses regards. De ses sourires. De sa présence. De tout. Je m'étouffe.
— Je n'ai jamais accepté ça.
— Si. Tu as signé.
— Je ne m'en souviens pas.
— Ce n'est pas grave. Moi, je m'en souviens. Et le contrat, lui, s'en souvient aussi.
Il tapote le document. Du bout des doigts. Lentement. Sûrement. Il me regarde. Il attend. Il sait que je vais céder. Il sait que je n'ai pas le choix. Il sait que je suis piégée. Coincée. Prisonnière. Et ça l'amuse. Ça l'amuse profondément. Je le vois dans ses yeux. Dans son sourire. Dans sa posture. Il prend son pied. Il adore ça. Il adore me voir perdre pied. Il adore me voir vaciller. Il adore me voir me débattre.
— Pourquoi vous faites ça ?
— Parce que je t'aime.
Le silence. Encore. Toujours. Le silence. Je le fixe. Il me fixe. Je ne m'attendais pas à ça. Pas à ça. Pas à ces mots. Pas à cet aveu. Pas maintenant. Pas comme ça. Je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas quoi penser. Il m'aime ? Il m'aime ? Un inconnu m'aime ? Un homme que je ne connais pas m'aime ? C'est absurde. C'est impossible. C'est... c'est troublant.
— Vous ne me connaissez pas.
— Je te connais mieux que tu ne le penses.
— Comment ?
— Je te suis depuis des mois. Je sais tout de toi. Ton passé. Tes peurs. Tes rêves. Tes désirs. Je sais que tu as fui Lucas. Je sais que tu as des dettes. Je sais que tu as découvert quelque chose sur Blackwood. Je sais que tu es venue à Vegas pour disparaître. Je sais tout.
Je vacille. Littéralement. Je vacille. Il sait tout. Tout. Mon passé. Mes erreurs. Mes secrets. Mes faiblesses. Il sait tout. Et il est là. Devant moi. À me regarder. À me sourire. À m'aimer. À me détester. Je ne sais plus. Je ne sais plus rien.
— Vous êtes un monstre.
— Non. Je suis un homme qui protège ce qui lui appartient.
— Je ne vous appartiens pas.
— Si. Tu m'appartiens. Tu l'as signé. Tu l'as accepté. Tu l'as voulu.
— Je ne me souviens pas.
— Ce n'est pas grave. Moi, je m'en souviens. Et je ne l'oublierai jamais.
Il s'approche. Encore. Plus près. Trop près. Il me prend le menton. Il relève mon visage. Il me force à le regarder. Ses yeux bleus. Encore. Toujours. Ses yeux bleus qui me fixent. Qui me voient. Qui me connaissent. Qui m'aiment. Qui me possèdent.
— Tu es à moi, Emma. Que tu t'en souviennes ou non. Que tu le veuilles ou non. Tu es à moi.
— Non.
— Si.
— Non.
— Si.
Il m'embrasse. Encore. Plus longuement. Plus profondément. Plus passionnément. Sa langue force ma bouche. Ses mains agrippent mes hanches. Il me colle contre lui. Je sens son corps. Je sens sa chaleur. Je sens son désir. Je gémis. Malgré moi. Malgré tout. Je gémis. Il me plaît. Il me plaît trop. Il me plaît dangereusement. Je le repousse. Encore. De toutes mes forces. Encore.
— Arrêtez.
— Tu ne veux pas.
— Si. Je veux que vous arrêtiez.
— Ton corps dit le contraire.
— Mon corps ne dit rien du tout.
— Ton corps dit tout. Ton corps crie. Ton corps me veut.
— Taisez-vous.
— Je ne me tairai pas. Je ne me tairai jamais. Tu es ma femme. Tu es à moi. Et je te le prouverai. Chaque jour. Chaque nuit. Jusqu'à ce que tu t'en souviennes. Jusqu'à ce que tu l'acceptes. Jusqu'à ce que tu m'aimes. Autant que je t'aime.
Il recule. Enfin. Il me laisse respirer. Enfin. Je respire. Fort. Vite. Mal. Je le regarde. Il me regarde. Le silence. Encore. Toujours. Le silence. Chargé. Épais. Lourd. Je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas qui je suis. Je ne sais plus rien.
— Prépare-toi. On part dans une heure.
— Où ça ?
— San Francisco. Chez moi. Chez nous.
— Je ne veux pas.
— Je ne te demande pas ton avis.
— Vous ne pouvez pas me forcer.
— Je ne te force pas. Je te protège. Et pour te protéger, tu dois être avec moi. Toujours. Partout. Jusqu'à ce que la menace soit écartée.
— Quelle menace ?
— Blackwood. Damian. Les autres. Tu ne les connais pas. Mais eux te connaissent. Ils te cherchent. Ils veulent te faire du mal. Et je ne le permettrai pas. Jamais.
Il se retourne. Il va vers la salle de bain. Il ferme la porte. Je reste seule. Dans cette chambre. Dans ce cauchemar. Dans cette vie qui n'est pas la mienne. Je regarde le contrat. Je regarde la bague. Je regarde la porte fermée. Je regarde mes mains qui tremblent. Je regarde mes lèvres qui brûlent. Je regarde mon corps qui se souvient. Je regarde mon cœur qui bat. Trop vite. Trop fort. Pour lui. Pour cet inconnu. Pour mon mari.
Et je me dis que je suis foutue.
Il se retourne. Il me regarde. Encore. Toujours. Ses yeux bleus. Encore. Toujours. Intenses. Brûlants. Désirants. Mais aussi. Doux. Tendres. Patients. Il sourit. Encore. Toujours. Ce sourire. Encore. Toujours. Ce sourire qui me fait fondre. Ce sourire qui me fait fondre alors que je ne devrais pas. Ce sourire qui me fait fondre alors que je le déteste. Ce sourire qui me fait fondre alors que je ne sais rien de lui. Ce sourire qui me fait fondre alors que je sais tout de lui. Maintenant. Je sais tout. Ou presque.— Je t'aime.— Je sais.— Tu m'aimeras.— Comment vous pouvez en être sûr ?— Parce que je te connais. Parce que je sais ce que tu ressens. Ce que tu penses. Ce que tu veux. Même si tu ne le sais pas encore. Même si tu ne t'en souviens pas. Même si tu le nies. Je le sais. Et je l'attendrai. Aussi longtemps qu'il faudra. Des jours. Des semaines. Des mois. Des années. Je l'attendrai.Il me regarde. Encore. Toujours. Il m'embrasse. Encore. Toujours. Sa langue. Ses mains. Son corp
Emma---Le petit-déjeuner est terminé. Les crêpes ont été mangées. Le café a été bu. Les sourires ont été échangés. Les baisers ont été volés. Les mains ont été tenues. Les promesses ont été faites. Et maintenant. Maintenant, il est au téléphone. Dans son bureau. À parler. À crier. À menacer. À tout. Je l'entends. Malgré moi. Malgré tout. Je l'entends.— Non. Pas question. Je ne céderai pas. Pas maintenant. Pas jamais. Tu m'entends ? Jamais.Silence. Il écoute. Il attend. Il reprend.— L'OPA est hostile. Je le sais. Blackwood veut me démanteler. Il veut me détruire. Il veut tout me prendre. Mais il ne m'aura pas. Pas comme ça. Pas sans combat. Pas sans sang.Silence. Encore. Il écoute. Il attend. Il reprend.— J'ai une arme. Une arme qu'il ne connaît pas. Une arme qu'il ne soupçonne pas. Une arme qui va le détruire. Lui et tous ses associés. Tous.Silence. Encore. Il écoute. Il attend. Il reprend.— Non. Je ne te dirai pas ce que c'est. Pas maintenant. Pas au téléphone. Pas comme ça.
EmmaJe me réveille. La lumière du matin inonde la chambre. Une lumière douce. Différente de celle de Vegas. Plus naturelle. Plus apaisante. Je me redresse. Je regarde autour de moi. La chambre. Les draps. Le lit. Tout est réel. Tout est vrai. Tout est ma vie maintenant. Ma nouvelle vie. Ma putain de nouvelle vie.Je me lève. Je vais vers la salle de bain. Je me regarde dans le miroir. Je ne me reconnais pas. Mes yeux sont cernés. Mon teint est pâle. Mes cheveux sont en désordre. Je suis belle. Mais je suis différente. Je suis une autre. Une autre femme. Une femme mariée. Une femme piégée. Une femme amoureuse. Non. Pas amoureuse. Pas encore. Pas comme ça. Pas sans souvenir. Pas sans confiance. Pas sans rien.Je prends une douche. Chaude. Très chaude. L'eau ruisselle sur mon corps. Sur ma peau. Sur mes seins. Sur mon ventre. Sur mes cuisses. Sur mon sexe. Je frissonne. Pas de froid. De désir. De lui. De Jack. De mon mari. De l'inconnu. Je ferme les yeux. Je le vois. Ses yeux. Sa voix.
EmmaLa penthouse est immense. Luxueuse. Froide. Décor minimaliste. Murs gris. Sol gris. Meubles gris. Tout est gris. Sauf les baies vitrées. Qui donnent sur San Francisco. Qui donnent sur la baie. Qui donnent sur le monde. Un monde que je ne connais pas. Un monde que je ne comprends pas. Un monde que je ne veux pas.— C'est chez toi. Enfin. Chez nous.— Chez nous ?— Oui. Chez nous. Tu es ma femme. Tu vis ici. Avec moi. Dans notre maison. Notre penthouse. Notre vie. Notre tout.— Je ne veux pas.— Tu t'habitueras.— Je ne m'habituerai jamais.— Tu t'habitueras. Tu verras. Tu t'habitueras. À moi. À cette vie. À ce penthouse. À tout. Tu t'habitueras. Et tu m'aimeras. Autant que je t'aime. Plus encore. Tu verras.Il me regarde. Encore. Toujours. Il sourit. Encore. Toujours. Il me prend la main. Il m'entraîne vers la chambre. Ma chambre. Notre chambre. Une chambre immense. Un lit immense. Des draps immenses. Tout est immense. Sauf moi. Sauf mes doutes. Sauf mes peurs. Sauf mes souvenirs.
EmmaJe me réveille en sursaut. L'avion a atterri. Je ne m'en suis pas rendu compte. Je dormais. Profondément. Pour la première fois depuis... je ne sais pas. Depuis longtemps. Depuis trop longtemps. Je me redresse. Je regarde autour de moi. La chambre est petite. Confortable. Luxueuse. La porte est entrouverte. Je l'entends. Il parle. Au téléphone. Sa voix est grave. Tendue. Sérieuse. Je m'approche. Doucement. Sans bruit. J'écoute. Malgré moi. Malgré tout. J'écoute.— Non. Pas question. Je ne céderai pas. Pas maintenant. Pas jamais. Tu m'entends ? Jamais.Silence. Il écoute. Il attend. Il reprend.— L'OPA est hostile. Je le sais. Blackwood veut me démanteler. Il veut me détruire. Il veut tout me prendre. Mais il ne m'aura pas. Pas comme ça. Pas sans combat. Pas sans sang.Silence. Encore. Il écoute. Il attend. Il reprend.— J'ai une arme. Une arme qu'il ne connaît pas. Une arme qu'il ne soupçonne pas. Une arme qui va le détruire. Lui et tous ses associés. Tous.Silence. Encore. Il éc
EmmaL'avion est un jet privé. Bien sûr. Qu'est-ce que je croyais ? Un vol commercial ? Une classe éco ? Un siège au milieu ? Non. Un jet privé. Avec des fauteuils en cuir. Une bouteille de champagne. Un lit. Un putain de lit. Dans un avion. Je le regarde. Il me regarde. Je détourne les yeux. Il sourit. Ce sourire. Encore. Toujours.— Tu as faim ?— Non.— Soif ?— Non.— Sommeil ?— Non.— Tu veux qu'on parle ?— Non.— Tu veux qu'on baise ?Je m'étouffe. Littéralement. Je m'étouffe. Il ne vient pas de dire ça. Il ne vient pas de me demander ça. Comme ça. Calmement. Directement. Sans détour. Sans gêne. Sans honte.— Quoi ?— Tu m'as entendu.— Vous êtes sérieux ?— Très sérieux.— On ne va pas baiser.— Pourquoi pas ?— Parce que je ne vous connais pas.— Tu me connais.— Je ne me souviens pas.— Ton corps, si.— Arrêtez avec ça.— Avec quoi ?— Avec mon corps. Mon corps ne se souvient de rien. Mon corps ne sait rien. Mon corps ne veut rien.— Ton corps me veut. Je le sens. Je le voi







