MasukChapitre 38
Eloïse
J'ai tout vu, et je commence à m'inquiéter.
L'échange avec Volkov, d'abord. La façon dont elle lui a tenu tête, cette petite souris timide qui n'osait pas croiser mon regard le jour de son arrivée, qui tremblait en tenant sa valise ridicule dans le hall, qui bafouillait des mercis et des politesses sans jamais lever les yeux. Elle a ripost
Chapitre 42CassianJe réunis la sécurité dans mon bureau une heure plus tard.La pièce est plongée dans une pénombre que les appliques murales peinent à dissiper, et la lumière grise de l'après-midi filtre à travers les baies vitrées, dessinant des rectangles pâles sur le parquet d'acajou. Moreau se tient au garde-à-vous devant mon bureau, le visage fermé, les mains croisées dans le dos, les jointures blanches. Il est livide, d'une pâleur de craie qui trahit la peur autant que la honte. Il sait qu'il a commis une faute, une faute impardonnable pour un homme de sa fonction, et il attend la sentence comme un soldat attend le peloton d'exécution. Derrière lui, quatre hommes en costume sombre, les meilleurs de son équipe, ceux qui sont censés protéger le manoir jour e
Chapitre 41CaméliaLe lendemain matin, je trouve la bague dans mon lit.Je me réveille seule, Cassian étant parti tôt pour le siège comme il le fait chaque matin, et je m'étire dans les draps froissés, le corps encore engourdi par la nuit que nous avons passée ensemble, la peau encore imprégnée de son odeur, les muscles encore alanguis par ses caresses. La lumière du matin filtre à travers la baie vitrée, une lumière pâle et grise qui annonce une journée maussade, et l'océan gronde toujours au pied des falaises, inlassable, éternel, indifférent aux drames qui se jouent dans le manoir. Les bougies se sont éteintes depuis longtemps, ne laissant que des flaques de cire figée sur le marbre de la cheminée. Les draps sont en désordre, témoins muets
---Chapitre 40CaméliaLa deuxième nuit ensemble n'a rien à voir avec la première.La première nuit, dans la suite nuptiale du domaine provençal, était une conquête, un marquage, une possession brute et animale qui m'avait consumée et terrifiée à la fois. Ses mains étaient dures, précises, impérieuses, et il m'avait prise comme on prend une ville qu'on assiège, sans demander la permission, sans offrir d'excuses, sans laisser de place à la tendresse. Je m'étais abandonnée, oui, mais avec honte, avec peur, avec cette sensation de me perdre dans quelque chose qui me dépassait et que je ne comprenais pas.Ce soir, c'est différent. Ce soir, ce n'est plus une conquête. C'est un dialogue.Il est moins dur. Ses gestes sont
Chapitre 39CaméliaLe gala s'est terminé tard, bien après minuit, et la limousine nous ramène au manoir dans un silence qui n'a rien d'hostile. Un silence différent de tous ceux que nous avons partagés jusqu'à présent. Un silence chargé de tout ce qui n'a pas été dit ce soir, de tout ce qui s'est passé entre nous sur la piste de danse, dans les regards échangés, dans cette main qu'il a posée sur ma taille et qu'il n'a pas retirée de toute la soirée. Un silence qui n'est pas un vide, mais une présence. Une promesse. Un début de quelque chose.La lune est pleine au-dessus de l'océan, énorme, presque irréelle, et sa lumière argentée se reflète sur les vagues comme un chemin de diamants qui mène vers l'horizon, vers l'infini, vers
Chapitre 38EloïseJ'ai tout vu, et je commence à m'inquiéter.L'échange avec Volkov, d'abord. La façon dont elle lui a tenu tête, cette petite souris timide qui n'osait pas croiser mon regard le jour de son arrivée, qui tremblait en tenant sa valise ridicule dans le hall, qui bafouillait des mercis et des politesses sans jamais lever les yeux. Elle a riposté avec une intelligence et un mordant que je ne lui soupçonnais pas, elle a renvoyé Volkov à ses chères études avec une métaphore sur le vin qui l'a laissé pantois, et ce requin, ce prédateur qui a dévoré des hommes deux fois plus puissants qu'elle, a reculé. Il a reculé devant une femme qui, il y a quelques jours encore, n'était qu'une ombre, une doublure, un fantôme.Et
Chapitre 37CassianJ'ai tout entendu.Je m'étais éloigné quelques minutes pour régler une affaire urgente avec un associé, une broutille financière qui pouvait attendre mais que j'ai expédiée en trois phrases, mais je n'ai rien perdu de l'échange entre Camélia et Volkov. J'étais derrière elle, à quelques mètres, dissimulé par une colonne de marbre vert aux veinures dorées, et j'ai écouté chaque mot, j'ai observé chaque geste, j'ai retenu chaque expression. J'ai vu Volkov s'approcher d'elle avec son sourire de prédateur, cette arrogance qui le caractérise et qui a toujours été sa faiblesse. J'ai vu ses yeux translucides la jauger, la tester, la provoquer comme on provoque un animal pour voir s'il va mordre ou s'enfuir. J'ai entendu sa question empoisonnée,
Chapitre 24CassianLa salle de réunion est silencieuse, et tous les regards sont braqués sur moi.Je suis assis au bout de la table, dans ce fauteuil que mon père occupait avant moi et que mon grand-père occupait avant lui, un fauteuil de cuir noir, haut, massif, qui ressemble à un trône et qui pè
Chapitre 23CaméliaLa visite du manoir est un supplice silencieux.L'intendante marche devant moi, récitant des explications d'une voix monocorde, une voix qui n'attend pas de réponse, qui ne sollicite aucun commentaire, qui égrène les informations comme on égrène un chapelet. Je la suis sans vrai
Chapitre 22EloïseJe l'attends dans le hall, adossé à la rampe de l'escalier, les bras croisés, un sourire poli plaqué sur le visage comme un masque de carnaval. J'ai entendu la voiture arriver bien avant qu'elle ne franchisse les grilles, j'ai entendu le moteur ronronner dans l'allée, j'ai entend
Chapitre 20CaméliaLe froid me réveille. Pas un froid de température, pas un courant d'air, pas une fenêtre ouverte. Un froid d'absence, un vide à côté de moi qui s'étend comme une tache d'encre sur du papier blanc.Mes doigts s'étendent sur le drap, et ne trouvent rien. Que la soie lisse et glacé







