MasukÉabha
Le silence qui suit est différent de celui d'avant.
Ce n'est plus le silence de la terreur, celui qui écrase et qui soumet. C'est un silence d'attente. Un silence chargé de questions qui n'ont pas encore été posées
Nous empruntons l'escalier de pierre, puis un couloir orné de tapisseries et de tableaux. Les tapisseries représentent des scènes de chasse, des loups courant après des cerfs, des batailles anciennes où des hommes à tête de loup affrontent d'autres créatures. Les tableaux sont des portraits, des générations d'O'Connor qui me regardent passer de leurs yeux peints, qui me jugent, qui me condamnent.Mes pas résonnent sur le sol dallé, et je me sens minuscule dans cet endroit immense, écrasée par le poids de l'histoire et du pouvoir. Chaque pas me rapproche de lui, et chaque pas fait battre mon cœur un peu plus vite, un peu plus fort.Le garde s'arrête devant une porte en bois sombre, massive, sculptée de motifs de loups entrelacés qui semblent vivants dans la lumière des torches. Il frappe deux coups, et une voix grave répond de
ÉabhaLe soir même, un garde du domaine des O'Connor vient me chercher.Je suis au bar, en train de ramasser les verres vides après une soirée tranquille. Les derniers clients sont partis depuis une heure, et il ne reste que Mooney derrière son comptoir, occupé à essuyer des chopes qui n'en finissent pas d'être essuyées, ce geste mécanique qu'il répète soir après soir comme un rituel. L'air est épais, saturé de fumée et d'alcool, et je sens la fatigue qui pèse sur mes épaules, dans mes jambes, au creux de mes reins.La porte s'ouvre, et le garde entre. Il est grand, large d'épaules, vêtu de l'uniforme sombre frappé de l'emblème des O'Connor, ce loup stylisé qui semble me regarder de ses yeux vides. Son visage est impassible, taillé dans la pierre, mais ses yeux me cherchent da
ÉabhaJe fais un pas vers elle. Un seul. Mais ce pas, elle le sent. Elle le voit. Elle comprend que quelque chose a changé, que je ne suis plus la proie facile qu'elle pouvait écraser d'un regard.— Et toi, tu as tout fait pour m'achever. Tu ne t'es pas contentée de prendre Liam, de prendre ma place, de prendre ma vie. Non. Il fallait que tu m'écrases complètement, que tu t'assures que je ne me relève jamais. Tu as posé une couronne de fleurs sur la tombe de ma mère avec un mot qui disait que la vie est dure pour les faibles. Tu as ri de ma douleur, tu as craché sur ma dignité, tu t'es assurée que personne ne m'aide, que personne ne me parle, que personne ne me regarde. Tu as voulu que je crève dans l'indifférence générale, seule, abandonnée, oubliée.Saoirse est blême maintenant. Toute couleur a quitté son
ÉabhaJe ne réponds pas. Je reste immobile, le regard fixé au-dessus de son épaule, le visage impassible. Mes mains sont toujours croisées devant moi, et je ne les serre même pas. Je ne lui donnerai rien. Pas une larme, pas un tremblement, pas un signe de faiblesse. Mais au fond de moi, la rage gronde. La rage que j'ai appris à contenir, à domestiquer, à transformer en arme. Elle est là, tapie dans l'ombre, et elle attend son heure.Saoirse attend une réaction. Elle veut me voir pleurer, supplier, m'effondrer. Elle veut la satisfaction de me briser une fois de plus, comme elle l'a fait le jour de la répudiation, quand Liam m'a rejetée devant tout le village assemblé. Comme elle l'a fait sur la tombe de ma mère, quand elle a posé cette couronne de fleurs blanches avec son mot cruel. Elle veut me voir à genoux, détruite, anéantie, pour se
ÉabhaSaoirse me convoque un matin, trois semaines après la première apparition de Cillian au marché.Le message arrive par l'intermédiaire d'une servante au visage fermé, une femme d'âge mûr aux traits tirés, vêtue de la livrée des O'Connor. Elle se présente à la blanchisserie au moment où je plonge mes mains dans la première bassine d'eau bouillante, et elle demande à me parler d'une voix qui ne souffre aucune contestation. Les autres femmes s'écartent sur son passage, les yeux baissés, comme si la simple présence d'une employée des O'Connor était une menace, une contamination, un rappel de l'ordre des choses.— Saoirse MacCarthy veut te voir, dit la servante sans préambule. Maintenant. Suis-moi.Je n'ai pas le choix. Je le sais. Refuser une convocation de Saoirse, c'est
ÉabhaIl se penche vers moi. Son visage est si proche que je vois les détails de ses yeux gris, les petites paillettes plus claires qui dansent dans l'iris, les cils sombres qui les bordent. Je vois les petites cicatrices qui parsèment sa mâchoire, traces de combats anciens, de batailles gagnées. Je vois les rides au coin de ses lèvres, creusées par le temps et les épreuves, mais aussi par les sourires, par les rires, par tout ce que sa vie a contenu avant moi. Son souffle est chaud sur ma peau, et son odeur, cette odeur de forêt profonde et de terre mouillée, emplit mes poumons, mon sang, mon âme. Elle est partout en moi, elle me remplit, elle me définit.Ses lèvres effleurent les miennes. À peine. Un contact si léger que je pourrais croire l'avoir rêvé. Mais je ne l'ai pas rêvé. Je sens leur chaleur, leur douceur, la promesse qu'elles cont
Éabla M. O'Flaherty rit, mais il n'y a pas de joie dans ce rire. Rien que de l'amertume.— Depuis quand la loi compte pour ceux qui ont le pouvoir, Declan ? Il est le futur gendre de Cillian O'Connor. Dans quelques mois, il sera intouchable. Tu crois que des petits commerçants comme nous peuvent l
Éabha...Le mot me frappe comme un coup de poing dans l'estomac. Je sais. Je sais avant qu'il ne le dise. Je sais depuis toujours, depuis cette nuit dans la forêt, depuis ce regard froid, depuis cette promesse de destruction.— Une société écr
Maman tremble. Elle tremble de tout son corps, un tremblement qui la secoue, qui la secoue, qui ne s'arrête pas. Ses dents claquent, ses mains sont froides comme la mort, ses lèvres sont bleues.— Prends ma couverture, dis-je. Je lui tends ce qui me reste.
ÉabhaLes premières neiges tombent un matin de décembre.Je suis à la blanchisserie quand je les vois par la fenêtre. De gros flocons blancs qui dansent dans le ciel gris, qui tournoient, qui s'amoncellent. Ils recouvrent les toits, le







