เข้าสู่ระบบÉabha
Les premières neiges tombent un matin de décembre.
Je suis à la blanchisserie quand je les vois par la fenêtre. De gros flocons blancs qui dansent dans le ciel gris, qui tournoient, qui s'amoncellent. Ils recouvrent les toits, les rues, les âmes. La ville devient silencieuse, ouatée, irréelle. Un monde de silence et de blanc. Un monde qui n'a plus besoin de nous.
— L'hiver est là, dit l
ÉabhaJe me réveille en sursaut.Le feu s'est éteint pendant mon sommeil, et le froid a commencé à s'infiltrer dans la pièce. Mais ce n'est pas le froid qui m'a réveillée. C'est le silence. Ce silence étrange, inconnu, qui m'entoure de toutes parts. Un silence de pierre et de laine, de murs épais et de fenêtres closes. Pas le silence troué de courants d'air et de craquements de bois pourri auquel je suis habituée. Un vrai silence. Un silence de maison solide.Je reste allongée un long moment, les yeux ouverts, à parcourir chaque détail de la pièce dans la pénombre. Les murs sont blancs, et la faible lumière qui filtre par la fenêtre y dessine des motifs argentés. Le plafond est bas, mais les poutres sont propres, sans trace de suie. Le sol dallé est recouvert d'un tapis usé mais dou
Je rassemble mon baluchon. Quelques vêtements usés, la brosse édentée, le coupon de soie rouge que je glisse tout au fond. Et le manteau de Cillian, que je tiens serré contre ma poitrine comme un talisman, comme une armure.Je franchis le seuil. Je ne me retourne pas. Mais dans ma tête, j'entends la voix de maman, cette nuit-là, quand elle m'a prise la main pour la dernière fois. Sois forte, Éabha. Promets-moi d'être forte.Je tiens ma promesse, maman. Je suis forte.Le convoi traverse le village désert. L'aube est à peine levée, grise et sale, et les pavés sont couverts de boue. Mes pieds s'enfoncent dans les flaques, le froid remonte le long de mes jambes, mais je ne le sens pas. Je ne sens plus rien. Je marche, le manteau de Cillian serré contre moi, les yeux fixés sur la silhouette des gardes qui portent mon père et ma tante.Les grilles du domaine apparaissent, immenses, menaçantes. Elles s'ouvrent devant nous dans un grincement de fer, et nous nous engageons dans l'allée de grav
Éabha L'aube est grise et froide quand les gardes arrivent. Grise comme le fer, froide comme la mort, percée d'un vent humide qui s'insinue sous les planches disjointes de la cabane et vient mordre ma peau à travers la couverture trouée. Je n'ai pas dormi. Pas une seconde. Je suis restée allongée sur cette paillasse qui pue la moisissure et la paille pourrie, les yeux grands ouverts dans le noir, à écouter les bruits de cette prison qui a été notre refuge pendant les mois les plus sombres. La respiration rauque de papa, ce râle humide qui s'accroche à sa poitrine comme un animal mourant. Les murmures insensés de tante Aisling, cette litanie de mots sans suite qu'elle répète inlassablement dans son sommeil agité. Le vent qui siffle à travers les trous du toit, cette plainte aiguë qui ressemble à la voix de maman quand elle nous a quittés, quand son dernier souffle s'est échappé de ses lèvres bleuies par le froid. J'ai écouté tout ça, chaque bruit, chaque craquement, chaque murmure,
Est-ce que c'est pour ça que j'ai accepté ? Pour me rapprocher de mes ennemis, pour les frapper de l'intérieur, pour accomplir la promesse que j'ai faite à ma mère ? Ou est-ce que j'ai accepté pour lui, pour Cillian, pour cette ombre de sourire au coin de ses lèvres, pour ce frisson au creux du ventre que je ne peux plus nier ?Je ne sais pas. Je ne sais plus. Tout se mélange dans ma tête, la rage et le désir, la haine et l'attirance, le besoin de vengeance et le besoin de survie. Je ne sais plus qui je suis, ce que je veux, où je vais. Je suis perdue dans un brouillard de sensations contradictoires, et je ne sais pas quel chemin choisir.Le garde me raccompagne jusqu'aux grilles du domaine. La nuit est froide, étoilée, et la lune projette une lumière argentée sur l'allée de gravier blanc. Les statues de loups semblent me regarder passer, et je f
Il retourne derrière son bureau, s'assied dans son fauteuil, reprend sa posture de chef suprême. Mais l'ombre du sourire est toujours là, au coin de ses lèvres, et je ne peux pas m'empêcher de la regarder, de m'y accrocher, d'y voir un signe que tout ira bien.— Tu commenceras demain, dit-il. Un de mes hommes viendra te chercher à la cabane, à l'aube. Il t'aidera à déménager tes affaires, le peu que tu possèdes. Il installera ton père et ta tante dans les quartiers qui leur sont destinés, dans l'aile réservée aux familles des domestiques.— Mon père et ma tante ?Ma voix est incrédule. Je n'osais pas y croire, je n'osais pas espérer.— Tu croyais que je les laisserais dans cette cabane ?Sa voix est neutre, mais je perçois une nuance que je ne sais pas déchiffrer.
ÉabhaLes mots de Cillian résonnent dans le silence du bureau, lourds de sens, chargés de conséquences que je n'ose pas encore mesurer.Un poste dans son domaine. Des tâches administratives, des papiers, des registres, des lettres à recopier. Un salaire décent, régulier, qui me permettra de ne plus compter chaque pièce, de ne plus me demander si j'aurai assez pour le pain de demain. Une chambre, une vraie chambre avec un vrai lit, des draps propres, une porte qui ferme. De quoi vivre, vraiment vivre, et prendre soin de papa. De quoi lui offrir ce que je n'ai jamais pu lui offrir : un matelas qui ne soit pas une paillasse pourrie, des repas chauds, des soins, peut-être même un médecin.Je pense à la cabane qui fuit, au froid qui s'infiltre par les planches disjointes, à l'humidité qui pourrit tout, qui ronge les murs, les vêtements,
Éabla M. O'Flaherty rit, mais il n'y a pas de joie dans ce rire. Rien que de l'amertume.— Depuis quand la loi compte pour ceux qui ont le pouvoir, Declan ? Il est le futur gendre de Cillian O'Connor. Dans quelques mois, il sera intouchable. Tu crois que des petits commerçants comme nous peuvent l
Éabha...Le mot me frappe comme un coup de poing dans l'estomac. Je sais. Je sais avant qu'il ne le dise. Je sais depuis toujours, depuis cette nuit dans la forêt, depuis ce regard froid, depuis cette promesse de destruction.— Une société écr
Maman tremble. Elle tremble de tout son corps, un tremblement qui la secoue, qui la secoue, qui ne s'arrête pas. Ses dents claquent, ses mains sont froides comme la mort, ses lèvres sont bleues.— Prends ma couverture, dis-je. Je lui tends ce qui me reste.
Éabla Les enfants ricanent. Ils se rapprochent, formant un demi-cercle devant la boutique. Je balaye toujours, mécaniquement, les dents serrées.— Éabha-la-honteuse ! chante Seamus en prenant une voix de gorge. Liam t'a jetée comme une vieille peau !— Comme une vieille peau ! reprennent les autre







