登入Chapitre 91ElaraJulian Moreau refait surface par une froide matinée d'automne, comme une mauvaise herbe qu'on croyait arrachée et qui repousse entre les pavés. Cela fait des semaines que je n'ai pas entendu parler de lui, des semaines que j'ai cessé de penser à lui, des semaines que j'ai effacé son souvenir de ma mémoire comme on efface une tache sur un mur. Je suis au musée, penchée sur ma fresque, les doigts tachés de pigments, quand j'entends des pas derrière moi, des pas que je reconnaîtrais entre mille, des pas qui ne devraient plus résonner dans cette salle. Je me retourne, et il est là, debout dans l'embrasure de la porte, vêtu d'un costume sombre, le visage plus marqué que dans mon souvenir, les traits tirés, les yeux cernés._ Julian. Que faites-vous ici ?_ Je voulais te voir, Elara. Te parler. Une dernière fois.Sa voix est différente, moins assurée, moins arrogante, et je remarque qu'il n'a pas ce sourire ironique qui ne le quittait jamais, ce sourire qui m'avait tant sé
Chapitre 90ElaraLes semaines passent, et elles sont douces, étrangement douces, comme une parenthèse de paix dans une existence qui n'a jamais été facile, comme une éclaircie après des mois de tempête. Adrian et moi avons trouvé un équilibre, une harmonie que je n'aurais jamais crue possible il y a encore quelques mois, quand je le regardais avec méfiance, quand je doutais de chacun de ses gestes, quand j'attendais que le prochain mensonge vienne tout briser. Aujourd'hui, cette méfiance a disparu, ou presque, et elle a laissé place à une confiance fragile mais réelle, à une complicité qui grandit de jour en jour, à un amour qui ne demande qu'à s'épanouir.Il a fallu du temps, il a fallu des disputes, des incompréhensions, des moments où nous avons failli tout abandonner, des soirs où je claquais la porte et des nuits où il dormait sur le canapé. Nous apprenons à nous disputer sans nous déchirer, à exprimer notre colère sans nous détruire, à écouter l'autre sans nous braquer immédiat
Chapitre 89ElaraLe jour où je présente Adrian à ma mère, le ciel est gris et bas, chargé de nuages lourds qui menacent de crever à tout moment, comme s'il retenait son souffle en attendant l'issue de cette rencontre. Le centre de convalescence est un bâtiment moderne aux murs blancs, aux larges baies vitrées qui donnent sur un jardin paisible, et le personnel nous salue avec cette familiarité discrète des gens qui m'ont vue venir ici presque tous les jours depuis des mois. Je connais chaque couloir, chaque porte, chaque odeur de désinfectant et de fleurs fraîches, et pourtant aujourd'hui tout me semble différent, plus solennel, plus grave, comme si je marchais vers un jugement dont dépendrait le reste de ma vie.Hélène est assise dans son fauteuil près de la fenêtre, un plaid sur les genoux, un livre à la main qu'elle ne lit pas vraiment. Elle regarde le jardin, les arbres qui perdent leurs feuilles, les allées désertes balayées par le vent d'automne. Elle a vieilli, la maladie a cr
Chapitre 88AdrianLe moment est venu, et je le sais, je le sens, je le redoute et je l'espère en même temps. Présenter Elara à Marcus comme ma compagne, pas comme la femme d'un contrat, pas comme la victime d'un pari, pas comme la pièce rapportée d'une histoire qui a commencé dans le mensonge, mais comme la femme que j'aime, que j'ai choisie, qui m'a choisi en retour. Marcus est mon plus vieil ami, le seul qui m'a soutenu quand tout s'effondrait, le seul qui m'a dit la vérité quand personne d'autre n'osait, le seul qui m'a secoué quand je sombrais dans l'alcool et le désespoir. Son regard compte plus que tous les autres, son approbation est celle que je cherche depuis toujours sans jamais oser l'admettre.Nous nous retrouvons dans un restaurant discret, un de ces endroits que Marcus affectionne, loin des projecteurs, loin des curieux. Elara est à mon bras, élégante et simple dans une robe bleu nuit, et je sens son cœur battre aussi vite que le mien quand nous franchissons la porte. M
Chapitre 87AdrianC'est notre premier week-end ensemble, un vrai week-end, du vendredi soir au dimanche soir, sans interruption, sans obligation, sans téléphone qui sonne toutes les cinq minutes pour me rappeler que j'ai une entreprise à diriger, une fondation à superviser, des partenaires à rassurer. Nous avons décidé de le passer chez elle, dans son petit appartement de Brooklyn, loin du monde, loin des regards, loin de tout ce qui pourrait nous rappeler le passé et ses fantômes. C'est elle qui a proposé, avec cette simplicité désarmante qui la caractérise, et j'ai accepté avec une joie presque enfantine, une joie que j'ai eu du mal à dissimuler, une joie qui m'a fait sourire bêtement tout le long du trajet depuis Manhattan.Le vendredi soir, nous avons commandé une pizza, nous avons regardé un vieux film en noir et blanc sur son canapé, blottis l'un contre l'autre sous un plaid, et ce moment de simplicité, de normalité absolue, était plus précieux que toutes les soirées de gala qu
Chapitre 86AdrianC'est un nouveau départ, un vrai, sans contrat, sans clause, sans date d'expiration inscrite en petits caractères au bas d'un document juridique que nous aurions signé dans mon bureau en évitant de nous regarder. Nous ne vivons pas ensemble, pas encore, nous avons décidé de prendre notre temps, de ne rien précipiter, de laisser les choses se construire naturellement, comme une plante qui pousse à son rythme sans qu'on cherche à la forcer, comme une fresque qui se restaure patiemment, fragment par fragment, couleur par couleur, sans brusquer les pigments ni le temps. Elle a gardé son petit appartement de Brooklyn, ce deux-pièces modeste et lumineux au troisième étage d'un immeuble de briques rouges, avec ses murs blancs, son parquet qui grince, son vieil érable dans la cour intérieure, et elle y tient, elle y est chez elle, elle y a construit son refuge loin du monde. De mon côté, j'ai quitté le penthouse, cette cage de verre suspendue au-dessus de Manhattan qui n'a
Chapitre 5AdrianLe musée des Beaux-Arts se dresse devant moi dans la lumière pâle du matin, majestueux et silencieux, avec ses colonnes de marbre blanc et ses immenses portes de bronze qui semblent garder l'entrée d'un temple ancien. Je gravis les marches d'un pas lent, mesuré, et l'écho de mes p
Chapitre 4AdrianJe ne dors pas. La nuit s'est refermée sur moi comme un piège, et chaque fois que je ferme les yeux, je revois son visage, ce regard impassible, cette façon qu'elle a eue de me dire non comme on refuse un verre d'eau. Elara. Ce prénom tourne dans ma tête, obsédant, irritant, fasci
Chapitre 3AdrianJe ne lâche pas prise. Pas cette fois. Elle a dit son prénom, elle a tendu mon manteau, elle m'a à peine regardé, et pourtant je suis encore là, planté devant elle comme un débutant, à chercher une faille dans son armure._ Elara. Un très joli prénom. Savez-vous qui je suis ?Je d
Chapitre 2AdrianLa foule rit encore derrière moi, mais je ne l'entends plus. Je traverse la pièce, et les corps s'écartent sur mon passage sans que j'aie besoin de dire un mot. C'est cela, mon pouvoir. Cette obéissance muette, cette déférence instinctive. Mais la femme devant moi ne semble pas co







