Mag-log inElle l’a aimé en silence. Il a choisi sa meilleure amie. Mais certains désirs refusent de mourir… Harper Bennett a commis une erreur il y a sept ans : tomber amoureuse du seul homme qu’elle n’aurait jamais dû désirer. À l’époque, elle s’apprêtait à avouer ses sentiments à Ethan Cole, son ami du club d’échecs, lorsqu’il lui a annoncé qu’il sortait avec Madison, sa meilleure amie. Harper a gardé ses sentiments pour elle, emportant son chagrin à Londres, loin de ce petit trio dont elle n’avait jamais vraiment réussi à trouver sa place. Deux ans plus tard, elle revient à Chicago, transformée, plus sûre d’elle et bien décidée à tourner la page. Le temps de trouver son propre appartement, elle accepte pourtant de loger chez Madison et Ethan, désormais fiancés. Elle pensait pouvoir gérer. Jusqu’à cette nuit où tout bascule.
view more— Harper, tu es sûre que tu as tout ?
Je cale mon téléphone entre mon oreille et mon épaule tout en essayant de récupérer ma dernière valise sur le tapis à bagages.
— Oui, Olivia.
— Ton passeport ?
— Dans mon sac.
— Ton portefeuille ?
— Dans mon sac aussi.
— Et tes clés ?
Je récupère enfin ma valise, manquant au passage de donner un coup de coude à un homme qui me lance un regard franchement agacé.
— Liv, je suis presque tentée de te demander si tu comptes me faire passer un contrôle douanier à distance.
— Je pose des questions légitimes.
— Tu m'as demandé si j'avais mes clés alors que je viens de traverser l'Atlantique et Je n'ai pas encore d'appartement.
— Celles que je t'ai données pour chez moi.
— Olivia, je ne vais pas chez toi ce soir. Je t'ai dit que je dormais chez Madison.
— Je sais, mais je préfère vérifier. Tu es capable de partir à l'autre bout du monde avec trois valises et d'oublier ton téléphone dans un taxi.
— C'est arrivé une fois.
— Deux fois.
— La deuxième fois, c'était un VTC.
— Oh, pardon. Ça change absolument tout.
Je ris.
Pour la première fois depuis que l'avion a atterri, je me sens véritablement détendue.
Dehors, Chicago m'attend. Je n'ai pas encore quitté l'aéroport et j'ai déjà l'impression de retrouver une partie de moi que j'avais laissée ici, quelque part entre les rues que je connais par cœur et les souvenirs que j'ai passé deux ans à éviter.
Je devrais être impatiente.
Je le suis, d'ailleurs.
Mais il y a aussi cette petite boule dans mon ventre que je préfère ignorer.
— Bon, dis-je en consultant l'heure sur mon téléphone. Je vais prendre un taxi. Madison ne répond pas, donc je suppose qu'elle est occupée.
— Elle devait venir te chercher, non ?
— Oui.
— Et elle ne t'a pas prévenue qu'elle avait changé ses plans ?
Je pince les lèvres.
— Non, mais ce n'est pas grave. Elle a sûrement quelque chose à faire.
Je prononce cette phrase avec une facilité qui me surprend moi-même.
Madison a toujours quelque chose à faire.
Un dîner, une soirée, une invitation de dernière minute ou un événement auquel elle ne peut absolument pas manquer. Même au lycée, elle avait cette capacité à remplir ses journées comme si vingt-quatre heures ne suffisaient pas à contenir tout ce qu'elle voulait vivre.
Moi, j'avais tendance à attendre qu'on me dise où aller.
Elle avait tendance à décider pour tout le monde.
Et, étrangement, ça avait fonctionné entre nous.
Pendant des années, je l'avais suivie sans vraiment me demander pourquoi elle avait choisi de rester à mes côtés. Elle aurait pu être amie avec n'importe qui. Les filles les plus populaires du lycée voulaient toutes être son amie, les garçons cherchaient son attention et les professeurs semblaient lui pardonner des choses pour lesquelles j'aurais probablement reçu une convocation chez le proviseur.
Pourtant, elle m'avait choisie, moi.
Harper Bennett, la fille discrète qui préférait les livres aux fêtes et qui passait ses pauses déjeuner à jouer aux échecs avec un garçon dont elle était secrètement amoureuse.
Je n'avais jamais vraiment compris ce qu'elle me trouvait.
Je n'avais jamais osé le lui demander non plus.
— Harper ?
Je cligne des yeux.
— Oui ?
— Tu es encore partie dans tes pensées.
— Je réfléchissais.
— C'est précisément ce qui m'inquiète.
— Tu sais que tu es extrêmement vexante comme sœur ?
— Et tu sais que tu m'aimes quand même ?
— Malheureusement.
Elle rit, puis son ton change légèrement.
— Dis-moi… tu es sûre que ça va ?
Je fronce les sourcils.
— Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ?
— Je ne sais pas. Je voulais vérifier.
— Olivia, je vais bien. Je suis fatiguée, j'ai faim et j'ai très envie de prendre une douche, mais à part ça, tout va parfaitement bien.
— Je ne parle pas de ton voyage.
Je me tais.
Oh.
Je vois où elle veut en venir.
Je baisse les yeux vers la poignée de ma valise et fais tourner machinalement la petite sangle autour de mon doigt.
— Liv…
— Je te parle d'Ethan et Madison.
Évidemment.
Je savais que cette conversation finirait par arriver. J'aurais simplement préféré qu'elle se produise lorsque je serais installée quelque part, avec un verre à la main et suffisamment de courage pour faire semblant d'être parfaitement indifférente.
Pas au milieu de l'aéroport, entre un distributeur de boissons et un panneau indiquant la sortie.
— Quoi, Ethan et Madison ?
— Leurs fiançailles, Harper.
Je laisse échapper un petit rire.
— Qu'est-ce qu'elles ont, leurs fiançailles ?
— Ne fais pas ça.
— Faire quoi ?
— Faire comme si tu ne comprenais pas.
Je ferme les yeux une seconde.
Ma sœur me connaît trop bien.
— Je comprends très bien, dis-je. Je ne vois simplement pas pourquoi on devrait en parler.
— Parce que je sais que tu fais semblant de ne pas être touchée depuis que tu as appris qu'ils s'étaient fiancés. Mais je sais aussi que ça t'a fait quelque chose.
Je regarde les voyageurs qui passent devant moi.
Une femme serre son enfant contre elle. Un couple se dispute à voix basse près d'un café. Un homme en costume consulte sa montre toutes les cinq secondes.
Tout le monde semble savoir où aller.
J'aimerais parfois avoir cette impression.
— Je suis heureuse pour eux, Olivia.
— Je n'ai jamais dit le contraire.
— Madison est ma meilleure amie. Ethan est quelqu'un que j'apprécie énormément. Ils s'aiment, ils veulent se marier. Je suis heureuse pour eux !
— Harper…
— Mais Quoi ? C'est vrai.
Je m'entends parler et je déteste à quel point je ressemble à quelqu'un qui essaie de convaincre une autre personne plutôt que de dire la vérité.
Parce que je suis heureuse pour eux.
En partie.
Je suis heureuse que Madison ait trouvé quelqu'un qu'elle aime. Je suis heureuse qu'elle ait quelqu'un avec qui construire sa vie. Je suis heureuse que mon ami soit heureux.
Mais j'aurais aimé que cette histoire se termine autrement.
Je l'aurais aimé il y a deux ans, lorsque j'avais encore la possibilité de lui dire ce que je ressentais.
Je l'aurais aimé le soir où Madison m'avait annoncé qu'ils sortaient ensemble, alors que j'avais passé toute la journée à chercher le courage de lui avouer mes sentiments.
Je l'aurais aimé lorsque j'avais regardé Ethan sourire en prenant sa main, sans qu'il se doute une seule seconde que je venais de perdre quelque chose que je n'avais même jamais possédé.
Mais je n'avais rien dit.
C'était ça, le pire.
Je n'avais rien dit, et je ne pouvais pas reprocher à quelqu'un de ne pas avoir entendu une confession que je n'avais jamais faite.
— Tu sais ce qui m'énerve le plus ? reprend Olivia.
— Quoi ?
— C'est que tu essaies toujours de te convaincre que tu n'as pas le droit d'être blessée sous prétexte que tu n'as rien dit.
Je serre un peu plus fort la poignée de ma valise.
— Je ne suis pas blessée.
— D'accord.
Son silence est pire qu'une dispute.
— Je ne le suis pas, insisté-je.
— Je t'entends.
— Alors pourquoi est-ce que tu continues ?
— Parce que je suis ta sœur. Et parce que je t'ai vue rentrer chez toi en pleurant après avoir appris qu'ils sortaient ensemble.
Je reste immobile.
Merde.
J'avais oublié qu'elle était au courant.
Ou peut-être que j'avais simplement espéré qu'elle ne s'en souvienne pas.
— C'était il y a longtemps , murmuré-je.
— Je sais.
— Et je suis passée à autre chose.
— J'espère bien.
Je fronce les sourcils.
— Tu pourrais au moins faire semblant de me croire.
— Je te croirai quand tu arrêteras d'essayer de me convaincre.
Je laisse échapper un soupir.
Je pourrais lui dire que je n'ai fréquenté personne sérieusement pendant ces deux années. Que j'ai rencontré des hommes, que certains m'ont plu, que j'ai même envisagé de laisser quelqu'un entrer dans ma vie.
Mais à chaque fois, quelque chose me retenait.
Pas nécessairement Ethan.
Du moins, c'est ce que je me répétais.
J'avais du travail, des projets, une vie à construire. Je n'avais pas besoin d'une relation pour être heureuse. Je ne voulais pas chercher à remplacer quelqu'un qui n'avait jamais été à moi.
Et, surtout, je ne voulais plus être cette fille qui attendait qu'un homme la remarque.
— Écoute, dis-je finalement. Je sais que tu t'inquiètes pour moi, mais je vais vraiment bien. Ce qui s'est passé entre eux ne me concerne plus. Je n'ai jamais avoué mes sentiments à Ethan, et je n'ai jamais demandé à Madison de ne pas sortir avec lui.
Je marque une pause.
— Je ne peux pas leur reprocher d'être heureux ensemble.
Olivia ne répond pas tout de suite.
Puis elle soupire doucement.
— D'accord. Je ne vais pas insister.
Je relâche un peu mes épaules.
— Merci.
— Mais tu sais que tu peux venir chez moi si jamais tu en as besoin.
Je souris.
— Je sais.
— Les garçons n'arrêtent pas de demander quand ils pourront te voir. Tu leur as promis de leur rapporter quelque chose de Londres et ils ont décidé que tu étais officiellement la meilleure tante du monde.
— J'espère que tu leur as expliqué que mon titre était provisoire.
— Je leur ai dit que tu étais surtout la tante qui les soudoyait avec des cadeaux.
— C'est une technique éducative parfaitement valable.
Elle rit.
Et, pendant quelques secondes, tout redevient simple.
J'imagine mes neveux courir vers moi demain, me poser cinquante questions à la minute et se disputer pour savoir lequel aura le droit de dormir à côté de moi. Je les imagine me raconter leurs petites histoires comme si deux ans n'étaient qu'une longue semaine de vacances.
Je me raccroche à cette image.
À quelque chose qui ne me fait pas mal.
— Je passerai demain, promis.
— Tu as intérêt.
— Je t'aime aussi, Liv.
— Je ne t'ai pas dit que je t'aimais.
— Tu allais le faire.
— Ne prends pas tes rêves pour la réalité.
Je ris.
Puis sa voix s'adoucit une dernière fois.
— Fais attention à toi, d'accord ? Et si tu ne te sens pas bien chez Madison, tu m'appelles. Tu n'as pas à rester quelque part simplement parce que tu ne veux pas déranger.
Je baisse les yeux.
Cette fois, je comprends parfaitement ce qu'elle veut dire.
Et, pour une raison que je n'arrive pas à expliquer, ses mots me touchent davantage que toutes les questions qu'elle m'a posées depuis le début de notre conversation.
— D'accord, dis-je doucement.
— Promis ?
— Promis.
— Je t'aime, Harper.
Je souris.
— Moi aussi, je t'aime.
Et je raccroche.
Je reste quelques secondes immobile, le dos contre la porte, avant de rejoindre la salle de bain.J’ai besoin de retrouver un semblant de normalité. Je retire mes vêtements, enfile mon pyjama et commence ma routine de soins. Nettoyant, sérum, crème hydratante. Des gestes familiers qui devraient m’aider à penser à autre chose.Mais dès que je ferme les yeux, je revois le visage d’Ethan.Je me déteste un peu pour ça.Je récupère mon téléphone et consulte mes messages. J’ai envoyé quelques mots à Madison pour lui demander si elle allait bien.Aucune réponse.Je lui écris une nouvelle fois, puis pose le téléphone sur la table de nuit.Je ne sais pas où elle est. Je ne sais pas pourquoi elle ne répond pas. Je sais seulement que je suis dans l’appartement de mon amie, sous le même toit que son fiancé, après avoir embrassé cet homme comme si j’avais oublié qu’il allait l’épouser.Je me glisse sous les draps et fixe le plafond.Le sommeil ne vient pas.Une heure plus tard, alors que je commen
— Je… Je ne sais pas ce qui m’a pris.Les mots me frappent plus fort que je ne l’aurais cru.Je descends de ses genoux, le cœur serré, et tire sur mon haut pour le remettre correctement. Lui aussi se redresse sur le canapé. Il passe une main dans ses cheveux, puis se frotte le visage.— Je suis désolé, Harper.— Non, ne…Je m’interromps. Je ne sais pas ce que je voulais dire. Que ce n’est pas grave ? Que je ne lui en veux pas ? Que je recommencerais si je le pouvais ?Aucune de ces réponses ne me semble raisonnable.— Je suis désolé, répète-t-il. Je n’aurais jamais dû faire ça.Je baisse les yeux vers mes mains.— C’est aussi ma faute. Je t’ai embrassé, moi aussi.— Mais... je ....vais me marier.Il prononce ces mots en relevant enfin la tête, comme s’il avait besoin de les entendre à voix haute pour comprendre ce qui vient de se passer.— Je vais épouser Madison, Harper. C’est ma meilleure amie, c’est ta meilleure amie… Enfin, tu vois ce que .....— Oui.... Je sais..Ethan...je suis d
— Quelles choses ?Il esquisse un sourire, mais il ne semble pas vraiment amusé.— La fac. Nous trois..... Toi et moi ...Tout ça.Je reste immobile.Nous étions inséparables à l’époque. Madison, Ethan et moi. Un petit trio que personne n’aurait imaginé voir se séparer. Je me souviens des soirées à la bibliothèque, des parties d’échecs pendant lesquelles Ethan m’apprenait à anticiper les coups de mon adversaire, et de Madison qui venait s’asseoir entre nous dès qu’elle en avait assez de nous voir parler stratégie.Je me souviens surtout de ce jour où j’avais enfin décidé de dire à Ethan ce que je ressentais.Et de la façon dont il nous avait annoncé, quelques heures plus tard, qu’il sortait avec Madison.Je n’avais jamais eu le courage de lui dire que j’avais prévu de lui avouer mes sentiments ce jour-là.— On ne le saura jamais, je réponds.— Non.Il me regarde longuement.— Mais je me suis déjà demandé ce qui se serait passé si on s'était embrassée, ce soir-là.Je cesse de respirer p
Je passe presque dix minutes à défaire une valise qui n'a absolument pas besoin d'être défaite.Je sors mes vêtements, les plie, les range dans les tiroirs de la chambre d'amis, puis je déplace deux fois ma trousse de toilette avant de la laisser finalement sur le bord du lavabo.Tout ça pour éviter de retourner dans le salon.C'est ridicule.Ethan est mon ami. Je le connais depuis des années. J'ai partagé avec lui des centaines de conversations, des dizaines de parties d'échecs et suffisamment de cafés pour savoir qu'il déteste le lait dans son cappuccino.Je suis parfaitement capable de passer une soirée dans le même appartement que lui sans me comporter comme une adolescente qui vient de découvrir que son voisin est beau.D'ailleurs, je ne suis plus une adolescente.J'ai vingt-cinq ans. J'ai vécu deux ans à Londres, je paie mes propres factures et je suis capable de négocier le prix d'une œuvre d'art avec un homme qui porte une montre valant plus cher que ma voiture.Je peux gérer


















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