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CHAPITRE 13 – Les larmes sous le masque

Penulis: L'encre
last update Tanggal publikasi: 2026-05-12 22:38:25

Le jour se levait à peine quand Elena ouvrit les yeux.

La lumière grise de l’aube filtrait à travers les rideaux du salon, dessinant des ombres pâles sur les murs. Elle mit quelques secondes à comprendre où elle se trouvait, pourquoi son dos lui faisait mal, pourquoi ses pieds étaient glacés. Puis les souvenirs de la veille lui revinrent, un à un, comme des coups de poing dans le ventre.

Le dîner. Les bougies. La robe rouge. L’attente. Le silence.

Elle se redressa lentement, repoussant le plaid qui la recouvrait. Le tissu glissa sur ses jambes et tomba au sol sans qu’elle cherche à le retenir. Elle ne se souvenait pas d’être allée chercher ce plaid. L’avait-elle fait dans son sommeil, mue par un réflexe de survie contre le froid de la nuit ? Ou bien...

Non. Certainement pas.

Ethan ne faisait jamais ce genre de gestes. Pas pour elle. Plus pour elle.

Elle posa les pieds sur le parquet froid et resta assise un long moment, les mains croisées sur ses genoux, le regard vide. La maison était silencieuse. Un silence lourd, épais, qui semblait imprégné dans les murs comme une odeur de renfermé. Elle savait qu’Ethan était déjà parti. Il partait toujours avant qu’elle ne se réveille, disparaissait dans la brume du petit matin comme un fantôme pressé de regagner sa tombe.

Elle se leva.

Le mouvement était lent, mécanique. Ses membres étaient lourds, comme si elle avait dormi sous l’eau, comme si l’air lui-même opposait une résistance à chacun de ses gestes. Elle traversa le salon, ses pieds nus ne faisant aucun bruit sur le parquet ciré, et s’arrêta sur le seuil de la salle à manger.

La table était toujours là.

Elle lui sembla plus grande que la veille, plus imposante, comme si elle avait profité de la nuit pour étendre son emprise sur la pièce. Les bougies n’étaient plus que des flaques de cire solidifiée. Les roses avaient commencé à perdre leurs pétales, qui jonchaient la nappe blanche comme des larmes figées. Les deux assiettes se faisaient toujours face, vides et inutiles.

Un musée de sa déception.

C’était exactement cela. Un musée. Une exposition commémorative de l’espoir qu’elle avait nourri, du rêve qu’elle avait caressé, de l’amour qu’elle avait voulu célébrer. Tout était là, intact et glacé, comme les ruines d’une civilisation disparue qu’on aurait préservées sous une cloche de verre.

Elle entra dans la pièce.

Ses doigts effleurèrent le bord de la table, suivirent la courbe d’un verre en cristal, se posèrent sur le dossier de la chaise où Ethan aurait dû s’asseoir. Elle ferma les yeux un instant, et elle put presque l’imaginer là, en face d’elle, son visage éclairé par la flamme des bougies, ses yeux posés sur elle avec cette attention qu’elle attendait depuis si longtemps.

Presque.

Mais les fantômes ne mangent pas les dîners d’anniversaire. Les fantômes ne prononcent pas les mots qu’on espère entendre. Les fantômes se contentent de hanter les lieux, et c’était exactement ce qu’Ethan faisait depuis des années. Hanter sa vie. Hanter leur maison. Hanter leur mariage.

Elle rouvrit les yeux.

Le fantôme avait disparu. Il ne restait que la table, les couverts, les roses mourantes.

Elle rangea tout en silence.

Elle commença par les bougies, qu’elle décrocha une à une du bougeoir en prenant soin de ne pas disperser les éclats de cire. Elle les jeta dans la poubelle de la cuisine, puis revint chercher les assiettes. Elle les empila avec précaution, les porta jusqu’à l’évier, les rinça sans se presser. L’eau coulait sur la porcelaine, tiède et régulière, et elle regardait le filet transparent sans le voir vraiment.

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