MasukChapitre 53
Kaelor
Le manoir familial n'a jamais été un foyer, mais aujourd'hui il ressemble à un tribunal. Ma mère a convoqué une réunion de famille dans le grand salon, cette pièce glaciale où mon père donnait ses ordres, où les murs semblent encore imprégnés de sa cruauté. Je m'y rends seul, le cœur lourd, sachant déjà ce qui m'attend.
Chapitre 68KaelorJe l’emmène loin, très loin, dans un endroit où personne ne connaît nos noms.Une petite île au sud, perdue dans une mer turquoise, accessible seulement par bateau. Pas de jet privé, pas de gardes du corps, pas de costumes. Juste une maison de pêcheur blanchie à la chaux, des volets bleus, un figuier dans la cour. J’ai réservé sous un faux nom, payé en espèces, effacé toutes les traces. Pour la première fois depuis des années, je disparais des radars.Elyra descend du bateau, ses pieds nus dans le sable, ses cheveux libres dans le vent. Elle sourit, un sourire lumineux, sans peur, sans réserve. Un sourire que je ne lui avais jamais vu.— C’est magnifique, Kaelor.— C’est à nous. Pour une sem
Chapitre 67ElyraCe matin, je me suis réveillée avant lui.La lumière dorée du soleil filtre à travers les rideaux, dessinant des motifs sur le parquet. Je le regarde dormir, son visage détendu, ses cheveux en désordre, et je souris. Kaelor Veyron, l'homme le plus puissant du pays, dort avec un bras abandonné sur l'oreiller et la bouche entrouverte. Une image qui ne correspond en rien à celle du prédateur impitoyable que le monde connaît.Je me lève sans bruit, j'enfile un peignoir, et je descends dans la cuisine. Je prépare du café, je coupe des fruits, je fais griller du pain. Des gestes simples, que je faisais autrefois dans mon manoir, pour moi seule. Aujourd'hui, je les fais pour lui.Il apparaît dans l'embrasure de la porte, les cheveux encore ébouriffés.
Chapitre 66KaelorJe la trouve dans la chambre, assise au bord du lit, l'album photo ouvert sur les genoux. Elle ne m'entend pas entrer. Ses épaules sont voûtées, ses doigts tremblent sur les pages. Je m'approche sans bruit, et je vois ce qu'elle regarde : des photos de moi avec d'autres femmes. Sophia, Clarisse, Émilienne. Toutes ces silhouettes qui ont traversé ma vie avant elle, avant que je comprenne ce que aimer voulait dire.— Elyra.Elle sursaute, referme l'album d'un geste brusque.— Je ne t'ai pas entendu.— Qu'est-ce que tu fais ?— Rien. Je rangeais.— Ne me mens pas. Pas à moi.Elle baisse les yeux, ses mains se crispent sur l'album.— Qui sont-elles, Kaelor ? Toutes ces femmes. Sophia, e
Chapitre 65ElyraLa réception est donnée en l’honneur d’un homme d’affaires que Kaelor connaît depuis des années. Je ne connais personne, mais je souris, je serre des mains, je fais semblant d’être à ma place. Kaelor reste près de moi, sa main posée sur mon dos, un geste protecteur qui me rassure un peu.Puis elle arrive.— Kaelor ! Quelle joie de te revoir.La voix est chaude, trop chaleureuse. Je me retourne. Une femme brune, élégante, un sourire qui semble avoir partagé des secrets avec lui. Elle l’embrasse sur la joue, sans me regarder.— Sophia. Tu n’as pas changé.— Toi non plus. Toujours aussi séduisant. Elle daigne enfin poser les yeux sur moi. Et voici donc ta nouvelle épouse. La j
Chapitre 64KaelorJe la regarde traverser le salon, et je vois ce que personne d'autre ne voit.Elyra sourit, elle répond poliment aux domestiques, elle tient son rôle d'épouse avec une dignité qui force le respect. Mais moi, je vois ses mains qui se crispent sur sa robe quand elle croit que personne ne l'observe. Je vois ses épaules qui se raidissent quand ma mère prononce son nom. Je vois ses yeux verts qui s'assombrissent chaque fois qu'elle croise un portrait de famille, comme si chaque Veyron gravé dans l'or lui rappelait qu'elle n'est pas des leurs.Elle souffre en silence. Et ce silence me déchire plus que tous les reproches qu'elle pourrait me faire.Ce soir, elle est assise près de la fenêtre, un livre ouvert sur les genoux qu'elle ne lit pas. La lune éclaire son profil, ce visage que j'ai appris
Chapitre 63ElyraLe manoir des Veyron est plus grand que tout ce que j'aurais pu imaginer.Je traverse les couloirs interminables, mes pas résonnent sur le marbre poli, et chaque pièce que je découvre me donne l'impression d'être une intruse. Les plafonds sont si hauts que je me sens minuscule. Les tableaux de maîtres anciens accrochés aux murs me toisent avec mépris. Les domestiques s'inclinent sur mon passage, mais je lis dans leurs yeux une curiosité mêlée de doute. C'est elle ? La jardinière ? Celle qui a épousé Monsieur Veyron ?Je n'ose rien toucher. Pas les porcelaines rares, ni les tapis persans, ni les vases en cristal. Mes mains sont faites pour la terre, pas pour ces trésors. Kaelor m'a dit que tout est à moi maintenant. Mais je ne me sens pas chez moi. Je me sens comme une pièce r







