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Chapitre 4

Author: Poche d'étoiles
Lorsque Cécilia est rentrée chez elle, à Rosselac, il était déjà passé minuit.

Dans l'immense villa, seule la lumière à détecteur de mouvement de l'entrée était allumée. Partout ailleurs, l'obscurité régnait. Pas une seule lampe n'avait été laissée allumée pour attendre son retour.

À l'image des sept années qu'elle avait passées auprès de Tristan, sans jamais réussir à trouver sa place au sein de la famille Jacquet. Personne ne l'avait jamais réellement acceptée.

Autrefois, elle parvenait à ne pas tenir compte de la froideur avec laquelle la famille Jacquet la traitait. Pour éviter de mettre Tristan dans une situation délicate, elle prenait même l'initiative de leur faire plaisir et de se montrer attentionnée envers chacun d'eux.

Elle pensait qu'il lui suffisait d'avoir son propre foyer. Tant qu'elle avait un mari et un fils, elle n'était plus une femme sans famille.

Mais elle venait de comprendre que tout cela n'était qu'une illusion qu'elle s'était elle-même construite.

Elle n'a pas allumé la lumière. Dans l'obscurité, elle est retournée dans la chambre qu'elle était censée partager avec Tristan. On l'appelait leur chambre, mais, en réalité, au cours de leurs sept années de mariage, ils y avaient dormi ensemble à de très rares occasions. La plupart du temps, Tristan passait ses nuits dans son bureau ou dans la chambre d'amis attenante.

Jusqu'à aujourd'hui, Cécilia avait toujours cru que son mari était un homme d'une grande retenue, presque ascétique : calme, maître de lui-même et peu intéressé par les plaisirs de la chair. Il consacrait toute son énergie à la recherche scientifique, à l'enseignement et au développement de son entreprise.

C'était aussi pour cette raison qu'à seulement vingt-six ans, il était déjà maître de conférences, titulaire de son HDR, et avait fondé son propre laboratoire privé ainsi que son entreprise.

À trente-trois ans, Tristan s'était déjà imposé comme une figure incontournable du secteur des hautes technologies. Son entreprise avait connu une croissance fulgurante, faisant de lui l'un des plus brillants jeunes entrepreneurs du pays. Cette année-là, il avait de grandes chances d'être nommé professeur des universités.

À présent, Cécilia comprenait enfin. Si Tristan était toujours resté si maître de lui-même, si réservé et si peu porté sur le désir, ce n'était pas parce qu'il était ainsi de nature. C'était simplement avec elle.

À cet instant, Cécilia a eu le sentiment que ces sept années de mariage n'avaient été qu'une immense plaisanterie à ses dépens.

Elle a pris son téléphone. Son doigt est resté immobile quelques instants sur le numéro de Mathias, avant qu'elle ne se décide enfin à l'appeler.

Après quelques sonneries, il a décroché. Sa voix trahissait la fatigue, mais son enthousiasme était impossible à dissimuler. « Cécilia, tu m'appelles à une heure pareille... Ça veut dire que tu as pris ta décision ? »

« Oui, Mathias. J'ai pris ma décision. » Cécilia a fermé les yeux.

Pendant quelques secondes, une multitude de pensées ont défilé dans son esprit.

Lorsqu'elle les a rouverts, toute autre émotion avait disparu de son regard. « J'accepte de revenir à l'institut de recherche. »

« Excellent ! » En un instant, toute la fatigue de Mathias s'est envolée. « Avec une telle nouvelle, je peux encore tenir deux nuits blanches de plus ! »

Cécilia a pincé les lèvres. Une émotion indescriptible lui serrait le cœur.

« Je vais tout de suite annoncer la nouvelle au professeur Aubert. Il va être fou de joie. Ça lui guérira déjà la moitié de ses maux ! »

« Mathias, calme-toi. Il est beaucoup trop tard. J'irai le voir demain et je le lui annoncerai à ce moment-là », s'est empressée de l'arrêter Cécilia.

Mathias est resté silencieux un instant avant de répondre : « Oui, tu as raison. Je suis tellement content que je n'arrive plus à réfléchir. Demain, tu iras lui annoncer cette bonne nouvelle en personne. » Puis, comme s'il venait de se souvenir de quelque chose, il a ajouté : « Au fait, une entreprise spécialisée dans les nouvelles technologies m'a contacté récemment. Elle espère que notre institut pourra lui fournir un soutien technique pour les composants du gyroscope à oscillateur quantique. Cette technologie, c'est toi qui l'as entièrement développée. Les paramètres, la précision et tous les aspects techniques... il n'y a que toi qui les maîtrises vraiment. Alors je n'ai rien accepté. Mais ils ont l'air très pressés. On dirait que l'avenir de leur entreprise en dépend. Qu'en penses-tu ? Tu voudrais les rencontrer ? »

Cécilia n'avait pas encore officiellement réintégré l'institut de recherche. Elle n'avait pas repris le travail et, après sept années d'interruption, elle ignorait encore si elle parviendrait rapidement à retrouver ses marques.

« Pas pour l'instant. On verra ça plus tard. »

« Très bien. Comme tu voudras. » Mathias a acquiescé avec un sourire, puis il a poussé un long soupir avant de reprendre d'une voix sincère : « Cécilia... Sept ans se sont écoulés. Je suis vraiment heureux que tu aies enfin réussi à tourner la page. Quoi qu'il en soit... bienvenue parmi nous. »

« Oui... » Cécilia a répondu d'une voix calme, mais elle sentait une boule lui serrer la gorge, une douleur sourde qu'elle ne parvenait pas à dissiper.

Après avoir raccroché, elle est restée assise sur le bord du lit, le regard perdu dans la chambre.

Dans cette pièce, il n'y avait presque aucune trace de Tristan. Depuis leur mariage, ils n'avaient pas seulement renoncé à organiser une cérémonie. Ils n'avaient même jamais pris la moindre photo de mariage.

Tout à coup, Cécilia a trouvé cette union terriblement vide de sens.

Elle comprenait enfin que Tristan n'avait jamais été son salut.

Elle a pris une profonde inspiration. Puis, après avoir définitivement pris sa décision, elle s'est levée, est entrée dans le dressing, a sorti sa valise et s'est mise à rassembler ses affaires.

Elle allait divorcer de Tristan. Et quitter cette maison.

Pendant tout ce temps, pas une seule larme n'a coulé. Parce que quelqu'un lui avait appris, autrefois, que les larmes ne résolvaient jamais rien.

Cécilia a fait ses bagages jusque tard dans la nuit. Lorsqu'elle s'est réveillée le lendemain, le soleil était déjà haut dans le ciel.

Autrefois, chaque matin, Cécilia se levait à l'aube pour préparer elle-même un petit-déjeuner équilibré à Tristan et à leur fils, Louis.

Mais la veille au soir, ni Tristan ni Louis n'étaient rentrés.

En pensant à Louis, son fils, la seule personne au monde avec qui elle partageait le même sang, une douleur aiguë lui a de nouveau traversé la poitrine.

Elle n'arrivait pas à oublier la scène de la veille. Lors de la cérémonie, Louis s'était dressé devant Gabrielle comme un jeune loup protégeant les siens, faisant tout son possible pour repousser Cécilia, le regard empreint d'une détermination sans faille.

À cet instant-là, le lien invisible qui unissait une mère à son fils lui a semblé se rompre définitivement. Aux yeux de Louis, elle n'était plus sa maman. Elle n'était plus que la méchante qui avait fait du mal à sa tante Gabrielle.

Dans la cuisine, Mélanie Vidal, la gouvernante, s'affairait devant les fourneaux sans remarquer l'arrivée de Cécilia.

« Mélanie, qu'est-ce que tu prépares ? » a demandé Cécilia, intriguée, en jetant un regard vers la cuisinière.

D'ordinaire, c'était elle qui préparait le petit-déjeuner. À cette heure-là, Mélanie ne mettait presque jamais les pieds dans la cuisine.

En entendant soudain la voix de Cécilia, Mélanie a sursauté. La spatule qu'elle tenait lui a échappé des mains avant de tomber sur le sol dans un grand fracas métallique.

« Ma... Madame... Vous êtes rentrée ? Je... je croyais que vous n'étiez pas à la maison... » Son visage s'est aussitôt empourpré de gêne.

« Oui. Je suis rentrée hier soir, mais tu dormais déjà. » Cécilia n'a pas prêté attention au comportement inhabituel de Mélanie. Elle s'est approchée des fourneaux et a découvert qu'en plus d'une soupe mijotée avec soin, la gouvernante avait préparé un repas diététique particulièrement copieux.

Au début de son mariage, Cécilia ne savait même pas préparer le moindre plat. Pour s'intégrer au plus vite dans la famille Jacquet, elle avait dépensé une petite fortune afin d'engager Mélanie, une gouvernante de tout premier ordre.

Mélanie était bilingue. Elle possédait un diplôme de cuisine, une certification en nutrition ainsi qu'une qualification de nurse spécialisée dans les soins aux nouveau-nés.

C'est auprès d'elle que Cécilia avait appris, au fil des années, tout ce qu'elle savait en cuisine.

On pouvait dire que Mélanie lui avait apporté une aide précieuse. Au bout de ces sept années, Cécilia la considérait depuis longtemps comme un membre de sa propre famille.

La veille encore, Cécilia envisageait d'emmener Mélanie avec elle au moment de quitter Tristan après leur divorce.

« Mélanie, pourquoi tu prépares tout ça de si bon matin ? » a demandé Cécilia.

Sur la table étaient disposés un petit-déjeuner particulièrement nourrissant, composé de nombreux mets, ainsi qu'un bouillon qui mijotait depuis des heures, préparé avec le plus grand soin.

Mélanie a hésité, visiblement mal à l'aise. Sous le regard interrogateur de Cécilia, elle a fini par avouer la vérité. « C'est Monsieur qui me l'a demandé. Il a dit qu'il passerait tout à l'heure les récupérer. »

Cécilia est restée un instant figée. « C'est... Tristan qui t'a demandé de préparer tout ça ? »

« Oui », a acquiescé Mélanie. « Monsieur m'a expliqué que Madame Fabre avait été hospitalisée. Le médecin a dit qu'elle souffrait de malnutrition et qu'elle devait manger des aliments plus nourrissants. »

Un détail a aussitôt frappé Cécilia. « Madame Fabre ? Mélanie... tu connais donc Gabrielle ? »

Pendant un instant, Mélanie a paniqué. Elle venait de réaliser qu'elle en avait trop dit. Malgré tout, elle a fini par hocher la tête. « Oui... Je la connais. Madame Fabre est vraiment quelqu'un de très bien. Chaque fois qu'elle vient, elle m'apporte des spécialités de sa région. »

Cécilia a laissé échapper un rire. Un rire empreint d’ironie. « Alors... Gabrielle venait souvent ici, chez moi, et je n'en savais absolument rien ? Dis-moi, Mélanie... au juste, pour qui travailles-tu ? »

Le visage de Mélanie s'est figé. Elle a pourtant continué à se justifier. « Madame, je travaille pour vous... mais je travaille aussi pour Monsieur. Et puis, Madame Fabre est vraiment une bonne personne. À chacune de ses visites, elle m'aide même à faire le ménage ou à préparer les repas. Si je ne vous ai rien dit, c'était parce que je ne voulais pas que vous vous mépreniez sur Monsieur. Madame Fabre, elle... »

« Ça suffit ! » Cécilia ne voulait plus entendre prononcer une seule fois le nom de Gabrielle. Elle a regardé Mélanie sans parvenir à dire un mot. Elle avait seulement l'impression que la plaie béante dans son cœur venait de s'ouvrir un peu plus.

À cet instant, le bruit d'une voiture se garant dans la cour a retenti. Quelques secondes plus tard, Tristan est entré dans la maison.

« Mélanie, le repas pour Gabrielle est prêt ? Elle est vraiment très faible en ce moment. Elle refuse de manger quoi que ce soit et ne veut que les plats que tu prépares... » Mais en arrivant dans la cuisine, il s'est brusquement arrêté. Son regard venait de croiser celui de Cécilia.

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