LOGINIl pose le livre. Il me regarde. Ses yeux sont soudain très sérieux. Très graves. La lumière du feu danse dans ses pupilles rouges.
— Le soleil me tue. En quelques secondes. Ma peau se consume. Mes yeux fondent. Je meurs. Vraiment. Pas de résurrection. Pas de seconde chance. La mort définitive.
Sa voix est calme. Clinique. Comme s'il parlait de quelqu'un d'autre. Comme s'il disséquait un cadavre s
CaspianTrois jours.Je l'ai laissée trois jours dans le noir.Trois jours à entendre ses cris, ses suppliques, ses insultes. Trois jours à lutter contre l'envie de dévaler les escaliers, d'arracher la porte, de la prendre dans mes bras, de lui demander pardon à genoux. Trois jours à me dire que c'était nécessaire. Qu'elle devait comprendre. Qu'elle devait apprendre à ne pas me défier. Qu'elle devait accepter sa place pour survivre.Trois jours à me détester.Chaque cri était une lame qu'on retournait dans mon cœur mort. Chaque supplique était un poignard enfoncé dans ce qui me sert de conscience. Chaque insulte était une brûlure d'acide sur mon orgueil.— Caspian ! S'il te plaît ! Laisse-moi sortir !— Tu es un monstre ! Un vrai monstre !— Je te hais ! Je te hais ! J
Et je suis restée dans le noir.Les premières heures, j'ai crié.J'ai crié jusqu'à ce que ma gorge soit en feu, un brasier de douleur. J'ai frappé les murs du plat des mains, des poings, jusqu'à ce que la peau de mes jointures éclate et que mes poignets saignent. J'ai appelé son nom. Je l'ai insulté. Je l'ai supplié. Tous les visages de la peur.— Caspian ! Caspian, s'il te plaît ! Laisse-moi sortir ! Je ferai ce que tu veux ! Je ne fuirai plus ! Je te le promets ! S'il te plaît !Rien.Le silence. Le noir.Puis les heures sont devenues des jours. Je ne sais pas combien. Deux ? Trois ? Dix ? Le temps n'existe plus ici. Il n'y a que l'obscurité. Et moi.Je suis assise par terre, le dos contre le mur. La pierre est froide. Elle pénètre mes vêtements, ma peau, mes muscles, et vient geler mes os un &agrav
Ses yeux sont étranges. Un kaléidoscope d'émotions que je n'aurais jamais cru y voir. De la colère, oui. Une colère froide, ancienne, impérieuse, celle du seigneur à qui l'on désobéit. Mais aussi de la peur. Une peur viscérale qu'il n'avait jamais montrée, qu'il ne voulait pas montrer. Et de la tristesse. Une tristesse immense, profonde, abyssale. Une tristesse qui a traversé cinq siècles et qui est aussi vaste que l'océan derrière moi.— Tu préfères mourir que rester avec moi ? demande-t-il. La question est nue. Dépouillée de tout artifice.— Je préfère être libre.Un silence. Le vent hurle.Le vent souffle. Mes cheveux fouettent mon visage. La mer gronde sa colère. Les mouettes crient leur faim. La pluie va tomber. Je le sens, c'est imminent.— D'accord, dit-il. Pars.
VictoriaLes jours passent. Les nuits aussi. Le temps est devenu une boue épaisse et collante. Je ne sais plus combien de temps j'ai passé ici. Une semaine ? Un mois ? Une année ? Le temps n'a plus de sens. Les jours se ressemblent tous, une longue procession de lumières bleues et de silences. Les nuits aussi, un gouffre sans fond peuplé de ses yeux rouges.Mais aujourd'hui, quelque chose a changé. Une vibration dans l'air. Un vide différent.Caspian est sorti. Il est venu me le dire lui-même, debout dans l'embrasure de ma porte, silhouette sombre sur le fond de lumière spectrale. Il m'a dit qu'il devait voir le Conseil. Une convocation impérative. Qu'il serait absent plusieurs heures. Il m'a regardée, hésitant, comme s'il voulait ajouter quelque chose, une mise en garde, une supplique. Comme s'il avait peur de me laisser seule avec moi-même. Ses yeux rouges on
CaspianJe ne veux pas la briser.Voilà la vérité. Elle me frappe en pleine face, dans le couloir glacé, à trois heures du matin, alors que je fuis sa chambre comme un lâche. Mes pieds sont silencieux, mais ma conscience fait un vacarme d'enfer.Pendant des jours, je me suis menti. Je me suis drapé dans ma superbe de seigneur, dans ma logique de prédateur. Je me suis dit que l'enfermer était nécessaire. Une leçon. Qu'il fallait dompter sa volonté rétive, briser son esprit trop fier pour qu'elle accepte sa place. Je voulais la soumettre. Je voulais qu'elle arrête de me regarder avec ce défi insupportable dans ses yeux verts, ce reflet qui me renvoyait à ma propre inhumanité.Mais cette nuit, dans le noir de sa chambre, j'ai failli la tuer. Pas par colère. Pas par désir de possession. Parce que j'avais soif. Parce
Sa bouche descend sur mon cou.Je sens la pointe de ses crocs. Deux points de pression glacée, plus durs que l'acier. Ils n'ont pas encore percé la peau. Juste une pression. Une promesse suspendue. La promesse de l'acier sur un voile de soie tendu à se rompre. Ma peau se hérisse. Tout mon corps se tend, arc-bouté contre l'inévitable. Je suis paralysée. Pas par magie. Par la peur pure, viscérale, chimique, celle du lapin hypnotisé par les yeux du loup.Il ouvre la bouche.Ses crocs s'écartent. Je sens l'espace entre eux, cet espace qui va bientôt être comblé par ma chair.Je vais mourir. C'est fini. Après tout ce qu'on a traversé, les cris dans le noir, les promesses sur la falaise, il va me tuer dans mon lit, comme une bête, parce qu'il a soif. Tout ça pour rien.Je tourne la tête. Lentement. Un mouvement qui me co
La peur.Elle explose dans ses yeux. Ses pupilles se dilatent. Deviennent immenses. Noires. Son cœur s'emballe. Batbatbatbatbat. Un martèlement de terreur. Un roulement de tambour. Un signal d'alarme.Son corps se tend. Ses mains se crispent sur les draps.
Il se penche. Il prend la toile. Il la retourne. Ses doigts caressent la déchirure. Du bout des doigts. Lentement. Comme on caresse une blessure. Comme on touche une cicatrice.— Parce que je ne peux pas la regarder sans la voir mourir, dit-il.Sa voix est
VictoriaJe me promène dans les couloirs du manoir.Mes doigts effleurent les murs, la pierre froide, les tentures de velours. Chaque jour, j'explore un peu plus ce tombeau. Chaque jour, je découvre un nouveau secret. Une nouvelle cicatrice. Une nouvelle preuve que cet endroit n'est pas une demeure
Je rouvre les yeux. Elle me regarde. Ses yeux sont fixés sur mon visage. Elle ne cligne pas. Elle ne respire presque pas.— Nous vivions dans une villa, au milieu des vignes. C'était beau. Le soleil, l'été, la chaleur. Je jouais







