MasukLes Chaînes de l'Éternité Dans la brume éternelle de Londres, Victoria, une jeune infirmière au grand cœur, mène une vie modeste et solitaire, hantée par la mort de ses patients. Une nuit, en rentrant chez elle, elle croise le chemin de Lord Caspian, un vampire aussi ancien que la ville elle-même. Caspian n'est pas un amant ténébreux et romantique ; c'est un prédateur. Blasé par des siècles d'existence et de cruauté, il est attiré par l'éclat particulier de la vie qui émane de Victoria. Il ne veut pas l'aimer, il veut la posséder, la briser, faire d'elle son nouveau jouet pour tromper son ennui. Il la traque, la terrifie et finit par l'enlever, l'emmenant dans son manoir isolé, un mausolée de richesses et de souvenirs macabres. L'amour, ici, naît dans la contrainte et le désespoir. Victoria, pour survivre, apprend à lire en lui. Elle découvre que sa cruauté est une armure contre un vide immense. En refusant de le craindre constamment, en lui tenant tête avec une fragilité teintée de courage, elle éveille chez Caspian quelque chose qu'il n'avait pas prévu : non pas de la pitié, mais un besoin viscéral. Leur relation devient un dangereux équilibre. Caspian se surprend à la protéger des autres monstres, à vouloir qu'elle le regarde sans horreur. Mais sa nature profonde le rattrape. Plus il s'attache à elle, plus il a peur de la perdre, et cette peur se transforme en une violence accrue. Il est cruel parce qu'il commence à aimer, et cet amour le terrifie.
Lihat lebih banyakVictoria
L'odeur me frappe avant même que j'ouvre les yeux. Cette odeur, je la reconnaîtrais entre mille. Désinfectant, sueur, fer rouillé. La mort, en somme.
Je suis infirmière. Je devrais être habituée.
J'ouvre les yeux sur le plafond fissuré de l'hôpital Saint-Bartholomew. C'est toujours la même chose. Me lever avant l'aube, enfiler cet uniforme trop amidonné qui gratte le cou, avaler un thé déjà froid dans la salle de repos. La routine. Ma vie, depuis trois ans.
· Victoria, tu as vu l'heure ?
C'est Martha, la surveillance, qui passe la tête par l'entrebâillement de la porte. Son regard est fatigué, ses cheveux gris s'échappent déjà de son chignon.
· J'arrive.
Ma voix est calme. Posée. C'est ce qu'on apprend, ici. Ne jamais montrer qu'on est pressée, qu'on a peur, qu'on est triste. Les patients ont besoin de calme. Ils ont besoin de croire que nous maîtrisons quelque chose, même si c'est faux.
La journée défile comme un mauvais rêve éveillé. Le vieux monsieur du box 4 qui appelle sa femme morte depuis dix ans. Je lui tiens la main. C'est tout ce que je peux faire. Le gamin avec sa jambe cassée qui pleure en silence pour ne pas embêter sa mère. Je lui raconte une histoire idiote, un chat qui sauve Londres. Il sourit. Pendant cinq minutes, j'ai l'impression d'être utile.
Puis il y a elle. La femme du box 7. Jeune, trop jeune. La fièvre puerpérale, une saleté attrapée en accouchant. Son bébé est vivant, lui. Elle, je ne suis pas sûre. Je change ses draps, humecte son front. Elle me regarde avec des yeux immenses, bleus comme une mer que je n'ai jamais vue.
· Je vais mourir ? chuchote-t-elle.
Je mens.
· Non. Reposez-vous.
Elle ferme les yeux. Je sors. Dans le couloir, je m'appuie contre le mur une seconde. Une seule. Puis je continue.
La nuit tombe. Ma garde se termine à minuit. Je récupère mon manteau, un vieux cachemire élimé aux coudes qui a appartenu à ma mère, et je sors. L'air de Londres me gifle. Froid, humide, chargé de brume et de fumée de charbon. Novembre est impitoyable cette année.
Je marche. C'est le seul moment de la journée où je n'ai rien à faire, personne à sauver, personne à rassurer. Juste mes pas sur le pavé gras. Le brouillard engloutit les réverbères un par un. La ville devient fantôme.
Il est tard. Les rues se vident. Je presse le pas en traversant Spitalfields. Ce n'est pas le meilleur quartier, mais c'est le plus court. Les ombres dansent entre les immeubles. Je serre mon sac contre moi.
Un bruit. Derrière.
Je me retourne. Rien. Juste la brume qui tourbillonne.
· Idiot, murmuré-je pour moi-même.
Je continue. Mais le pressentiment reste, planté entre mes omoplates comme une lame froide. On m'observe. J'en suis sûre, maintenant.
Je marche plus vite. Mes talons claquent sur les pierres, bruit trop sonore dans le silence ouaté. Je tourne dans une rue plus étroite. C'est une erreur, je le sais au moment où je le fais. Les murs se resserrent. Les réverbères espacent leur lumière jaunâtre.
Et soudain, il est là.
Je ne l'ai pas entendu arriver. Il est simplement là, immobile au milieu de la ruelle, à quelques mètres devant moi. Un homme. Grand. Vêtu de noir des pieds à la tête, un long manteau qui semble boire la lumière. Je ne vois pas son visage, juste une silhouette découpée dans le brouillard.
Mon cœur s'arrête. Une seconde, deux. Puis il repart, trop vite, trop fort.
· Bonsoir.
Sa voix. Je n'oublierai jamais cette voix. Profonde, grave, avec quelque chose en dessous. Un grondement lointain, comme un orage qui approche. Et pourtant, elle est douce. Polie. C'est ça qui terrifie le plus.
Je ne réponds pas. Je recule d'un pas. Mon dos heurte quelque chose de solide. Un mur. Je suis dans une impasse.
Il avance. Il n'a pas l'air de marcher, plutôt de glisser sur le sol. La brume s'écarte devant lui comme si elle avait peur. Quand il entre dans le cercle de lumière du réverbère, je vois son visage.
Je devrais crier. Je devrais courir, me débattre, appeler à l'aide. Mais je reste figée, parce que ce visage est la chose la plus parfaitement terrifiante que j'aie jamais vue. Des traits taillés dans le marbre, une mâchoire dure, des lèvres fines. Et ses yeux. Ses yeux sont rouges. Pas injectés de sang, non. Rouges, profondément, comme des braises qui n'auraient jamais cessé de brûler.
· Victoria.
Il prononce mon nom. Il le sait. Bien sûr qu'il le sait.
· N'aie pas peur.
Il sourit. Ses canines sont longues, trop longues.
· Je ne vais pas te faire de mal. Pas tout de suite.
Il est à un mètre de moi maintenant. Je sens une odeur étrange. Pas le renfermé des ruelles, pas la crasse de Londres. Quelque chose d'ancien. De la terre humide, du bois précieux, et en dessous, une note métallique. Du fer. Du sang.
· Qu'est-ce que vous voulez ? murmuré-je.
Ma voix tient bon. C'est déjà ça.
Il incline la tête, comme un oiseau curieux. Comme un prédateur qui découvre une proie qui ne fuit pas.
· Je ne sais pas encore, dit-il lentement. C'est précisément ce qui m'intrigue.
Sa main se lève. Je vois ses doigts, longs, pâles, aux ongles parfaitement taillés. Ils s'approchent de mon visage. Je veux bouger. Je veux hurler. Mon corps ne m'obéit pas. C'est comme si l'air autour de moi s'était transformé en pierre.
Ses doigts effleurent ma joue. Ils sont glacés. Glacés comme la mort.
· Intéressant, murmure-t-il.
Ses yeux rouges plongent dans les miens. Et je sens quelque chose. Une pression, dans ma tête. Comme si on fouillait, qu'on ouvrait des tiroirs, qu'on lisait des lettres qui ne sont pas pour lui.
· Seule, fatiguée, courageuse... stupide, oui, assez stupide pour croire que tu peux sauver tout le monde.
Il retire sa main. Je peux respirer à nouveau.
· Sauve-toi, Victoria.
Il recule d'un pas.
· Cours.
Je ne me le fais pas dire deux fois. Je cours. Je cours sans regarder derrière, les jambes en feu, les poumons en feu, jusqu'à ce que je voie la porte de mon immeuble. Je grimpe les escaliers quatre à quatre, j'ouvre ma porte, je la claque, je pousse le verrou, la chaîne, je m'adosse au bois et je glisse jusqu'au sol.
Mon cœur va exploser. Mes mains tremblent tellement que je n'arrive pas à allumer une lampe.
Et dans le noir, une seule pensée. Une certitude.
Il m'a laissée partir.
Pourquoi ?
Je passe le reste de la nuit recroquevillée contre ma porte, à écouter chaque bruit, à sursauter au moindre craquement. L'aube se lève enfin, grise et misérable à travers ma fenêtre sale.
Je devrais me lever. Me préparer. Retourner à l'hôpital.
Je n'y arrive pas.
Pour la première fois depuis des années, je n'arrive pas à me lever. Parce que je sais, au plus profond de moi, que cette nuit n'était que le début. Parce que quand il a touché ma joue, quand ses yeux ont plongé dans les miens, quelque chose s'est passé. Quelque chose que je refuse de nommer.
Et au moment où je pense enfin pouvoir respirer, un bruit.
Un froissement de papier.
Je lève la tête. Une enveloppe blanche a glissé sous ma porte. Elle n'y était pas il y a une seconde.
Je rampe jusqu'à elle. Mes doigts tremblent en l'ouvrant. Un seul mot, écrit à l'encre noire, d'une écriture ancienne, trop parfaite.
Ce soir.
Et puis, le carillon de la porte d'entrée.Mon cœur s'arrête. Le monde entier s'arrête. Je reste pétrifiée au milieu de la chambre, une brassée de pulls dans les bras, incapable de faire un geste, incapable de respirer, incapable de penser. Le carillon retentit une deuxième fois, et je me précipite dans le salon, j'ouvre la porte, et elle est là.Clara. Ma grande sœur. Avec son manteau rouge vif que je reconnaîtrais entre mille, ce manteau qu'elle porte depuis dix ans, qui est usé aux coudes, qui a des taches de peinture sur les manches. Ses yeux sont gonflés, sa coiffure est défaite, elle porte encore les traces de la nuit de train et de l'angoisse et des larmes retenues. Mais elle est là. Elle est venue. Elle ne m'a pas abandonnée.Je me jette dans ses bras comme on se jette dans le vide, comme on se jette à l'eau, comme on se
Je ne dors pas de la nuit. Je reste allongée dans le noir, les yeux grands ouverts, à écouter la respiration régulière d'Adrien qui dort paisiblement, comme si de rien n'était, comme s'il ne m'avait pas jetée par terre quelques heures plus tôt. Je le regarde, et je vois l'homme que j'aime, et je vois l'homme qui me détruit, et ces deux hommes sont le même, et cette contradiction me déchire de l'intérieur, me consume à petit feu. Mais pour la première fois, une autre pensée se fraie un chemin dans le chaos de mon esprit. Une pensée fragile, timide, presque imperceptible, mais tenace : demain, Clara sera là. Demain, je partirai. Demain, peut-être, je commencerai à vivre.ÉlisaCette matinée est la plus longue de ma vie. Chaque minute est un supplice, chaque seconde est une éternité, chaqu
La question me paraît absurde, presque risible. En danger immédiat ? Je suis en danger depuis le premier jour. Depuis le premier regard qu'il a posé sur moi dans cette salle de rédaction. Depuis le premier compliment, le premier cadeau, la première déclaration. Depuis qu'il m'a dit "tu es différente des autres" et que j'ai gobé cette phrase comme un poison déguisé en miel. Je suis en danger depuis qu'il a entrepris de démanteler ma vie pièce par pièce, de m'isoler de tous ceux qui m'aimaient, de me vider de ma substance pour me remplir de la sienne. Mais ce n'est pas ce que Clara me demande. Elle me demande si, cette nuit, il va me tuer. Elle me demande si, cette nuit, je vais mourir.— Non, répondis-je, et ma voix est plus stable, plus ferme, comme si le fait de verbaliser le danger me protégeait de lui. Non, je ne crois pas. Il a pleuré apr&egra
ÉlisaJe ne sais toujours pas comment j'ai fait. Mon corps a agi avant ma conscience. Mes doigts ont composé le numéro avant que mon cerveau ne puisse les arrêter, avant que la peur ne les paralyse, avant que la honte ne les retienne. Et maintenant, j'écoute la sonnerie. Une sonnerie. Deux sonneries. Trois sonneries. Chaque seconde est une éternité, chaque silence entre les impulsions électroniques est un gouffre dans lequel je tombe, je tombe, je tombe sans fin. Mon cœur bat si fort que je l'entends dans mes oreilles, dans mes tempes, dans ma gorge, dans mes poignets, partout où le sang pulse. La pièce tourne autour de moi, les murs du loft se rapprochent, les verrières se couvrent de buée, et je me dis que je vais raccrocher, que c'est une erreur, une folie, une trahison. Et puis la voix de Clara, ensommeillée, inquiète, brusquement réveillée, q
VictoriaLe silence, après ses mots, est plus lourd que tout ce que j'ai jamais porté.Ma main est toujours dans la sienne. Glacée. Pourtant, je sens quelque chose traverser cette peau de marbre. Une chaleur ? Non. Pas une chaleur. Une vibration. Comme si, sous la glace, un volcan dormait.· Il fau
VictoriaIl s'approche. Lentement. Chaque pas est mesuré, contrôlé, comme s'il luttait contre quelque chose en lui.· Parce qu'elle était douce, Victoria. Elle était tendre, aimante, obéissante. Toi, tu es dure. Tu es fière. Tu me défies. Tu me regardes comme si j'étais ton égal, pas ton maître.Il
VictoriaL'escalier semble ne jamais finir.Chaque marche est une épreuve. Le bois ancien gémit sous nos pas, mais ses pieds à lui ne font aucun bruit. Il flotte, littéralement, sa main toujours dans la mienne, et je sens à travers sa paume glacée chaque battement affolé de mon cœur.· Pourquoi tre
Victoria Ses yeux s'écarquillent. Vraiment. Pendant une fraction de seconde, le masque tombe, et je vois autre chose. Quelque chose d'humain, presque. Puis il se reprend.· Tu as du cran, Victoria. C'est rare.· Je suis infirmière. Je vois la mort tous les jours. Vos yeux rouges ne me font pas plu
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