MasukLe matin s’était étiré lentement. Au bureau, John avait essayé de se concentrer, d’afficher un air normal. Les dossiers s’empilaient, les appels se succédaient, mais son esprit restait ailleurs. Son père, Jonathan, n’était pas dupe. Il voyait bien que quelque chose pesait sur les épaules de son fils.
À midi, quand l’heure de la pause arriva, Jonathan posa calmement ses lunettes sur la table et dit :
— John, viens. On va manger dehors, juste toi et moi.
Le ton n’admettait pas de refus. John le suivit sans un mot. Ils s’installèrent dans un petit restaurant discret, à deux rues du bureau. Jonathan y venait souvent pour réfléchir loin du tumulte.
Une fois installés, le serveur prit la commande. Puis le silence s’installa, lourd, presque respectueux. Jonathan observa son fils quelques instants avant de parler.
— Dis-moi la vérité, John. Qu’est-ce qui ne va pas à la maison ?
John leva les yeux, surpris.
— Pourquoi tu dis ça, papa ?
Jonathan esquissa un sourire calme.
— Tu crois que je ne te connais pas ? Depuis ce matin, tu es ailleurs. Même quand tu souris, tes yeux disent autre chose. Et ce matin, quand tu as dit à ta mère que tu voulais lui parler, j’ai compris que quelque chose te ronge. Alors parle-moi, mon fils.
John soupira longuement. Son regard se perdit dans sa tasse de café.
Pendant un moment, il hésita. Puis, comme si le barrage cédait enfin, il laissa sortir les mots qu’il gardait enfouis depuis trop longtemps.
— Papa… je ne sais même plus si j’ai encore un mariage.
Jonathan fronça légèrement les sourcils, sans interrompre.
— Depuis deux ans et demi, Joseanne et moi… on ne partage plus rien. Pas même un lit. Depuis qu’elle est tombée enceinte, tout a changé. Elle m’a rejeté. Elle disait qu’elle était fatiguée, qu’elle ne se sentait pas bien. Au début, j’ai compris. Je me suis dit que c’était normal, qu’avec la grossesse, certaines choses changent.
Il marqua une pause, la voix tremblante.
— Mais après l’accouchement, c’est resté pareil. Elle a commencé à m’éviter, à se coucher tard, à prétendre dormir quand je rentre. Et quand j’essayais de la toucher, elle se fâchait.
Jonathan resta silencieux, les doigts croisés sur la table, le regard plein d’attention.
— Papa… ça fait deux ans et demi qu’on n’a plus eu de vraie intimité. Avant même la grossesse, déjà, c’était difficile. À peine un an après le mariage, elle ne voulait plus de moi. Et… j’ai honte de le dire, mais les rares fois où on l’a fait, c’était sans son accord, juste pour sauver ce qu’il restait de notre couple.
Il baissa la tête, la voix à peine audible.
— Elle ne me regarde plus comme avant. Elle parle, elle rit, mais tout ça, c’est pour les autres. Pour toi, pour maman, pour les voisins… mais jamais pour moi.
Le silence se fit pesant. Jonathan prit une grande inspiration, cherchant ses mots.
— John… ce que tu vis là, ce n’est pas rien. Mais je veux que tu saches une chose : le mariage, c’est une route longue, pleine de virages. Parfois, l’amour s’endort. Parfois, il s’éteint. Mais il ne faut pas le remplacer par la rancune.
John releva les yeux, les larmes au bord des paupières.
— Papa, je ne suis pas un saint. Il y a des nuits où j’ai pensé à faire ce qu’elle m’a dit… aller voir ailleurs. Trouver “ma maîtresse”, comme elle dit. Mais je ne veux pas devenir ce genre d’homme.
Jonathan hocha lentement la tête, touché par la sincérité de son fils.
— Tu es mon fils, John. Et ce que je respecte chez toi, c’est ton cœur. Mais si ta femme a cessé d’être ton épouse dans le cœur et dans les gestes, alors il faut qu’elle t’explique pourquoi. Tu mérites des réponses.
John baissa de nouveau les yeux, pensif.
Son père posa une main ferme sur son épaule.
— Parle-lui, mais avec calme. Sans colère. Et si elle ne veut toujours pas t’écouter… alors, on en parlera en famille. Parce que tu n’es pas seul, John.
Une émotion sincère traversa le regard du jeune homme. Pour la première fois depuis des mois, il sentit une petite paix revenir dans sa poitrine.
Le soleil déclinait doucement quand John gara la voiture devant la maison. L’air du soir était tiède, chargé du parfum des fleurs du jardin. En descendant de voiture, il aperçut la silhouette de son fils qui courait vers lui, les bras ouverts.
— Papa ! Papa est rentré !
John sourit malgré la fatigue. Il se baissa, prit son fils dans ses bras et le serra fort contre lui. Ce petit être était sa lumière, sa seule vraie joie dans cette maison devenue froide.
— Comment va mon petit prince ? demanda-t-il en déposant un baiser sur son front.
— Bien, papa ! Maman a dit que tu rentrais tard, mais tu es venu vite !
Ces mots le piquèrent un peu au cœur. Oui, il était venu vite — peut-être pour éviter d’avoir le temps de changer d’avis.
À l’intérieur, il fut accueilli par sa petite sœur, Sandrine, étudiante à l’université, toujours souriante.
— Grand frère ! Tu es rentré tôt aujourd’hui ! Maman t’attend, elle est dans la cuisine.
John hocha la tête, posa son sac, puis monta à l’étage. Il avait besoin de se rafraîchir avant d’affronter la soirée.
En entrant dans la chambre, il aperçut Joseanne allongée sur le lit. Elle avait les yeux fermés, feignant le sommeil. Mais un faible éclat de lumière filtrait de son téléphone caché à moitié sous l’oreiller. Ses doigts bougeaient légèrement, tapant discrètement sur l’écran.
John la regarda un moment sans rien dire. Une lassitude profonde s’installa en lui.
Elle pouvait prétendre dormir, mais il savait qu’elle ne le faisait pas.
Il prit sa serviette et entra dans la salle de bain. L’eau tiède coula sur son corps fatigué, apaisant un peu le tumulte dans sa tête.
Les paroles de son père lui revenaient sans cesse :
> « Parle-lui, mais avec calme. Sans colère. Essaie de comprendre avant d’accuser. »
Quand il sortit de la douche, Joseanne était toujours dans la même position, dos tourné, téléphone maintenant éteint.
Il s’habilla lentement, descendit, et s’installa à table. Sa mère, Christiane, avait préparé un bon repas, comme toujours. Elle l’observa avec un regard tendre.
— Mon fils, tu n’as pas oublié que tu devais me parler, hein ?
John lui adressa un léger sourire.
— Si, maman, je m’en souviens. Mais… je crois que je vais d’abord parler à Joseanne.
Christiane acquiesça doucement, comprenant qu’il avait besoin de ce moment-là.
Il mangea sans vraiment sentir le goût des aliments. Son esprit pesait lourd entre deux choix :
Dire toute la vérité à sa mère, ou suivre le conseil de son père et affronter Joseanne, seul, en homme.
Quand le repas fut terminé, il posa calmement ses couverts, remercia sa mère et monta les marches vers leur chambre, le cœur battant.
En approchant de la porte, il aperçut Joseanne qui venait justement de sortir, téléphone en main.
Elle portait une robe de nuit légère, ses cheveux encore humides de la douche qu’elle avait prise après lui.
Leurs regards se croisèrent.
Pendant un instant, un silence tendu s’installa.
John inspira profondément.
— Joseanne, il faut qu’on se parle.
Elle resta immobile, le visage neutre. Puis, d’un ton détaché :
— Je t’écoute.
John s’approcha lentement, essayant de garder son calme.
— Je veux comprendre ce qui ne va plus entre nous. Ce silence, cette distance… ça ne peut plus continuer comme ça.
Joseanne détourna le regard, jouant distraitement avec son téléphone.
— John, tu veux encore qu’on parle de ça ? On tourne en rond depuis des mois.
— Parce que tu refuses toujours d’en parler ! explosa-t-il, avant de se ressaisir. Pardon… Je veux juste comprendre, Joseanne. Qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que j’ai manqué ?
Elle haussa les épaules, soupira, et répondit d’une voix lasse :
— Rien, John. Tu n’as rien fait. C’est moi. Je n’ai plus la tête à tout ça.
— La tête à quoi ? À ton mariage ? À ton mari ? À ta famille ?
Elle ferma les yeux un instant, puis murmura :
— Je suis fatiguée, John. Laisse-moi tranquille ce soir. On parlera une autre fois.
Elle voulut le contourner pour sortir de la chambre, mais il se plaça doucement devant elle, sans la toucher.
— Non, Joseanne. Ce soir, on va parler. Même si c’est la dernière fois. Parce que moi, je n’en peux plus.
Le ton de sa voix n’était pas violent. Il était triste, sincère, brisé.
Joseanne le fixa longuement.
Son regard, d’abord froid, sembla vaciller un instant.
Mais elle resta silencieuse.
Et dans ce silence lourd, John comprit que la conversation qu’il redoutait venait à peine de commencer.
La maison était encore plongée dans la pénombre du petit matin.Il était 6 h 45, et seuls les oiseaux dehors semblaient avoir le droit de faire du bruit.À l’intérieur, Joseanne, toujours accrochée à son ordinateur, s’était endormie vers 3 h du matin après des heures de discussions, d’appels, de projets… sans jamais se soucier de John, isolé dans la chambre d’amis.Le message de FALONEAu même moment, dans un tout autre quartier, FALONE venait de se réveiller.La première pensée dans son cœur fut pour John.Elle composa un message :> FALONE : « Bonjour John… comment as-tu passé ta nuit ? Ne dors pas trop, hein… tu risques d’être en retard au travail. »Elle hésita un instant, puis envoya.John se réveilleJohn, lui, était déjà éveillé depuis quelques minutes.Il avait mal dormi, seul, sur un matelas trop dur, dans une chambre trop froide, mais surtout avec un cœur trop lourd.Il s’étira, posa les pieds au sol et poussa un long soupir.Sans regarder son téléphone, il se leva et sortit
La porte de la chambre d’amis se referma derrière lui dans un silence lourd, presque étouffant.John resta debout quelques secondes, comme un homme qui cherche où poser sa peine.La lumière faible donnait à la pièce une ambiance froide.Ce lit… ce n’était pas le sien.Ce n’était pas leur lit.Il posa son téléphone sur la petite table, enleva ses chaussures et s'assit lentement sur le matelas.Le silence s'étira.Puis, comme un barrage qui cède, son cœur se serra violemment.---Ses pensées tournaient en bouclePourquoi elle me parle comme ça ?Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter un tel mépris ?Est-ce que je suis devenu un étranger dans ma propre maison ?Est-ce que quelqu’un peut détester son mari à ce point… sans raison ?Il se coucha sur le dos, les yeux fixés sur le plafond.La robe rouge bordeaux revenait dans son esprit.Il l’avait imaginée si belle dedans…Il s’était dit : Peut-être que si je lui offre quelque chose de joli, elle sourira. Peut-être qu’elle sentira que je l’aim
Il était 19h passées quand John poussa la porte de la maison.Il avait encore dans la main un petit sachet soigneusement fermé : le cadeau qu’il avait choisi pour Joseanne, espérant… peut-être… rallumer quelque chose entre eux.En entrant, il trouva sa femme affalée sur le canapé, les jambes croisées, les yeux rivés sur son téléphone.Elle riait toute seule, tapant des messages à une vitesse qui montrait clairement qu’elle était plongée ailleurs… loin de lui.John inspira doucement.— Mon amour… tu as déjà préparé à manger ?Sans même tourner la tête, elle répondit :— Oui. Ta nourriture est à table.John s’approcha de la table.Il regarda l’assiette.Encore la même chose.Du riz blanc bouilli… sans saveur.Un morceau de poisson sec… presque brûlé.Exactement le même repas qu’il mangeait depuis deux semaines.Son cœur se serra.— C’est quoi ça encore, Joseanne ? demanda-t-il calmement.— La même nourriture… encore ?Elle haussa les épaules, visiblement agacée.— Mais oui ! Il faut éco
La maison de Falone sentait le calme et la simplicité.Elle posa son sac, défit rapidement son foulard et passa un torchon autour de sa taille.Le cœur un peu serré, les mains légèrement tremblantes, elle sortit les œufs, les pommes de terre, l’huile et les épices.— Pourquoi je fais ça…? murmura-t-elle pour elle-même.— Ce n’est pas mon mari. Je ne devrais pas…Mais malgré ses pensées, ses gestes étaient doux, précis, presque instinctifs.Elle voulait qu’il mange bien.Qu’il se sente mieux.Elle ne comprenait pas pourquoi.---L’arrivée de JohnÀ peine avait-elle commencé à couper les pommes de terre que l’on frappa doucement à la porte.Falone essuya ses mains et alla ouvrir.John se tenait là, l’air fatigué, les yeux un peu rouges, mais apaisés en la voyant.Avant même qu’elle ne parle, un petit cri retentit :— PAPA !Wesley, son petit garçon de trois ans, accourut et se jeta sur les jambes de John.John sourit malgré lui.Il le porta, l’embrassa sur la joue.— Bonsoir, champion.
Ce que l’amour ne suffit plus à réparerFalone marchait dans sa petite pharmacie, Rangeant distraitement quelques boîtes.Son cœur battait un peu trop vite.Depuis la veille, quelque chose en elle avait changé.Elle avait passé la nuit à revoir chaque mot de John, chaque remerciement, chaque regard.Et cela l’effrayait.Elle posa une boîte dans son rayon, puis murmura, toute seule :— Mais qu’est-ce qui me prend ? Qu’est-ce que je veux au juste ?Wesley, son fils, partait toujours à l’école avec un taxi.Elle n’avait jamais demandé à John de l’aider.Pourquoi, d’un coup, l’idée même de lui demander de conduire Wesley l’avait traversée ?Elle secoua la tête.— Non… je ne peux pas lui demander ça. Je ne veux pas déranger cet homme.Elle se sentait déjà trop impliquée sans même comprendre comment cela avait commencé.Pendant ce temps-là, Joseanne n’avait même pas tenté de préparer un repas.Elle ouvrit une application, commanda un plat pour elle et l’enfant, puis s’habilla rapidement.U
La cafétéria À Votre Service était déjà animée quand John franchit la porte.L’odeur du pain chaud, du café qui venait de couler…Tout cela aurait pu être apaisant, si son cœur n’était pas un champ de bataille.Il choisit une table discrète près de la fenêtre.Quelques minutes plus tard, il aperçut Christophe entrer, l’air fatigué, les épaules tombantes.— Mon frère…, dit Christophe en s’asseyant.— Tu as une sale tête, répondit John.Christophe rit nerveusement et posa ses mains sur son visage.— J’en peux plus, John…John le regarda, surpris. Christophe n’était pas du genre dramatique.— Qu’est-ce qui se passe ?Christophe inspira profondément.— C’est Sandrine. On fait que se disputer.Elle est distante, froide… On vit sous le même toit mais on dirait deux étrangers.»John comprit trop bien ce sentiment.— Ça fait longtemps ?— Des mois. Et hier… j’ai découvert quelque chose.John se redressa.— Quoi ?Christophe serra les dents.— Elle parle à quelqu’un. Un gars.— T’es sûr ?— Ou







