ANMELDENCorrection dans le fond du jardin
JAKSON
— Mais... Qu’est-ce que tu fais ? s’étonne Laura en trébuchant légèrement.
— Punition dans le fond de la cour, tranché-je d’un ton sans réplique.
Elle s’arrête net sur le gravier de l’allée et me regarde, les yeux écarquillé
JAKSONEt soudain, au milieu du brouhaha de la musique, j’entends de nouveau ce petit rire cristallin, tout près de mon oreille.— Hé, mon Capitaine... murmure-t-elle, la voix pâteuse mais d’une insolence totale. Il faut se détendre, hein. Tu es tout tendu... C’est pas bon pour le cœur, ça.Je contracte la mâchoire à m’en péter les dents, refusant de répondre. Je continue d’avancer vers la sortie, fixant la porte vitrée comme ma seule planche de salut.Mais elle n’a pas fini. L’alcool lui donne une audace suicidaire.D’un geste lent et mal coordonné, elle lève une main et vient pincer mes deux joues entre ses doigts. Elle tire doucement dessus, relevant un visage hilare vers le mien, ses yeux bleus pétillants de malice :— Regarde-moi cette tête... On dirait que tu viens de bouffer un citron entier ! Souris un peu, Jackon. Juste un tout petit peu...À cet instant précis, nous franchissons la porte du bar. L’air frais de la nuit nous fouette le visage, contrastant violemment avec la ch
JackonJe franchis le seuil du bar, les mains enfoncées au fond des poches de mon blouson en cuir, la mâchoire si serrée que mes molaires me font mal. L’odeur rance de la bière tiède, de la friture et du parfum à bon marché m’agresse les narines dès la première seconde.La musique crache sa basse lourde, mais dès que mes bottes frappent le sol poisseux, un vide se fait autour de moi. Les fêtards s’écartent sans même savoir qui je suis, simplement chassés par l’onde de choc de ma colère.Mon regard balaye la pièce assombrie et se verrouille instantanément sur le comptoir.Ils sont là.Thomas est assis sur un tabouret, raide comme une piquet, le visage livide, transpirant la terreur. Et à côté de lui... Maesha.Elle est à moitié affalée sur le formica, la tête lourde, ses cheveux humides encore étalés en désordre autour de son visage. Même amochée par l’alcool, complètement rincée par sa journée, elle est d’une beauté à couper le souffle. Et c’est précisément ce qui me rend dingue.Mon
MAESHAThomas s’assoit à côté de moi, se passant une main paniquée dans les cheveux. Il réalise enfin l’ampleur du problème.— Bon... dit-il en zieutant sa propre montre, la voix un peu hésitante. Il faut que je te ramène. Je vais te raccompagner.Il se lève, attrape ses clés de voiture sur la table, mais en faisant un pas, il trébuche légèrement contre le pied d’une chaise. Il se raccroche au comptoir, les yeux grands ouverts. Il réévalue son propre état : la poire, le rouge... Il a trop bu lui aussi. Impossible de prendre le volant sans risquer de se faire embarquer par la gendarmerie — ou pire, d’envoyer la voiture dans le décor.— Bordel... sacre-t-il à voix basse. Je peux pas conduire. Je suis positif à coup sûr.— On... on prend un taxi... marmonne-je, la tête posée lourdement sur mes bras croisés sur le comptoir.— Dans ce resto-bar de village à vingt-trois heures ? Y a jamais de taxi ici, Maesha ! Il faut quarante-cinq minutes pour qu’une centrale en envoie un depuis la ville.
MAESHAL’alcool ne frappe pas tout de suite. Il s’infiltre doucement, dissolvant la fatigue, dissolvant mes défenses, transformant la lourdeur de mes membres en une sorte de flou cotonné et euphorique.Soudain, la musique change. Le DJ du bar monte le son, balançant un morceau pop-rock ultra-entraînant au rythme endiablé. La moitié du bar se met à bouger, les verres à la main.Thomas se lève d’un bond de son tabouret, les yeux pétillants, et me tend la main avec une assurance théâtrale :— Allez, Lieutenant Carter ! Interdiction de refuser une danse !— Oh non, non, non... réplique-je en riant et en agitant les mains. Je suis incapable de tenir debout, Thomas !— Menteuse ! Viens là !Il m’attrape les mains et me tire doucement vers le petit espace aménagé en piste de danse entre deux tables. Quand je me dresse sur mes jambes, le sol sous mes bottes semble soudain fait de caoutchouc mou. La pièce tourne d’un quart de tour avant de se stabiliser. Je laisse échapper un hoquet de surpris
MaeshaLa musique est forte, vibrante, une basse lourde qui fait trembler le comptoir en bois poisseux et résonne jusque dans mes côtes. Le bar de la Place est plein à craquer ce soir, saturé d’effluves de bière renversée, de parfum bon marché et de friture.Assise sur un tabouret haut, je regarde Thomas repousser la carte des menus avec un grand sourire conquérant. Il est dans son élément : les cheveux impeccablement coiffés malgré les douze heures de garde qu’on vient de se taper, la chemise légèrement entrouverte, le regard pétillant d’une assurance de jeune premier.— Bon ! annonce-t-il en tapant dans ses mains avec enthousiasme. On oublie la journée de merde, les tôles froissées et la paperasse. Ce soir, on vit. Je t’ai pris une grande planche de charcuterie et de fromage, et une bouteille de côte-du-rhône. Ça te va, Lieutenant ?Je laisse échapper un petit rire, le dos calé contre le dossier en cuir râpé du tabouret.— Ça me va très bien, Thomas. Mais mollo sur le « Lieutenant »
JACKSONThomas tourne les talons et s’éloigne d’un pas alerte vers les vestiaires, ravi de son coup.Dès qu’il a le dos tourné, Maesha fait un pas vers moi. Elle s’approche si près que je peux ressentir la chaleur de sa peau et capter les notes légères de son savon qui flotte encore dans ses cheveux humides. Elle se penche légèrement vers mon oreille, sa voix descendant d’un octave, venimeuse et suave :— Ne me regarde pas comme ça, mon Capitaine... Après tout, c’est toi qui as fixé les règles l'autre matin, non ? Pas d’attaches. Pas d’exclusivité.Elle me décoche un clin d’œil plein d’ironie, me remettant mes propres paroles en pleine figure, puis pivote sur ses talons. Elle s’éloigne d’un pas tranquille, son sac balancé sur l’épaule, me laissant seul au milieu de la remise.Un silence assourdissant retombe autour de moi.Une rage pure, sourde, toxique me monte direct au cerveau. Les poings enfoncés dans les poches, mes ongles s’enfoncent dans la chair de mes paumes au point de me fa







