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Derrière l’ascenseur

last update publish date: 2021-11-22 16:40:13

Derrière l’ascenseur

Quelque chose d’inexplicable venait de se produire. C’était un sentiment plutôt étrange. Antoine n’était plus fatigué. Pire même. Il se sentait en pleine forme. Tout cela aurait pu paraître logique pour un jeune garçon en pleine santé, cela va de soi. Mais il y avait à peine quelques secondes, Antoine était si épuisé qu’il aurait été prêt à s’endormir à même le sol, au beau milieu d’un couloir du lycée. Et, soudain, tout avait disparu : sa fatigue, sa migraine et même son dégoût pour l’horrible dessin qui ornait le mur. Il ne comprenait absolument plus pourquoi le démon peint l’avait tant révulsé.

Soudain, Antoine sentit qu’on le bousculait et il sortit de ses pensées. Jonathan s’était élancé vers le muet.

— C’est toi qui m’as piqué mon flingue ! s’écria le jeune homme en arrachant l’arme des mains de Mute.

Mais, après avoir observé le revolver d’un peu plus près, Jonathan comprit que ce n’était pas le cas. L’arme à feu qu’il avait possédée était un modèle beaucoup plus moderne que celui du cow-boy aux cheveux rouges. Décontenancé, il rendit le revolver à Mute.

— C’est étrange, dit Marianne, un peu perplexe. Je ne me suis jamais sentie aussi en forme.

— Mute !

Antoine sursauta. Il avait oublié la petite brune.

— Qu’est-ce qui t’a pris au juste ? s’écria-t-elle en s’approchant du muet.

Mute remarqua que son amie était rouge. Il trouvait cette couleur plutôt jolie. Cela lui rappelait vaguement quelque chose, mais il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus.

— C’est dangereux ! Tu ne devrais pas faire ça !

Mute haussa les épaules.

— Dites, dit Antoine. Vous ne trouvez pas qu’il y a quelque chose d’anormal ?

Marianne lui jeta un regard noir.

— Eh ! Regarde Marianne ! dit Josie en posant sa main sur la tête de démon. J’arrive à le toucher !

Marianne soupira.

— Josie, ce n’est qu’un mur.

— Exactement, ajouta Jonathan. Aucun intérêt. On devrait...

— Tout à l’heure, personne ne s’était approché du mur, poursuivit Josie, rougissante. C’était un peu comme si... comme si on ne pouvait pas le toucher, non ? Comme si le mur était un danger. Mais après, quand Mute a tiré dessus... C’est un peu comme si le danger était parti.

— Écoute Josie, lui répondit Marianne, je sais que tu...

— Voilà ! C’est exactement ça, dit Antoine. Y a un truc vraiment pas net avec ce mur.

Marianne soupira, exaspérée. Antoine l’agrippa alors par les épaules.

— Réfléchis juste deux secondes. Est-ce que t’as déjà vu quelqu’un s’approcher de ce mur ?

— Je ne vois pas ce que...

— Même toi et moi on a toujours tout fait pour jamais le toucher. Ce mur cache quelque chose. J’en suis sûr !

Il sourit à la petite brune.

— Bien vu Josie !

Cette dernière ne lui rendit pas son sourire. Le garçon s’approcha du mur et observa avec attention la tête de démon. Josie en profita pour lui faire un doigt d’honneur.

— Il doit sûrement y avoir une espèce de système électronique caché quelque part, dit-il. Un truc qui aurait pu faire en sorte que...

Marianne tenta d’interrompre son ami, mais, n’y parvenant pas, sentit une colère sourde l’envahir.

— Mute, demanda Josie au cow-boy aux cheveux rouges, où as-tu tiré sur le dessin ?

Le cow-boy haussa les épaules.

— Ah oui, c’est vrai. J’avais oublié ta mémoire.

Antoine se retourna aussitôt.

— Mais oui c’est vrai, Mute avait tiré sur un point bien précis du dessin et...

Antoine se rendit soudain compte de ce qu’il venait de dire. Outre le flash et le tremblement de terre, quelque chose de totalement improbable avait eu lieu. Quelque chose que tout le monde avait ignoré. Il s’approcha du cow-boy aux cheveux rouges.

— T’es qui en fait ? lui demanda-t-il.

Mais bien sûr, Mute ne pouvait pas lui répondre.

Étrangement, Antoine était persuadé qu’il avait déjà vu le cow-boy quelque part.

— C’est Mute, s’emporta Josie. Je l’ai dit tout à l’heure. T’es sourd ou quoi ?

— Oui je sais, dit Antoine le plus calmement possible. Je voulais juste savoir comment il avait fait pour...

— Mute a trouvé tout seul où était la faille du mur, lui répondit sèchement Josie. Il est bien plus intelligent que...

— Bon ça suffit maintenant !

Tout le monde se retourna vers Jonathan.

— Ce truc n’est qu’un mur, s’écria-t-il en tapotant une brique. Un simple mur. Regardez, ce truc ne cache rien, absolument rien. C’est du solide !

Puis, s’appuyant contre le mur, il ajouta :

— Alors maintenant, vous allez me faire le plaisir d’arrêter de dire n’importe quoi, ce qui nous permettra, Antoine, de finir notre...

Sous le regard stupéfait de quatre jeunes gens, Jonathan s’était volatilisé. Sous son poids, le mur avait pivoté sur son axe. Ce qui avait été le monstrueux dessin de démon aux yeux rouges n’était plus.

Antoine regarda Marianne et lui sourit.

***

Un long couloir s’enfonçait dans les ténèbres, seulement éclairé par quelques torches enflammées qui ornaient les murs. Tandis que Marianne et Josie aidaient Jonathan à se relever, Antoine observait les environs. Mute s’approcha de lui et haussa les sourcils.

— Tu sais ce qu’il y a au bout ? lui demanda le garçon en pointant du doigt le couloir.

Mute lui fit comprendre qu’il n’en savait rien.

— Il avait raison, murmura le garçon roux.

Hébété, Jonathan avait la bouche grande ouverte et son esprit semblait s’être envolé.

Antoine s’approcha de lui.

— Qui ? lui demanda-t-il. Qui avait raison ?

Mais le jeune homme ne souhaitait visiblement pas lui répondre. Marianne s’avança dans le tunnel.

— C’est vraiment étrange. Tu sais ce que c’est ? ajouta-t-elle en direction d’Antoine.

Josie l’interrompit avant qu’il ait le temps de répondre :

— C’est sûrement un couloir caché ou un truc du genre. De toute façon c’est Mute qui l’a trouvé. Il doit bien savoir ce que c’est. Mieux que n’importe qui en tout cas ! ajouta-t-elle avec mépris.

— Je lui ai déjà demandé et il ne semblait pas savoir grand-chose, dit Antoine. Alors, à moins qu’il ne nous mente, je ne pense pas qu’il soit au courant de quoi que ce soit.

Marianne fit quelques pas en avant et scruta les environs, perplexe. Et si Antoine avait raison ? Jonathan, lui, marchait lentement, les yeux toujours dans le vague.

— Le tunnel... Les torches... C’est exactement comme...

Le jeune homme se mura alors dans le silence. Antoine essaya tant bien que mal de le faire sortir de son mutisme, mais rien ne semblait pouvoir le ramener parmi eux. Soudain, contre toute attente, il s’élança dans le couloir et disparut dans la pénombre.

— Eh ! Jonathan ! cria Antoine. Qu’est-ce que tu fais ?

Le jeune homme ne se retourna pas. Comme guidé par une force invisible, il continua sa course dans les ténèbres. Antoine avait le sentiment que ce n’était pas la première fois qu’il les abandonnait de cette façon.

— Je pense qu’on devrait le suivre, dit Marianne d’un air décidé.

***

Cela faisait déjà bien une dizaine de minutes que le groupe marchait dans la pénombre. Le bruit de leurs pas résonnait dans le silence du tunnel. Ils avaient réussi tant bien que mal à rattraper Jonathan qui les ignorait. Il continuait à marcher sans même les regarder.

Que pouvait-il bien y avoir de si important pour lui dans cet endroit ? Antoine ne cessait d’y réfléchir. Non. Ce n’était pas la véritable question à se poser. Dans ce genre de situation, la véritable question à se poser aurait été : « Où menait ce tunnel et à quelles fins avait-il été construit ? » Et surtout, que faisait-il derrière un des murs du lycée ? Antoine ne parvenait pas à apporter de réponses à ses interrogations et il en avait mal au crâne. Il attrapa la main de Marianne et la serra doucement.

Mute était enjoué. La traversée l’amusait. Il courait, palpait chaque paroi, humait l’air frais et humide qui l’entourait, sautillant, tel un petit garçon dans un terrain de jeu. Marianne ne put s’empêcher de sourire.

— Regarde, dit-elle à Antoine.

Le garçon sourit à son tour. Il avait le sentiment de n’avoir jamais assisté à une scène aussi adorable. Soudain, il se heurta à une grande surface molle et, perdant l’équilibre, tomba en arrière. Marianne parvint à le rattraper à temps, au grand désespoir de Josie. De nouveau sur pieds, Antoine s’aperçut qu’il avait percuté de plein fouet le dos de Jonathan qui s’était immobilisé au milieu du passage.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Antoine.

Il passa devant le jeune homme et comprit alors ce qui avait troublé leur compagnon. Encastrée dans la paroi se trouvait une porte métallique coulissante sans poignée et, à sa gauche, brillait un gros bouton rouge semblant tout droit sorti d’un dessin animé pour enfants. Le mot DOWN, inscrit en lettres d’or, luisait doucement à la lueur des torches. Ils se tenaient devant l’entrée d’un ascenseur.

Ils restèrent tous quelques instants là, sans un mot, regardant l’appareil avec stupéfaction et appréhension.

— Bon, suggéra Antoine, on y va ?

***

Aussi spacieux qu’une petite salle de bain, l’intérieur de la cabine donnait davantage l’impression de sortir tout droit d’un hôtel cinq étoiles que d’un antique tunnel. Sur les murs d’un beau rouge vif éclatant étaient fixés de petits candélabres électriques dorés. Antoine s’étonna même de voir un grand miroir recouvrant la quasi-totalité de la cage d’ascenseur.

Si Marianne observait calmement chaque détail de la petite pièce, Josie, recroquevillée dans un coin de l’appareil, gardait la tête baissée et ne détachait pas les yeux de ses pieds. Jonathan restait bouche bée face à ce spectacle insolite, les yeux écarquillés, le visage figé dans une expression de stupeur. Mute semblait être le seul à ne pas s’étonner de la situation et s’amusait à gratter la peinture de la cloison.

Antoine se demanda un instant si le jeune homme aux cheveux roux n’avait pas fini par trouver ce qu’il cherchait, mais en l’observant de plus près, il conclut que ce n’était pas le cas. Jonathan attendait quelque chose, comme eux tous.

Antoine dirigea son attention vers un coin de l’appareil, à droite de la porte coulissante. Là, sur une petite plaque métallique, se trouvaient deux boutons ronds et noirs portant chacun une indication assez explicite : RDC et -1. Inutile d’appuyer sur le premier, cela allait de soi. Par contre, le second l’intéressait. En réalité, ce bouton retenait l’attention de tout le monde. Antoine se tourna vers Marianne et vit celle-ci éviter immédiatement son regard. Jetant un œil à Jonathan, il remarqua que celui-ci, toujours stupéfait, examinait la pièce avec intérêt, prenant bien soin d’éviter des yeux le bouton en question. Il n’était même pas la peine de parler de Josie qui ne semblait même pas s’intéresser à ce qui l’entourait, ou de Mute qui prenait la petite pièce pour une cour de récréation. Une fois encore, le cow-boy paraissait être le seul à se sentir à son aise. Le seul à ne pas avoir peur de ce qui les attendait. Peur de ce qui se cachait dans cet étrange recoin du lycée. Peur de l’endroit où les mènerait ce fameux bouton -1.

Antoine avança son index vers le bouton et le retira aussitôt sans appuyer dessus. Il se tourna de nouveau vers ses compagnons de fortune et vit qu’à présent ils le fixaient tous. Leurs regards étaient autant d’encouragements silencieux. Antoine soupira. Il était trop tard pour faire demi-tour désormais et, visiblement, la responsabilité d’appuyer sur ce foutu bouton lui incombait. Il n’avait aucune idée de l’état de l’ascenseur. La possibilité qu’ils puissent tout aussi bien s’écraser à des dizaines de mètres sous terre lui glaça le sang.

Il observa à nouveau le bouton. N’était-ce pas ce qu’il avait toujours attendu ? Connaître enfin la réponse à toutes ses questions ? Savoir enfin pourquoi il se sentait comme piégé dans un univers illogique ? Ce genre de choix lui revenait toujours, pour son plus grand malheur, mais c’était lui qui les avait tous entraînés là-dedans. Il n’avait peut-être pas découvert cet endroit, mais c’était à cause de lui s’ils s’étaient tous décidés à entrer dans cet appareil. D’une certaine façon, il les avait poussés à venir jusqu’ici.

Le cœur battant, Antoine avança de nouveau son index en direction du bouton.

— Saloperie, fit-il avant de le presser.

Un déclic retentit, aussitôt suivi par un sifflement aigu. Jonathan sursauta et poussa un petit cri effrayé. La porte en métal coulissa doucement. Antoine recula de quelques pas, anxieux, et Marianne s’empressa de lui saisir la main. Ils étaient à présent enfermés. Josie s’avança au centre de la pièce, tentant du mieux qu’elle pouvait de maîtriser sa respiration. Terrorisé, Jonathan tremblait de tous ses membres. Ce n’était pas le cas de Mute qui, calme et détendu, arborait son éternel sourire satisfait.

L’ascenseur commença à bouger et s’enfonça dans les profondeurs du Lycée Vile. Un ronronnement à peine audible s’échappa du mécanisme. À mesure que l’appareil poursuivait sa lente descente, Antoine se demandait s’il n’avait pas fait une erreur. Mais il était trop tard à présent pour se poser ce genre de questions.

Un crépitement soudain fit sursauter le jeune homme. Une musique exotique, qui aurait donné envie à n’importe quel fonctionnaire de se tirer une balle dans le crâne, venait de s’enclencher. La mélodie était si ignoble qu’elle aurait même fait vomir de dégoût un compositeur amateur habitué aux sons d’ambiance bas de gamme. Antoine hésita une seconde à se boucher les oreilles. Sans aucun doute la pire musique d’ascenseur qu’il ait pu entendre.

Un grésillement assez désagréable retentit alors, rappelant celui d’une vieille radio mal réglée. De peur, Jonathan saisit l’épaule de Marianne qui le repoussa immédiatement.

— Allô ? Allô ? fit une voix entre deux bruits parasites. C’est bwon ? Là, tu m’entends mon pote ?

Antoine n’en croyait pas ses oreilles. La voix venait d’au-dessus de lui. Il leva les yeux, constatant alors que celle-ci sortait d’un haut-parleur accroché au plafond.

— Bienwenoue dans l’ascenseu’ ! C’est ici qu’on s’éclawte avant d’a’iver à destination !

Antoine lâche la main de Marianne. Mute se dandina au rythme de la musique, tout en claquant des doigts.

— Content qu’tu fasses partie du voyage mon pote ! Alo’s, la pêche ?

Josie pouffa, dédaigneuse. Marianne toussa, un peu gênée. Jonathan avait presque l’air déçu.

— Tu kiffes la musique mon pote ?

Alors c’était ça qui les attendait dans l’ascenseur ? Antoine hésita entre le rêve et la blague de mauvais goût. La mélodie commençait vraiment à lui taper sur les nerfs.

— On accélè’e la cadence mon pote ?

Le tempo de la musique s’emballa. Antoine entendit le vague vrombissement d’un moteur qui s’allumait.

— T’es sû’ que tu veux qu’on accélè’e la cadence ?

Le vrombissement se fit plus bruyant. L’ascenseur tremblota. Antoine commençait à se sentir mal à l’aise.

— T’es v’aiment sû’ que tu veux qu’on accélè’e la cadence, hein ?

L’ascenseur tangua un peu plus. Josie se cacha la tête entre ses mains, serrant fort son ours en peluche entre ses jambes. Jonathan regarda fiévreusement les alentours, comme s’il cherchait un moyen de s’enfuir. Antoine commençait à se sentir très mal à l’aise.

— T’es v’aiment sûr et certain à cent pou’ cent que tu veux qu’on accélè’e la cadence ?

L’ascenseur s’arrêta alors brutalement, si bien qu’Antoine faillit perdre l’équilibre. Puis, il remonta lentement comme si... Comme s’il prenait de l’élan ! Marianne attrapa sa main.

— C’est pa’ti !

En une seconde, l’estomac d’Antoine se retrouva projeté vers le haut de son corps.

— Hiiiaaa !

L’ascenseur fut littéralement projeté vers le bas. Antoine eut l’impression que quelqu’un lui écrasait la cervelle. Il n’entendait plus son cœur battre et se sentait tellement mal qu’il n’avait même pas la force de crier. Il tenta désespérément de s’agripper à quelque chose.

— Hiiiaaa !

Très rapidement, l’ascenseur changea de direction.

— Un petit vi’age ! Acc’oche toi mon pote !

L’ascenseur fut alors projeté vers la droite. Antoine réussit à temps à s’agripper à l’un des candélabres électriques. Il aperçut brièvement Josie faire un dérapage incontrôlé sur le côté et se prendre la paroi de plein fouet. Il avait l’impression d’être prisonnier d’une navette de montagnes russes sans ceinture de sécurité. Pire, il se sentait comme enfermé dans une boîte en acier accrochée à une gigantesque fusée spatiale et lâchée vers le bas – ce qui n’était pas si loin de la réalité.

— Alo’s ? Ça va mon pote ? Tu t’éclates ?

L’appareil descendit à nouveau, mais, cette fois, en diagonale. Antoine bascula sur le côté. Manquant de tomber sur Marianne, il parvint, tant bien que mal, à reprendre son équilibre et à se redresser sur ses deux jambes. La musique devint plus forte.

— On monte le son mon pote ?

L’ascenseur changea encore de direction. Si cela continuait comme ça, ils allaient finir par se retrouver la tête en bas.

— Hiiiaaa !

Des sortes de claquements parvinrent à ses oreilles. Avec difficulté, il réussit à tourner la tête sur le côté. Mais Marianne ne bougeait pas. Elle essayait visiblement de garder son calme. Antoine songea alors que le bruit venait de la petite brune, mais Josie, complètement angoissée, s’était recroquevillée sur le sol et, visiblement en état de choc, ne pipait mot.

— Hiiiaaa !

Calé de son mieux dans un angle, Jonathan, devenu blanc comme un linge, gémissait comme un enfant. Antoine aperçut alors Mute qui tapait dans ses mains. Il bougeait la tête et levait les bras à chaque mouvement de l’ascenseur.

— O.K. mon pote ! C’est pa’ti pour le looping de la mo’t !

À ce moment-là, Antoine lâcha la main de Marianne. Éjecté violemment contre le mur, il manqua de se cogner la tête contre un chandelier. Avant même qu’il ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait, une gigantesque silhouette s’écrasa sur son dos. Repoussant Jonathan et tentant péniblement de se relever, il se retrouva, sans trop comprendre pourquoi, au plafond et un ours atterrit à quelques centimètres de sa tête. La petite brune tomba sur la peluche.

— Hein ? lâcha-t-il.

Antoine ne savait plus où il était. Il avait l’impression que son cerveau était en bouillie. Il cherchait Marianne, mais ne la voyait nulle part. Son regard tomba alors sur un cow-boy aux cheveux rouges qui, couché lui aussi par terre – ou en l’air ? –, lui fit un clin d’œil.

— Je deviens fou, conclut-il.

Essayant de ramper au sol ou au plafond – il n’en était plus trop sûr –, il constata soudain qu’il était couché contre la porte de l’ascenseur. Un instant, il imagina la porte s’ouvrir et se vit dégringoler dans les ténèbres sans fond. Car c’était là-bas que cet engin les emmenait, droit vers le pays des ombres. Et ils allaient y rester. Lui, Marianne, et les autres.

— C’est l’éclate totale mon pote ! Yahooo ! P’ends du bon temps !

Antoine avait de plus en plus de mal à respirer. Ses poumons, comprimés par la vitesse de la chute, ne parvenaient plus à amasser suffisamment d’air. Il suffoquait et cette lente agonie lui était insupportable. C’était la fin.

— Te’minus mon pote : on est a’’ivés !

Et soudain, tout s’arrêta : la musique, les vrombissements, les grésillements et l’ascenseur. Antoine sentit son cœur revenir à la place qu’il n’aurait jamais dû quitter avant de s’écrouler.

— Fin du voyage, mon pote ! J’espè’e que tu t’es éclaté ! À une p’ochaine !

Heureux, Mute applaudit, sifflant avec ses doigts, sautillant de joie. Il ne pensait pas s’être déjà autant amusé de toute sa vie – ou du moins, des trois minutes précédentes dont il parvenait à peine à se souvenir. Il se tourna en direction de ses amis pour voir leurs réactions, mais ceux-ci avaient étrangement disparu. Le cow-boy se gratta la tête. Où étaient-ils tous passés ? Ils ne l’avaient pas abandonné quand même ? Il entendit alors un faible gémissement sous ses pieds. Il baissa la tête et se rendit compte que son ami aux cheveux noirs et à la peau sombre somnolait juste en dessous de lui.

— À une prochaine, parvint à articuler Antoine avant de s’évanouir.

***

— Mais justement, je n’avais pas peur, insista Jonathan, honteux. J’étais surtout un peu... inquiet pour vous.

Antoine avait horriblement mal au crâne. Il n’avait pas pour habitude de défaillir deux fois en une seule journée. Sans compter la merveilleuse descente infernale qui avait manqué d’anéantir le restant de ses neurones. Il se jura de ne plus jamais monter dans un ascenseur de toute sa vie – du moins, jusqu’au moment où ils devraient remonter pour sortir de cet endroit.

Tandis que Marianne et Josie aidaient Jonathan à se remettre debout, Mute s’approcha d’Antoine et lui tapota l’épaule. Trop occupé à se masser les tempes, il lui répondit sans même lui jeter un regard.

— Quoi ?

Le cow-boy aux cheveux rouges tendit le bras vers l’avant. Exaspéré, Antoine leva la tête.

— … jamais peur dans ce genre de situation, poursuivit Jonathan à l’attention de Josie et Marianne. En fait, quand j’étais petit, j’enchaînais les montagnes russes ! Les loopings, pour moi, c’est de la rigolade. Vous savez les filles, je sais que pour vous c’est un peu plus difficile de supporter ça, mais justement je ne voulais pas que vous...

— Jonathan ?

Le jeune homme poussa un grognement.

— Oui Antoine ?

— Tu ferais mieux de venir voir ça.

Il fronça les sourcils avant de le rejoindre, Marianne et Josie sur les talons. Il découvrit alors où ils se trouvaient.

Ils étaient dans une pièce vaste. Vraiment vaste. Tellement vaste que Jonathan avait du mal à en apercevoir les extrémités. Comme une sorte de gigantesque hangar. Enfin, pas exactement. Il observa les lieux avec plus d’attention. Des machines de toutes tailles et de toutes formes étaient utilisées par des hommes portant ce qui semblait être des blouses de chimiste rouges.

À bien y réfléchir, Jonathan ne pensait pas avoir vu quelque chose de semblable auparavant. Il avait l’impression de se retrouver au cœur d’un grand laboratoire, ou encore d’une usine où les ouvriers travaillaient à la chaîne. Par chance, les hommes en question semblaient peu nombreux – Jonathan n’en dénombra que sept – et, apparemment trop occupés pour remarquer la présence des adolescents.

Embrassant la pièce du regard, il aperçut sur la gauche ce qu’il prit d’abord pour de petites habitations métalliques. Mais, à y regarder de plus près, chacune d’entre elles ressemblait plutôt à un genre de bunkers en acier de la taille d’un petit studio. Tous possédaient une sorte de grande cheminée. Ou plutôt un tube. Un tube métallique s’élevant jusqu’au plafond. Jonathan plissa les yeux. Quelque chose tombait dans chaque cheminée. Quelque chose de familier. Quelque chose de rouge.

Antoine était sous le choc. Une gigantesque salle, des scientifiques habillés en rouge, des petites maisons en acier. Qu’étudiaient-ils ici ? S’agissait-il d’une base secrète fondée afin de rentrer en contact avec les extraterrestres ? Mais, si c’était le cas, pourquoi construire ce genre de chose sous un lycée ?

Perdus dans leurs pensées respectives, aucun des deux jeunes hommes n’avait encore remarqué ce que les deux filles découvraient à présent.

— Antoine, murmura Marianne.

L’adolescent jeta un coup d’œil inquiet à son amie et suivit son regard. Il se frotta les yeux. C’était peut-être une hallucination ou alors...

Au centre de la pièce se trouvait une gigantesque construction métallique rouge sombre. De nombreuses petites lampes vertes étaient visibles sur sa surface. La machine était gigantesque. Antoine parvenait d’ailleurs à apercevoir, au-dessus de lui, de nombreux ponts suspendus reliant le toit de l’engin à plusieurs plates-formes. La structure arrondie ressemblait davantage à un énorme œuf qu’à une construction humaine. Antoine remarqua immédiatement que, tout comme les espèces de bunkers, elle possédait elle aussi une sorte de cheminée. Mais, contrairement aux autres, celle de la machine était bien plus petite et fine.

De cette cheminée se dégageait une sorte de fumée violette. Il avait du mal à comprendre de quoi il était question.

— Dis Marianne, demanda Josie d’une petite voix, sans quitter le gros œuf rouge des yeux. À ton avis, ça veut dire quoi 773H ?

Marianne dirigea son attention vers l’inscription en lettres blanches. Elle s’étendait sur une grande partie de la surface de la machine. Étrangement, elle ne semblait pas avoir été peinte à la main. Un peu comme si elle avait toujours été là.

— Je ne sais pas, répondit-elle perplexe.

— C’est peut-être un genre de numéro de série, supposa Antoine.

— Si c’est le cas alors, ajouta le garçon roux après avoir réussi à détacher de l’œuf, ça n’a aucun intérêt.

— Où est-ce qu’on est exactement, Jonathan ?

Ce dernier réfléchit. Au même moment, Mute tentait de dessiner la machine sur le carnet que Josie lui avait offert.

— C’est quoi cette grosse pomme, au juste ? grommela cette dernière, à la fois irritée et inquiète.

Jonathan hésita.

— Eh bien... Non, je ne sais pas. Aucune idée.

— Mais, ce n’est pas toi-même qui avais dit tout à l’heure qu’il avait raison ou quelque chose dans le genre ? insista Marianne.

Jonathan poussa un grognement.

— Justement, commença-t-il, tout à l’heure, je voulais...

Le garçon roux sentit qu’on le tirait en arrière. Il tourna la tête et vit que l’étrange muet un peu attardé l’avait saisi par le col. Ce dernier lui fit signe de se taire. Il prit, non sans difficulté, la petite brune sur ses épaules et entraîna les deux adolescents derrière un pilier métallique, sous les regards médusés d’Antoine et Marianne. Puis, il fit signe au couple de venir les rejoindre.

Antoine regarda Marianne, perplexe. Celle-ci lui répondit par un haussement d’épaules. Soudain, ils entendirent des bruits de pas. Paniqué, le garçon saisit la main de son amie et l’entraîna avec lui derrière le pilier où se trouvait Mute. Il posa ensuite sa main sur la bouche de Jonathan pour le faire taire. Quelqu’un s’approchait.

Face aux protestations et aux gesticulations du jeune homme aux cheveux roux, il lui donna un coup de pied, lui soufflant de ne pas faire un bruit. Josie se dégagea de l’étreinte de Mute et jeta un coup d’œil derrière le pilier. La silhouette s’était arrêtée à quelques mètres de l’endroit où ils se trouvaient. Elle semblait attendre quelqu’un. Josie s’approcha un peu plus. Elle avait du mal à distinguer le nouvel arrivant, mais il lui semblait étrangement familier.

L’inconnu portait une veste bleu ciel. À première vue, il était de taille moyenne et des cheveux blonds et bouclés s’échappaient du fedora enfoncé sur sa tête.

Josie n’en croyait pas ses yeux. C’était lui. Le gentil surveillant. Mathieu.

***

Mathieu poussa un grognement agacé. Son travail était complexe. Il devait s’occuper des élèves, surveiller les couloirs, rappeler à l’ordre la mauvaise graine. Il assurait même les heures de surveillance du soir, ce qui n’était clairement pas de tout repos.

Et voilà qu’aujourd’hui il fallait que, pour couronner le tout, l’autre imbécile n’en fasse encore qu’à sa tête. Le surveillant tapa du pied.

— Cédric ! hurla-t-il.

L’un des travailleurs en blouse rouge sursauta. Il secoua la tête de gauche à droite et, croisant le regard du surveillant, courut dans sa direction.

Antoine s’approcha de Josie afin de mieux voir la scène. Cédric n’était pas ce que l’on pouvait appeler un bel homme. Ridiculement petit, son corps supportait une tête ronde parsemée de fins cheveux noirs. Ses yeux asymétriques et son nez tordu déformaient ses traits, et son sourire était émaillé de dents noires et pourries. Comme pour couronner le tout, il complétait ce physique disgracieux par une nervosité constante qui l’obligeait à remuer chaque parcelle de son corps dès qu’il prononçait un mot, le faisant ainsi ressembler à un horrible petit chien surexcité.

— Oh tiens ! Mais c’est Mathieu. Salut, Mathieu ! Je t’attendais. On avait rendez-vous, c’est ça hein ? Hein, c’est ça ? Hein ? Hein ? Hein ? Oui c’est ça. J’en suis sûr. Même certain. Super. Alors tout ça, c’est bon ! C’est bonbon ! Tu es là. Je suis là. On est là tous les deux ! Magnifique. C’est bon, c’est bonbon ! Donc Mathieu, alors, si...

— La ferme ! cria le surveillant.

Le petit homme se tut aussitôt et regarda ses pieds, gêné.

— Je ne suis pas là pour écouter tes salades, dit sèchement Mathieu.

— Des salades ? Des salades ! s’écria Cédric, outré. Je ne dis pas de salades moi ! Non, Monsieur : pas de salades du tout ! Pourquoi tu dis que je dis des salades Mathieu ? N’importe quoi ! Déjà de une, les salades c’est pas bon. C’est pas bonbon ! Pas du tout ! Et de deux, les salades...

— Tais-toi !

Mathieu le saisit par le col, furieux, et pointa du doigt le pilier dissimulant Antoine et ses amis. Josie sentit son sang se glacer. Il les avait vus. Et, maintenant, il allait sonner l’alerte.

Mais rien ne se produisit. L’adolescente se rendit alors compte que Mathieu n’indiquait pas leur cachette mais l’ascenseur qui les avait menés ici.

— Alors ? demanda froidement le surveillant. J’attends tes explications.

— Eh bien... heu, hésita Cédric. C’est... l’ascenseur ? J’ai... bon ? J’ai bonbon ?

Mathieu redressa son chapeau et, de rage, tira de nouveau le petit homme vers lui.

— « Bienwenoue dans l’ascenseu’ ! » imita-t-il. Alors ? Ça te parle ?

Cédric cligna des yeux, déconcerté.

— Ah... Heu oui, répondit-il, hésitant. Le super voyage de la mort. Vraiment bon, vraiment bonbon, non ? Plus qu’un ascenseur, une aventure ! Looping sur looping. J’adore ça, tu savais ? Les montagnes russes, c’est carrément bon, carrément bonbon ! Comme dans les meilleurs parcs d’attractions. Ah ! Ils ont vraiment de la chance les gens qui vont dans des parcs d’attractions, non ? C’est une idée de moi. Tu le savais, Mathieu ?

Le surveillant eut la soudaine envie d’écraser son poing sur la face ronde et disgracieuse du petit homme.

— Si je le savais ? fit-il avec colère. Tu sais où tu te trouves, crétin ? À cause de tes lubies de gosse, j’ai dû passer par l’entrée de secours.

— Mais c’est pas un problème ! C’est pas mauvais mauvais. C’est même bon ! Carrément bonbon...

— L’ascenseur est la propriété du proviseur Vile, le coupa Mathieu, un sourire mauvais aux lèvres. Et je ne crois pas que celui-ci apprécie que l’on touche à ses affaires.

Cédric déglutit bruyamment.

— Le... le proviseur Vile ? demanda-t-il, inquiet. Ça c’est pas bon... C’est même pas du tout bonbon...

— Et d’ailleurs, imagine, que l’entrée secondaire soit bloquée. Qu’est-ce que tu conseillerais au proviseur ? De passer par l’échelle de secours ou de goûter un peu à ta petite attraction à couper le souffle ?

Cédric tremblait de tous ses membres. Le surveillant colla son visage contre le sien.

— Répare-moi ça et en vitesse !

Le petit homme hocha vigoureusement la tête et Mathieu le relâcha.

— Et occupe-toi de la petite Estifania, ajouta-t-il avant de s’éloigner.

L’homme au fedora disparut alors du champ de vision d’Antoine. Immédiatement, il se tourna vers Marianne qui le regardait, inquiète. Antoine savait qu’elle connaissait une Estifania. Était-ce possible qu’il s’agisse de la même fille ?

Cédric murmura quelque chose d’à peine audible, mais Jonathan tendit l’oreille et réussit à en comprendre quelques bribes.

— Oui... Oui c’est ça. La petite Estifania. Beaucoup de boulot, cette gamine... Elle mérite une bonne petite punition. Eh ! Les gars, ajouta-t-il en hélant les hommes en blouse rouge. j’ai besoin de... de deux personnes. C’est pour la punition de la petite... C’est quoi son nom déjà ? Ah voilà ! La petite Estifania !

Aussitôt, deux hommes se séparèrent du reste du groupe et rejoignirent Cédric.

— Super ! C’est carrément bonbon tout ça ! dit-il en souriant. Elle est dans la prison... Voyons voir... 6.

Ils s’éloignèrent. Jonathan se leva brusquement et partit à leur poursuite.

— Jonathan ! lâcha Antoine en essayant de garder le volume de sa voix le plus faible possible. Qu’est-ce que tu fous encore ?

Il ne fallut que quelques secondes à ses compagnons pour le rattraper. Ils arrivèrent près d’un des bunkers. Jonathan se colla contre un mur et fit signe aux autres de rester cachés en silence. Ils devaient être discrets. Il plissa un peu les yeux – ce qui était, en réalité, complètement inutile, mais le garçon avait souvent l’impression que cela aiguisait sa vue – et s’attarda quelques secondes sur la structure métallique. Il avait maintenant une bien meilleure vision du bunker et de ce qui s’écoulait dans l’espèce de cheminée qui dominait la construction.

C’était rouge. Ça, il l’avait déjà remarqué. Cela tombait du plafond et plongeait dans l’énorme tube en métal. Mais ce qui s’écoulait n’était pas seulement rouge. Non. Il s’agissait plutôt d’un tout. Un tout composé de multitudes de petites plantes.

— Des Phagïas, murmura-t-il.

— Hein ? demanda Antoine.

— Des Phagïas, répéta Jonathan. C’est ça qui tombe du plafond.

Antoine leva la tête et fronça les sourcils. Cédric s’était approché du bunker et, le visage rivé sur un petit écran fixé à côté de ce qui semblait être une grande porte noire, réfléchissait.

— Alors, voyons... Le code... Le code... C’était quoi déjà ? Ah. Ma mémoire est nulle. Nulle nulle nulle ! Carrément pas bon, pas bonbon. D’abord le premier chiffre... Hum...

Il se tourna vers l’homme à sa droite.

— Tu sais toi ou pas ?

L’homme haussa les épaules.

— Mais qui m’a donné un abruti pareil ! Tu crois vraiment qu’on t’emploie à rien foutre ? Hein ? Imbécile congénital sans cervelle ! hurla Cédric en giflant l’homme, qui resta complètement impassible. 2426 ! 2426 ! Ce n’est pas compliqué pourtant : 2426.

Cédric tapa le code sur le clavier numérique. Une voix rocailleuse et grésillante confirma la validité du code et la porte noire coulissa.

— Je déteste ces voix mécaniques, s’indigna le petit homme en rentrant dans le bunker. Elles sont froides ! Pas sympas du tout ! C’est comme des fonctionnaires qui font la gueule. Mathieu n’y connaît rien. Tu leur donnes un accent, un peu de musique, un peu de vibration par-dessus le marché et là, c’est bonbon ! C’est comme une recette de gâteau.

La porte se referma derrière lui et ses deux compagnons. Jonathan se précipita vers l’entrée du bunker, suivi de près par le reste du groupe.

— Bon alors, dit-il en passant son doigt sur le clavier numérique.

2426. La porte s’ouvrit. Jonathan jubilait. C’était bien trop facile.

— Dis Jonathan, lâcha Antoine, irrité. Peut-être qu’on devrait...

Mais le garçon roux était déjà parti.

***

L’intérieur du petit bâtiment était si sombre qu’Antoine eut du mal à suivre son ami. Étrangement, la construction semblait beaucoup plus grande de l’intérieur. Après quelques secondes de marche dans un long et obscur couloir, Antoine et ses amis rejoignirent Jonathan. Le jeune homme leur fit signe de s’accroupir. Caché dans l’obscurité, Antoine scruta les environs. À l’intérieur d’une petite pièce circulaire au bout du couloir se trouvaient le dénommé Cédric et ses deux acolytes. La pièce était faiblement éclairée par une petite ampoule fixée au plafond. Un tableau de commande, où brillaient divers interrupteurs colorés, dont un énorme bouton rouge, était accroché sur le mur. Un long câble gris et fin reliait un microphone et deux haut-parleurs à la machine. Derrière le tableau de commande, une large vitre séparait vraisemblablement la pièce d’une autre. Il faisait bien trop sombre pour qu’Antoine puisse voir l’intérieur de la seconde pièce. Mais il lui semblait que quelqu’un s’y trouvait.

— Bonbon. C’est parti, s’exclama joyeusement Cédric.

Il s’approcha du tableau de commande et appuya délicatement sur un bouton. Une puissante lumière blanche envahit la pièce voisine. Antoine ferma les yeux, aveuglé. Les rouvrant lentement, il put distinguer une forme derrière le vitrage. Couchée au milieu de la pièce, la silhouette aux longs cheveux châtains était vêtue d’un t-shirt bleu et d’un jean. Marianne reconnut immédiatement Estifania.

Cédric remua ses doigts, hésitant, puis appuya avec insistance sur un autre interrupteur du tableau de commande. Il saisit le microphone.

— Allô ? Tu m’entends petite ?

Estifania leva la tête, le visage défait et livide.

— Qu’est-ce que... Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle.

— Ah ! Très bien, tu m’entends ! Ça, c’est bon, c’est bonbon !

Cédric donna un coup de coude à l’un de ses acolytes.

— Ce truc ne marche jamais d’habitude. C’est mon jour de pot !

L’homme, visiblement exalté par cette nouvelle, haussa mollement les épaules. Cédric colla à nouveau le microphone contre sa bouche et sortit une petite feuille de papier de sa poche.

— Estifania Denis, lut-il. Élève du Lycée Vile... Alors ça on s’en fout... Des tas de trucs administratifs.

La jeune fille avait mal à la tête. Cette voix nasillarde. D’où venait-elle ? Elle se sentait tellement faible.

— Qui me parle ? Où vous êtes ? Qu’est-ce qui se passe ?

— Hum... Ah voilà ! Punition ! s’écria Cédric en approchant la feuille de ses yeux. « La jeune Estifania a été repérée en train de lire dans la salle de classe de littérature A23 pendant une heure non autorisée. Selon les Règles et codes du Lycée Vile, les élèves ne respectant pas le règlement seront sévèrement punis et de ce fait... »

Estifania distinguait plusieurs formes. Comme dans un rêve, elle s’avança lentement vers elles. Il fallait qu’elle sorte d’ici. L’adolescente percuta alors quelque chose de dur et froid. Elle hurla. Elle était piégée !

— Hé ! Doucement ma petite ! Doucement ! s’exclama le petit homme, tapotant la cloison en verre. Tu viens de foncer droit dans la vitre. C’est du solide ce machin. Ah ça oui, Madame, du solide ! C’est carrément pas bon pour toi. Carrément pas bonbon !

Il éclata d’un rire sinistre.

— Bonbon. J’imagine que tu sais pourquoi tu es ici, ma petite ?

— S’il vous plaît... Laissez-moi...

— Tu sais que nous avons des règles strictes au Lycée Vile ? Ah ça oui, Madame ! Et c’est même le grand manitou qui les a écrites lui-même. Et tu sais ce qui se passe quand on enfreint les règles ?

— Pitié... Laissez-moi partir. S’il vous plaît...

— Eh bien, on en subit les conséquences, conclut Cédric en posant le microphone. Alors, c’est parti !

Et il appuya sur l’énorme bouton rouge.

***

Une terreur sourde rongeait Estifania. Elle jetait des regards affolés tout autour d’elle, ignorant d’où surgirait le danger.

Elle avait souvent lu des romans d’épouvante. Le genre d’histoire qui donnait la frousse durant des nuits entières. Elle n’avait jamais eu peur au point de ne pas pouvoir trouver le sommeil. La lecture était sa seule drogue et elle se revoyait encore vivre de longues épopées fantastiques et découvrir de nouveaux univers.

Un bruit sourd retentit. Paniquée, Estifania courut. Arrivée près du mur, elle reprit son souffle. Elle ne voulait pas se retourner. Mais il fallait qu’elle prenne son courage à deux mains et qu’elle affronte ce qui lui faisait dos. Elle prit une forte inspiration puis, brusquement, fit volte-face. À sa grande surprise, rien ne la poursuivait.

Un autre grincement se fit entendre. La jeune fille ne comprenait pas. La pièce était vide. Il n’y avait rien ici qui pouvait lui faire du mal. Un son strident lui perça soudain les tympans. L’adolescente plaqua ses mains sur ses oreilles et ferma les yeux. Tout s’arrêta aussi brusquement que cela avait commencé. Quelques secondes passèrent avant qu’elle n’ose rouvrir les yeux. Rien n’avait changé. La pièce était toujours vide. Elle retira ses mains de ses oreilles. Le silence était si pesant qu’elle eut l’impression d’être devenue complètement sourde. Elle n’entendait plus rien. Ou presque. Il y avait quelque chose. Un faible sifflement semblait s’échapper d’un des murs. Estifania leva les yeux. Elle ne comprit pas tout de suite de quoi il était question. Jamais elle n’aurait imaginé que le danger se présenterait sous cette forme.

Sur le plafond de la pièce se trouvait une petite grille métallique. L’adolescente se remémora une certaine histoire d’espionnage qu’elle avait lue où il était question d’un héros qui se faufilait dans le système de ventilation de la base de son ennemi et…

Bon sang. À quoi pensait-elle, au juste ? Elle l’avait pourtant bien vue. Il y avait une fumée rouge qui sortait de la grille ! Et, sans vraiment savoir pourquoi, elle était persuadée qu’il s’agissait de poison. Elle ne devait pas respirer ce gaz. Surtout pas. Immédiatement, elle retint sa respiration, se couvrant le nez et la bouche.

La fumée envahit la pièce. Tout autour d’elle devint rouge. Elle allait se faire engloutir. Elle se noyait et sentait ses poumons réclamer de l’air frais. Il ne fallait surtout pas qu’elle cède à la panique. Elle ne pouvait pas se permettre de perdre le contrôle. Il fallait qu’elle se détende.

Estifania ferma les yeux. Elle était à présent perdue dans une sorte d’espace. Un univers aussi rond qu’une balle de tennis et, malgré tout, aussi rectangulaire qu’une boîte à chaussures. Ici, elle était chez elle. C’était son univers. Son pays imaginaire. Un lieu où elle se sentait à son aise. Un endroit d’où elle pouvait faire absolument tout ce qu’elle souhaitait. Elle était au calme ici. Le lieu était si paisible qu’elle aurait pu y passer le restant de ses jours.

Dans cette pièce qu’était son univers se trouvait une multitude de livres. Des romans de tous genres, de toutes couleurs et de toutes saveurs. Elle ne s’était jamais sentie aussi bien de sa vie. Un soleil radieux s’éleva dans le ciel. Des arbres poussèrent, de-ci, de-là. C’était drôle. Dans l’imaginaire, il n’y avait aucune notion d’intérieur ni d’extérieur. La jeune fille sentit le vent lui soulever les cheveux. Des fleurs, couleur rubis, se matérialisèrent sous ses yeux. Elle s’assit sur le sol et cueillit l’une d’elles pour humer à plein nez son doux parfum ; un parfum à l’arôme si...

Estifania se rendit compte trop tard de son erreur. Soudain, son univers se dissipa sous ses yeux. Le soleil, les fleurs, les livres. Tout s’évapora en une fraction de seconde. Elle était de nouveau dans la petite pièce. La fumée rouge l’entourait. Et elle venait de l’inhaler.

Le produit était entré en elle ! Qu’allait-il lui arriver ? Allait-elle mourir ? C’était impossible. Il ne s’agissait que d’une simple fumée. Pourtant, ils avaient dit qu’ils allaient la punir. Mais pourquoi au juste ? Elle n’avait rien fait de mal ! Il fallait qu’elle se calme à nouveau. Elle essaya de penser à quelque chose qui lui plaisait, qu’elle aimait.

Et qu’est-ce qu’elle aimait déjà ? Lire. Un bon livre. Un bon gros livre. Un bon gros livre bien juteux. Un bon gros livre bien juteux et appétissant. C’était si bon rien que d’y penser. Cela lui mettait l’eau à la bouche. Dévorer un bon livre.

Elle avait envie de prendre un livre, de le mâcher à pleines dents et de l’avaler. Car elle avait faim... Si faim.

manger un livre. et même autre chose, pourquoi pas ? de la nourriture. n’importe quoi car estifania a faim. estifania a très faim. faim. si faim. mais estifania peut rien manger. pas de livre ici. pas de nourriture. tout vide dans pièce. rien dans pièce. mais estifania pas faim rien. estifania faim. si faim.

estifania veut manger mais rien à part estifania elle-même. estifania manger elle comme ça estifania plus faim. car estifania a faim. si faim. enrouler langue autour bras d’estifania. langue si longue. si froide. mettre langue autour bras. bras si appétissant. mon bras. bon mon bras. faim. si faim.

bras pas vouloir se tirer vers bouche. bras bloqué au corps. estifania doit tirer fort sur bras avec langue. arracher bras du corps. faim. si faim. arracher bras. dévorer bras. encore. tirer. bras se détacher. sentir douleur. mais estifania s’en moque de douleur. car estifania a faim. si faim. odeur sang. appétissant. faim. si faim. encore un coup. manger bras. mon bras. faim. si faim.

Un craquement d’os retentit suivi d’un bruit de mastication. Repu, le monstre à la langue violette et au bras amputé s’écroula dans son propre sang.

***

La vision de Marianne se brouilla. Un frisson lui parcourut l’échine. Elle ne pouvait pas croire ce qu’elle venait de voir.

— Il faut la mener à la machine, ce sera ça de gagné ! Et ça de gagné c’est bon. C’est même bonbon ! Allez, j’ouvre le sas !

Jonathan dirigea son attention vers la prison de verre. Le mur qui séparait le corps mourant d’Estifania de ses tortionnaires avait disparu. Cédric fit un geste à ses acolytes. Les deux hommes en blouse rouge pénétrèrent à l’intérieur de la pièce et saisirent le cadavre.

— Bon. C’est bien. C’est même très bien, dit Cédric. Maintenant, allons-y et au trot !

Jonathan sentit les battements de son cœur s’accélérer. Ils venaient dans leur direction. Antoine fut le premier à réagir. Il se leva et invita les autres à en faire de même. Marianne, Josie et Mute l’imitèrent aussitôt. Le jeune homme aux cheveux roux, lui, resta parfaitement immobile, paralysé par la peur, regardant bêtement les deux hommes se diriger vers lui.

Antoine tenta de le saisir par les épaules. Sans succès. Autant essayer de soulever une plaque de métal soudée au sol. Une plaque tremblante et badigeonnée de sueur.

— Jonathan, si tu ne te lèves pas tout de suite, on te laisse là !

— Antoine, murmura Marianne en lui saisissant le bras, ils sont partis.

Cédric et ses deux compagnons avaient disparu. Le jeune homme cligna des yeux. Il y avait à peine quelques secondes, ils étaient à deux doigts de leur tomber dessus. Il sentit Mute lui secouer l’épaule. Les bras ballants et le visage rayonnant, il lui indiqua du doigt un mur de la pièce. Antoine dut s’y prendre à deux fois avant de remarquer ce que le cow-boy voulait lui montrer. Il n’y avait plus de mur.

***

Cédric suait à grosses gouttes. Il faisait vraiment très chaud dans la Grande Salle Centrale.

— Posez la petite ici, ordonna-t-il sèchement aux employés de seconde zone qui lui servaient de compagnons. Et plus vite que ça ! Hein ? C’est qui le chef maintenant ?

Les deux sous-fifres déposèrent le corps sanguinolent sur le tapis roulant. Cédric applaudit avec excitation. Il avait attendu cet instant avec impatience. C’était dans ces moments-là qu’il se sentait le plus vivant.

— Allumez la machine, dit-il avec joie.

***

Tout se passa alors très vite. Tandis qu’Antoine et ses amis, revenus dans le gigantesque entrepôt, suivaient la piste du petit homme tout en prenant bien soin de ne pas se faire repérer par les autres travailleurs en blouse rouge, un sifflement sourd retentit. Antoine se boucha les oreilles. D’où pouvait provenir ce bruit désagréable ? Serait-ce cette fameuse machine ?

Alors, Antoine se souvint du gigantesque engin métallique en forme d’œuf. Le violent tremblement qui secoua le sol de l’entrepôt manqua de le faire tomber. Il constata avec stupeur ce qui venait de se produire. L’œuf bougeait. Les petites lumières qui ornaient la structure étaient devenues rouges. Un signal sonore désagréable et incessant s’échappait de la machine, suivi d’une longue sirène d’alarme.

— Que se passe-t-il ? demanda Josie à Marianne.

— Je... Je ne sais pas, lui répondit la jeune fille sans détacher ses yeux de l’engin.

La sirène fut alors remplacée par un bruit très grave, comme si quelqu’un venait de souffler à pleins poumons dans une corne de brume. Une vive lumière bleue s’échappa du centre de la machine. L’inscription blanche qu’ils avaient vue quelques instants plus tôt s’illumina. Petit à petit, une multitude d’orifices apparurent çà et là sur la surface de l’œuf. Marianne écarquilla les yeux. Un tapis roulant qu’elle n’avait pas vu auparavant s’était rattaché à l’une des ouvertures. Et, sur le tapis, se trouvait le corps inanimé d’Estifania. Celle-ci se dirigeait droit vers l’intérieur de la machine.

— Estifania ! cria-t-elle. Antoine, fais quelque chose !

Mais son ami était aussi impuissant qu’elle. Il ne pouvait rien faire. Estifania pénétra à l’intérieur du grand œuf. Au moment où le cadavre monstrueux de la jeune fille rentra en contact avec la lumière, un flash blanc les aveugla. Marianne hurla.

— … l’heure d’aller les faire se coucher... Vraiment bonbon...

Cédric venait de parler. Les avait-il trouvés ? La sirène redoubla d’intensité. Antoine sentit un objet lourd tomber à ses pieds. Il ouvrit les yeux et vit avec stupeur que Jonathan s’était évanoui.

— Non ! hurla-t-il. Relève-toi !

Il s’approcha de lui pour l’aider à se remettre debout. Et, soudain, il se sentit envahi par la fatigue. Il avait l’impression que son cerveau s’alourdissait de seconde en seconde.

— J’ai... j’ai mal à la tête, dit Josie d’une petite voix avant de s’écrouler sur le sol.

Antoine ne comprenait pas ce qu’il leur arrivait. Il aperçut Marianne s’effondrer à son tour. L’étrange sensation d’épuisement redoublait. Il tenta de résister, mais ses forces l’abandonnaient peu à peu. Alors que sa vision se troublait, il croisa le regard de Mute. Le cow-boy était en pleine forme. Il ne semblait ni souffrant, ni fatigué. Antoine ne comprenait pas. Mute n’était pas comme eux.

— Qui es-tu ? lui demanda-t-il.

Mute lui sourit. Le visage du cow-boy aux cheveux rouges devint de plus en plus flou, et finit par disparaître complètement.

Plus rien n’existait à part l’obscurité.

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