Aime-moi, détruis moi !

Aime-moi, détruis moi !

last updateÚltima atualização : 2026-05-23
Por:  Les plumes de Jenn inkAtualizado agora
Idioma: French
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Elle s’éveille sans nom, sans mémoire, dans une chambre de pierre noire. Elyndor, un monde où la magie coule comme le vent, la reconnaît. Elle, non. Un guerrier à l’armure sombre, Kael, la regarde comme un fantôme ressuscité. « Tu es revenue » mais il lui cache tout. Un mage aux mains douces, Eryon, la soigne comme un miracle… et une erreur à effacer. Entre eux deux, elle est l’objet d’une guerre silencieuse. Kael jure l’avoir aimée. Perdue. Eryon admet l’avoir « corrigée » autrefois. Elle ne sait plus qui croire. Son corps, lui, se souvient : une familiarité brutale avec Kael, une douleur sans cause près d’Eryon. Sous sa peau, une marque brûle. Elle y voit des visions : Un monde en flammes. Kael en larmes. Eryon à genoux. Eryon efface ses souvenirs pour la « protéger ». Pourtant, un troisième regard la traque. Maëva, invisible, l’observe dans un miroir liquide. Elle sourit : « Elle n’a rien oublié… parfait. » Déesse tente de fuir. Elyndor la repousse. Des assassins l’attaquent. Kael la sauve, la porte contre lui et la vision la foudroie : Elle, poignardant Kael dans une autre vie. Maëva infiltre ses rêves d’un poison dévastateur : « Ils t’aiment, Déesse… mais ils t’ont déjà détruite. » Eryon craque ! Déesse touche la marque. Une dernière vision explose, aussi belle qu’horrible : Elle est debout au-dessus des corps de Kael et Eryon. Et elle sourit. Deux amants qui l’ont tuée. Un mystère qui la dévore. Et une vérité qu’elle ne pourra pas pardonner.

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Capítulo 1

CHAPITRE 1 — Le réveil sans nom

Déesse

J'ouvre les yeux.

Le plafond est noir. Pas noir comme la nuit dehors, non ,noir comme une pierre polie depuis des siècles, veinée de reflets bleutés qui coulent lentement, comme des souvenirs liquides qui auraient oublié leur propre sens. Je fixe ces veines pendant un long moment. Elles bougent. Ou peut-être que c'est ma vision qui vacille. Ou peut-être que c'est le monde qui bouge sous moi, comme un navire pris dans une tempête dont je n'ai pas mémoire.

Je ne sais pas qui je suis.

La pensée arrive froide, nette, chirurgicale , comme un scalpel qu'on promènerait sur une plaie déjà refermée. Pas de panique. Pas de drame. Juste un constat : il n'y a rien là où il devrait y avoir une vie entière. Pas de nom. Pas d'enfance. Pas de visage familier accroché au mur de mon crâne. Rien que du vide propre, net, absolu , comme si quelqu'un était passé avec un chiffon et avait essuyé chaque tableau, chaque miroir, chaque fenêtre donnant sur mon propre passé.

Sauf une chose.

Une douleur.

Elle est logée , dans ma poitrine, juste derrière le sternum. Pas une douleur aiguë. Non, c'est plus ancien que ça. C'est une douleur qui respire. Une douleur qui a appris à vivre sans moi. À chaque battement de mon cœur, elle résonne , discrète, patiente, familière. Comme une cicatrice qui n'aurait jamais cicatrisé. Comme un adieu que mon corps n'a pas accepté. Comme si quelqu'un avait arraché un morceau de moi et que l'espace vide continuait à saigner, des années après, sans que personne ne prenne la peine de le recoudre.

Je bouge la main gauche. La peau est intacte. Douce. Presque trop douce, comme une peau qui n'a jamais connu le soleil, la pluie, les tempêtes. Pas de blessure. Pourtant, je la sens. Cette douleur n'est pas dans ma chair. Elle est ailleurs. Dedans. Avant moi. Avant ce réveil. Avant cette chambre. Avant tout ce que je ne suis pas.

Je me redresse.

Le geste est lent, laborieux — comme si mon corps avait dormi mille ans et que chaque muscle devait se rappeler comment obéir. Ma nuque craque. Mes épaules gémissent. Mes vertèbres s'alignent une à une, dans un ordre que j'ai dû connaître autrefois mais qui m'est devenu étranger.

La chambre est petite. Pierre noire partout, mais la lumière bleutée ne vient d'aucune source visible. Elle est simplement là, présente, comme une brume lumineuse qui aurait élu domicile entre les murs. Elle palpite. Doucement. Au rythme de ma respiration, ou peut-être est-ce ma respiration qui s'aligne sur elle ? Je ne sais pas. Je ne sais rien.

Un lit étroit sous moi, des draps rugueux mais chauds. Une table en bois brut près de la porte. Sur la table, une cruche d'eau et un fruit que je ne connais pas — violet, côtelé, presque trop parfait pour être vrai. Comme dessiné par une main qui n'aurait jamais vu la nature, seulement rêvé d'elle.

Je devrais avoir peur. Je devrais crier, appeler, frapper aux murs, exiger des réponses, briser cette cruche contre la pierre pour qu'on entende mon désespoir. Mais mon corps ne bouge pas. Il attend. Patiemment. Comme s'il avait déjà traversé cette scène mille fois. Comme si se réveiller sans mémoire était une routine. Un cycle. Une malédiction familière.

— Où suis-je ?

Ma voix est étrange. Pas grave, pas aiguë. Juste... usée. Comme une voix qui a trop parlé et trop peu écouté. Comme une voix qui a crié, autrefois, jusqu'à ne plus pouvoir produire que ce murmure raclé, ce souffle fatigué. Elle rebondit sur les murs de pierre et revient vers moi, déformée, presque moqueuse — comme si la chambre elle-même se moquait de ma question.

Personne ne répond.

Je pose les pieds par terre. Le sol est froid, mais pas glacial. Une chaleur sourd d'en dessous, comme si quelque chose vivait sous les dalles. Un réseau. Une veine. La pierre noire respire, elle aussi. Je sens ses pulsations contre la plante de mes pieds nus — un rythme lent, profond, séculaire. Comme un cœur. Comme le cœur d'un géant endormi sous la cité.

Je me lève.

Le sang descend de ma tête trop vite. Je vacille, attrape le bord du lit, reste immobile une longue seconde. Mon reflet me regarde dans une petite glace suspendue au mur opposé.

Une femme. Belle, je crois. Mais ce n'est pas la beauté qui frappe. C'est le regard. Mes yeux sont trop vieux pour ce visage. Ils ont vu quelque chose. Beaucoup de choses. Des choses qui ne sont pas venues avec moi dans cette pièce, mais qui ont laissé leur ombre derrière elles. Des ombres sous mes yeux, des rides autour de ma bouche, une fatigue ancrée dans la courbe de mes sourcils.

Je lève la main. Mon reflet aussi.

Je touche ma joue. Mon reflet aussi.

La peau est lisse sous mes doigts, mais je sens en dessous — je sens la fatigue des os, l'épuisement de l'âme, le poids de vies que je ne me souviens pas avoir vécues.

Je suis réelle. C'est un début.

— Tu t'es réveillée plus tôt que prévu.

La voix vient de derrière. Elle n'est pas forte, pourtant elle remplit toute la pièce. Elle n'est pas menaçante, pourtant elle fait dresser les poils sur mes avant-bras.

Je me retourne.

Une femme se tient dans l'encadrement de la porte , une porte que je n'avais pas entendue s'ouvrir. Elle porte un masque. Pas un masque de carnaval, pas un masque de théâtre. Un masque lisse, blanc, sans yeux, sans bouche, sans narines , juste une surface parfaite, légèrement incurvée, qui reflète la lumière bleutée comme un miroir d'eau calme. Sa voix traverse le masque comme à travers un voile , étouffée, lointaine, comme si elle parlait depuis un autre endroit et que ses mots voyageaient longtemps avant de m'atteindre.

Je ne recule pas. Étrangement, je ne recule pas.

Mon cœur bat plus vite. Ma douleur ancienne s'éveille, s'étire, s'intéresse. Mais je ne recule pas.

— Où suis-je ?

Ma voix est plus ferme que je ne le pensais. Presque agressive. La peur se transforme en quoi ? En colère ? En défi ? En quelque chose de plus ancien que tout ça ?

La femme au masque incline la tête. Lentement. Comme si le geste lui coûtait un effort  ou comme si elle voulait que je voie chaque degré de son mouvement, pour que je comprenne qu'elle n'a pas peur de moi.

— Elyndor.

Le mot ne me dit rien. Il flotte dans mon crâne, vide, creux, dépourvu de sens. Mais ma poitrine, elle, réagit. La douleur ancienne pulse une fois, deux fois, trois fois , puis se tait. Comme si elle reconnaissait ce nom. Comme si elle avait déjà fait son deuil de lui. Comme si "Elyndor" était une tombe qu'elle avait appris à visiter sans pleurer.

— Et qui suis-je ?

Silence.

La femme au masque ne bouge pas. Je sens qu'elle m'observe derrière cette surface blanche, même sans yeux visibles. Elle évalue. Elle pèse. Elle mesure. Elle sait quelque chose qu'elle ne me dira pas tout de suite et ce savoir, cette retenue, cette supériorité silencieuse, tout cela me rend folle.

— Tu as un nom.

Sa voix est calme. Trop calme.

— Mais il ne t'appartient pas encore.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?  ma voix monte. Je ne la contrôle pas. Elle monte, elle s'étrangle, elle menace de se briser.

— Ça veut dire que les noms, ici, ne se donnent pas. Ils se gagnent. Ou ils se reprennent. Parfois au prix du sang. Parfois au prix de l'âme. Parfois au prix de tout ce que tu crois être.

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