Se connecterChapitre 38KaelorLa robe de mariée est étalée sur la table de mon bureau, maculée de sang et de crasse, déchirée comme si des bêtes sauvages s'étaient acharnées dessus. Le message est à côté, ce bout de papier froissé où une écriture de vipère a craché sa menace. « Tu ne resteras jamais Madame Veyne. » Je fixe ces deux objets, ces deux pièces à conviction, et je sens la colère monter en moi comme une marée noire, lente et inexorable, qui engloutit tout sur son passage. Elena est assise dans le fauteuil en face de moi, pâle, tremblante, les yeux rougis par les larmes. Iris est à côté d'elle, lui tenant la main, le visage fermé et déterminé. Marcus Hale est debout près de la fenêtre, les bras croisés, le visage impassible
Chapitre 37ElenaLe colis est arrivé ce matin, déposé devant la porte du manoir par un coursier anonyme, une boîte en carton blanc, sans adresse d'expéditeur, sans aucun signe distinctif. C'est Iris qui l'a trouvé en allant chercher le journal, et c'est elle qui me l'a apporté, les sourcils froncés par l'inquiétude, les mains qui tremblaient légèrement en me le tendant. — C'est pour vous, Madame, a-t-elle murmuré. Mais il n'y a pas de nom, pas d'adresse. Juste votre titre, écrit à la main. Madame Veyne. J'aurais dû me méfier. J'aurais dû appeler Julian, Marcus, quelqu'un de la sécurité, n'importe qui capable d'ouvrir cette boîte sans risquer de se blesser. Mais la curiosité a été la plus forte. Cette curiosité qui me pousse depuis des semaines à creuser, à fou
Chapitre 36KaelorLe bureau de Marcus Hale est une bunkerisation de verre et d'acier dissimulée au troisième sous-sol d'un immeuble anonyme du centre-ville de Hartford, un bâtiment sans plaque, sans enseigne, sans aucune indication qu'il abrite le quartier général de l'organisation de sécurité la plus secrète et la plus efficace de la côte Est. J'y suis descendu aux premières lueurs de l'aube, après avoir reçu un message crypté qui ne contenait que trois mots : Réunion urgente. Menace.Marcus m'attend dans la salle de conférence principale, une pièce aux murs de béton brut couverts d'écrans holographiques qui affichent des cartes, des relevés bancaires, des photographies de suspects et des organigrammes complexes où des noms sont reliés par des flèches rouges comme les s
Chapitre 35ElenaLa Bentley file dans la nuit, silencieuse et douce comme un vaisseau de luxe glissant sur une mer d'asphalte. Les lumières de la ville défilent derrière les vitres teintées, éclats fugaces qui illuminent l'habitacle par intermittence, et je suis assise sur la banquette de cuir, les mains croisées sur mes genoux, le cœur encore battant des émotions de la soirée. Kaelor est à côté de moi, silencieux, le visage tourné vers la vitre, le profil ciselé par les lueurs orangées des lampadaires. Il n'a pas dit un mot depuis que nous avons quitté le Ritz-Carlton. Il n'a pas commenté son intervention, il n'a pas cherché à s'en glorifier, il n'a même pas semblé en tirer la moindre satisfaction. Il est redevenu le Kaelor Veyne de toujours, l'homme froid et impénétrabl
Chapitre 34CassandraLa salle de bal du Ritz-Carlton s'est vidée depuis une heure, les derniers invités se sont éclipsés dans un froissement de soie et un murmure de commérages, et je suis encore là, debout près de la fontaine de champagne, les doigts crispés sur une flûte vide que je n'ai pas lâchée. Les serveurs débarrassent les plateaux d'argent autour de moi, éteignent les candélabres, replient les nappes de lin blanc, mais je ne bouge pas. Je ne peux pas bouger. L'humiliation est une gangue de glace qui m'enserre tout entière, qui fige mes membres, qui paralyse mes pensées. Il l'a fait. Kaelor Veyne, l'homme que je connais depuis quinze ans, l'homme que j'ai failli épouser avant que mon père ne juge qu'il n'était pas assez bien pour les Whitmore, cet homme m'a humiliée. Publiquement. Devant toute l'&
Chapitre 33KaelorLa soirée de charité organisée par la Fondation Whitmore bat son plein dans la salle de bal du Ritz-Carlton, un déluge de cristaux et de dorures qui ruisselle des lustres monumentaux comme une pluie de lumière figée. Les femmes portent des robes qui coûtent plus cher que le salaire annuel de la plupart des gens présents dans cette salle, et les hommes arborent des smokings noirs identiques, comme une armée de manchots bien nourris qui paradent en se disputant des parts de marché. Elena est à mon bras, et elle est resplendissante dans une robe de velours émeraude qui épouse ses formes avec une élégance discrète, une robe qu'elle a choisie elle-même sans l'aide des stylistes que j'avais engagés. Ses cheveux sont relevés en un chignon lâche d'où s'échappent quelques mèch







