Share

CHAPITRE 3 — L'ARRIVÉE

Author: Darkness
last update publish date: 2026-09-22 21:41:30

Je me lève. Je vais à la salle de bain. Je me lave. Je me regarde dans le miroir. J'ai trente-quatre ans. J'ai des cernes. J'ai des rides au coin des yeux. J'ai les cheveux en bataille. Je ne suis plus la jeune fille de vingt-quatre ans qui l'aimait. Je suis une femme. Une femme blessée. Une femme qui a survécu.

— Tu vas y arriver, je me dis. Tu vas y arriver. Tu es la veuve. Tu es forte. Tu es impitoyable.

Je retourne me coucher. Je ferme les yeux. Je pense à lui. Je pense à sa cicatrice. Je pense à son parfum. Je pense à sa main sur la mienne. Je pense à son regard.

Je ne dors pas. Je ne dors pas de la nuit. Je reste là. Les yeux ouverts. Le cœur battant. Le corps en feu.

Et je sais que demain, je devrai le revoir. Et je sais que demain, je devrai lui résister. Et je sais que demain, je devrai faire semblant.

Je ne sais pas si j'y arriverai.

Claire

Le lendemain matin, je suis devant les portes de Novatech à huit heures. Je n'ai pas dormi. Je n'ai pas mangé. Je n'ai pas bu. Je suis vide. Je suis épuisée. Je suis prête.

Je porte une jupe noire, un chemisier blanc, des escarpins. Mes cheveux sont attachés. Mon maquillage est sobre. Je ne veux pas qu'il me regarde. Je ne veux pas qu'il me désire. Je ne veux pas le désirer.

Je traverse le hall. Je monte les escaliers. J'arrive à la mezzanine. Et je le vois.

Il est là. En bas. Dans le hall. Il parle avec Sophie. Il sourit. Il rit. Il est beau. Il est trop beau. Il porte un costume gris, une chemise blanche, une cravate bleue. Il a l'air d'un homme d'affaires. Il a l'air d'un homme qui a réussi. Il a l'air d'un homme qui n'a jamais souffert.

Mais je sais. Je sais ce qu'il cache. Je sais ce qu'il a fui. Je sais ce qu'il a perdu. Je sais qu'il a souffert. Je sais qu'il souffre encore. Je le vois dans ses yeux. Je le vois dans la façon dont il serre les mâchoires. Je le vois dans la façon dont il évite mon regard.

Il lève les yeux. Il me voit. Il me voit, et pendant une fraction de seconde, je vois quelque chose passer dans son regard. Quelque chose comme de la douleur. Quelque chose comme du regret. Quelque chose comme de l'amour.

Puis c'est parti. Son visage se ferme. Son regard se durcit. Il détourne les yeux. Il continue de parler avec Sophie. Il fait semblant de ne pas me voir. Il fait semblant de ne pas me connaître. Il fait semblant de ne pas m'aimer.

Je descends les escaliers. Je marche vers lui. Je marche comme si je marchais vers ma mort. Je marche comme si je marchais vers ma vie.

— Bonjour, je dis.

Il se retourne. Il me regarde. Il me regarde comme s'il me voyait pour la première fois. Il me regarde comme s'il ne me connaissait pas.

— Bonjour, madame Delorme.

Madame Delorme. Il m'appelle madame Delorme. Comme si nous ne nous étions jamais aimés. Comme si nous n'avions jamais partagé un lit. Comme si nous n'avions jamais partagé une vie.

— Vous avez bien dormi ? je demande.

— Très bien. Et vous ?

— Très bien.

Mensonge. Mensonge. Mensonge.

— Tant mieux.

Il me regarde. Longuement. Trop longuement. Je sens mes tétons durcir. Je sens mon ventre se nouer. Je sens une chaleur monter entre mes cuisses. Je serre les jambes. Je serre les dents. Je serre les poings.

— Je vous montre votre bureau ? je demande.

— Avec plaisir.

Je me retourne. Je marche. Je sens son regard sur mes hanches. Je sens son regard sur mes fesses. Je sens son regard sur mes jambes. Je sens son désir. Je sens le mien.

Je le conduis à son bureau. C'est l'ancien bureau du PDG. Une grande pièce, lumineuse, avec une vue sur Paris. Un bureau en bois massif. Une bibliothèque. Un canapé. Une salle de bain privée.

— C'est ici, je dis.

Il entre. Il regarde autour de lui. Il hoche la tête.

— Pas mal.

— Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis à deux portes.

— Merci.

Je me retourne. Je veux partir. Je veux m'enfuir. Je veux rentrer chez moi et pleurer.

— Claire.

Sa voix. Sa voix grave. Sa voix qui me fait trembler. Je me retourne. Il est là. À un mètre de moi. Il me regarde. Ses yeux gris. Ses yeux qui me regardent comme s'ils me connaissaient. Comme s'ils m'aimaient. Comme s'ils me haïssaient.

— Oui ?

— Je sais que tu me reconnais.

Je reste de marbre. Je ne montre rien. Je ne montre pas que mon cœur bat à tout rompre. Je ne montre pas que mes cuisses tremblent. Je ne montre pas que je mouille.

— Je ne vois pas de quoi vous parlez.

— Arrête. Je sais que tu sais. Je le vois dans tes yeux.

— Mes yeux ne disent rien.

— Tes yeux disent tout. Tes yeux ont toujours tout dit.

Il s'approche. Il s'approche trop. Il s'approche tellement que je sens son souffle sur mon visage. Je sens son parfum. Bois de santal et vétiver. Le même parfum qu'avant. Le même parfum que dans mes souvenirs.

— Tu trembles, il murmure.

— Non.

— Si. Tu trembles. Tu trembles comme avant.

Il pose une main sur ma taille. Je sursaute. Je recule. Je me cogne contre le bureau. Il avance. Il me coince. Il est contre moi. Je sens son torse contre ma poitrine. Je sens son érection contre ma cuisse. Je sens sa chaleur. Je sens son désir.

— Arrête, je dis.

— Pourquoi ?

— Parce que ce n'est pas toi. Parce que tu n'es pas Nathan. Parce que Nathan est mort.

— Nathan n'est pas mort. Nathan est là. Devant toi.

— Non. Tu n'es pas Nathan. Tu es Ryan Cole. Tu es un imposteur. Tu es un menteur.

— Je suis les deux. Je suis Nathan. Je suis Ryan. Je suis l'homme qui t'a aimée. Je suis l'homme qui t'a quittée. Je suis l'homme qui t'aime encore.

Il pose sa bouche sur la mienne. Je ne résiste pas. Je ne peux pas résister. Je réponds. Je réponds à son baiser. Je réponds à sa langue. Je réponds à sa main qui remonte sous ma jupe.

Je gémis. Je gémis dans sa bouche. Je sens ses doigts sur ma culotte. Je sens ses doigts qui écartent le tissu. Je sens ses doigts qui me pénètrent. Je gémis. Je gémis plus fort. Je m'accroche à ses épaules. Je m'accroche à lui. Je m'accroche à mon passé.

— Claire, il murmure. Claire.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Mon patron est mon ex sous un autre nom    Chapitre 19 — La lettre retrouvée

    ClaireLa convocation arrive par message, à vingt et une heures passées.« Mon bureau. Maintenant. R.C. »L'open space est désert quand je traverse l'étage. Les néons sont éteints. Seules veillent les lumières de la ville à travers les baies vitrées. Sa porte est entrouverte. Je frappe. Il me fait entrer. Il referme derrière moi, et le bruit du verrou résonne dans le silence comme un coup de feu.Il ne s'assoit pas. Il reste debout, face à moi, et il baisse la voix. Comme si les murs pouvaient entendre.— Oui. Je suis Nathan.Le monde bascule.Pas parce que c'est une surprise. Je le sais depuis le premier jour. Je le sais depuis qu'il a franchi les portes de Novatech et que mes genoux ont failli se dérober sous moi. Mais parce qu'il le dit. Parce qu'après dix ans de silence, ces quatre mots franchissent enfin ses lèvres.Je dois poser une main sur le dossier d'une chaise pour ne pas vaciller.— Mais je ne p

  • Mon patron est mon ex sous un autre nom    Chapitre 18— La crise du serveur

    ClaireL'alerte tombe à vingt-deux heures quatorze, un mardi soir de novembre.Le serveur principal , celui qui héberge les données de santé de nos clients hospitaliers , vient de tomber. Pire : les logs montrent des flux sortants anormaux. Une fuite de données est en cours, ou a déjà eu lieu. Des données médicales. Le cauchemar absolu. Celui qui tue une entreprise en quarante-huit heures.Je suis encore au bureau. Évidemment. Ryan aussi.Vingt minutes après l'alerte, nous sommes enfermés dans la salle de crise avec l'équipe technique. Nous ne ressortirons pas avant l'aube.Je dois le reconnaître : en situation de crise, nous sommes redoutables.Lui coordonne. Tranche. Priorise. Rassure les techniciens qui paniquent. Moi, je gère la chaîne des conséquences : quels clients sont exposés, quelles obligations

  • Mon patron est mon ex sous un autre nom    Chapitre 17 — Le sauvetage commence

    ClaireNovatech est au bord du gouffre, et les chiffres ne mentent pas.J'étale les tableaux devant le comité de direction. Les courbes plongent. Les ratios virent au rouge. Le silence qui suit est celui des veillées funèbres — ce silence épais, chargé, où chacun entend les autres retenir leur souffle.Trésorerie : six semaines d'autonomie. Carnet de commandes : en chute libre. Investisseurs historiques : refusent de remettre un euro tant que rien ne change. Nous avons deux mois, peut-être trois, avant le dépôt de bilan.Ryan, assis au bout de la table, écoute sans broncher.Il est différent, ici. Dans cette salle, sous ces néons, il n'est plus l'homme qui m'a serré la main avec une lueur de reconnaissance dans les yeux. Il est le directeur général. Le sauveur. Celui qu'on a appelé pour sauver l'entreprise.

  • Mon patron est mon ex sous un autre nom    Chapitre 16 — Retour au présent

    ClaireJe me réveille en sursaut, le cœur martelant mes côtes.Quatre heures dix-sept. L'appartement est silencieux, baigné de la lueur orangée des lampadaires qui filtrent à travers les persiennes. Je suis en sueur. Ma nuisette colle à mon dos. J'étais en train de rêver de la lettre. Encore.Depuis que Ryan Cole a franchi les portes de Novatech, mes nuits sont peuplées de fantômes. Je rêve de cette écriture nerveuse. De cette phrase que je n'ai jamais comprise — « ton père a les preuves ». Je me réveille chaque fois avec la même sensation de chute, comme si je tombais d'une falaise et que je me rattrapais in extremis au bord du lit.Je m'assieds. Je passe mes mains sur mon visage. Ma peau est moite. Mes doigts tremblent légèrement.Non. Non. Je refuse de me laisser submerger.Je ne suis plus

  • Mon patron est mon ex sous un autre nom    Chapitre 15 — Flashback : la reconstruction

    ClaireJe me relève. Il le faut bien.Je termine mon parcours. J'obtiens mes certifications. Je me jette dans le travail comme on se jette dans l'eau glacée , pour ne plus rien sentir, pour que le froid anesthésie tout. Je découvre que je suis douée pour le redressement d'entreprises. Les chiffres ne mentent pas, eux. Les chiffres ne disparaissent pas au milieu de la nuit en laissant une lettre incompréhensible. Les chiffres sont là, le matin, fidèles au poste, et si on les travaille assez longtemps, ils finissent par livrer leurs secrets.Je deviens experte. Reconnue. Respectée. On m'appelle quand une société coule, et moi je la renfloue. Je redresse des bilans, je restructure des dettes, je sauve des emplois. Ironie du sort : je sauve les entreprises des autres, mais je n'ai jamais su sauver mon propre bonheur.À trente ans, je me marie.Julien est g

  • Mon patron est mon ex sous un autre nom    Chapitre 14 — Flashback : la disparition

    ClaireUn soir, il ne rentre pas.J'attends d'abord sans m'inquiéter. Je prépare le dîner , des pâtes, sa recette préférée, celle avec trop d'ail et pas assez de sel , je mets la table, j'allume une bougie. Je regarde l'heure. Dix-neuf heures. Vingt heures. Je me dis qu'il est retenu quelque part, qu'il a oublié de m'appeler, que son téléphone est déchargé.Puis minuit passe. Puis une heure.Son téléphone sonne dans le vide. À trois heures du matin, j'appelle ses amis. Sa sœur. Son associé. Tout le monde. Personne ne sait rien. Personne ne l'a vu. Personne n'a de nouvelles.C'est en rangeant nerveusement la table que je trouve la lettre.Elle est posée sous mon verre, pliée en deux. Comment ai-je pu ne pas la voir ? Comment ai-je pu dîner à côté d'elle sans la remarquer ? So

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status