MasukDix ans après avoir été larguée sans explication, Sarah Blanchet devient directrice financière d'une start-up en pleine ascension. Le nouveau PDG venu sauver l'entreprise s'appelle Julien Marchand, mais sous ce nom se cache Antoine Roy, son ex, qui a changé d'identité après la faillite frauduleuse de son père. Ils doivent travailler côte à côte pour éviter un rachat hostile, pendant qu'un ancien associé menace de révéler qui il est vraiment. Il a changé de nom pour disparaître. Elle vient de le retrouver.
Lihat lebih banyakClaire
Je regarde la photo de Ryan Cole sur l'écran de mon ordinateur, et je sens mon ventre se nouer.
C'est absurde. C'est juste une photo. Un homme en costume, la cinquantaine débutante, des yeux gris, un sourire de circonstance. Rien de particulier. Rien qui devrait me faire cet effet-là. Mais il y a quelque chose dans la façon dont il penche la tête, dans la ligne de sa mâchoire, dans l'ombre au coin de son sourcil gauche. Une ombre qui ressemble à une cicatrice. Une cicatrice que je connais. Une cicatrice que j'ai embrassée, il y a longtemps. Une cicatrice qui appartient à un homme qui n'existe plus.
Je ferme l'onglet. Je respire. Je compte jusqu'à dix.
— Claire ?
Je sursaute. Mon assistante, Sophie, passe la tête par la porte de mon bureau. Elle a vingt-cinq ans, des lunettes rondes, une énergie qui me fatigue rien qu'à la regarder.
— Le conseil d'administration est dans la salle de réunion. Ils veulent te voir avant l'arrivée de Cole.
Je hoche la tête. Je me lève. Je lisse ma jupe — une jupe droite, gris anthracite, stricte. Mon chemisier est boutonné jusqu'au cou. Je ne veux pas qu'on me regarde. Je ne veux pas qu'on me désire. Je ne veux pas être vue. Je veux juste travailler.
Novatech est une start-up prometteuse, spécialisée dans l'intelligence artificielle appliquée à la santé. Enfin, prometteuse, c'est ce qu'on disait il y a deux ans. Aujourd'hui, c'est une entreprise au bord du gouffre. Des dépenses somptuaires, des contrats mal négociés, une direction qui a fui avec la caisse. Je suis arrivée il y a six mois, comme directrice financière, pour redresser la barre. J'ai trente-quatre ans, un divorce derrière moi, et une réputation de tueuse. On m'appelle la veuve — pas parce que mon mari est mort, mais parce que je laisse derrière moi des entreprises exsangues mais sauvées. Je ne sais pas si c'est un compliment.
Dans la salle de réunion, les membres du conseil m'attendent. Il y a Bertrand, le président, un homme de soixante ans qui sue dans son costume trois-pièces. Il y a Hélène, l'actionnaire majoritaire, une femme froide qui me regarde toujours comme si j'allais lui voler quelque chose. Il y a Marc, le directeur marketing, trente-huit ans, beau garçon, trop sûr de lui, qui me fait des avances depuis mon premier jour. Je l'ignore. Je l'ignore toujours.
— Claire, asseyez-vous, dit Bertrand en agitant sa main moite.
Je m'assois. Je croise les jambes. Je pose mes mains sur la table.
— Ryan Cole arrive dans une heure, dit-il. Il a accepté de prendre la direction générale. Il apporte avec lui un tour de table de dix millions d'euros. C'est notre dernière chance.
Je hoche la tête. Je connais les chiffres. Je les connais par cœur. Sans cet investissement, Novatech dépose le bilan dans trois mois. Avec, on a une chance de survivre. Une chance infime, mais une chance.
— Qui est ce Ryan Cole ? je demande.
Hélène hausse les épaules.
— Un investisseur providentiel. Il a redressé une dizaine d'entreprises en Asie. Il est réputé pour être impitoyable. Il arrive de Singapour. Il ne connaît rien à la santé, mais il connaît les affaires.
— Pourquoi Novatech ?
— Parce qu'il aime les défis, apparemment.
Je hoche la tête. Je ne pose pas d'autres questions. Je n'en ai pas besoin. J'ai lu son dossier. J'ai lu tout ce qu'il y avait à lire. Et ce que j'ai lu ne m'a pas rassurée. Ryan Cole est apparu dans le monde des affaires il y a huit ans. Avant, il n'existe pas. Pas de trace. Pas d'école. Pas de famille. Pas de passé. C'est comme s'il était né à trente ans, avec un costume et un chéquier.
Je sais que je devrais m'en ficher. Je sais que ce n'est pas mon problème. Mais quelque chose dans cette photo, dans cette cicatrice, dans cette ombre au coin du sourcil, me dit que ce type n'est pas un inconnu. Quelque chose me dit que je le connais. Quelque chose me dit que je l'ai aimé.
Je chasse cette pensée. Je la range dans un coin de ma tête, avec les autres. Avec les souvenirs que je ne veux pas regarder. Avec la bague que je garde dans un coffret, au fond d'un tiroir. Avec la lettre que je n'ai jamais relue.
— Claire ? Vous êtes avec nous ?
Je cligne des yeux. Bertrand me regarde, inquiet.
— Oui. Pardon. Je suis fatiguée.
— Vous devriez dormir plus.
Je souris. Un sourire froid. Un sourire qui ne veut rien dire.
— Je dormirai quand Novatech sera sauvée.
La réunion se termine. Je retourne dans mon bureau. Je m'assois. Je regarde par la fenêtre. Paris s'étend devant moi, grise, bruyante, indifférente. Je pense à Ryan Cole. Je pense à sa cicatrice. Je pense à Nathan Reed. Je pense à la nuit où il est parti. Je pense à la lettre. Je pense à la bague.
Je pense à tout ce que je m'étais juré d'oublier.
Et je sens mon corps se souvenir. La chaleur de ses mains. Le poids de son corps. Le goût de sa peau. La façon dont il murmurait mon nom en jouissant. Je serre les cuisses. Je ferme les yeux. Je respire.
— Tu es pathétique, Claire, je murmure.
Je rouvre les yeux. Je prends mon téléphone. Je compose un numéro. Inès répond à la deuxième sonnerie.
— Claire ? Qu'est-ce qui se passe ?
— J'ai besoin que tu enquêtes sur quelqu'un.
— Qui ?
— Ryan Cole. Le nouveau PDG de Novatech.
— Qu'est-ce que tu veux savoir ?
— Tout. Son passé. Ses sociétés. Ses associés. Je veux savoir qui il est vraiment.
— Pourquoi ?
Je marque une pause. Je regarde la photo de Ryan Cole sur mon écran. La cicatrice. L'ombre. Le sourire.
— Parce que j'ai l'impression de le connaître.
— Tu le connais ?
— Je ne sais pas. C'est ce que je veux savoir.
— D'accord. Je m'en occupe. Je te rappelle.
— Merci.
Je raccroche. Je me lève. Je vais à la fenêtre. Je regarde Paris. Je regarde les gens qui marchent, qui courent, qui vivent. Je les envie. Je les envie de ne pas avoir de fantômes. Je les envie de ne pas avoir de cicatrices.
Je regarde l'heure. Ryan Cole arrive dans quarante minutes. Je dois me préparer. Je dois être prête. Je dois être la veuve. Froide. Efficace. Impitoyable.
Mais quand je retourne à mon bureau, quand je regarde à nouveau la photo, je sens quelque chose se fissurer en moi. Quelque chose que je croyais mort. Quelque chose que je croyais oublié.
Je sens mon cœur battre. Je sens mon corps s'embraser. Je sens une chaleur monter entre mes cuisses.
— Non, je murmure. Non, non, non.
Je ferme les yeux. Je respire. Je compte jusqu'à dix. Je compte jusqu'à vingt. Je compte jusqu'à cent.
Quand je les rouvre, Ryan Cole est là. Dans le hall. Je le vois depuis la mezzanine. Il est grand. Il est large. Il porte un costume bleu nuit, une chemise blanche, pas de cravate. Il marche comme s'il possédait le monde. Il marche comme Nathan marchait.
L'augmentation de capital avait réussi. L'OPA était repoussée. Et pendant quelques jours, ils avaient cru que le pire était derrière eux, que la tempête était passée, que le soleil allait enfin se lever. Puis les fuites commencèrent.Des informations confidentielles apparurent dans la presse, une première fois, puis une deuxième, puis une troisième, et chaque fois les mêmes questions revenaient, les mêmes soupçons, les mêmes accusations. Des extraits de comptes, des projets de fusion, des notes internes, des échanges de mails, des comptes rendus de réunions secrètes, tout un matériel qui n'aurait jamais dû sortir des murs de Novatech. Chaque fois, Kessler les utilisait pour déstabiliser Novatech, pour semer le doute, pour alimenter les rumeurs. Chaque fois, il semblait un peu mieux informé, un peu plus précis, un pe
Le conseil d'administration se réunit en urgence à 18 h, dans la grande salle du dernier étage, celle qui offrait une vue panoramique sur la ville et qui avait été le théâtre de tant de décisions importantes, celle où l'on avait célébré les succès les plus éclatants et enterré les échecs les plus cuisants, celle qui portait en elle les souvenirs de huit années de combats et de victoires. Onze membres. Des visages graves, fermés, impénétrables. Des dossiers fermés posés devant eux comme des armes, des stylos alignés avec une précision militaire, des verres d'eau à peine touchés. L'odeur du café froid qui stagne dans les tasses, celle de la moquette épaisse et des fauteuils de cuir, celle du parfum discret des uns et du stress des autres. Une atmosphère de tribunal, lourde, pesante, &ea
Le scandale fut total, absolu, sans nuance, sans appel. En trois heures, l'information avait fait le tour des rédactions, des réseaux sociaux, des salles de marché, des dîners en ville, des conversations de couloir. « Le patron de Novatech est le fils du plus grand fraudeur de l'histoire financière française. » Les titres étaient plus violents les uns que les autres, et chaque rédaction y allait de sa formule, de son angle, de sa condamnation. Certains parlaient de « l'héritier du mensonge », d'autres de « la fraude en héritage », d'autres encore de « l'homme qui a menti à la France pendant vingt ans ». La presse people s'en mêlait, la presse économique s'en délectait, les éditorialistes y allaient de leur couplet sur la moralisation de la finance, et les réseaux sociaux, ce tribunal permanent, s'en donnaient à cœu
Le mail arriva à 6 h 02, à un moment où la ville commençait à peine à s'éveiller, où les premiers trains sortaient des dépôts, où les premiers cafés ouvraient leurs portes, et où Ryan Cole, qui n'avait pas fermé l'œil de la nuit, se tenait debout devant la baie vitrée de son appartement, une tasse de café refroidi à la main, à regarder le ciel passer du noir à un gris laiteux qui annonçait une journée sans soleil. La notification s'afficha sur son téléphone posé sur la table basse, et il la vit du coin de l'œil, sans se douter un instant de ce qu'elle contenait. Une liste de destinataires longue comme un bras : tous les rédacteurs en chef de la presse économique, tous les analystes financiers, tous les membres du conseil d'administration de Novatech, et sans doute quelques autres adresses glan






Bienvenue dans Goodnovel monde de fiction. Si vous aimez ce roman, ou si vous êtes un idéaliste espérant explorer un monde parfait, et que vous souhaitez également devenir un auteur de roman original en ligne pour augmenter vos revenus, vous pouvez rejoindre notre famille pour lire ou créer différents types de livres, tels que le roman d'amour, la lecture épique, le roman de loup-garou, le roman fantastique, le roman historique et ainsi de suite. Si vous êtes un lecteur, vous pouvez choisir des romans de haute qualité ici. Si vous êtes un auteur, vous pouvez obtenir plus d'inspiration des autres pour créer des œuvres plus brillantes. De plus, vos œuvres sur notre plateforme attireront plus d'attention et gagneront plus d'adimiration des lecteurs.