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Premières Frictions

Author: Anatory
last update Petsa ng paglalathala: 2026-10-02 04:59:28

La lumière de l'océan entrait à flots par les baies vitrées, et Marina del Rey scintillait sous un ciel sans nuages. Les bateaux dansaient doucement sur l'eau, et le bruit des vagues, porté par le vent, se mêlait au bourdonnement lointain de la ville qui s'éveillait. Il était sept heures et demie. Elena n'avait presque pas dormi.

Chaque fois qu'elle fermait les yeux, la lame revenait. La silhouette encapuchonnée. Le regard fou. Et puis, comme un contrepoint obstiné, l'arrivée de Kai Harlan : cette façon qu'il avait eue de neutraliser l'agresseur en trois mouvements précis, sans un mot superflu, sans une hésitation. Elle était restée éveillée jusqu'à quatre heures du matin, à faire défiler son téléphone en mode silencieux. Les stories de la veille avaient explosé : plus de huit cent mille vues en une nuit, des milliers de messages inquiets. Elle avait répondu à quelques-uns, avec des cœurs et des « Merci, je vais bien, juste un petit accident », mais elle n'avait rien posté de plus concret. Pas encore. Elle savait que la vérité  l'agression réelle  déclencherait une vague médiatique qu'elle n'était pas prête à affronter.

Dans le salon, Kai était déjà debout. Il avait plié la couverture et l'oreiller, les avait rangés sur une chaise comme s'il refusait de laisser la moindre trace de son passage. Il portait un t-shirt gris foncé, un pantalon cargo noir, et ses cheveux étaient encore humides d'une douche rapide. Il était en train de fixer un petit boîtier noir au-dessus du chambranle de la porte d'entrée, relié à un câble fin qu'il faisait courir le long du mur.

Elena sortit de sa chambre en legging noir et sweat oversized, les cheveux relevés en un chignon désordonné. Son bras bandé la faisait grimacer à chaque mouvement.

— Qu'est-ce que vous faites ?

La voix était encore rauque de sommeil. Kai termina de visser le boîtier avant de se retourner.

—  J'installe la caméra de surveillance intérieure. Angle large, vision nocturne, connexion sécurisée. Elle couvre l'entrée, le couloir et une partie du salon.

Elena croisa les bras, ce qui tira sur ses points, et grimaça.

—  Attendez quoi ! vous installez des caméras chez moi .....et sans me demander ?

Il se tourna enfin vers elle. Son regard était calme, presque clinique.

— Oui. C'est dans le contrat que vous avez signé hier soir.

Il désigna une pile de papiers sur la table basse  le contrat, annoté au stylo rouge.

— Article 4, paragraphe 2 : le prestataire est autorisé à installer tout dispositif de sécurité jugé nécessaire, après notification préalable. Je vous notifie maintenant.

La colère monta, chaude et familière. Elena détestait qu'on lui impose des choses. Toute sa vie, elle avait lutté pour garder le contrôle : de ses premiers posts à dix-sept ans, quand ses parents lui répétaient que les réseaux, c'était pour les paumés, jusqu'à aujourd'hui, où elle gérait un business à plusieurs millions de dollars par an. Elle avait appris à dire non, à négocier, à imposer ses conditions. Et voilà que cet homme débarquait dans son espace et réécrivait les règles.

— Super ! Ecoutez moi  Je ne suis pas une prisonnière, monsieur Harlan.

— Non. effectivement , mais vous désormais sous ma responsabilité et tant que la police n'aura pas terminé son enquête, je traite la situation comme telle.

Il passa devant elle sans un mot de plus, alla dans la cuisine et se servit un verre d'eau du robinet. Pas de café, pas de petit-déjeuner. Juste de l'eau. Elena le suivit, furieuse.

—  Non mais je  ......vous....vous allez me filmer tout le temps ?

— Seulement l'entrée et les zones communes. Il n'y a pas de caméra dans votre chambre ainsi que dans la salle de bain . Respect de la vie privée, comme stipulé.

Elle ricana.

— Oh, super quel attention de votre part ! je vous remercie ! un vrai gentleman.

Kai but une gorgée, posa le verre sur le plan de travail, et la regarda enfin vraiment.

— Vous avez posté une story hier soir.

Elena se figea.

— Oui. Et alors ?

— Vous avez dit « petit accident ». et vous avez montré votre bandage pourquoi faire cela ? 

— C'est ma vie , ça ne vous regarde pas .... Mes abonnés s'inquiètent et je  leur dois une explication.

— Et votre sécurité dans tout ça . En postant ça, vous avez confirmé que vous êtes blessée. Vous avez donné un signal visuelle a tout vos détracteur : vous êtes vulnérable.

Elena sentit son estomac se nouer. Elle n'y avait pas pensé comme ça.

— Je ne peux pas juste disparaître. Les gens vont spéculer, inventer des choses. J'ai déjà eu des rumeurs d'overdose ou de dépression quand je poste moins....j'ai pas  vraiment le choix .

Kai ne répondit pas immédiatement. Il sortit son téléphone, ouvrit une application, et lui tendit l'écran. Une liste de notifications de sécurité. Des alertes sur les commentaires sous ses posts, des mots-clés surlignés : vulnérable, seule, facile à approcher.

— En douze heures, vous avez reçu plus de deux cents commentaires qui mentionnent votre blessure Certains sont inquiets. D'autres… beaucoup.... moins....

Elena prit le téléphone et fit défiler. T'es trop belle même blessée. J'aimerais être là pour te protéger. Si t'as besoin d'un vrai mec… Et plus bas, des choses plus sombres. Tu mérites pire que ça. La prochaine fois, on finira le boulot.

Elle rendit le téléphone, les mains tremblantes.

—OK..... D'accord.J'ai compris.

Kai hocha la tête et rangea l'appareil.

— Aujourd'hui, vous restez ici. Pas de sortie. Pas de shooting.

— Et si j'ai une réunion importante ?

— Reportée. Sofia s'en occupe.

— Vous décidez de mon emploi du temps, maintenant ?

— Temporairement. Jusqu'à ce que je juge la menace réduite.

Un silence tendu s'installa. Elena alla jusqu'au frigo, sortit un yaourt grec et des fruits  routine du matin, même après une nuit pareille. Elle se prépara son petit-déjeuner sans un mot, consciente du regard de Kai sur elle. Pas intrusif, mais constant. Comme s'il analysait chaque mouvement.

Elle s'assit sur un tabouret de l'îlot, face à lui.

— Vous allez rester planté là toute la journée ?

— Non. Je vais faire le tour de l'immeuble, vérifier les accès, parler au concierge, installer d'autres capteurs. Ensuite, je reviendrai.

— Et moi, je fais quoi ? Je reste assise à attendre que vous me donniez la permission de vivre ?

Il haussa légèrement les épaules.

— Vous pouvez travailler. Poster. Mais tout passe par moi avant publication.

Elena éclata d'un rire nerveux, presque hystérique.

— Vous voulez valider mes stories ? Sérieusement ?

— Oui. Jusqu'à nouvel ordre.

Elle posa sa cuillère et se leva.

— Alors , vous vous fourrer le doigt dans l'oeil . Mon contenu, c'est moi. C'est ma marque. Vous ne touchez pas à ça et c'est non négociable.

Kai la regarda longuement. Pour la première fois, elle vit quelque chose passer dans ses yeux  pas de la colère, mais quelque chose de plus complexe. De la compréhension, peut-être.

— Prenez sur vous ...Je vous protège de ce que votre contenu pourrait attirer.

Elena sentit les larmes monter. Elle les ravala.

— Vous savez ce que c'est, de construire tout ça toute seule ? De commencer avec zéro abonné, de se faire traiter de vendeuse de rêves, de superficielle, et de continuer quand même ? De transformer des haters en partenariats ?

Kai ne répondit pas. Il se contenta de la fixer.

— J'ai grandi avec des parents qui me disaient que je n'arriverais à rien. Que les réseaux, c'était pour les filles qui n'avaient pas de vrai talent. Alors j'ai bossé. Jour et nuit. J'ai appris à monter des vidéos, à négocier des contrats, à gérer les crises. Et maintenant, vous arrivez et vous voulez me mettre en cage ?

Un long silence. Puis Kai parla, doucement, presque à contrecœur.

— Très bien ... je vous comprend .....Je ne veux pas vous mettre en cage. Je veux juste m'assurer que tout sois en ordre .

Elena cligna des yeux. Elle ne s'attendait pas à ça. Pas à cette sincérité brute, presque douloureuse.

Elle détourna le regard et alla jusqu'à la fenêtre. La mer était calme, presque hypnotique.

—  Je reste ici aujourd'hui. Mais ce soir, j'ai prévu une session live. Pour mes abonnés. Ils ont besoin de me voir.

Kai hésita une seconde. Une seule.

— Accepté. Mais je serai dans la pièce. Hors champ. Et on coupe à la moindre alerte.

Elena hocha la tête sans le regarder.

— Deal.

Il sortit sans un mot de plus, et la porte se referma derrière lui avec un clic discret.

Seule dans son appartement, Elena s'adossa au mur, le cœur battant. Elle ne savait pas ce qui l'énervait le plus : son autorité, ou le fait qu'au fond, elle était soulagée qu'il soit là.

Elle attrapa son téléphone et ouvrit I*******m. Une photo de son café matinal, avec la légende : Petit matin tranquille après une grosse journée hier. Merci pour tout l'amour ❤️ On se voit ce soir en live ?

Elle hésita une seconde avant d'appuyer sur Publier.

Puis elle pensa à Kai, à ses règles, à ce regard qui voyait tout.

Et elle appuya quand même.

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