MasukChapitre 50
Élise
Le bureau de Gabriel est plongé dans la lumière grise de l'hiver, cette clarté blafarde et froide qui filtre à travers les fenêtres à meneaux et qui dessine des ombres mouvantes sur les murs tapissés de livres anciens. Le feu crépite dans la cheminée monumentale, mais sa chaleur ne suffit pas à dissiper le froid qui règne dans la pièce.
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Chapitre 55AdrienLe gala de charité est l'événement mondain le plus attendu de la saison, un bal masqué organisé dans les salons dorés de l'hôtel Ritz, place Vendôme, sous les lustres en cristal de Bohême qui scintillent comme des milliers d'étoiles prisonnières. Les femmes portent des robes de soirée signées par les plus grands couturiers, des bijoux qui valent des fortunes, des masques de plumes et de strass qui cachent leurs visages sans dissimuler leur élégance. Les hommes sont en smoking, en queue-de-pie, en costumes trois pièces, et le champagne coule à flots, le caviar est servi dans des coupelles en argent, l'orchestre joue des valses de Strauss. C'est un monde de luxe et d'hypocrisie, un monde que je connais bien, un monde où je règne en maître et où Victor se croit à l'abri.
Chapitre 54ChloéAllongée sur le canapé du petit salon, ma tête posée sur les genoux d'Adrien, je regarde les flammes qui dansent dans la cheminée, ces flammes orangées et bleues qui crépitent, qui montent, qui s'éteignent, qui renaissent, et je me sens apaisée pour la première fois depuis des jours. Sa main caresse mes cheveux, lentement, doucement, comme on caresse un chat endormi, et ses doigts s'attardent sur ma tempe, descendent le long de ma joue, suivent la ligne de ma mâchoire. Il ne parle pas, il ne pose pas de questions, il attend, il respecte mon silence, il est là, simplement, totalement, avec cette patience infinie qu'il a apprise pendant sept années de deuil.Je ferme les yeux, je me laisse bercer par le crépitement du feu, par la chaleur de sa main, par la régularité de sa respiration. Et puis les images
Chapitre 53VictorJe raccroche le téléphone, je le pose délicatement sur le bureau en acajou, et je reste un instant immobile, les yeux fixés sur le paysage urbain qui s'étend derrière la baie vitrée de mon penthouse. Paris scintille sous la pluie, les toits de zinc luisent comme des écailles de poisson, la tour Eiffel clignote au loin, et je contemple cette ville qui m'appartient, cette ville que j'ai conquise à la force du poignet, cette ville où je règne sans partage depuis que j'ai éliminé tous mes rivaux. Les lumières de la Défense percent le brouillard, les voitures glissent sur le périphérique comme des lucioles pressées, et moi, je suis au sommet, je suis le maître de ce royaume de verre et d'acier.Mathis est mort. Une balle, un tir propre, un témoin qui se tait définitivement. Le
Chapitre 52GabrielLe sang coule sur le carrelage crasseux, une flaque noire et visqueuse qui s'élargit lentement autour du corps de Mathis, qui s'infiltre dans les fissures du sol, qui dessine des motifs sinistres sur le blanc sale des tomettes. Je suis toujours agenouillé près de lui, le téléphone à la main, le cœur qui bat à tout rompre contre mes côtes, les sens en alerte maximale, cette hypervigilance que je croyais avoir perdue en quittant les services et qui revient brutalement, instinctivement, comme un réflexe de survie. Le tireur pourrait être encore là, pourrait ajuster un deuxième coup, pourrait m'éliminer moi aussi. Je rampe vers le mur, je me plaque contre la cloison, je respire, j'analyse, je redeviens l'agent que j'étais, froid, méthodique, implacable.Mathis fixe le plafond de ses yeux morts, ces yeux qui rega
Chapitre 51GabrielLa planque est minable, un appartement crasseux dans une banlieue ouvrière de Bruxelles, un quartier de façades grises et de rideaux de fer tagués, de trottoirs défoncés où stagnent des flaques d'eau boueuse, de lampadaires cassés qui clignotent dans la nuit comme des lucioles agonisantes. Les volets métalliques sont rouillés, mangés par la corrosion, et la porte d'entrée a été forcée une première fois avant que je n'arrive, le bois éclaté autour de la serrure témoignant d'une visite précédente. L'odeur de tabac froid imprègne les murs jaunis par la nicotine, une odeur âcre et tenace qui prend à la gorge dès qu'on franchit le seuil, mêlée à des relents de bière éventée et de renfermé.J'ai mis trois sema
Chapitre 50ÉliseLe bureau de Gabriel est plongé dans la lumière grise de l'hiver, cette clarté blafarde et froide qui filtre à travers les fenêtres à meneaux et qui dessine des ombres mouvantes sur les murs tapissés de livres anciens. Le feu crépite dans la cheminée monumentale, mais sa chaleur ne suffit pas à dissiper le froid qui règne dans la pièce.Les documents s'empilent autour de nous en piles chancelantes, des relevés bancaires, des procès-verbaux du conseil d'administration, des contrats d'investissement, des témoignages que Nathan a recueillis. Nous échangeons des idées, nous confrontons des hypothèses, nous peaufinons notre stratégie pour neutraliser Helena avec la minutie d'horlogers assemblant un mécanisme complexe.– Si nous attaquons







