LOGINMorte à ses yeux Résumé Pendant sept ans, Maëlle Soren a vécu dans l’ombre de son mari, un homme aussi puissant qu’inaccessible. Tout le monde enviait leur mariage parfait, mais personne ne savait qu’il ne lui adressait presque jamais la parole. Le jour où elle apprend qu’elle souffre d’une maladie rare, Maëlle prend une décision inattendue : disparaître. Sans laisser la moindre explication, elle vend tout ce qu’elle possède et quitte le pays. Quelques semaines plus tard, un accident en mer la fait officiellement déclarer morte. Cinq ans passent. Lorsque Maëlle revient sous une nouvelle identité, elle est devenue l’une des femmes les plus influentes du monde financier. Son objectif n’est ni la vengeance ni l’amour : elle veut simplement récupérer ce qui lui appartenait avant que sa vie ne lui soit volée. Mais son retour provoque un séisme. L’homme qui n’avait jamais semblé tenir à elle refuse de croire qu’elle est morte. Depuis cinq ans, il la cherche obsessionnellement. Et lorsqu’il croise enfin son regard lors d’un gala prestigieux, il comprend immédiatement la vérité. Cette fois, pourtant, Maëlle n’a plus l’intention d’être son épouse. Et lui n’a plus l’intention de la laisser partir. Entre identités cachées, héritages convoités et secrets enterrés depuis des années, deux anciens époux vont découvrir que certaines histoires d’amour ne meurent jamais vraiment... même après des funérailles.
View MoreChapitre 1
Maëlle
La femme dans le miroir me regarde sans me voir.
Je me tiens debout devant cette glace monumentale, les pieds enfoncés dans l'épaisse moquette crème de ma chambre, et j'observe cette inconnue qui porte mon visage comme on porte un vêtement emprunté. La robe que j'ai enfilée ce soir est une création magnifique, une merveille de soie bleu nuit qui épouse mes courbes avec la précision d'un gant de velours et qui a coûté cinquante mille euros. Cinquante mille euros pour une robe que je ne porterai qu'une seule fois, que personne ne remarquera vraiment, qui finira dans un dressing climatisé au milieu de dizaines d'autres robes toutes aussi chères et toutes aussi inutiles.
Je passe ma main sur le tissu. Je sens la fraîcheur de la soie sous mes doigts.
Derrière moi, Iris s'affaire en silence. Ses doigts agiles ajustent une épingle dans mon chignon, lissent un pli imaginaire sur mon épaule, vérifient que chaque détail de mon apparence correspond aux standards exigeants qu'on attend d'une Soren. Iris est avec moi depuis le premier jour, depuis ce matin brumeux d'octobre où je suis entrée dans cette maison au bras d'un homme que je ne connaissais pas et qui ne semblait pas plus désireux de me connaître que s'il avait épousé un meuble ou un tableau ou n'importe quel autre élément de décor destiné à compléter la collection familiale. Elle a soixante-deux ans, des mains douces et ridées par des décennies de travail silencieux, un regard gris qui a vu défiler trop de secrets dans trop de grandes maisons pour s'étonner encore de quoi que ce soit. Elle est la seule personne dans cette demeure qui m'adresse la parole sans que j'aie à la quémander.
– Madame est magnifique, murmure-t-elle en reculant d'un pas pour admirer son ouvrage.
Je tourne lentement sur moi-même. Mes yeux fixent mon propre reflet avec un détachement clinique. Je me trouve belle d'une beauté froide et inaccessible qui ne me ressemble pas, une beauté de magazine ou de portrait officiel. Le coiffeur est venu à quinze heures précises, comme tous les jours de gala. La maquilleuse a suivi à seize heures, armée de pinceaux et de fards qui ont effacé les cernes sous mes yeux. L'habilleuse est venue à dix-sept heures. Une chorégraphie huilée, une mécanique d'horlogerie qui tourne autour de moi sans jamais m'inclure réellement.
Je suis le produit fini d'une chaîne de montage de luxe, une poupée de porcelaine assemblée par des artisans de génie, et personne ne semble remarquer que derrière la porcelaine il n'y a rien.
Je me remémore les sept années de ce mariage. Sept années où mon mari ne m'a pas adressé plus de dix phrases complètes. Sept années à espérer contre toute raison qu'un jour, peut-être, il finirait par me voir, par me parler, par me considérer comme autre chose qu'un meuble de prix dans le décor de sa vie parfaitement orchestrée. Sept années de solitude à deux, de silence partagé, de nuits passées dans des chambres séparées à écouter les bruits de la demeure en se demandant si l'autre dort, si l'autre pense, si l'autre souffre autant que soi.
La porte d'entrée principale claque quelque part dans les profondeurs de la maison. Ce bruit sourd et définitif que je reconnaîtrais entre mille. Mon cœur s'accélère malgré moi, ce réflexe pavlovien que je n'ai jamais réussi à maîtriser. Il est rentré. Gabriel est rentré.
Je descends l'escalier monumental sans me presser. Mes doigts effleurent la rampe en fer forgé qui ondule sous ma paume comme un serpent de métal froid. Chaque marche qui défile sous mes talons est une marche vers un espoir que je sais vain. Le salon principal est éclairé par les lustres de cristal qui jettent des éclats dorés sur les meubles anciens, sur les tapis persans, sur les boiseries sombres qui tapissent les murs.
Et il est là.
Gabriel est debout près du bar, un verre de whisky à la main, le dos tourné vers l'entrée du salon. Sa silhouette massive se découpe contre la fenêtre où le crépuscule parisien étale ses nuances orangées. Il porte un smoking noir qui souligne la largeur de ses épaules. Il est beau, mon mari, d'une beauté qui me fait encore mal après toutes ces années, d'une beauté inaccessible et lointaine qui semble appartenir à un autre monde que le mien.
Je reste dans l'embrasure de la porte. J'attends.
Il ne se retourne pas.
Il vide son verre, le pose sur le plateau d'acajou avec un bruit mat qui résonne dans le silence du salon, et il se dirige vers la porte sans un regard pour moi, sans un mot, sans un geste, sans rien qui puisse indiquer qu'il a remarqué ma présence. Nathan trottine derrière lui, sa voix fluette égrenant la liste des obligations de la soirée.
Le claquement de la porte résonne dans le salon vide. Je reste là, debout, les bras ballants, le cœur en miettes.
Iris apparaît derrière moi. Son reflet dans la vitre se superpose au mien, deux fantômes dans une maison trop grande.
– La voiture de Madame attend, murmure-t-elle avec une douceur infinie.
Je hoche la tête mécaniquement. Mes jambes se remettent en mouvement. Mes talons claquent sur le marbre du hall. Je franchis le seuil. Je monte dans la limousine qui m'attend derrière celle de Gabriel, une voiture séparée pour une épouse séparée.
Le ciel de Paris est chargé de nuages lourds, promesse d'orage qui tarde à s'accomplir. Les lumières de la ville défilent derrière la vitre teintée, floues, irréelles. Et dans le silence de cette voiture qui me conduit vers un gala où je serai aussi seule au milieu de la foule que je le suis entre les murs de ma propre maison, une question silencieuse tourne dans ma tête comme un insecte prisonnier d'un bocal en verre.
À quoi sert une épouse fantôme ?
Chapitre 55AdrienLe gala de charité est l'événement mondain le plus attendu de la saison, un bal masqué organisé dans les salons dorés de l'hôtel Ritz, place Vendôme, sous les lustres en cristal de Bohême qui scintillent comme des milliers d'étoiles prisonnières. Les femmes portent des robes de soirée signées par les plus grands couturiers, des bijoux qui valent des fortunes, des masques de plumes et de strass qui cachent leurs visages sans dissimuler leur élégance. Les hommes sont en smoking, en queue-de-pie, en costumes trois pièces, et le champagne coule à flots, le caviar est servi dans des coupelles en argent, l'orchestre joue des valses de Strauss. C'est un monde de luxe et d'hypocrisie, un monde que je connais bien, un monde où je règne en maître et où Victor se croit à l'abri.
Chapitre 54ChloéAllongée sur le canapé du petit salon, ma tête posée sur les genoux d'Adrien, je regarde les flammes qui dansent dans la cheminée, ces flammes orangées et bleues qui crépitent, qui montent, qui s'éteignent, qui renaissent, et je me sens apaisée pour la première fois depuis des jours. Sa main caresse mes cheveux, lentement, doucement, comme on caresse un chat endormi, et ses doigts s'attardent sur ma tempe, descendent le long de ma joue, suivent la ligne de ma mâchoire. Il ne parle pas, il ne pose pas de questions, il attend, il respecte mon silence, il est là, simplement, totalement, avec cette patience infinie qu'il a apprise pendant sept années de deuil.Je ferme les yeux, je me laisse bercer par le crépitement du feu, par la chaleur de sa main, par la régularité de sa respiration. Et puis les images
Chapitre 53VictorJe raccroche le téléphone, je le pose délicatement sur le bureau en acajou, et je reste un instant immobile, les yeux fixés sur le paysage urbain qui s'étend derrière la baie vitrée de mon penthouse. Paris scintille sous la pluie, les toits de zinc luisent comme des écailles de poisson, la tour Eiffel clignote au loin, et je contemple cette ville qui m'appartient, cette ville que j'ai conquise à la force du poignet, cette ville où je règne sans partage depuis que j'ai éliminé tous mes rivaux. Les lumières de la Défense percent le brouillard, les voitures glissent sur le périphérique comme des lucioles pressées, et moi, je suis au sommet, je suis le maître de ce royaume de verre et d'acier.Mathis est mort. Une balle, un tir propre, un témoin qui se tait définitivement. Le
Chapitre 52GabrielLe sang coule sur le carrelage crasseux, une flaque noire et visqueuse qui s'élargit lentement autour du corps de Mathis, qui s'infiltre dans les fissures du sol, qui dessine des motifs sinistres sur le blanc sale des tomettes. Je suis toujours agenouillé près de lui, le téléphone à la main, le cœur qui bat à tout rompre contre mes côtes, les sens en alerte maximale, cette hypervigilance que je croyais avoir perdue en quittant les services et qui revient brutalement, instinctivement, comme un réflexe de survie. Le tireur pourrait être encore là, pourrait ajuster un deuxième coup, pourrait m'éliminer moi aussi. Je rampe vers le mur, je me plaque contre la cloison, je respire, j'analyse, je redeviens l'agent que j'étais, froid, méthodique, implacable.Mathis fixe le plafond de ses yeux morts, ces yeux qui rega












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