ANMELDENL'image disparaît.La brume redevient blanche. Silencieuse. Impassible.— Ce n'était qu'une possibilité, murmure la voix dans ma tête. Un avenir parmi d'autres. Mais un avenir probable. Très probable. Quand tu seras morte, il se consolera avec elle. Il l'aimera comme il t'aimait. Il lui dira les mêmes mots. Il lui fera les mêmes promesses. Et toi, tu seras oubliée. Un souvenir lointain. Un nom qu'il ne prononcera plus.Je reste à genoux. Les mains sur le visage. Les épaules secouées de sanglots.Je sais que c'est un mensonge. Je le sais. La brume veut me briser, me détruire, me rendre folle avant que le Soiffard ne porte le coup final. C'est une stratégie. Une torture psychologique. Une arme aussi efficace que les griffes de ses créatures.Mais savoir ne suffit pas.Parce que l'image est gravée dans mon esprit. Elle y rest
AURORALe temps n'existe plus dans la brume.Je ne sais pas depuis combien de temps je marche. Des minutes ? Des heures ? Des jours ? Le ciel est toujours le même, gris, bas, invisible derrière le mur blanc qui m'entoure. La lumière ne change pas. Le froid ne change pas. Rien ne change.Sauf les images.Elles ont commencé il y a quelque temps. Peu après que la brume m'a parlé. Peu après qu'elle m'a montré ma mère. Au début, c'étaient des formes vagues, des ombres à la périphérie de ma vision. Je tournais la tête, elles disparaissaient. Je croyais que c'était mon imagination, la fatigue, la peur.Mais elles sont devenues plus nettes.Plus réelles.Plus cruelles.La première fois, j'ai vu Alessandro.Il était là, à quelques mètres de moi, sa silh
L'amour qui a poussé entre nous comme une plante dans les ruines. Fragile au début. Presque honteux. Puis plus fort. Plus grand. Plus essentiel. Jusqu'à devenir la chose la plus importante de mon existence. Jusqu'à devenir ma raison de me lever chaque matin, de me battre, de survivre.Et maintenant, cette brume me le vole.Je m'arrête.La colère monte en moi. Une colère ancienne, profonde, qui vient de très loin. La même colère que j'ai ressentie quand j'ai vu ma mère mourir. La même colère qui m'a portée à travers toutes ces années de survie, de combat, de perte.— Rendez-le-moi !Je hurle dans la brume. Ma voix se brise, se déchire, se perd.Et la brume me répond.Pas avec des mots. Avec des images.Elles apparaissent soudainement, comme des bulles qui crèvent à la surface d'une eau no
AURORA---Un pas. Puis un autre. Puis plus rien.La brume m'a avalée.Je ne sais pas quand c'est arrivé. Une seconde, Alessandro était à côté de moi, sa main dans la mienne, sa chaleur contre ma peau. La seconde d'après, il n'y avait plus que du blanc. Un blanc épais, opaque, qui efface tout. Les formes. Les sons. Les distances. Les certitudes.Je me retourne.Rien.Je tends les mains.Rien.Je crie son nom.— Alessandro !La brume boit ma voix. Elle l'absorbe comme une éponge absorbe l'eau, comme une tombe absorbe les morts. Aucun écho. Aucune réponse. Juste ce silence épais, cotonneux, qui pèse sur mes tympans comme une main invisible.Je fais un pas. Le sol est toujours là, sous mes bottes, mais je ne le vois pas. La brume rampe jusqu'à mes genoux, s'enroule autour de mes mo
ALESSANDROLa brume se déchire.Elles sont là.Cinq. Non, six. Non, plus. Elles sortent des arbres, du brouillard, du sol. Des créatures du Soiffard. Les mêmes que celles qui ont attaqué le camp. Les mêmes que celles qui ont tué Dariush. Les mêmes que celles qui hantent mes cauchemars depuis des semaines.Mais différentes.Plus grandes. Plus noires. Plus affamées. Leurs yeux brillent d'une lueur rouge, comme des braises, comme du sang, comme des promesses de mort. Leurs griffes sont plus longues, plus acérées, plus meurtrières. Leurs gueules dégoulinent d'une bave noire qui fume au contact du sol, qui brûle l'herbe, qui fait fondre la neige.— En formation ! crie Kael.Les guerriers se placent en cercle, dos à dos, armes levées. Les épées d'acier étoilé brillen
La forêt défile autour de nous. Les arbres se resserrent, les branches s'entrecroisent, le ciel disparaît. La lumière baisse. Le froid augmente. L'air devient lourd, épais, difficile à respirer. On dirait que la forêt elle-même retient son souffle, qu'elle attend quelque chose, qu'elle sait quelque chose que nous ignorons.— On approche, dit Kael derrière moi.Sa voix est grave, tendue. Je l'entends à peine. La brume étouffe les sons, les avale, les digère.— La vallée ?— Oui. Encore une heure. Peut-être deux.— Qu'est-ce qui t'attend là-bas ? demande Alessandro.— Rien de bon.On continue d'avancer. Le silence s'épaissit. Les oiseaux ont cessé de chanter. Les insectes ont cessé de bourdonner. Même le vent semble retenir son souffle. La forêt est morte. Ou end
AURORAIl tourne enfin la tête vers moi. Dans la faible lumière bleue, ses traits sont tirés, fatigués. Pour la première fois, je vois non pas le roi, ni la bête, ni l’amant. Je vois le gardien. L’homme seul qui porte le poids de cette chose depuis trop longtemps.— Parce qu’elle te reconnaît, Auro
KAELAN La forêt sent la peur.Elle s’infiltre dans l’air humide du petit matin, un parfum aigre et vert qui se mêle à la terre, à la sève et à la pourriture. Mon peuple non, notre peuple maintenant se déplace autour de nous comme une rivière sombre et silencieuse. Des ombres entre les arbres. Des
AURORALa douleur est un point de fusion, une étoile blanche qui explose dans ma chair. La morsure d'Alessandro sur mon épaule n'est pas qu'une marque, c'est une naissance. La brûlure se propage, serpent de feu dans mes veines, et je sens mes os chanter, se densifier, se réarranger sous la peau. C'
AURORALa lune pleure des larmes d’argent à travers les vitraux brisés de la vieille chapelle, striant le sol de pierre de motifs tremblants. L’air sent la cendre et la terre humide, cette odeur lourde qui précède toujours l’orage. Mais la tempête, elle, se tient devant moi. Alessandro. Son nom seu







