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Pas de temps pour mes funérailles, mais quand je renais, tu deviens fou
Pas de temps pour mes funérailles, mais quand je renais, tu deviens fou
Author: Élodie Doré

Chapitre 1

Author: Élodie Doré
« Madame Potier, nous sommes désolés… Malgré tous nos efforts pour sauver votre fille… »

Sylvie a serré un lapin en peluche dans ses mains, le regard vide, fixé sur la porte du bloc opératoire.

Elle s'est rendue au chevet de sa fille pour lui dire un dernier adieu.

Sur le lit d'opération, Sylvie a pris les petites mains frêles et desséchées d'Émilie.

Elles étaient glaciales, privées de toute chaleur.

Sylvie a délicatement arrangé les mèches de cheveux de sa fille.

Dans son esprit, la voix faible d'Émilie, avant qu'on ne l'emmène en réanimation, résonnait encore :

« Maman… tonton n'est pas venu ? »

Le « tonton » dont parlait Émilie n'était autre que son père biologique, Alain Chéron.

Il ne lui a jamais permis de l'appeler « papa », mais le fils d'Héloïse Veil, son éternelle bien-aimée, a pu l'appeler « papa » librement.

Le plus grand souhait d'anniversaire d'Émilie avait été de passer ce jour avec Alain, de pouvoir enfin l'appeler « papa », ne serait-ce qu'une fois.

Affaiblie par une santé fragile, Émilie avait attrapé la grippe l'année précédente en attendant Alain dans le vent glacé pour dîner ensemble. La grippe s'était transformée en pneumonie. Cette année, son état s'était brutalement aggravé, la clouant à l'hôpital.

Et aujourd'hui, en plein cœur de l'hiver, Émilie s'est encore échappée pour attendre Alain devant la maison, espérant qu'il rentrerait dîner. Elle s'est évanouie dehors. Sylvie l'a trouvée et l'a immédiatement conduite à l'hôpital.

Les médecins avaient émis un avis de pronostic vital engagé.

Sylvie avait supplié Alain de revenir pour passer l'anniversaire de leur fille cette année.

Il a promis.

Mais, une fois de plus, il n'a pas tenu parole.

Elle a doucement serré le petit corps frêle d'Émilie dans ses bras, murmurant tout bas :

« Ma douce, tu es libérée… »

Libérée des souffrances de la maladie.

Libérée de l'attente vaine d'un père qui la rejetait, de cet amour paternel qu'elle n'a jamais reçu.

« Maman… pourquoi tonton ne veut pas que je l'appelle papa, alors que frère Thayer le peut, lui ? »

« Maman… est-ce que papa aime Thayer parce que tatie Héloïse l'aime, elle ? »

Les questions innocentes de sa fille, si pleines de naïveté, semblaient encore résonner à ses oreilles, encore et encore.

À son jeune âge, Émilie ne comprenait pas pourquoi son père ne l'aimait pas, pourquoi elle n'avait pas le droit de l'appeler « papa ». Elle pensait qu'elle n'était pas aussi bien que son frère, et que c'était pour ça que son père la détestait…

Six ans plus tôt, à cause d'un accident avec Alain, Sylvie était tombée enceinte d'Émilie, et ils s'étaient mariés pour cette raison.

Lors de l'accouchement, elle avait fait une hémorragie sévère.

Alain, lui, il n'est même pas venu.

Il était trop occupé à accompagner Héloïse, qui donnait naissance à son fils. La priorité d'Alain était claire comme de l'eau de roche.

Après la naissance de son fils, Héloïse l'avait abandonné à Alain et était partie à l'étranger, sans plus donner de nouvelles.

Sylvie, amoureuse d'Alain depuis des années, avait tout fait pour lui plaire. Elle avait accepté qu'il ramène le fils d'Héloïse à la maison et l'avait élevé comme son propre enfant, avec tout son cœur.

Mais Alain interdisait à Émilie de l'appeler « papa », tandis qu'il traitait le fils d'Héloïse comme un trésor.

La différence était criante.

Lors de son accouchement difficile, Sylvie aurait dû comprendre : le cœur d'Alain était de pierre, impossible à réchauffer, quoi qu'elle fasse.

Émilie était née le matin, avant le fils d'Héloïse. Pourtant, Alain avait décidé que ce dernier serait l'aîné, l'héritier officiel de la famille Chéron.

À tel point que tout le monde croyait que le fils d'Héloïse était le véritable enfant d'Alain.

Et Émilie ? On la considérait comme une fille illégitime.

Derrière elle, le médecin, ému, a observé son dos tremblant.

« Le père de l'enfant n'est toujours pas là ? »

Depuis l'hospitalisation d'Émilie, personne n'avait vu l'ombre du père.

Les yeux de Sylvie se sont durcis, un sourire amer a crispé ses lèvres.

« Le père de l'enfant ? Il est parti à l'étranger avec son fils illégitime pour rejoindre sa mère, organiser une fête d'anniversaire. »

Comme chaque année.

Et elle, elle avait été assez naïve pour élever l'enfant d'une autre pendant quatre ans.

Deux enfants nés le même jour, mais Émilie n'avait connu que le mépris et l'abandon.

Le médecin, abasourdi, a regardé cette femme brisée, sans savoir comment la consoler.

-

Le lendemain de la mort d'Émilie, Sylvie a réglé toutes les formalités.

Les documents pour la crémation exigeaient la signature des deux parents.

Sylvie est retournée à la Villa de l'Anse pour rassembler les affaires d'Émilie.

En bas, elle a entendu le bruit d'une voiture.

« Papa ! Quand tu quittes maman pour épouser tata Héloïse ? J'aimerais tellement qu'elle devienne ma maman ! »

Alain a accroché son manteau au bras, s'est penché et a pincé affectueusement la joue du petit garçon.

« Thaïo, tu peux déjà appeler tatie Héloïse 'maman'. »

Sylvie, à l'étage, a tout entendu.

Thayer Chéron, le fils d'Héloïse.

Son cœur s'est serré. Puis elle a fermé les yeux et a pris une profonde inspiration.

« Va demander à ta mère de te donner un bain et de te changer, on ira accueillir Tatie Héloïse. »

Thayer a sauté de joie :

« Chouette ! »

Mais l'instant d'après, son visage s'est assombri.

« Mais… si maman l'apprend, elle ne va pas me laisser y aller, si ? Je déteste maman, elle m'interdit toujours de manger dehors ! »

Alain a caressé la tête de Thayer.

« Papa est là, elle n'osera rien dire. »

Puis il a levé les yeux… croisant Sylvie qui descendait l'escalier.

Son expression était impassible, il a détourné les yeux, comme si elle n'existait pas.

Thayer s'est précipité vers elle, tirant sa main.

« Maman, donne-moi un bain, je dois sortir tout à l'heure. »

Sylvie a retiré sa main, a levé les yeux vers Alain.

« Tu n'as pas oublié quelque chose ? »

Alain l'a regardée à peine, d'un air détaché.

« Quoi ? »

Depuis des années, il s'était toujours montré froid, envers elle, envers Émilie.

Sylvie a esquissé un sourire amer.

Évidemment, comment aurait-il pu se souvenir qu'Émilie et Thayer partageaient le même anniversaire ?

Chaque année, il emmenait Thayer fêter son anniversaire avec Héloïse, dans une grande célébration.

Et chaque année, Émilie attendait dans le froid un père qui ne rentrait jamais.

« J'ai besoin de parler avec toi. »

L'homme a laissé échapper un rire moqueur.

« Pas le temps aujourd'hui. »

« Ça ne prendra pas longtemps. » a insisté Sylvie, « Juste deux signatures. »

Elle lui a tendu un dossier en lui indiquant où signer.

Alain, visiblement agacé, a signé à la hâte, comme si chaque seconde passée avec elle lui coûtait cher.

Puis il les lui a tendus.

« Ce soir, Thayer et moi, on reste dehors. Demain matin, dis à Émilie d'aller à l'école et de demander une demi-journée de congé pour Thayer. »

Sylvie a serré les dents, ses doigts crispés sur le dossier, les jointures blanchies.

S'il avait pris une seconde pour regarder, il aurait vu que l'un des documents était une demande de divorce, l'autre, l'autorisation de crémation d'Émilie.

Même pour signer, il a tout bâclé.

« Et dis à Émilie de ne plus m'appeler. »

Sylvie a laissé échapper un rire froid.

Émilie ne l'appellerait plus jamais.

Et elle non plus.

Face à son attitude inhabituelle, Alain n'a rien remarqué, comme toujours.

Le temps pressait, Héloïse a appelé pour savoir quand ils arriveraient.

Thayer, sans s'être lavé ni changé, est parti main dans la main avec Alain.

« Ce soir, c'est ma nouvelle maman qui va me donner le bain ! »

L'homme a répondu avec tendresse :

« D'accord. »

Sylvie est restée plantée là, les yeux fixés sur leur silhouette qui s'éloignait.

Elle a contemplé ce départ, longtemps.

Elle a rassemblé tout ce qui, dans la maison, appartenait à elle et à Émilie, puis a tout brûlé.

Ensuite, elle s'est rendue au crématorium pour la crémation d'Émilie.

Quand elle est arrivée, les larmes lui ont échappé malgré elle.

« Émilie… attends-moi. Maman viendra vite te rejoindre… »

-

De l'autre côté, Alain et Thayer assistaient au banquet de retour d'Héloïse.

Tous trois affichaient une complicité parfaite, comme une véritable famille.

Les invités les félicitaient pour leur bonheur, tout en murmurant que Sylvie s'accrochait au titre de Madame Chéron, gâchant leur belle harmonie.

Soudain, quelqu'un s'est frayé un chemin à travers la foule jusqu'à Alain.

« Monsieur Chéron, votre femme et votre fille ont été incinérées aujourd'hui. Veuillez vous rendre au crématorium pour récupérer leurs cendres. »

Alain n'a même pas froncé les sourcils et a répondu d'un ton sec :

« À son âge, elle joue encore à ce genre de scènes de jalousie ? »

« Mais… c'est vous qui avez signé les documents de crémation, et aussi l'accord de divorce… »

Le cœur d'Alain s'est arrêté une fraction de seconde.

« Qu'est-ce que vous dites ? »

Il a foncé jusqu'au crématorium, roulant à toute allure. Là, il a vu sa femme et sa fille être poussées dans le four crématoire.

En un instant, une douleur déchirante lui a transpercé la poitrine.

Puis, sous les yeux du personnel, il s'est effondré à genoux, dans un bruit sourd.
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