FAZER LOGINAuroraLa chapelle est plongée dans une pénombre dorée, éclairée seulement par les cierges qui brûlent encore sur l'autel, et l'odeur de l'encens flotte dans l'air, mêlée aux parfums des fleurs qui jonchent le sol, et Lorenzo me tient la main, il me guide à travers la nef vide, vers le prie-Dieu, vers ce meuble de bois sombre sur lequel je me suis agenouillée tant de fois pour prier, et je sens mon cœur battre si fort que je l'entends résonner dans le silence sacré, et je me demande si Dieu nous regarde, s'il nous bénit, s'il approuve ce que nous allons faire, ou s'il détourne les yeux, par pudeur, par respect, par amour pour ses créatures qui s'aiment.Lorenzo s'arrête devant le prie-Dieu, il se tourne vers moi, et il me regarde, il me regarde avec une intensité qui me consume, et il dit d'une voix basse et rauque :— Agenouille-toi, Aurora, agenouille-toi comme tu sais si bien le faire, et offre-toi à moi, offre-toi à ton mari, offre-toi à
AuroraLa cérémonie se termine, les invités applaudissent, les cloches sonnent à toute volée, les fleurs volent dans l'air, et je marche au bras de Lorenzo, je marche vers la sortie de la chapelle, et je sens son corps contre le mien, sa chaleur, sa force, son désir contenu, et je sais qu'il brûle, qu'il brûle de me prendre, de me posséder, de me marquer comme sa femme, et cette attente, ce désir contenu, cette promesse chuchotée pendant le baiser, me rend folle, me rend liquide, me rend prête à tout, et je serre sa main, et je sens entre mes cuisses une chaleur qui n'a rien à voir avec la température de cette journée de printemps, une chaleur qui est le prélude de ce qui va suivre, de ce qu'il m'a promis, de ce que je désire autant que lui.Nous sortons sous les vivats, sous les pétales, sous le ciel immense, et Lorenzo me regarde, il me regarde avec cette intensité qui me dévore, et il se penche vers moi, et il murmure, assez fort pour que je
LorenzoLa chapelle du palazzo est pleine, pourtant je n'y vois personne, je n'y entends rien, je n'y sens rien, car mon regard est fixé sur elle, sur Aurora qui avance vers moi dans l'allée centrale, et le monde entier se réduit à cette silhouette blanche, à ce visage rayonnant, à ces yeux gris-bleu qui me regardent avec un amour si pur, si total, si absolu, que j'en ai le souffle coupé, et je sens mon cœur battre dans ma poitrine comme il n'a jamais battu, comme s'il voulait sortir de ma cage thoracique pour voler vers elle, pour se fondre en elle, pour ne plus jamais être séparé d'elle, et je me dis que je suis en train de vivre le plus beau moment de ma vie, le moment où toutes mes années de ténèbres trouvent enfin leur sens, leur justification, leur rédemption.Elle marche lentement, au rythme de la musique sacrée, et chaque pas qui la rapproche de moi est une bénédiction, chaque mouvement de sa robe ivoire est une caresse, chaque éclat de
AuroraLa robe est blanc cassé, pas blanc pur, et ce choix, ce simple choix de teinte, est une déclaration, un acte, une affirmation de ce que je suis devenue, de ce que j'assume, de cette chair que j'ai découverte et que je ne renie plus, car le blanc pur est pour les vierges, pour celles qui n'ont pas connu l'homme, pour celles qui entrent dans le mariage avec l'innocence intacte, et moi, je ne suis plus innocente, je ne suis plus vierge, je suis une femme qui a couché avec l'homme qu'elle aime, qui a crié de plaisir dans ses bras, qui a senti sa semence en elle, qui a découvert le goût de sa peau et la chaleur de son ventre, et je ne veux pas le cacher, je ne veux pas mentir, je ne veux pas me déguiser en ce que je ne suis plus, car ce mensonge serait une trahison de tout ce que nous avons vécu, de tout ce que nous avons construit, de tout ce que nous sommes devenus.Je me regarde dans le miroir de ma chambre, le matin du mariage, et je conte
LorenzoVittorio débarque au palazzo un soir, plus agité que jamais, les yeux brillants d'une excitation que je ne lui ai pas vue depuis des années, cette excitation fiévreuse des hommes qui tentent de fuir leur propre vide en remplissant leur vie de bruit et de chair, et il m'annonce qu'il a organisé une soirée, une grande soirée, une soirée d'enterrement de vie de garçon qui restera dans les annales, une soirée comme nous n'en avons plus fait depuis longtemps, avec des femmes, beaucoup de femmes, des professionnelles de luxe aux corps parfaits, et je le regarde, je le regarde avec une lassitude amusée, et je lui dis que je n'ai pas besoin de ça, que je n'ai pas envie de ça, que je n'ai plus envie de ces plaisirs vides qui m'ont si longtemps tenu lieu de vie, mais il insiste, il insiste avec cette obstination d'enfant gâté qui est la sienne, il me harcèle, il me supplie, il me dit que c'est la tradition, que c'est mon dernier soir de liberté, et je fini
AuroraSœur Maria arrive par le train de Naples, un matin de printemps où le ciel est si bleu qu'il paraît peint à la main, où l'air sent déjà les fleurs d'oranger et la mer proche, et je l'attends sur le quai de la gare, le cœur battant si fort que je le sens cogner dans mes tempes, les mains moites serrées l'une contre l'autre, partagée entre la joie immense de la revoir après tant de mois de séparation et la peur sourde, insidieuse, de ce qu'elle va penser de moi, de ce que je suis devenue, de cette femme nouvelle qui porte des robes de soie et des talons fins, qui a couché avec un homme avant le mariage, qui a découvert le plaisir charnel et qui ne veut plus y renoncer, qui a trouvé dans la chair une forme de grâce que le couvent ne lui avait jamais enseignée, et je me demande, en cette minute suspendue où le train entre en gare dans un grincement de freins strident, si elle va me reconnaître, si elle va me juger, si elle va me condamner avec cette d







