Share

Chapitre 3

Author: Juliette
Je me suis enfermée dans mon bureau pendant tout l'après-midi.

En bas, plusieurs véhicules de médias étaient déjà garés devant l'immeuble, attendant le moindre mouvement.

J'ai ricané.

À partir d'aujourd'hui, je ne serais plus qu'une femme d'affaires.

J'ai décroché le téléphone interne et appelé la directrice administrative.

« Préviens tout le personnel. Réunion générale demain matin à 9 heures, dans la grande salle de conférence. »

« Concernant la polémique autour de la crèche et des avantages accordés aux employés, l'entreprise annoncera sa décision définitive. »

À l'autre bout du fil, la directrice administrative a hésité.

« Mme Bonnet… on va vraiment céder ? »

« Non. »

J'ai regardé les objectifs des caméras qui clignotaient dehors.

Puis j'ai prononcé chaque mot, calmement :

« Il est temps qu'elles paient le prix de leur cupidité. »

Le lendemain matin, la grande salle de conférence était pleine à craquer.

L'ambiance était électrique. Tout le monde semblait impatient, presque comme si chacun était venu célébrer une victoire.

Victoria était assise au premier rang, entourée d'un groupe d'employées. Elle était clairement devenue la star de la réunion.

Elle avait même pris le temps de se maquiller avec soin et racontait fièrement aux autres ce qu'elle appelait son « expérience dans la lutte ».

« Avec les capitalistes, faut surtout pas avoir pitié. »

« Tant qu'on reste soudées et qu'on fait assez de bruit, elle finira forcément par céder. »

« Attendez un peu. Aujourd'hui, elle va forcément nous donner une réponse qui nous conviendra. »

Adèle était assise à côté d'elle, avec un petit sourire satisfait, hochant de temps en temps la tête pour approuver.

À 9 heures précises, je suis entrée dans la salle.

Tous les regards se sont immédiatement tournés vers moi.

Il y avait de la jubilation, de la curiosité, et une avidité impossible à dissimuler.

Je suis montée sur l'estrade.

J'ai balayé la salle du regard.

Puis je me suis profondément inclinée.

« Avant toute chose, je tiens à vous présenter mes excuses. »

Un brouhaha a éclaté dans la salle, aussitôt suivi d'applaudissements et de cris de joie.

Victoria a même relevé les sourcils d'un air triomphant et sorti son téléphone, comme si elle s'empressait d'annoncer la bonne nouvelle à quelqu'un.

Je me suis redressée et je les ai regardées.

« Je vous présente mes excuses parce que, en voulant faire les choses à ma manière, je n'ai pas suffisamment pris en compte votre souhait de pouvoir choisir librement comment vous occuper de vos enfants. Je suis sincèrement désolée pour les problèmes et les malentendus que cela a pu entraîner. »

Les applaudissements sont devenus encore plus nourris.

Quelqu'un a même crié au fond de la salle :

« Mme Bonnet, vous avez reconnu votre erreur. On peut comprendre ! »

J'ai attendu que les applaudissements se calment avant de poursuivre :

« Pour respecter pleinement les choix de chacun et répondre à votre demande de pouvoir décider librement de la façon dont vous élevez vos enfants… »

« Après avoir mûrement réfléchi toute la nuit, la direction a pris la décision suivante… »

Je me suis volontairement interrompue.

Tout le monde a retenu son souffle.

Tout le monde a tendu le cou, les regards se sont illuminés.

Je les ai regardés droit dans les yeux avant d'annoncer ma décision, mot après mot.

« Premièrement, à compter d'aujourd'hui, la crèche de l'entreprise sera définitivement fermée. »

La salle a aussitôt explosé de joie.

Victoria et les femmes autour d'elle se sont prises dans les bras, folles de bonheur.

Elles avaient gagné.

Je n'ai prêté aucune attention à leurs célébrations et ai poursuivi avec la deuxième décision.

« Deuxièmement, afin de compenser la suppression de cet avantage, l'entreprise mettra désormais en place une allocation. »

Tout le monde s'est tu et m'a regardée avec impatience.

J'ai pris une petite inspiration avant d'annoncer le chiffre dont elles rêvaient toutes.

« Toutes les employées qui remplissent les conditions recevront 200 euros par mois au titre de cette allocation. »

À ces mots…

Un silence de mort est tombé sur la salle.

Le téléphone de Victoria, qu'elle s'apprêtait à utiliser pour fanfaronner auprès de ses proches, lui a échappé des mains.

Il s'est écrasé au sol dans un claquement sec, l'écran complètement brisé.

Elle a été la première à réagir.

Elle s'est levée d'un bond, la voix montant dans les aigus.

« Deux cents euros ? Lucie ! Tu te fiches de nous ? »

« Et le budget de la crèche, alors ? Tu l'as gardé pour toi ? »

Je l'ai regardée froidement.

« Quel budget ? »

« La crèche, c'est moi qui l'ai financée personnellement. C'est mon propre argent. L'entreprise n'y a pas consacré un seul centime de son budget. »

« Maintenant, je ne veux plus continuer à payer de ma poche. Ça pose un problème ? »

Mes paroles les ont toutes laissées sans voix.

Elles avaient toujours cru que les dépenses de la crèche faisaient partie des avantages financés par l'entreprise.

Elles pensaient qu'en faisant suffisamment de bruit, elles pourraient transformer cet avantage en nature en argent sonnant et trébuchant.

Elles n'avaient jamais imaginé que cet avantage ne leur était pas dû.

C'était simplement un cadeau que je leur avais offert en le payant de ma propre poche.

« C'est impossible ! »

Victoria a hurlé, complètement hors d'elle.

« Tu mens ! Tu es vraiment une capitaliste sans scrupules ! Tu veux garder tout cet argent pour toi ! »

« Pense ce que tu veux. »

Je suis restée parfaitement impassible avant d'ajouter :

« Et puisque nous en sommes là, permettez-moi de vous donner un petit conseil. »

« À cause de toute cette polémique, la réputation de l'entreprise a été gravement affectée. Notre principal partenaire vient de suspendre sa collaboration avec nous. »

« Le conseil d'administration s'est réuni en urgence cette nuit et m'a ordonné de réduire de 30 % les coûts de fonctionnement de l'entreprise dans les 24 heures, afin de nous préparer à la crise qui risque de nous frapper. »

Je me suis arrêtée un instant et ai balayé du regard tous ces visages devenus livides.

« La liste des personnes licenciées sera envoyée demain matin à vos adresses e-mail. »

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Quand la bonté se retourne contre vous   Chapitre 9

    Le lendemain, deux annonces ont été affichées sur le panneau d'information de l'entreprise.La première annonçait la rupture du contrat de travail entre l'entreprise et Victoria.La seconde était l'avis officiel du tribunal confirmant l'ouverture de la procédure judiciaire engagée par l'entreprise contre Victoria, avec une demande de dommages et intérêts de 12,5 millions d'euros.Adèle, bien qu'elle soit devenue la « grande héroïne » de l'affaire, n'avait pas pour autant des jours faciles.Plus personne ne voulait travailler avec elle. Tout le monde l'évitait comme la peste.Elle avait conservé son emploi, mais elle avait perdu ce qui faisait le plus fondamentalement d'elle une personne : la dignité et la confiance des autres.Une semaine plus tard, M. Robin est venu en personne dans mon bureau.Il n'a pas mentionné une seule fois toute cette affaire. Il m'a simplement tendu un tout nouveau contrat de partenariat, avec un investissement doublé.« Mme Bonnet, félicitations. »I

  • Quand la bonté se retourne contre vous   Chapitre 8

    Je suis retournée dans mon bureau, je me suis préparé une tasse de thé et j'ai attendu tranquillement.Moins de dix minutes plus tard, on a frappé à la porte de mon bureau.Et la première personne à venir n'était autre qu'Adèle.Elle serrait fermement une clé USB dans sa main.« Mme Bonnet ! »À peine entrée, elle s'est agenouillée devant moi.« J'ai eu tort ! Je suis vraiment désolée ! J'ai complètement perdu la tête ! »En larmes, elle s'est mise à sangloter et à se prosterner devant moi tout en levant la clé USB au-dessus de sa tête.« Il y a là-dedans toutes les conversations qui prouvent que Victoria avait tout planifié dès le début ! Elle savait exactement comment faire monter l'affaire en épingle, étape par étape, pour vous forcer à céder ! »« Elle a même contacté une agence de communication à l'extérieur de l'entreprise ! »« Elle voulait complètement ruiner votre réputation, puis ouvrir sa propre crèche pour attirer les enfants de nos employées et les inscrire dans

  • Quand la bonté se retourne contre vous   Chapitre 7

    J'ai souri.« La liberté d'expression ? »J'ai regardé Victoria et j'ai articulé chaque mot.« La liberté d'expression ne vous donne pas le droit de raconter n'importe quoi, de calomnier les autres et de répandre des mensonges sans aucune limite. »« La limite de cette liberté, c'est la loi. »« Quand vous avez tapé sur votre clavier pour attaquer cette entreprise qui vous fournit un emploi et vous verse un salaire, en vous servant de mensonges, vous auriez dû penser que vous auriez à assumer les conséquences de vos actes. »Mon regard s'est posé sur le visage livide d'Adèle.« Quand vous profitez de la bienveillance et de l'aide de l'entreprise tout en lui plantant un couteau dans le dos, vous perdez tout simplement le droit d'espérer être pardonnées. »Adèle a violemment tressailli et a failli glisser de sa chaise.« Quant à l'abus de pouvoir ? »J'ai reporté mon regard sur Victoria, avec une pointe de sarcasme dans la voix.« Non. Je ne fais qu'utiliser la loi pour défend

  • Quand la bonté se retourne contre vous   Chapitre 6

    Le lendemain matin, à 8 h 50.La grande salle de réunion était noire de monde.Victoria et Adèle étaient assises au premier rang avec une vingtaine d'autres jeunes mamans, toutes vêtues de noir.Les autres employés étaient installés plusieurs rangées plus loin. Ils chuchotaient entre eux, visiblement venus assister au spectacle.Victoria était encore en train de faire une dernière mise au point avec son « armée en noir ».« Souvenez-vous. Dès que Lucie entre, personne ne dit un mot. On se contente de la regarder. »« On attend qu'elle parle la première. Si elle n'accepte pas toutes nos conditions, on sortira toutes ensemble et on ira directement voir les médias ! »« Aujourd'hui, on va jouer le tout pour le tout ! »Adèle a hoché vigoureusement la tête à côté d'elle.« Exactement ! Il faut qu'elle comprenne qu'on ne se laissera pas faire ! »Le temps passait, seconde après seconde.8 h 59.Presque tous les téléphones ont vibré en même temps.Un nouvel e-mail.Victoria a o

  • Quand la bonté se retourne contre vous   Chapitre 5

    Je n'ai pas envoyé immédiatement l'e-mail destiné à tout le personnel.J'ai demandé à mon assistante de transmettre un message aux employées qui commençaient à perdre le contrôle devant mon bureau.« Mme Bonnet a dit qu'elle était prête à vous donner une dernière chance. »« Demain matin à 9 heures, toujours dans la grande salle de conférence. Elle écoutera vos dernières revendications. »Peu à peu, les cris et les disputes dans le couloir se sont calmés.Victoria, celle que tout le monde venait pourtant de prendre pour cible en la tenant responsable de toute cette situation, a immédiatement saisi l'occasion.Elle s'est empressée de remettre de l'huile sur le feu dans le groupe.« Tout le monde, vous avez vu ? Lucie a peur ! »« Elle n'osera jamais vraiment nous licencier. Elle essaie juste de nous faire peur ! »« Demain, on reste toutes soudées et on ne lâche rien ! »« On doit non seulement lui faire rouvrir la crèche, mais aussi lui faire augmenter l'allocation en espèces

  • Quand la bonté se retourne contre vous   Chapitre 4

    Je me suis retournée et, au milieu de leurs cris de désespoir et de panique, j'ai quitté la salle de conférence.Derrière moi, certaines hurlaient :« Non ! Mme Bonnet ! »D'autres s'en prenaient déjà à Victoria :« Victoria ! Tout ça, c'est à cause de toi ! »La peur de perdre leur emploi a fini par faire exploser les tensions.De retour dans mon bureau, j'ai verrouillé la porte.De l'autre côté, c'était le chaos. Des pleurs, des insultes, des coups frappés contre la porte.« Mme Bonnet ! J'ai compris ! Je vous jure que j'ai compris ! S'il vous plaît, ne fermez pas la crèche ! »« J'ai une famille à charge ! Je peux pas perdre ce travail ! »« Victoria ! Rends-moi mon travail ! Je vais te le faire payer ! »Derrière la porte, elles en étaient déjà venues aux mains.Celles qui, la veille encore, s'étaient serré les coudes pour défendre leurs intérêts communs étaient maintenant en train de se déchirer pour rejeter la faute sur les autres.Tout cela était exactement ce que j

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status