Share

Chapitre 1 : Orpheline

Author: Dledition
last update publish date: 2026-07-19 20:28:29

Arya

Il y a dix ans.

J'ai huit ans et je ne comprends pas pourquoi maman ne se réveille pas.

La pièce est sombre, éclairée seulement par une chandelle qui vacille sur la table de chevet. L'odeur est bizarre. Une odeur que je ne connais pas. Le sang. Il y en a partout, sur les draps blancs, sur le sol en pierre, sur les mains de maman. Ses mains si douces, si chaudes quand elle caressait mes cheveux, si habiles quand elle préparait ses remèdes avec les herbes de la forêt. Maintenant, elles sont froides et immobiles.

Papa est allongé près d'elle. Lui aussi, il ne bouge plus. Son grand corps de guerrier, qui me soulevait si haut que je touchais presque le ciel, est couché sur le flanc, une main tendue vers maman, comme s'il avait essayé de la protéger jusqu'à la fin.

Je suis recroquevillée dans un coin de la chambre, les genoux contre la poitrine. Je ne pleure pas. Je n'arrive pas à pleurer. C'est trop grand, ce qui arrive. Trop énorme pour ma tête de huit ans. Je ne sais pas ce qu'est la mort. Je sais juste que maman et papa ne bougent plus, et que quelque chose est cassé pour toujours.

La porte s'ouvre à la volée.

Des hommes entrent. Des guerriers, avec leurs armures sombres et leurs yeux durs. Derrière eux, une silhouette plus massive, plus impressionnante : Kalkin Vale. L'ancien Alpha. Je ne l'ai jamais vu d'aussi près. Il est immense, un roc de muscles et de puissance, et son regard gris acier me glace jusqu'aux os.

Il regarde les corps de mes parents, et sur son visage, il n'y a rien. Pas de tristesse. Pas de colère. Rien.

— Ramassez la fille, ordonne-t-il d'une voix plate. Et nettoyez cette pièce.

Un guerrier m'attrape par le bras. Je ne résiste pas. Je n'ai plus de force. Mes pieds touchent à peine le sol alors qu'on me traîne vers la porte. En passant devant le lit, je vois quelque chose briller dans la main de maman. Une petite pierre, veinée d'argent, qu'elle serrait contre sa poitrine. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, mais je tends la main et je l'attrape. Le guerrier ne voit rien. Kalkin ne voit rien. Je cache la pierre dans ma paume et je la serre si fort que les arêtes s'enfoncent dans ma chair.

C'est tout ce qui me reste.

On me traîne jusqu'à la place centrale, celle où, des années plus tard, on m'humiliera devant toute la meute. Il y a du monde. Beaucoup de monde. Les visages sont durs, fermés, ou simplement curieux. Kalkin monte sur l'estrade, celle-là même où son fils, un jour, brisera ma vie.

— Elara et Fenris sont morts, annonce-t-il d'une voix qui porte jusqu'aux derniers rangs. Ils conspiraient contre la meute. Ils ont été jugés et exécutés pour trahison.

Trahison. Le mot claque dans l'air froid. Je ne sais pas ce qu'il veut dire. Mes parents ne sont pas des traîtres. Ma mère soigne les blessés. Mon père protège la meute. Ils sont bons. Ils sont gentils. Ils m'aiment.

— La fille est une Omega, poursuit Kalkin. Elle n'a pas de rang, pas de droits, pas de lignée. Elle travaillera pour la meute. C'est la seule grâce qui lui est accordée.

La foule murmure. Certains approuvent, d'autres semblent mal à l'aise. Mais personne ne dit rien. Personne ne me défend. Je suis une enfant de huit ans, seule au milieu d'une meute entière, et personne, personne ne tend la main vers moi.

On me pousse hors de l'estrade, loin des regards. Une vieille femme me saisit par l'épaule et m'emmène vers les baraquements des serviteurs. Elle ne dit rien. Elle ne me regarde même pas. Je suis une chose, maintenant. Un objet qu'on déplace.

Ce soir-là, je dors sur une paillasse dans le coin glacé des cuisines. Avant de fermer les yeux, je sors la petite pierre de ma poche et je la regarde. Elle brille faiblement à la lueur des braises, une lueur pâle, presque vivante.

— Garde-la, ma fille, m'avait dit maman quelques jours avant de mourir. Elle te mènera à la vérité.

Je ne sais pas ce que ça veut dire. Mais je sais que je la garderai. Toujours.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Rejetée : elle devient L'Alpha Suprême   Chapitre 101 : L'affrontement final contre Malachar

    Arya Nous confions les enfants à Cassian et à ce qui reste de la garde d'élite, et nous nous engouffrons dans la brèche, Dorian et moi, deux loups seuls dans le ventre de la bête. L'intérieur de la Forteresse Noire est pire que l'extérieur. Les couloirs sont pavés de crânes fondus dans la pierre. Les torches brûlent d'un feu vert qui n'éclaire pas mais absorbe la lumière alentour. Les murs suintent une humidité qui bouge, qui a le goût du sang caillé et qui murmure des noms, des noms de morts, des noms d'oubliés, des noms de tous ceux que la Déesse Sombre a promis d'engloutir. Nous montons. Nous montons interminablement, gravissant des escaliers taillés dans la carcasse d'un monstre, franchissant des ponts jetés au-dessus de gouffres où grouillent des choses sans nom, et à chaque niveau nous combattons, à chaque niveau des créatures se dressent contre nous, et à chaque niveau nous les balayons parce que rien, plus rien ne peut nous arrêt

  • Rejetée : elle devient L'Alpha Suprême   Chapitre 100 : La percée des triplés

    DorianIls arrivent à travers le champ de bataille comme une comète à trois têtes, et rien de ce que j'ai vu dans ma vie ne m'avait préparé à ce spectacle.Une garde d'élite les entoure, quinze guerriers choisis parmi les meilleurs, mais on ne voit pas la garde. On ne voit que les trois enfants au centre du triangle protecteur, trois enfants de cinq ans qui marchent sur le champ de bataille comme des dieux qui viennent de descendre du ciel. Kael au sommet du triangle, son petit poing serré autour d'une flamme qui pulse au rythme de son cœur. Lya à droite, ses cheveux flottant dans un vent qui ne souffle que pour elle, et chaque pas qu'elle fait fait renaître un brin d'herbe brûlé sur le sol carbonisé. Ronan à gauche, silencieux, son ombre étirée bien au-delà de ce que la lumière du jour permettrait, une ombre qui bouge de sa propre volonté et qui écarte les projections de ténèbres avant même qu'elles ne les touchent.Je me dresse devant les portes mau

  • Rejetée : elle devient L'Alpha Suprême   Chapitre 99 : Le sacrifice de Soren

    AryaC'est au moment où je repousse une créature d'ombre au flanc de la porte principale que je le vois. Là-bas, à cinquante pas, dans une cuvette de terre où le combat forme un cercle presque parfait, Soren affronte quelque chose qui ne devrait pas exister.Le général de Malachar est une créature immonde, une chose que la Déesse Sombre a dû rêver pendant l'une de ses pires nuits. Il a la silhouette générale d'un loup, mais un loup qui aurait été démonté et remonté par un dieu ivre. Ses membres sont trop nombreux et se plient dans le mauvais sens. Sa gueule s'ouvre sur trois rangs de crocs disposés en cercles concentriques, comme la bouche d'une lamproie géante. Sa fourrure est faite de vers noirs qui grouillent et se tordent, et ses yeux, ses yeux sont une multitude, une constellation de petits points rouges qui recouvrent tout un côté de sa tête déformée.Et Soren, mon Soren, mon vieux loup gris, mon père adoptif, mon guide, mon roc, danse autour de cette abomination avec la grâce d

  • Rejetée : elle devient L'Alpha Suprême   Chapitre 98 : L'assaut de la Forteresse Noire

    Arya La Forteresse Noire se dresse devant nous comme une plaie ouverte dans le flanc du monde, comme une abomination que la terre elle-même semble vouloir vomir, comme un défi lancé à la face de la Lune. Ses murs sont d'un noir qui n'appartient à aucune pierre connue, un noir qui semble suinter, un noir qui bouge quand on ne le regarde pas directement, un noir qui aspire la lumière du matin au lieu de la refléter. Ses tours élancées griffent le ciel comme des doigts de squelette, et à leur sommet flottent des étendards qui ne sont pas de tissu mais de fumée, des étendards vivants qui hurlent silencieusement dans le vent en formant et déformant le sceau de la Déesse Sombre. Je me tiens sur la crête, à l'orée du plateau, et derrière moi s'étend l'armée la plus improbable qui ait jamais été rassemblée sous cette Lune, huit meutes qui ne s'étaient jamais parlé, quatre mille guerriers qui n'auraient jamais dû combattre côte à côte, et à leur tête moi, la Lycan Suprême, l'Omega devenue r

  • Rejetée : elle devient L'Alpha Suprême   Chapitre 97 : La confrontation

    Je ferme les yeux, et je laisse le feu monter en moi. La flamme sacrée, la flamme originelle, celle qui a créé le monde au commencement des temps, celle qui le détruira si elle n'est pas contrôlée. Je la sens qui brûle dans mes veines, qui pulse dans mon cœur, qui jaillit de mes doigts. Et je sens Lya canaliser sa guérison, sa lumière de vie, cette énergie bienfaisante qui répare les corps et apaise les âmes. Et je sens Ronan invoquer les ombres, les ténèbres originelles, celles d'avant la lumière, celles d'où tout est issu, et je les sens répondre à son appel, se rassembler autour de nous comme des animaux fidèles.Et puis, nous fusionnons.Une explosion de lumière tricolore jaillit de notre cercle, une lumière aveuglante qui repousse les ténèbres, qui dissout les créatures d'ombre, qui érige autour de l'armée une barrière impénétrable. Le feu de Kael, la guérison de Lya, l'ombre de Ronan, tout se mêle, se combine, se transcende, créant quelque chose de

  • Rejetée : elle devient L'Alpha Suprême   Chapitre 98 : La main sur la joue

    Elle me regarde, le cœur serré, et je vois la douleur dans ses yeux gris-argent, une douleur qui fait écho à la mienne, une douleur que j'ai causée il y a cinq ans et qui ne s'est jamais refermée.— Parce que tu ne méritais pas la vérité, répond-elle, sa voix calme mais chargée d'une intensité qui me transperce. Parce que tu m'as rejetée, humiliée, chassée. Parce que tu as fait de ma vie un enfer, et que je voulais te faire souffrir comme tu m'as fait souffrir.Ses mots sont des coups de poignard, et je les encaisse sans broncher, car je sais qu'ils sont mérités, je sais que je les ai gagnés, je sais que chaque syllabe est une vérité que je ne peux pas nier.— Tout ce temps, murmuré-je, les larmes coulant sur mes joues. J'aurais pu être leur père. J'aurais pu les voir naître, les voir grandir, les voir devenir les guerriers qu'ils sont aujourd'hui. J'ai gâché cinq années de leur vie, cinq années de la mienne, à cause de ma lâcheté.— Tu les aurais

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status