INICIAR SESIÓNArya L'oracle meurt trois jours plus tard, en dormant, dans la chambre d'honneur du palais, comme il l'avait annoncé. Avant de s'éteindre, il me fait appeler, seule, et il me dit une dernière chose : — La guerre contre Malachar n'était qu'un prélude. Vous le savez, maintenant. Mais retenez ceci, Luna : un prélude, ça sert à quelque chose. Ça apprend au monde à se battre. Vous avez gagné la répétition. La première représentation arrive, et cette fois, l'enjeu n'est pas une couronne ni une loi. C'est le monde entier. Il meurt. Nous l'enterrons avec les honneurs d'un roi, sous la colline sacrée, à côté de l'endroit où le bûcher de Soren avait brûlé, parce que les gardiens de la mémoire méritent de dormir à côté de ceux qu'on se souvient. Et puis nous faisons ce que ma famille fait toujours : nous nous asseyons, tous ensemble, et nous regardons la vérité en face. C'est le soir, dans la maison de p
AryaL'oracle arrive à Havreclair sept jours plus tard, et je sais que c'est un oracle avant même qu'on me l'annonce, parce que la ville entière se tait sur son passage.Il est vieux. Non : il est ancien. La différence tient à la façon dont le temps s'est déposé sur lui. Un vieil homme porte ses années. Celui-ci porte des siècles, et il les porte comme un manteau qui aurait été tissé dans la nuit des temps. Ses yeux sont laiteux, opales, sans pupille, et pourtant il marche sans guide, et partout où il passe, les loups s'écartent sans savoir pourquoi, et les torches vacillent, et les ombres des murs, me rapporte Ronan d'une voix blanche, les ombres des murs se couchent à plat comme des chiens.— Je suis le dernier oracle du Cercle de Pierre, dit-il dans la salle du Conseil, et sa voix n'est ni forte ni faible, elle est simplement inévitable, comme l'écho dans une vallée. Nous étions douze, autrefois. Nous avons veillé sur le scellement. Je suis le
KaelJe ne rêve jamais. C'est un fait connu de la famille : Kael dort comme une pierre, Kael se couche et s'éteint, on pourrait livrer une bataille dans sa chambre. C'est Lya qui rêve en couleurs, c'est Ronan qui ne sait plus très bien où s'arrêtent les rêves et où commence le reste.Alors quand je me réveille en hurlant à quatre heures du matin, toute la maison est debout avant que j'aie fini de hurler.Le feu. C'est le feu.Dans le rêve, je suis debout sur les remparts d'une ville que je ne connais pas, une ville immense, plus grande que Havreclair, plus grande que tout ce que j'ai vu, avec des tours qui touchent les nuages. Et le monde brûle. Pas un incendie : le monde. Le ciel est une couche de flammes basses, comme un plafond de braise, et les gens courent dans les rues, et le feu ne les consume pas, il les... change. Ils courent en criant, et ils se taisent un par un, et quand ils s'arrêtent, ils se retournent, et leurs yeux sont v
Arya Dix ans ont passé, et je ne les ai pas vus passer, comme tout le monde, et je les ai vus passer chaque jour, comme toutes les mères. Havreclair a triplé. La ville est devenue une capitale, avec ses pavés neufs, ses écoles de guérisseuses où Lya, quinze ans, est déjà la plus jeune instructrice de l'histoire, son académie de guerre où Kael forme des recrues qui ont parfois cinq ans de plus que lui, ses archives où Ronan passe des journées entières à parler aux vieilles ombres des murs, sous la protection officielle de la couronne et la protection officieuse, beaucoup plus efficace, d'une réputation dont personne ne connaît les limites et dont tout le monde a peur. Et il y a Séléna. Séléna a dix ans. Elle est née un soir d'été sous la Lune des moissons, et la nuit de sa naissance, pendant que je la tenais contre moi, épuisée, comblée, j'ai compris d'un coup le nom que Soren avait gardé en réserve toutes ces ann
DorianPlus tard, quand les enfants sont couchés et que Mère Helvara a été raccompagnée, nous restons tous les deux dans le jardin, sous la Lune montante, et aucun de nous ne veut rentrer.C'est une de ces nuits. Vous connaissez ces nuits. Celles où l'air a un goût particulier, où le silence n'est pas vide mais plein, où le monde entier semble retenir son souffle pour ne pas déranger quelque chose de fragile et de précieux.Elle est assise sur le banc de pierre, contre le mur, à la place où elle s'asseyait il y a six ans quand j'attendais sur le seuil. Je m'assois à côté d'elle. Elle prend ma main. Ses doigts trouvent les miens sans regarder, comme toujours, comme si nos mains savaient le chemin par cœur.— Tu te souviens de la clairière ? demande-t-elle.— Je me souviens de ce qu'on m'en a raconté, dis-je. La Nuit de la Chaleur nous a volé la mémoire. Je me souviens de m'être réveillé en sachant que j'avais perdu quelque chose, sans
AryaC'est Mère Helvara qui met le doigt dessus, comme toujours, aveugle et voyante.Elle est venue pour la bénédiction de la grossesse, un rituel simple, de l'eau de source, une main sur le ventre, quelques mots en vieille langue. Et à la fin, quand Dorian est sorti chercher les enfants, elle pose sa main sur mon poignet, là où la marque du lien brille, et elle dit :— Le lien est fort. Fort comme jamais je n'en ai senti. Mais il y a un nœud, ma fille. Un tout petit nœud, si petit que vous deux ne le voyez plus, à force de vivre avec. Il est là depuis le début. Il s'appelle : jamais dit.— Jamais dit ?— Tu l'as aimé. Tu l'as haï. Tu l'as pardonné, dans ton cœur, dans ton lit, dans ta vie de chaque jour. Mais tu ne l'as jamais dit, ma fille. Pas une fois. Pas au grand jour de ton âme. Elle hoche lentement la tête. La parole d'un homme a brisé le lien, devant témoins. Seule une parole de femme peut achever de le réparer. Ce qui







