LOGINJ'ai obtenu mon permis de conduire et, dès que je l'ai eu en main, je suis allée à l'hôpital pour subir une opération afin de me faire retirer les cornées. Dans ma vie précédente, le jour de la rentrée, la meilleure amie d'enfance de mon petit ami avait pris ma voiture en cachette et avait emmené trois camarades faire du shopping dans un centre commercial près de l'université. Elle avait roulé à toute vitesse, avait grillé plusieurs feux rouges et avait renversé une femme enceinte ainsi qu'un vieil homme, les tuant tous les deux. Pourtant, les trois camarades avaient tous affirmé que c'était moi qui avais provoqué l'accident avant de prendre la fuite. Quand la police m'avait arrêtée, j'avais tout fait pour expliquer que c'était Zoé Perrin qui conduisait. Mais elle s'était jetée dans les bras de Mathis Valette et avait déclaré d'un ton faussement blessé : « Margot, je sais que tu ne m'apprécies pas, mais ce n'est pas une raison pour m'accuser à tort. » Mathis avait alors sorti la carte mémoire de ma caméra embarquée. Sur la vidéo, la personne qui renversait les victimes avant de s'enfuir, paniquée, avait pourtant mon visage. « Margot, même maintenant, tu refuses d'admettre tes torts et tu cherches encore à rejeter la faute sur quelqu'un d'autre. » En voyant ces images, les proches des victimes étaient entrés dans une rage noire et m'avaient poignardée dix-huit fois. Quand j'ai rouvert les yeux, je suis revenue à la veille du jour où Zoé Perrin allait prendre ma voiture. ...
View MoreLa galerie Duret donnait sur la chaussée, pareille à un trou de lumière dans le gris du mois de novembre.
Derrière les larges fenêtres, les images donnaient l'impression de flotter, encadré de lumière claire, accrochées là où même le vacarme de la rue ne parvenait pas. Camille restait là, pas loin du buffet, avec son verre vin à la main. Elle regardait les gens passer d’un tableau à un autre, presque comme s’ils tournaient les pages d’un souvenir qui n’était pas le leur. Elle connaissait chaque cliché, chaque nuance de lumière, chaque grain d’argent. Du moins, elle le croyait. Depuis trois semaines, elle survit tendue comme avant l’annonce d'une nouvelle grave. Un vernissage, pour elle, restait un test honnête : là où ses rêves prenaient forme, se montraient, souvent sans être saisis. Le galeriste, Paul Duret, se déplaçait entre les groupes de clients potentiels, un sourire bien rodé aux lèvres. Il avait opté pour un nom : Les jours translucides. Camille n’a rien dit. Ça lui a semblé beau, flou, doux même. En fait, ça l’a calmée. Elle tournait la tête quand un murmure attira son attention. Deux dames venaient de s’immobiliser face à une impression qui lui était inconnue. Un coin brouillé par la brume, l’eau figée en surface, des branches minces qui griffent le gris du haut. Plus bas, on trouvait la signature : C. Delmas. Camille a plissé le front. Ce n'était pas son style, ni sont éclairage habituel. Bien trop froid, un peu lointain. Et pourtant… un truc était à elle. Un truc qui passe vite, une sensation bizarre, comme un déjà vu : l'odeur d’un marais calme, le son d’un oiseau qui crie, une brise tiède sur sa peau humide. Elle avança pas à pas, puis laissa glisser son verre sur la table. La légende indiquait : “Les jours translucides – Série I, 1998”. Elle u un petit rire, l'air surprise. En 1998, elle en avait dix ans. Elle n’avait pas encore de caméra, ni appareil photo du tout à l’époque. – C'est superbe, lâcha une voix dans son dos. Paul Duret, content, arrivait tout juste à ses côtés. – J'étais certain que t'accepterais de l'inclure. Cette image colle parfaitement au tout. T'as déniché une vraie perle, Camille. La mémoire, les absences, cette lumière en attente... Y’a tout dedans. Elle resta muette. Ses mains frémissaient à peine, un léger flottement qu'elle tentait d'occulter en bloquant son souffle. – Paul, lança-t-elle tout bas, cette image… je ne l'ai pas fait. Il esquissa un léger sourire, mal à l’aise. – En fait… t’as tout oublié ? – Non. Je n’ai jamais vu cet endroit. Il a haussé les épaules, comme pour calmer le jeu. – T’as sans doute oublié. Des fois, il arrive aux artistes, que les idées filent entre les doigts. Un vieux boulot peut-être ? Ou une photo dénichée dans le fond d’un tiroir ? Camille a remué la tête. - C'est pas moi. Mais bon... Elle s’interrompit. Une forme floue se montrait sur l’image, toute petite près de l’eau. Une petite fille porte un manteau pâle, les bras tendus, comme pour attirer une présence invisible. les bras ouverts, comme si elle appelait quelque chose hors du cadre. Ses mains s’ouvrent vers le vide, presque en prière. Le tissu flotte doucement autour d’elle, léger. Aucun bruit ne vient troubler cet instant suspendu. Un frisson lui courut le long du dos. Elle sentit, tout d’un coup, que l’enfant posait les yeux sur elle - comme si le temps n’existait pas, comme si le brouillard ne cachait rien. La nuit avança entre des échanges flous et des rictus figés. Elle signa des catalogues, répondit aux compliments, rit même parfois. Mais ses yeux revenaient sans cesse vers cette image, posé tout au fond de la pièce, là où la clarté semblait presque tendre. Elle restait accrochée malgré tout. Une fois que la galerie eut fini de se vider, elle demeura isolée devant l’impression. La petite avait l'air mieux soignée maintenant. Camille eut envie de lui parler, de lui demander d’où elle venait. Mais le calme n’a pas bougé, aussi calme que la surface du lac.J'ai essayé de reculer de toutes mes forces, mais mon corps était entièrement attaché. Je ne pouvais pas bouger d'un centimètre.Zoé m'a tirée vers le bas.En les regardant, je me suis débattue de toutes mes forces et je les ai avertis :« Zoé, nous ne sommes pas la même personne. Comment pourrais-tu me remplacer ? Tu crois vraiment que mes parents et la police sont idiots ? »Zoé m'a saisi le visage. Ses yeux étaient remplis de fierté.« Puisque tu vas bientôt mourir, je vais te laisser mourir en connaissant toute la vérité. »Zoé a regardé Mathis.Mathis a sorti deux masques en peau humaine ainsi que deux étranges insectes.« Margot, après toutes ces années avec Mathis, tu ne savais toujours pas qu'il connaissait la magie noire ? Pour te remplacer, c'est très simple pour lui. Il suffit d'introduire ces insectes dans ton corps. Le masque en peau humaine fusionnera alors avec ton visage, et je deviendrai toi. Même l'ADN pourra être modifié. Même un test ADN ne révélera rien. »
Un mois plus tard, j'ai enfin retiré les bandages de mes yeux.Après un nouvel examen, le médecin a confirmé que ma vision était revenue à la normale et a autorisé ma sortie de l'hôpital.Une fois rentrée chez moi, je me suis reposée pendant une semaine.Comme les vacances de fin de semestre approchaient, mon professeur m'a informée que je devais demander à mes parents de venir récupérer mes affaires au dortoir, car l'école allait réorganiser les chambres au prochain semestre et que tout devait être emporté.J'ai hoché la tête.Le lendemain, je suis allée moi-même à l'école pour ranger mes affaires.Dès que mes camarades m'ont vue, elles se sont immédiatement rassemblées autour de moi.« Margot, c'est vraiment toi ! Tes yeux sont guéris ? »J'ai souri et hoché la tête.« Oui, ils sont presque complètement guéris. »Les filles de mon dortoir m'ont immédiatement aidée à ranger mes affaires tout en discutant des dernières nouvelles.« Margot, tu sais ce qui est arrivé à Mathis
Le soir, j'ai soudain reçu un appel m'annonçant que la caméra de surveillance du parking souterrain avait été réparée.J'ai immédiatement contacté la police.Cette nuit-là, Zoé a été arrêtée.Les images de surveillance du parking souterrain montraient clairement que c'était Zoé qui avait pris ma voiture.De plus, un masque imitant un visage humain a été retrouvé chez elle.En apprenant la nouvelle, j'ai poussé un soupir de soulagement.La femme de ménage de ma famille a également été arrêtée pour vol. J'ai demandé à mon avocat de déposer plainte immédiatement contre elle.Le soir même, Mathis est venu me voir une nouvelle fois.Il a retenu sa colère et m'a regardée.« Margot, trouve un moyen de sauver Zoé et ma mère. Zoé est encore jeune, elle ne peut pas aller en prison. Sinon, sa vie entière sera ruinée. »J'ai fait signe à Mathis d'approcher.Au moment où j'ai senti qu'il était près de moi, j'ai pris le verre d'eau posé sur la table et je le lui ai jeté au visage.« Math
En entendant la voix de Mathis, j'ai immédiatement froncé les sourcils.« Mathis, qu'est-ce que tu fais ici ? Sors tout de suite. Je ne veux pas te voir. »Mathis a ricané froidement.« Margot, tu fais encore ta crise ? Tout ça, c'est juste parce que je t'ai poussée une fois ? Alors tu as volontairement bloqué la carte bancaire secondaire ? Qu'est-ce que tu cherches exactement ? »J'étais sans voix.Je n'avais même pas encore cherché à lui demander des comptes, et pourtant il avait encore l'audace de venir me voir.« Mathis, tu n'arrêtais pas de dire que dépenser mon argent était une humiliation, que je ne savais pas te respecter, non ? Alors ne dépense plus mon argent. Je choisis de respecter ta dignité. D'ailleurs, pour préserver ton honneur, rends-moi tout l'argent que tu as dépensé pendant toutes ces années. »En entendant mes paroles, Mathis est resté figé un instant, complètement stupéfait.« Margot, tu sais seulement ce que tu racontes ? À l'époque, c'est toi qui me supp






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