LOGINPuis elle détourne les yeux. Et elle ne me regarde plus.— Aram Sarkisian, dit Levon en se tournant vers moi. Tu es à moi maintenant. Tu vivras chez moi. Tu dormiras chez moi. Tu obéiras à moi. Tu es ma chose.Je ne hoche pas la tête. Je ne dis rien. Je le regarde. Droit dans les yeux. Sans ciller. Sans trembler. Sans supplier.— Je ne suis la chose de personne, dis-je.Il sourit. Encore. Ce sourire lent, profond, dangereux. Ce sourire qui dit : tu apprendras.— Nous verrons, dit-il.Il fait un signe à Davit, son bras droit. Un homme grand, large, chauve, avec une cicatrice qui lui traverse la joue gauche. Davit s'approche de moi. Il me prend par le bras. Fermement. Brutalement. Il me tire vers la sortie.Je résiste. Une seconde. Une seule. Juste pour sentir la pression de sa main. Juste pour sentir ma propre force. Puis je cède. Je le suis. Je traverse la salle. Je traverse le couloir. Je traverse le restauran
Le Lit du rivalDeux parrains de la mafia arménienne, ennemis depuis dix ans, signent une trêve en échangeant leurs otages les plus précieux : Levon cède sa sœur Anoush à Vahan, Vahan cède son frère Aram à Levon. Chacun doit dormir dans le lit de son nouveau maître, contre lui, pour « qu'il ne s'enfuie pas ». Mais les nuits sont longues, les corps se rapprochent, et la haine devient désir, puis amour. Entre jalousies, trahisons et guerre, les deux couples se battent pour survivre, se marient, adoptent des enfants, vieillissent ensemble. Un soir, ils meurent dans les bras l'un de l'autre. Les amandiers fleurissent. L'amour demeure.AramL'air sent le cigare froid et le café brûlé. Une odeur de fin de soirée, de fin de monde, de fin de tout. L'arrière-salle du Vagharshapat , un restaurant arménien de Brighton Beach que je connais depuis l'enfance , n'a jamais été aussi silencieuse. Les tables ont été poussées contre les murs. Les chaises empilées.
Yûsuf Le bain est terminé. L'eau froide s'est écoulée. La punition s'est achevée. Le maître s'habille. Lentement. Silencieusement. Il enfile sa tunique, sa ceinture, ses sandales. Il ajuste ses manches. Il lisse ses cheveux. Il se prépare pour le jour qui vient. Il se prépare pour le monde extérieur. Il se prépare pour tout ce qui n'est pas nous. Je suis debout devant lui. Nu. Tremblant. Le corps encore marqué par le froid, par la punition, par le plaisir. Je le regarde. Je le regarde comme je n'ai jamais regardé personne. Je le regarde comme si ma vie en dépendait. Parce que c'est le cas. Ma vie en dépend. Ma vie ancienne. Ma vie nouvelle. Ma vie tout entière. Il s'approche. Lentement. Il pose sa main sur ma nuque. Ses doigts s'enfoncent dans mes cheveux mouillés. Il me regarde. Longuement. Sans rien dire. Et dans son regard, il y a quelque chose de nouveau. Quelque chose que je n'avais jamais vu. Quelque chose qui ressemble à de la tendresse. À de la possession. À de la pr
YûsufJe m'agenouille sans qu'on me le demande.C'est la première fois. La première fois que je le fais de moi-même. La première fois que je prends l'initiative. La première fois que je m'offre. Il est debout devant moi. Il me regarde. Il attend. Il ne dit rien. Il n'ordonne rien. Il ne commande rien. Il attend. Simplement. Silencieusement. Totalement.Et moi, je m'agenouille.Mes genoux touchent la pierre froide. Mes mains se posent sur mes cuisses. Ma tête se baisse. Mon dos se courbe. Je m'agenouille comme je ne me suis jamais agenouillé. Je m'agenouille comme un serviteur qui accepte sa servitude. Je m'agenouille comme un homme qui accepte sa soumission. Je m'agenouille comme une offrande qui accepte d'être offerte.Il sourit.Enfin. Après des semaines, des mois, des siècles, il sourit. Un vrai sourire. Un sourire qui n'a rien à voir avec l'amusement, avec la moquerie, avec la possession. Un sourire qui vient du fond de lui. Un sourire qui monte de son âme. Un sourire qui dit : je
YûsufPunition.Le mot résonne dans ma tête comme un glas. Punition. Le maître a prononcé ce mot d'une voix calme, froide, implacable. Il n'a pas crié. Il n'a pas menacé. Il a juste dit : « Tu seras puni. » Et j'ai su que la punition serait terrible. Plus terrible que les coups. Plus terrible que les insultes. Plus terrible que l'humiliation. Plus terrible que tout ce que j'avais connu jusque-là.Il m'a conduit dans la salle de bain. Il m'a ordonné de me déshabiller. Il m'a fait entrer dans le bassin. Et il a versé la glace.L'eau froide me saisit. Me mord. Me brûle. Je sens cette froideur qui m'enveloppe, qui me pénètre, qui me glace jusqu'aux os. Je sens mon corps qui se contracte, qui se recroqueville, qui tente de se protéger. Je sens ma peau qui se resserre, qui se durcit, qui se couvre de chair de poule. Je sens mes tétons qui durcissent, qui pointent, qui trahissent mon excitation. Je sens mon sexe qui durcit, qui se raidit, qui se dresse malgré le froid.Je grelotte. Je claque
YûsufLe maître avait murmuré : « Tu ne jouiras pas avant que je te le dise. »C'était un ordre. Un ordre clair, précis, sans équivoque. Un ordre que je devais respecter. Un ordre qui me rappelait ma place. Un ordre qui me soumettait. Un ordre qui me possédait. Un ordre qui disait : je contrôle ton corps. Un ordre qui disait : je contrôle ton plaisir. Un ordre qui disait : je te contrôle.Et je l'ai transgressé.Je n'ai pas pu m'en empêcher. Je n'ai pas pu me retenir. Je n'ai pas pu obéir. Le plaisir était trop fort. La tension était trop grande. Le désir était trop intense. Je sentais cette vague qui montait, qui grondait, qui menaçait de tout emporter. Je sentais cette chaleur qui se concentrait dans mon bas-ventre, cette pression qui devenait insupportable, ce besoin qui me rongeait de l'intérieur. Je sentais cette verge qui me labourait, qui me brûlait, qui me consumait. Je sentais ce corps qui me prenait, qui me possédait, qui me damnait. Je sentais tout. Trop. Beaucoup trop. Et







